jeudi 17 septembre 2020

Chronique «Variations» – «Négociations fédérales: la force des faibles»


plus.lesoir.be

La fragilité électorale de presque tous les partis, à l’issue des élections de mai 2019, les conduit paradoxalement à redoubler d’intransigeance dans les négociations pour former un gouvernement fédéral.
Par Vincent de Coorebyter
Chroniqueur in Le soir

Comment en sommes-nous arrivés là ? Pourquoi faudra-t-il, en fin de compte, environ 500 jours pour former un gouvernement fédéral, dont la feuille de route ne comprendra même pas le détail d’une réforme de l’Etat ?
La réponse à cette question est évidemment complexe. Je voudrais, ici, insister sur un seul point : l’impact de la fragmentation des votes, qui affaiblit la plupart des partis politiques et complique la formation d’une coalition.
On a gardé l’habitude, dans le commentaire politique, de parler des deux « grands » partis belges, la N-VA et le PS. Mais s’ils étaient si grands, donc si puissants, leur présence s’imposerait sans discussion au sein du gouvernement fédéral. A une époque encore proche, de 1958 à 1999, la force électorale des partis chrétiens, l’un premier en Flandre, l’autre deuxième ex aequo en Wallonie, couplée à leur positionnement au centre de l’échiquier politique, garantissait leur présence au gouvernement. Le PS a bénéficié d’une même position de force à de nombreux moments, comme la N-VA en 2014 : les mettre de côté demandait une prise de risque et paraissait aller à contre-courant de la volonté populaire.
La N-VA n’est numériquement plus indispensable
A l’issue du scrutin du 26 mai 2019, le PS et la N-VA obtenaient environ 26 % des voix dans leur région de meilleure implantation. On ne peut plus parler de « grands » partis, comme le montre le fait que la N-VA est aujourd’hui écartée des négociations et que le PS l’a aussi été pendant quelque temps, quand les présidents des partis de la suédoise ont pris l’initiative dans la recherche d’une solution. La N-VA crie au scandale démocratique parce que l’on s’apprête à rejeter le premier parti flamand dans l’opposition, mais elle oublie de dire qu’elle paye ainsi, outre ses positions souvent clivantes, le reflux électoral qu’elle a subi. La valse-hésitation autour de sa participation ou non au prochain gouvernement est largement due au fait qu’elle n’est plus numériquement indispensable.
Un gouvernement d’urgence climatique qui se fait attendre
Une autre explication des difficultés actuelles tient à la relative faiblesse d’une des tendances qui ont remporté le scrutin, à savoir les écologistes. En 1999, leur bond en avant était si spectaculaire – ils doublaient pratiquement leurs scores et tournaient autour des 20 % du côté francophone – qu’il était presque inconcevable de les maintenir dans l’opposition. En 2019, malgré d’excellents résultats aux européennes et surtout à Bruxelles, le score global était plus mitigé, avec une performance en demi-teinte en Wallonie. Alors qu’on pouvait, avant le scrutin, les imaginer boostés par les marches des jeunes pour le climat et par l’inquiétude environnementale qui n’avait cessé de croître, les enjeux écologiques n’ont pas été les seuls à faire une percée lors de l’élection, comme en témoignent les résultats du VB et du PTB. Il reste frappant, à cet égard, que malgré toutes les promesses de campagne en faveur du climat, l’on n’ait pas tenté de mettre en place un gouvernement fédéral d’urgence climatique, fût-ce à titre provisoire. Ou que Bart De Wever se soit senti à l’aise pour estimer que la présence des Verts au sein de l’exécutif fédéral était facultative.
La force des faibles
L’impact de la fragmentation électorale prend aussi une autre forme, plus indirecte. On n’assiste pas seulement à l’affaiblissement des partis dominants et à la difficulté, pour certains des vainqueurs, de s’imposer sans conteste. La fragilité électorale de presque tous les partis, à l’issue des dernières élections, les conduit paradoxalement à redoubler d’intransigeance. C’est la force des faibles : poussés par la crainte d’une chute plus prononcée encore, ou par le risque de ne pas pouvoir peser suffisamment dans la négociation, ils sont contraints de formuler des exigences incontournables et de menacer de quitter la table s’ils ne sont pas entendus. Et ce durcissement ne choque pas, car chaque parti comprend, voire partage, la nécessité de préserver un électorat fidèle ou de reconquérir une position perdue.
C’est une des raisons pour lesquelles la Vivaldi, qui paraît constituer une formule plus réaliste qu’un axe PS/N-VA, n’a pas pu être mise en œuvre plus tôt. Il lui a d’abord manqué l’accord du CD&V, qui craignait d’en sortir laminé : le CD&V se rappelle ce que lui a coûté la rupture de son cartel avec la N-VA. Mais par-delà ce cas particulier, la même crainte a travaillé l’Open VLD, tandis que de manière générale chacun sentait bien que l’entente entre ces sept partis ne serait pas facile à atteindre.
Une question de survie
Poussés dans le dos par le PTB, les socialistes doivent impérativement obtenir des avancées pour les moins favorisés, comme la pension minimale à 1.500 €. 
Effrayés par le déficit budgétaire qui s’est creusé et par l’opposition que mènera la N-VA sur ce thème, les libéraux doivent obtenir l’engagement d’un retour à plus d’orthodoxie et une certaine stabilité fiscale. Echaudés par la mise entre parenthèses de la lutte pour le climat au niveau fédéral, les écologistes doivent forcer un programme ambitieux tout en obtenant, enfin, une sortie effective du nucléaire. Quant au CD&V, on sait avec quelle détermination il tente d’empêcher la réforme de la loi sur l’IVG, pourtant appuyée par une large majorité au parlement et dans l’opinion. Chacun de ces partis est prêt à tout pour obtenir gain de cause, car par-delà leurs convictions, ils font l’analyse qu’il y va de leur avenir.
Un spectacle déroutant
Tout cela compromet le sens du compromis. On n’a jamais autant évoqué l’obligation, pour les partis, de tenir leurs engagements électoraux. Et ce, à juste titre : cela fait partie des contrats de confiance qui font vivre la démocratie. Mais on sait bien, en Belgique, qu’un compromis politique exige au contraire d’en rabattre, de renoncer à certaines exigences : , ils sont contraints de formuler des exigences incontournables et de menacer de quitter la table s’ils ne sont pas entendus.On assiste ainsi à un spectacle déroutant. De nombreux partis semblent convaincus qu’ils ne peuvent pas céder sur leurs fondamentaux. Mais le courant d’opinion qui s’est développé en faveur de parlements de citoyens tirés au sort postule, lui, que les citoyens-électeurs acceptent les compromis et sont prêts à en passer entre eux.
Qui a raison, qui a tort ? Nous voilà renvoyés au mystère démocratique par excellence : que veut ce peuple au nom duquel on gouverne ?


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
TANT QU’IL N’Y A PAS ACCORD SUR TOUT, IL N’Y A ACCORD SUR RIEN.

Enfin une analyse claire et lucide de la raison pour laquelle rien ne va plus en Belgique :
« On n’assiste pas seulement à l’affaiblissement des partis dominants et à la difficulté, pour certains des vainqueurs, de s’imposer sans conteste. » 
On assiste aussi à une montée en puissance des partis extrémistes en Flandre (Vlaams Belang et NVA ) comme en Belgique francophone (PTB)
« La fragilité électorale de presque tous les partis, à l’issue des dernières élections, les conduit paradoxalement à redoubler d’intransigeance. »
Tout est paradoxe et  « Tout cela compromet le sens du compromis »
« Ils sont contraints de formuler des exigences incontournables et de menacer de quitter la table s’ils ne sont pas entendus. »
« Nous voilà renvoyés au mystère démocratique par excellence : que veut ce peuple au nom duquel on gouverne ? »
En quelques phrases fortes, tout est dit et on comprend pourquoi notre démocratie est de venue muette et pourquoi les partis extrêmes comme le Belang donnent de la voix qui va organiser une marche  de protestation « automobile » sur Bruxelles le 27 septembre. « A moins que la Vivaldi ne rédige un texte de centre-droit dans les domaines de la migration, de l’économie ou de la sécurité », M. De Crem (CD&V)plaide pour une cure d’opposition.
Nous vivons un moment démocratique dangereux où les partis démocratiques dits traditionnels mettent genou à terre.
Qui sortira le pays de l’impasse ? Le CD&V n’est apparemment pas chaud ;"Si nous rejoignons la Vivaldi, l'opposition sera majoritaire",. On parle de Johan Vande Lanotte comme deus ex machina. Un sage, ce Vande Lanotte, constitutionnaliste de métier issu de l’écurie de Louis Toback.
MG


PIETER DE CREM HYPOTHEQUE LE REDEMARRAGE DES NEGOCIATIONS DE LA COALITION VIVALDI: "POUR NOS REPRESENTANTS LOCAUX, LE VIOLET-VERT EST TOUT SIMPLEMENT IMPENSABLE"
La libre Belgique
"Si nous rejoignons la Vivaldi, l'opposition sera majoritaire", souligne le ministre de l'Intérieur Pieter De Crem (CD&V) au cours d'un entretien accordé à De Standaard, cité aussi dans Het Nieuwsblad, Het Belang van Limburg et Gazet van Antwerpen.

PIETER DE CREM SUR LA NOTE DES PREFORMATEURS: «CELA RESSEMBLE PLUS AU PROGRAMME DE GROEN EN ECOLO»
A moins que la Vivaldi ne rédige un texte de centre-droit dans les domaines de la migration, de l’économie ou de la sécurité, M. De Crem plaide pour une cure d’opposition.
par Belga, Le Soir

Si nous rejoignons la Vivaldi, l’opposition sera majoritaire », souligne le ministre de l’Intérieur Pieter De Crem Il estime que son parti n’a rien à faire dans un tel gouvernement. Non, le train à sept partis n’est pas encore sur les rails, selon M. De Crem. 
« Si les partis violets-verts souhaitent partir seuls, ils le peuvent. Nous sommes mathématiquement superflus. Mon expérience m’a appris que cela signifie que nous n’allons jouer aucun rôle ».
Le CD&V n’a reçu aucune garantie au sujet des deux thèmes saillants, l’éthique et le communautaire, insiste M. De Crem. « Niente, nada, niets. Cela ressemble plus au programme de Groen en Ecolo (…). »
M. De Crem assure encore avoir le soutien des sections locales du CD&V. « A tous les niveaux, il y a beaucoup de réticences. Mais pour nos représentants locaux, le violet-vert est tout simplement impensable. »


LA MENACE DU VLAAMS BELANG QUI APPELLE A ROULER SUR BRUXELLES
Olivier Mouton
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

LES EXTREMISTES FLAMANDS DENONCENT LA FUTURE COALITION VIVALDI EN S'INSPIRANT DU PASSE. MOT D'ORDE: #NIETMIJNREGERING. EST-CE LE RETOUR DES TENSIONS COMMUNAUTAIRES VIOLENTES DU PASSE?
Le Vif
La perspective d'une majorité fédérale minoritaire du côté flamand et sans les deux premiers partis nationalistes fait rugir le lion flamand. Les propos menaçants voire militaires se multiplient et un hashtag fleurit sur les réseaux sociaux: #nietmijnregering. Pas mon gouvernement...
Derrière ce slogan se cache l'extrême droite flamande du Vlaams Belang qui mobilise ses militants. Son président, Tom Van Grieken, lance un appel pour une manifestation en voiture vers Bruxelles le dimanche 27 septembre.
Objectif: "Nous montrerons à l'establishement combien ses plans et ses choix sont impopulaires et intenables, poursuit-il. La Flandre mérite le changement pour lequel elle a voté."
Ce slogan d'une majorité non démocratique car non respectueuse du choix des électeurs flamands sera martelé par les nationalistes, tant de la N-VA que du Vlaams Belang.
"Aucun parti ne peut parler au nom de tous les Flamands, mais je maintiens que le signal de l'électeur était flamand et de droite, soulignait à nos confrères de Knack l'ancien secrétaire d'Etat N-VA The Francken. J'ai mené une campagne intensive, du Bachten de Kupe au Maaskant. Des centaines de personnes m'ont accosté : "Désolé Theo, les choses doivent être encore plus strictes et plus sévères en matière d'immigration et d'asile. Tu as fait de ton mieux, mais cette fois, nous allons voter VB". J'ai entendu ça un peu trop souvent. Ce gouvernement, c'est la négation de ce signal de l'électeur." Le même Theo Francken avait affirmé auparavant qu'une Vivaldi risquerait d'entraîner une alliance entre N-BA et Vlaams Belang en 2024.
Le retour des marches sur Bruxelles est une menance potentielle. Au début des années 1960, à l'époque où la Flandre craignait la "tache d'huile francophone" et avant que la frontière linguistique ne soit établie, des milliers de militants nationalistes flamands avaient marché à deux reprises sur la capitale, provoquant de vives tensions, avec à la clé des dizaines de blessés et de nombreuses arrestations.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE CLIMAT COMMUNAUTAIRE BELGE VA-T-IL A NOUVEAU S'ENVENIMER?

Francken ne se contrôle plus. Il prend des accents  churchilliens pour annoncer qu’il combattra Vivaldi « sur terre, sur mer et dans les airs » Il est clair qu’il veut une sorte de cartel tacite avec le Belang et que, fort d’un réel soutien populaire, l’homme qui monte en Flandre  n’hésitera pas à mettre Bart de Wever en difficulté. Observons avec soin le rapprochement entre Van Grieken (Belang) et Francken (NVA).
Certains observateurs flamands avertis vont jusqu’à prédire un inévitable éclatement de la NVA dont la fraction la plus et activiste rejoindrait le Belang, c’est le cauchemar qui perturbe le sommeil de Bart de Wever ;
MG




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