vendredi 11 septembre 2020

Le garde des Sceaux Dupond-Moretti hérisse la police


Les syndicats policiers souhaiteraient une politique pénale plus ferme pour juguler la violence.
Par Angélique Négroni

La police s’attend à de sérieux tiraillements entre Beauvau et la Place Vendôme. Jean-Christophe MARMARA/Le Figaro

La bataille des mots à laquelle viennent de se livrer les ministres de l’Intérieur et de la Justice continue de secouer le monde de la police. Le terme «ensauvagement» brandi par le premier, pour évoquer l’état de notre société, et récusé par le deuxième, confirme, selon les représentants des forces de l’ordre, qu’il ne faut pas s’attendre à une convergence des points de vue entre les deux hommes. Au contraire: la querelle sémantique indique qu’il va plutôt y avoir de sérieux tiraillements entre Beauvau et la place Vendôme.
«Et on le savait, affirme Patrice Ribeiro, le secrétaire général de Synergie-officiers. Quand on a rencontré la première fois Darmanin, on lui a prédit une conflagration entre lui et son collègue de la Justice, tant les points de vue entre eux sont différents. Mais la dissension est apparue plus vite que prévu». Cette joute verbale a pour conséquence de voir aujourd’hui Éric Dupond-Moretti - désormais vivement critiqué par les policiers - être systématiquement opposé à Gérald Darmanin, qui, lui, engrange les louanges. «Darmanin, l’élu de terrain, est dans la reconnaissance du réel et Dupond-Moretti, l’avocat multimillionnaire, est dans le déni, l’aveuglement idéologique et loin de la réalité des gens», dénonce ainsi Patrice Ribeiro.
«Le premier est pragmatique et l’autre est dans sa bulle», renchérit Frédéric Lagache, le numéro deux du syndicat Alliance. Yves Lefebvre, secrétaire général du syndicat Unité SGP police FO, enfonce le clou: «Pour Dupond-Moretti, l’insécurité est une pure vue de l’esprit. Contrairement à Darmanin, il refuse de reconnaître qu’il n’y a jamais eu autant d’insécurité dans notre pays.»
Pourtant, de l’avis de tous, les violences ne cessent bel et bien d’exploser. «Sur la côte basque cet été, on n’avait jamais constaté autant de faits de rébellion», poursuit Yves Lefebvre. «Des petites communes ont connu des faits de délinquance inattendus et ont vécu soudainement ce que vivent les grandes villes. On assiste aujourd’hui à une radicalisation des rapports sociaux», décrit encore le responsable de Synergie-officiers. Et tous de mettre en garde contre l’utilisation des chiffres qui feraient apparaître une stabilité de la délinquance: «Combien de policiers aujourd’hui ne déposent même plus plainte pour outrage, parce qu’ils vivent ces agressions tous les jours?», interroge le président du Syndicat indépendant des commissaires de police, Olivier Boisteaux.
Le règne de l’impunité
Pour les syndicats, cet «ensauvagement» de la société qui existe réellement est en partie dû, au règne de l’impunité dans notre pays. «Il faut être multirécidiviste pour être sanctionné aujourd’hui et aller en prison», s’alarme le responsable d’Alliance en démontant les propos du garde des Sceaux. «Ce dernier signale aujourd’hui que plus de 90 % des peines sont appliquées. Mais il intègre les aménagements de peine, les alternatives à la prison!» «Il faut appliquer les sanctions qui sont prévues sans aménagement», insiste, de son côté, Yves Lefebvre. «Pour restaurer l’autorité de l’État, les sanctions doivent être d’une plus grande visibilité», ajoute encore Olivier Boisteaux qui demande une politique pénale plus ferme pour juguler cette violence. Mais pour les syndicats, Éric Dupond-Moretti n’en prend pas aujourd’hui le chemin.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ET DE GAUCHE ET DE DROITE : LE BRAS DE FER MORETTI-DARMANIN
« ON ASSISTE AUJOURD’HUI A UNE RADICALISATION DES RAPPORTS SOCIAUX»,

Il y a incompatibilité radicale entre l’angélisme du premier avocat de France et le rigorisme  du premier flic de France.  C’est au pied des barricades, quand reprendra la fièvre gilet jaunes et dans les l’ensauvagement des banlieues qu’on mesurera l’efficacité réelle du bouillant ministre de l’intérieur au verbe sarkozien.
L’ensauvagement vrai ou fantasmé des forces du désordre de la France des banlieues va se heurter avec une violence frontale sans précédant à la radicalisation fascisante vraie ou supposée des forces de l’ordre de plus en plus contestées. L’Etat dit régalien ne saurait se passer de ses dernières pour rétablir la paix dans les esprits et surtout  dans les quartiers sensibles de plus en plus nombreux et fiévreux. L’avenir du très volontaire mais peu populaire jeune président de la république va se jouer sur ce bras de fer qui se promet violent. On assiste aujourd’hui à une radicalisation des rapports sociaux».
Il est bien certain qu’en France comme en Belgique, le talon d’Achille de l’Etat c’est la justice sous financée et en sous effectif permanent, celle-ci est de plus en plus débordée par une délinquance enfiévrée par la crise du Covid 19, celle  des ados en décrochage scolaire,  déboussolés, privés d’école et en roue libre depuis près d’une demi année.
Qu’on ne se leurre pas le « tout répressif » exigé par la droite ne viendra pas à bout des frustrations d’une jeunesse enivrée par la violence car  privée d’espoir et de perspectives d’épanouissement. Il ne sera pas confortable d’enseigner dans les écoles de banlieue de France, de Navarre et des grandes villes de notre petit royaume de Belgique. Mais tout ceci n’est vraiment rien en comparaison du « clash des mentalités »qui aux Etats Unis risque de transformer la campagne électorale pour la présidence en un brûlot de guerre civile.
MG

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