lundi 14 septembre 2020

L'écologie, une nouvelle religion ?

La Libre
Charles Delhez

Le combat écologique a bel et bien quelque chose de religieux qui peut réunir au-delà de toutes les frontières.
Une chronique de Charles Delhez.
Jeudi dernier, 3 septembre, le pape François a reçu la visite de quinze personnalités françaises. Parmi elles, l’actrice Juliette Binoche, le chercheur Pablo Servigne, l’économiste jésuite Gaël Giraud. Ils sont arrivés dans la Ville éternelle après vingt heures de voyage en train et en car, développement durable oblige. Tous ne se réclament pas de l’Église. Ce qui les unissait, c’était une même foi écologique.
Trop souvent les croyances religieuses ont divisé les humains. L’écologie pourrait-elle les réconcilier ? Il y a sans doute des climato-sceptiques, des matérialistes invétérés, des gens qui ne jurent que par les technosciences. Il n’empêche, l’écologie mobilise de nombreuses personnes par-delà les frontières nationales, politiques et même religieuses. L’encyclique Laudato si’, voici cinq ans déjà, a voulu rassembler "tous les hommes de bonne volonté", non dans le giron de l’Église, mais dans un même combat pour la sauvegarde de "notre maison commune". Elle a séduit des gens d’autres convictions. Pour Juliette Binoche, par exemple, ce document fut, selon ses dires, une "bouffée d’oxygène".
LE DIALOGUE DES CONVICTIONS
La crise écologique rend urgent le dialogue des convictions, et notamment des religions. Ces dernières ont en commun ce sens du "sacré", de ce sentiment que "quelque chose nous dépasse". Elles partagent cette idée que nous ne sommes pas les propriétaires de la nature, mais bien Dieu, quel que soit le nom qu’on lui donne et la manière dont on l’honore. Nous sommes seulement des intendants.
Notre Occident a instrumentalisé la nature, se justifiant parfois par une lecture partielle du livre de la Genèse, avec des lunettes de "maître et de Seigneur de la nature", selon la formule de Descartes. Il s’en est coupé et certaines idéologies voudraient lui dire adieu. Il est tellement précieux d’entendre un autre langage, d’être à l’écoute d’autres cultures. Lors de l’audience, le pape François fit confidence à ses hôtes de sa propre conversion écologique grâce à la rencontre des peuples premiers d’Amazonie.
La religion nous aide à chercher Dieu, et non à croire qu’on l’a trouvé. Le mystique, dit le Pape dans Laudato si’, "sent que Dieu est en toute chose". Peut-être avons-nous trop cherché le sacré dans les dogmes, les rites et les hiérarchies, alors que Dieu se manifeste dans cette nature offerte à tous, riches et pauvres. Une religion n’est pas qu’un ensemble de croyances. Par ses récits, elle donne un sens à l’existence, une tâche à accomplir et se reconnaît dans un art de vivre. Chacune peut donc se retrouver dans le projet écologique et dans ces nouvelles façons de vivre que sont la sobriété heureuse, la modération joyeuse, la croissance respectueuse… Le combat pour la sauvegarde de la nature a bel et bien quelque chose de religieux.
Un regard contemplatif
On ne pourra protéger la nature et la restaurer que si on prend le temps de l’admirer, si on l’accueille dans la gratitude et que notre regard se fait contemplatif. Encore une attitude religieuse et spirituelle. Certes, la spiritualité n’est pas le monopole des religions, mais, pour parler comme le Pape, celles-ci apportent de nouvelles motivations et de nouvelles exigences. Elles sont chacune une invitation à un "don de soi", et l’engagement écologique en est un. On ne peut négliger leurs contributions.
L’écologie, une nouvelle religion ? L’expression est trop forte, bien sûr. Mais c’est une opportunité pour chacune des religions. Il ne s’agit pas pour celles-ci de renier leurs racines propres, mais d’y trouver de quoi nourrir l’engagement de leurs fidèles. Elles doivent de toute urgence entrer dans un véritable dialogue, sans concurrence. Alors, chacune pour sa part pourra réaliser un de ses objectifs : rassembler. Une des étymologies possibles du mot "religion" est en effet religare, relier. Or, la cause écologique relie des hommes et des femmes de plus en plus nombreux dans une fraternité universelle et donne aux jeunes, parfois en panne d’engagement, une vocation nouvelle. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« LES ECOLOGISTES VEULENT DONC FAIRE DES VILLES QU’ILS ONT CONQUISES DES LABORATOIRES. »
« Voter écolo, ce n’est pas seulement voter en faveur de la généralisation des repas bio dans les cantines et du développement des pistes cyclables. C’est choisir véritablement une vision du monde, complète et cohérente » Jérôme Fourquet
Relevons d’entrée de jeu que le professeur Charles Delhez, sociologue de profession, il enseigne à Louvain la Neuve, est prêtre et théologien de formation. Sa conception de dieu semble plus proche du point de vue spinoziste-deus sive natura- qu’inspirée par le dogme catholique quoiqu’il se revendique d’une proximité avec le pape François, écologiste malgré lui. « Dieu se manifeste dans cette nature offerte à tous .» « On ne pourra protéger la nature et la restaurer que si on prend le temps de l’admirer, si on l’accueille dans la gratitude et que notre regard se fait contemplatif. »
Observons que les partis sociaux chrétiens ont perdu beaucoup d’électeurs et de militants en faveur de la mouvance écologique, un peu comme la NVA a phagocyté de nombreux adhérents de l’ancien parti social chrétien flamand. (ce qui explique le positionnement de ce parti contre une réforme de la législation sur l’IVG)
Assez glosé sur la forme venons en au fond du problème. 
Ecoutons en contrepoint le point de vue de Jérôme FOURQUET (auteur du remarquable « archipel français ») à propos de «L’extravagance des maires écologistes qui veulent rééduquer les Français» et associons y l’arrogance conquérante de la ministre de la mobilité bruxelloie Elke Van Den Brandt (Groen), 39 ans qui en a fait des tonnes  (limitation de vitesse à 30km, pistes cyclables sauvages dans tout Bruxelles, fermeture du Bois de la cambre aux automobilistes etc) pendant cette étrange période de confinement et en l’absence des Bruxellois partis en vacances pur y échapper.  
 Il s’agit, écrit Fouquet dans le Figaro, « de marquer les esprits et de montrer qu’une ère nouvelle est en train de s’ouvrir dans une partie des municipalités françaises: les villes conquises ont vocation à être des vitrines de ce qu’est une gestion locale écologiste. »
« Un peu comme le Parti communiste avait construit une gestion municipale en accord avec ses principes, les écologistes veulent donc faire des villes qu’ils ont conquises des laboratoires. »
Cette volonté d’exemplarité s’est manifestée très rapidement après les municipales, lors de la rencontre des maires écolos et écolo-compatibles à Tours. Les écologistes ont conscience que, désormais, le pays les regarde. Ils jouent dans la cour des grands: Bordeaux, la métropole de Lyon, ce n’est tout de même pas rien! Ils veulent donc démontrer leur capacité à gérer mais aussi se faire entendre, dans une volonté de rupture.
Comment ces prises de parole, abondamment commentées sur les réseaux sociaux, sont-elles reçues dans l’opinion publique?
Il apparaît que ces décisions présentent une dimension idéologique assumée: elles sont évidemment clivantes, à dessein. Elles visent à heurter des traditions entourées d’un certain consensus: les villes se disputent habituellement pour accueillir le Tour de France, et s’il y avait certes des polémiques sur les crèches de Noël, c’est assez nouveau de débattre au sujet des sapins… Cette posture militante suscite parfois de vives réactions (certains opposants vont jusqu’à parler de «Khmers verts»). Voter écolo, ce n’est pas seulement voter en faveur de la généralisation des repas bio dans les cantines et du développement des pistes cyclables. C’est choisir véritablement une vision du monde, complète et cohérente. Et les maires nouvellement élus jouent d’emblée cartes sur table, sans rechercher de consensus.
Cette vision du monde dépasse le seul champ de la politique pour proposer, de manière quasi-religieuse, une forme de rédemption?
Chez une partie des écolos, il y a en effet en filigrane l’idée que les Occidentaux, de par leur mode de vie dispendieux et leur consumérisme, portent une responsabilité déterminante dans le dérèglement climatique et la destruction des écosystèmes. Il faut donc faire collectivement pénitence pour expier nos fautes. Les mêmes voient dans le Covid-19 une vengeance de Dame Nature (avec le pangolin comme bras armé), comme le père Paneloux du roman de Camus qui considérait la peste comme le châtiment divin s’abattant sur un peuple de pécheurs. »
Pascal Praud, ancien journaliste sportif et animateur de CNews qui  a imposé un style qui fait frémir les bien-pensants fait mousser la polémique : «Bonjour à tous, il n’y aura pas de sapin de Noël devant la mairie de Bordeaux. Raison invoquée: c’est un arbre mort (…) Ne vous y trompez pas: le Tour de France hier, le sapin aujourd’hui, demain, ce sera Versailles qu’il faudra fermer, Napoléon qu’il faudra brûler ou Molière qu’il faudra oublier! (…) Il existe une pulsion mortifère et totalitaire chez certains écologistes et, pour tout vous dire, ils me font peur. Dans leur monde parfait, je serais vite envoyé à Vladivostok, j’écrirais mon Archipel du goulag, si mes geôliers ne m’ont pas coupé les bras! »
Le député LR Éric Ciotti a dénoncé «les pseudos écolos», de «vrais extrémistes de gauche».
Le pré formateur en quarantaine Egbert Lachaert (VLD) a choisi d’éloigner le danger nationaliste en écartant la NVA de la coalition fédérale pour y faire entrer les verts. La Vivaldi-Avanti risque bien d’exacerber le réflexe nationaliste flamand et d’introduire la rage écologique au sein de son futur gouvernement.
En république fédérale allemande, tandis que s’achève le règne de la très sage et très pragmatique Angela Merkel, il se dit déjà que l’avenir de la démocratie allemande est gangrené par deux menaces autoritaires : une dictature brune ou un régime autoritaire vert.
MG  


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