samedi 31 octobre 2020

Delphine Horvilleur : "La laïcité est devenue synonyme d’athéisme. Mais ça ne l’a jamais été"


Par Marion Galy-Ramounot, Figaro
  
Delphine Horvilleur, rabbin et écrivaine.
Elle est à la fois l’une des rares femmes rabbins de France, une ardente défenseure de la laïcité et une intellectuelle engagée dans le dialogue avec le monde musulman. Entretien avec l'auteure de Comprendre le monde, au lendemain de l'assassinat de Samuel Paty.
Madame Figaro. 
- DANS UNE TRIBUNE PUBLIEE HIER SUR VOTRE SITE TENOU'A, VOUS DEFENDEZ, AU NOM DE LA LIBERTE D’EXPRESSION, L’IDEE DE «PENSER CONTRE SOI». QU’EST-CE QUE ÇA VEUT DIRE ?
Delphine Horvilleur. - Ce post est né après que j'ai publié une caricature de Charlie Hebdo pour réagir à l'assassinat de Samuel Paty. Il s'agit d'une vieille couverture sur laquelle on voit les trois religions (catholique, musulmane et juive, NDLR) inscrites sur du papier toilette déroulé, et titrée «Aux chiottes toutes les religions !». J’ai volontairement choisi cette caricature où il était question d’une critique des trois religions, parce que je crois qu’on est dans un moment où les leaders religieux doivent être capables d’incarner une auto-critique. Et j’ai été très étonnée de voir que beaucoup de gens l’ont pris au premier degré. Quand certains, athées convaincus, m'ont dit «vous avez enfin compris, les religions sont toutes à jeter», d’autres ont été choqués que, en tant que rabbin, j’attaque les religions. Ce qui m'a le plus troublée, c'est de m'apercevoir que beaucoup pensent qu’on est ce que l'on poste ; c'est de voir que beaucoup ne sont pas capables de faire preuve de deuxième degré à un moment où on devrait tous publier ces caricatures, pas pour dire qu’on est d’accord avec leur message littéral, ni d’ailleurs nécessairement avec leur message caché, mais pour dire à quel point on luttera, et on luttera jusqu’au bout, pour qu’elles aient le droit d’exister sur la place publique, et pour qu’elles continuent de raconter quelque chose de notre société et de notre histoire.
DANS VOTRE POST, VOUS AFFIRMEZ QU'«UNE SOCIETE LIBRE PASSE PAR LA DISTANCE CRITIQUE ET PAR L'AUTODERISION». CETTE AUTODERISION ET CETTE PRISE DE DISTANCE DONT VOUS PARLEZ, QU'EN A-T-ON FAIT ?
Le propre des moments de crise est qu'on les vit comme des citadelles assiégées, sur un mode de défiance. On devient suspicieux à l’égard de tous ceux qui expriment des critiques, jusqu'à devenir nous-mêmes incapables d’autocritique. On voit bien ce qu’il s’est passé vis-à-vis de l’humour ces dernières années. On fait partie d’une génération où l'on pouvait regarder, ados, des sketches qu’on ne pourrait plus voir aujourd'hui. Pas parce qu’on a moins d’humour mais parce qu’on a pris conscience que dans un contexte de crise et de tension identitaires, on peut continuer à rire de tout, mais plus avec tout le monde. Et cela a un impact sur notre capacité de mise à distance des événements.
IL N’Y A RIEN QUI NOUS FASSE PLUS GRANDIR QUE D'ETRE CONTREDIT, QUE DE PENSER CONTRE SOI
C'EST-A-DIRE ?
Désormais, on hésite à rire, on ne sait plus de quoi on peut rire, qui va se vexer, qui va être offensé, offusqué. Caroline Fourest est très juste quand elle parle de cette génération offensée, on vit dans un monde dans lequel les gens ne tendent plus l’oreille qu’à l’offense qu’on leur impose, pas à la contradiction. Alors qu’il n’y a rien qui nous fasse plus grandir que d'être contredit, que de penser contre soi. C'est là où le symbole de l’assassinat d’un enseignant de la République est si fort et bouleversant pour tant d’entre nous. On sait au fond de nous que c’est ce que l’école nous promettait qu’elle allait nous apprendre : penser contre nous-même. 
On arrive enfant avec un bagage, culturel, identitaire, religieux, et l'école nous aide à l’interroger.
IL FAUDRAIT DONC REAPPRIVOISER, OU REAFFIRMER, CET ESPRIT CRITIQUE...
Il faut surtout s’assurer de ne pas y renoncer, et ce dans tous les domaines de nos vies. C'est très difficile à enseigner. À l'école, cela passe avant tout par l'histoire, cette matière qu'enseignait justement Samuel Paty. Rien ne nous apprend mieux la théologie que l’histoire ; on ne peut tout simplement pas comprendre sa religion si on ne comprend pas par quoi et par qui elle a été influencée, et pourquoi elle est le produit des temps et des espaces qu’elle a traversés. Quand on sera capables de raconter nos histoires religieuses à travers les influences qu’elles ont subies, on aura un outil formidable pour lutter contre le fondamentalisme religieux. Parce que ce qui colle à la peau de tous les fondamentalistes quels qu’ils soient, c’est qu’ils sont tous allergiques à l’histoire. Ils sont tous chronophobes, détestent tous l’idée que leur religion a pu évoluer, qu’elle a pu être influencée par d’autres, parce que cela va à l'encontre de leur obsession pour la pureté, la pureté des corps, la pureté des femmes, la pureté des pratiques, la pureté de leur histoire. Si vous commencez à leur expliquer à quel point leur religion est emprunte d’influences extérieures et conditionnée par un contexte, alors vous avez avec vous un outil extrêmement puissant de destruction de leur discours.
 Les réseaux sociaux ont joué un rôle majeur dans l'appauvrissement de la pensée
IL Y A EU LES TUERIES DE TOULOUSE ET MONTAUBAN EN MARS 2012, L'ATTENTAT DE CHARLIE HEBDO EN JANVIER 2015, CELUI DU BATACLAN EN NOVEMBRE, PUIS CELUI DU 14 JUILLET 2016 A NICE, L'ASSASSINAT DU PERE HAMEL... ET AUJOURD'HUI CELUI DE SAMUEL PATY. COMME A CHAQUE FOIS, ON ASSISTE A UN SURSAUT D'HUMANISME. ET AUJOURD'HUI, PEUT-ETRE, A UN TOURNANT DANS LA PRISE DE CONSCIENCE ?
J’adorerais pouvoir vous dire oui. Le danger, c’est qu’il y ait une retombée d’émotions. La date de la rentrée scolaire, le 2 novembre prochain, est très critique pour notre société. Parce qu’un peu de temps aura passé, l’émotion sera retombée, et là on verra vraiment ce que l'on fait. Mettre tout sous le tapis et regarder ailleurs peut paraître impensable, et pourtant on sait qu’on l’a déjà fait en plein d’occasions. D'autant qu'on va être rattrapés par d’autres actualités, la question du reconfinement ou pas, le couvre-feu, la psychologie des enfants, la contamination des familles… Il va y avoir d’autres urgences et la vraie question, c’est comment on va être capable de s’astreindre à une forme de discipline d’enseignement qui se joue à l’école, certes, mais aussi dans la façon dont les parents vont parler à leurs enfants le jour de la rentrée, dans la manière qu’on aura tous de ne faire qu'un, et d'admettre qu’il y a des valeurs sur lesquelles on ne transigera pas.
QUE FAIRE DE CETTE COLERE QUI TRAVERSE LA FRANCE DEPUIS VENDREDI ?
La colère, c’est comme la peur. La peur peut susciter ou au contraire inhiber l'action. La colère, c’est pareil, elle peut vous enfermer un peu plus sur vous-même, avec un ressentiment qui débouchera toujours sur de la haine ; ou alors elle peut vous mener à l’action. Il faut que chacun d’entre nous, dans son domaine des possibles, se pose la question de quelle alliance il crée, de ce qu’il décide de faire ou de ne plus faire.
QUE PENSER DES RESEAUX SOCIAUX, CET ENDROIT OU L'ON EST FINALEMENT AU SUMMUM DE LA LIBERTE D'EXPRESSION, MAIS «OU LA HAINE S'ETALE AUSSI SANS FILTRE» COMME LE DIT LEÏLA SLIMANI ?
Sans aucun doute, les réseaux sociaux ont joué un rôle majeur dans l'appauvrissement de la pensée, en nous invitant continuellement à simplifier nos messages, en ne tolérant plus quoi que ce soit qui serait implicite, en nous permettant de constituer des communautés autour de nous, des gens qui pensent comme nous, qui votent comme nous, qui lisent les mêmes livres, qui ont les mêmes références culturelles... En réalité, on a anéanti, ou on est en phase d’anéantissement, du débat possible entre nos cultures. L'autre problème, c'est que le jeunes s'informent sur les réseaux sociaux. Ils croient que quand c'est sur une chaîne YouTube c'est vrai. Un point crucial à travailler avec l'école, c'est de les faire se questionner sur leurs sources d'information. À une époque, on disait «d’où tu parles, toi ?» Et en fait, le «d’où tu parles», il est génial, parce que c’est exactement la question qu’il faut poser aux jeunes aujourd’hui : d'où tu parles ? D’où détiens-tu l’information qui te permet de dire ce que tu dis ?
Il n’est pas question aujourd'hui d’être pacifiste, ou de baisser les bras, ou de trouver un compromis avec des assassins
COMMENT EXPLIQUER QUE LA JEUNESSE, SI LIBRE AU XXIE SIECLE, PUISSE TOMBER DANS LE PANNEAU DU FONDAMENTALISME RELIGIEUX ?
Refuser la complexité du monde, c’est toujours tentant. Il y a quelque chose de radical dans la simplification du débat, et la radicalité a toujours tenté la jeunesse, et c’est normal. Il y a d'ailleurs une responsabilité très forte des modèles de la jeunesse, les animateurs de télévision, les youtubeurs, les influenceurs, les sportifs… Qui n'apportent pas la subtilité, la complexité, l'humour fin, et, je le redis, l'esprit critique, dont les jeunes ont besoin. Il y a une expression qu’on a beaucoup entendue dans la jeunesse ces dernières années : «tu me manques de respect». C’est intéressant de réfléchir à ça. Qu’est-ce que c’est que de respecter quelqu’un ? C’est savoir le contredire, le plus souvent. Protéger à tout prix quelqu’un d’une autocritique, c’est, au contraire, lui manquer de respect. C’est considérer qu’il est trop infantile, ou sous-développé, pour être capable de faire face à un questionnement, à une interrogation de ses repères.
À TRAVERS VOTRE DISCOURS, ON COMPREND AUSSI QU'IL Y A CET ENJEU DE CROIRE EN LA LAÏCITE TOUT EN ETANT CROYANT (RELIGIEUSEMENT)...
Beaucoup de gens ont l’impression qu’on est laïque ou religieux, qu’on est croyant ou pas croyant. C’est comme s’il fallait choisir entre la science et la religion, c’est absurde. Pour moi, la laïcité et l’attachement à une religion cohabitent parfaitement. Je reconnais à la laïcité la bénédiction de me permettre de vivre la religion telle que je la vis. Je me sens profondément attachée à la laïcité parce que pour moi, elle est un cadre qui permet qu’aucune conviction, aucune croyance et aucun dogme ne sature l’espace dans lequel je vis. La laïcité est une garantie d’oxygénation permanente parce qu’il y a toujours un espace autour de moi qui reste vide de ma croyance ou de celle de mon voisin. Pour beaucoup, et on en revient à l'appauvrissement de la pensée et du vocabulaire, la laïcité est devenue synonyme d’athéisme. Mais ça ne l’a jamais été.
DEPUIS L'ATTENTAT, ON ENTEND ÇA ET LA DES GENS DIRE : LES HOMMAGES C'EST BIEN, MAINTENANT, IL FAUT DU COURAGE. «ÇA NE PEUT PLUS SE PASSER DANS LE PACIFISME», DIT ELISABETH BADINTER. QUEL EST VOTRE SENTIMENT SUR CE POINT ?
Il n’est pas question aujourd'hui d’être pacifiste, ou de baisser les bras, ou de trouver un compromis avec des assassins. Il y a un combat à mener, et comme dans tous les combats, y compris dans les combats militaires, il faut penser les alliances. Il n'y aurait rien de pire que de se tromper d’ennemi, et de commencer à se déchirer entre gens qui sont d’accord sur le fond, mais peut-être pas nécessairement sur la forme que doit prendre ce combat. Aujourd’hui, l’enjeu est là, il est dans comment on fait pour trouver des alliances qui soient salutaires, tout en étant conscient, lucide, que oui, nous sommes en guerre.


 «ON NE SE MOQUE PAS DES RELIGIONS»: L'ARCHEVEQUE DE TOULOUSE CREE LA POLEMIQUE
Figaro

Interrogé sur France Bleu, Monseigneur Le Gall a déclaré être contre la diffusion de caricatures religieuses.
«On met de l'huile sur le feu», estime l'archevêque de Toulouse Mgr Le Gall.  «la liberté d'expression a des limites» et qu'«on ne peut pas se permettre de se moquer des religions, (car) on voit les résultats que cela donne». 


FAUCILLE ET NEZ CROCHU : UNE CARICATURE DE MACRON DIFFUSEE PAR LR PASSE MAL
Les Républicains ont diffusé vendredi sur Twitter un dessin d'Emmanuel Macron représenté en banquier au nez crochu sous influence soviétique. Le parti a retiré le visuel, s'est excusé et François Fillon a réclamé samedi soir des sanctions.
Par Le Figaro
Censé incarner l'offensive de la droite contre Emmanuel Macron, un visuel diffusé vendredi sur le compte Twitter des Républicains a provoqué l'indignation des internautes. En représentant Emmanuel Macron en banquier en haut de forme et au nez crochu, faucille soviétique en main, le parti de François Fillon voulait dénoncer son passé dans la finance et les nombreux ralliements venus de la gauche, notamment de l'ancien premier secrétaire du Parti communiste, Robert Hue. Mais les internautes y ont vu une ressemblance avec les caricatures antisémites des années 30.
 Au lendemain de cette polémique, François Fillon a dénoncé samedi soir une «caricature inacceptable» et réclamé des «sanctions» internes pour les auteurs de ce dessin «antisémite». «Je comprends l'émoi» que cette caricature «a pu susciter car elle évoquait des dessins d'une époque sombre de notre histoire et véhiculait une idéologie contre laquelle je me suis toujours battu», a déclaré dans un communiqué l'ancien Premier ministre.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY
«LA LIBERTE D'EXPRESSION A DES LIMITES» Mgr Le Gall
QUELLES LIMITES ?
« LA SOUFFRANCE D’AUTRUI » REPOND LE PHILOSOPHE LAMBROS COULOUBARITSIS.

Lambros Couloubaritsis: «La souffrance doit être la mesure de nos actions»
« Nous devons tenter de dépasser la violence physique mais aussi la violence narrative pour créer une nouvelle culture fondée sur l’émulation et les valeurs ludiques » : c’est le cœur du propos de Lambros Couloubaritsis, dans son dernier essai.
« La violence narrative est omniprésente dans toutes les cultures, depuis les premiers écrits mythologiques jusqu’aux films, jeux vidéo et réseaux sociaux actuels. » Pour le philosophe Lambros Couloubaritsis, elle ne peut avoir de vertu cathartique que « si l’on développe l’esprit critique nécessaire pour la mettre à distance. »
« La plupart des études consacrées à la violence parlent de violence corporelle et de force physique pour dominer, tuer, détruire ou endommager, pour provoquer des douleurs corporelles et des souffrances physiques. On occulte systématiquement l’importance de la violence discursive et narrative, qu’on trouve dans les récits – les mythes, la littérature, le cinéma… – et qui agit d’une façon performative dans les dialogues, par la menace, la colère ou l’incitation à la violence. J’ai voulu éclairer cette présence massive de la violence à travers le langage, qui m’a interpellée dans la mesure où une parole peut blesser d’une façon atroce et « persévérer » dans le psychisme pendant toute une vie. D’autant qu’il n’y a pas de violence physique sans qu’une violence discursive l’ait précédée. »
Le « schème de la violence » est utilisé dans les fictions littéraires et cinématographiques sans rapport direct avec le réel.
Il  faut donc d’abord apprendre à ne pas s’identifier à la narration, ni à la comprendre littéralement. Il faut prendre des distances à l’égard de son contenu et faire la part des choses – c’est ce qu’on appelle communément « l’esprit critique ». 
Aussi essentielle soit-elle, cette liberté peut néanmoins faire souffrir et même conduire à la violence, en mettant en question des croyances et des opinions, et en créant un sentiment d’injustic lui demande Wiliam Burton (Le Soir) 
« Ici aussi, il faut éduquer pour apprendre à gérer cette violence narrative. Aussi longtemps qu’on ne prend pas ses distances à son égard et qu’on ne comprend pas le besoin ludique de l’homme, les auteurs, comme, par exemple, les caricaturistes, devraient agir, par un choix libre, selon une obligation de réserve, pour ne pas faire souffrir les gens inutilement. La souffrance morale est un phénomène souvent occulté, mais redoutable… » 
IL FAUT ETABLIR UNE ETHIQUE QUI PRENNE LA SOUFFRANCE COMME MESURE DE NOS ACTIONS. 
« Il faut évaluer les conséquences de son action sur les êtres humains qui les subissent.
L’étude de l’origine de la philosophie m’a conduit progressivement à découvrir que l’origine de la culture grecque résidait moins dans le passage de la pensée archaïque à la philosophie présocratique, qu’à la maîtrise de la violence guerrière exprimée par les épopées. Et cela grâce aux jeux olympiques – ou plus précisément aux jeux panhelléniques. À travers des règles, ils ont réalisé l’émulation sportive au détriment des antagonismes et des rivalités, créant ainsi une nouvelle culture. La démocratie antique a fait irruption dans son sillage, en maîtrisant la violence physique et en la déplaçant vers la violence discursive, avec, là aussi, des règles pour éviter les dérives. Cette maîtrise de la violence est vraiment au cœur de l’histoire de l’Europe avec la formation des États de droit, les droits de l’homme ou encore la création de l’Union européenne. »
Mais les « dérives » sont légion, tant dans le sport que dans le débat politique objecte Burton.
« Parce que les deux favorisent la compétition au détriment de l’émulation ! C’est pourquoi je termine mon livre par les jeux, car face aux nouvelles technologies, que les enfants pratiquent, les sports peuvent être une solution d’avenir, à condition de contrôler ses dérives. Parce qu’ils peuvent promouvoir l’émulation, créer des rapports interculturels, et préserver la santé et, en plus, apprendre aux jeunes qu’il faut appliquer des règles conventionnelles. »
On ne s’est sans doute pas préoccupé suffisamment de savoir, d’où nous parlons , comme le suggère Delphine Horviller.  En l’occurrence de notre point de vue de citoyens  européens sécularisés et allergiques à la nation de « blasphème »  en perdant totalement de vue que ceci ne saurait convaincre celles et ceux qui regardent le monde, notre monde commun d’un a autre « point du vue », appelons le pour faire simple, le point de vue des prophètes comme nous le rappelle l’archevêque français.
 Personnellement je ma rallie au « point de vue » de Lambros Couloubaritsis qui dénonce tout acte violent, qu’il soit physique ou  narratif, virtuel qui engendre la souffrance d’autrui.
J’y vois une très belle manière de « penser contre soi ! »  
MG

vendredi 30 octobre 2020

DIDIER LEROY: «LA MOUVANCE ISLAMISTE FAIT UNE FIXATION SUR LA FRANCE»


Pour ce spécialiste du Moyen-Orient et des mouvements islamistes radicaux, la France truste bien actuellement le rôle d’ennemi numéro 1 des djihadistes.

Chercheur à l’Institut royal supérieur de défense et assistant à l’ULB, Didier Leroy voit dans la question du « blasphème » un prétexte des islamistes pour attaquer la France. Mais la haine anti-française des djihadistes vient de loin.

LA FRANCE, CIBLE Nº1 DES ISLAMISTES DU MONDE ENTIER ?
C’est une réalité. A l’échelle européenne en tout cas, la France fait l’objet d’une fixation de la part de la mouvance islamiste, surtout ceux de la mouvance Al-Qaïda ou Daesh : islamiste, sunnite et à vocation globale. Pour différentes raisons. D’abord au regard des relations historiques sulfureuses entre la France et le Moyen-Orient (expédition de Bonaparte en Egypte, mandat français sur l’espace syro-libanais et plus récemment l’histoire tourmentée qui lie la France à l’Algérie). Au niveau géopolitique ensuite, avec les déploiements militaires anti-djihadisme en zone syro-irakienne et au Sahel.
AUJOURD’HUI, LE PRETEXTE PRINCIPAL POUR ATTAQUER LA FRANCE EST-IL L’ACCUSATION DE BLASPHEME ?
Oui, bien entendu. Daesh n’a plus – en ce moment – une aura aussi triomphante qu’en 2014. On est moins dans la défiance avec une propagande audiovisuelle depuis Raqqa (l’ex-capitale autoproclamée de l’Etat islamique), mais plutôt un modus operandi qui rappelle Al-Qaïda des années Ben Laden. Une période moins faste pour le djihadisme, où il fallait frapper les « ennemis de l’islam » çà et là, en fonction des opportunités. Cette propagande opportuniste, qui continue d’exister, surfe sur toutes les vagues. Récemment, c’est la question du blasphème avec les nouveaux dessins de Charlie Hebdo qui revient. Les islamistes ne peuvent pas se permettre de ne pas en tirer profit. C’est presque trop beau. Mais il ne faudrait pas perdre de vue d’autres éléments géopolitiques qui peuvent avoir contribué à une frustration croissante. Je pense aux récents accords de normalisation des relations diplomatiques entre deux Etats arabes et l’Etat d’Israël. On voit alors poindre la cause palestinienne, qui est systématiquement présente dans la propagande islamiste.
EST-CE QUE CETTE FIXATION ANTI-FRANÇAISE SE LIT DANS LA PROPAGANDE ?
Cela est présent depuis longtemps, notamment dans les documents diffusés par Daesh (comme sa revue « Dabiq ») dans laquelle la France était particulièrement stigmatisée.
AVEC CET ATTENTAT A NICE, C’EST AUSSI UN SYMBOLE CHRETIEN ET CATHOLIQUE QUI EST ATTAQUE. ÇA NON PLUS N’EST PAS NOUVEAU…
Ils essayent de frapper ce qui est symbolique. L’objectif du djihad mondial n’est pas, en soi, une attaque au couteau ou même aux explosifs. L’objectif est tactique. Le but doit être grand ; sexy, d’une certaine manière, même si c’est macabre ici. Le but est de changer l’ordre mondial, rien de moins. Dans leur optique, on est dans un monde binaire fantasmé où un bloc occidental oppresserait le monde musulman. Ils visent les points sensibles. En France, c’est notamment la place des musulmans dans un pays majoritairement et culturellement catholique.
SANS FAIRE DE LIEN AVEC LE DJIHAD, EST-CE MALIN OU DANGEREUX DE LA PART DU PRESIDENT TURC DE SURFER SUR CETTE RHETORIQUE D’UN MONDE OCCIDENTAL QUI SERAIT ANTI-MUSULMAN ?
C’est à la fois malin et très risqué. Il existe trois puissances régionales qui essayent de se présenter comme les championnes de l’islam : l’Arabie Saoudite et la Turquie du côté sunnite, l’Iran du côté chiite. On parle toujours de Recep Erdogan comme d’un mégalo qui se voit en nouveau sultan. On le voit bien à la manière dont sont implantées les bases militaires turques en dehors du pays, Erdogan essaye de récupérer cette influence de l’ancien empire ottoman sur le monde sunnite, mais dans une région qui, culturellement, est arabe. C’est intelligent de jouer cette carte islamiste à un moment où la Turquie a réalisé qu’elle ne va pas intégrer le club européen, qu’elle doit se tourner vers d’autres régions. Mais cela a ses limites : la Turquie a de grandes difficultés économiques, énergétiques ou diplomatiques. Le président turc joue un peu avec le feu.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE CHOC DES CIVILISATIONS



L’homme est ennemi de ce qu’il ignore. Ibn Arabi.

Macron est pour le sultan turc un très mauvais miroir !
Erdogan se venge sur Macron et sa République laïque du refus essuyé par la Turquie de rejoindre l’union européenne. 
Son attitude va poser tôt ou tard une question fondamentale : quand l’OTAN se décidera-t-elle de l’exclure de l’alliance un partenaire qui se procure du matériel militaire russe et pire encore qui risque un conflit majeur avec la Grèce, un autre état membre de l’Alliance atlantique ?
Un je ne-sais- quoi, un presque rien m’a fait dire que la décapitation de Samuel Papy, héritier de la dynastie des hussards noirs de la République (Péguy)  évoque , je ne sais trop pourquoi,  l’attentat de Sarajévo contre les archiducs héritiers présomptifs  de la couronne d’Autriche-Hongrie. 
Cet éclair intuitif renvoye à une situation qui de plus en plus se concrétise : celle d’un choc des cultures (Huntington) dont le théâtre opérationnel s’est déplacé  du Moyen Orient vers le champ de bataille français.
Il serait temps que toutes les forces de résistance se mobilisent pour chasser du territoire français les combattants de la cause islamiste ou, à tout le moins, de les mettre hors d’état de nuire. 
C’est , à l’évidence, le choix d’Emmanuel Macron. Il ne saurait vaincre seul d’autant plus qu’il doit affronter d’autres défis : le covid, la dépression économique et la nébuleuse des gilets jaunes.
 Ce n’est pas d’un De Gaulle sans la vareuse militaire et le képi que la France à besoin mais bien d’une nouvelle Jeanne de Arc, car l’ennemi tapi dans l’ombre des banlieues ne nous pardonne pas ce que nous sommes.  
MG


ALAIN FINKIELKRAUT: «L’ENNEMI NE NOUS PARDONNE PAS D’ETRE CE QUE NOUS SOMMES»
Pour l’académicien, l’attentat barbare perpétré à la basilique Notre-Dame de Nice s’ajoute à une trop longue liste. C’est la France en tant que civilisation, et pas seulement la République, qui est visée par la terreur islamiste. «Le parti du déni n’a pas désarmé».
 
Alain Finkielkraut. 
LE FIGARO.- «Une bataille s’est engagée entre le parti du sursaut et le partide l’autre», affirmiez-vous en 2015 après l’attaque de Charlie Hebdo. Où en est-on aujourd’hui?Avez-vous le sentiment que les deux derniers attentats, de Conflans et de Nice, marquent une rupture inédite?
Alain FINKIELKRAUT.- Le terrorisme n’est pas un phénomène en soi. Il fait partie d’un tout, et ce tout, c’est la haine de la civilisation française. Le crime de Nice confirme ce diagnostic. D’un Allah akbar! à l’autre, de Mohamed Merah à l’attentat d’hier, la France est visée dans sa dimension juive, dans sa dimension laïque et dans sa dimension chrétienne. Nous aurons beau protester de notre bonne volonté et lutter avec ardeur contre toutes les discriminations, l’ennemi est là, qui ne nous pardonne pas d’être ce que nous sommes.
La décapitation de Samuel Paty n’a pas été planifiée ni commanditée par Daech. Elle ne porte la marque d’aucune organisation nationale ou internationale. Mais elle n’est pas pour autant


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
«LE PARTI DU DENI N’A PAS DESARME».

jeudi 29 octobre 2020

Attaque au couteau à Nice: au moins trois morts et plusieurs blessés


Le Soir

L’agresseur a crié « Allah Akbar », selon une source proche de l’enquête.
Au moins trois personnes ont été tuées, dont au moins une égorgée, et plusieurs blessées jeudi matin à Nice lors d’une attaque au couteau dont l’auteur a été interpellé par la police, selon un bilan de source policière. Les faits se sont déroulés vers 9h.
Deux personnes, un homme et une femme, ont été tuées dans l’église Notre-Dame et une troisième, sérieusement blessée, est décédée dans un bar proche où elle s’était réfugiée, a précisé à l’AFP la même source. L’agresseur a crié « Allah Akbar », selon une source proche de l’enquête. L’agresseur, qui a été blessé par balle lors de son interpellation, a dit s’appeler « Brahim » et être âgé de « 25 ans », a-t-on ajouté de même source.

 «TOUTE L’EUROPE EST AVEC VOUS»
Le président du Parlement européen, David Sassoli, a appelé jeudi les Européens à « s’unir contre la violence et ceux qui cherchent à inciter et à répandre la haine. » « Je suis profondément choqué et attristé par la nouvelle de l’horrible attentat de Nice. Cette douleur est ressentie par nous tous en Europe », a déclaré l’Italien sur Twitter.


FRANCE: TENTATIVE D’ATTAQUE AU COUTEAU A AVIGNON, L’ASSAILLANT ABATTU
Cette attaque est intervenue deux heures après l’attaque de la basilique Notre-Dame de Nice, où trois personnes ont été tuées par un homme lors d’une attaque au couteau.

Un homme armé d’un couteau aurait tenté d’attaquer des policiers en rue ce jeudi vers 11h15 à Avignon, selon Europe 1 et plusieurs médias. L’agresseur aurait crié « Allah Akbar » et menacé les fonctionnaires de police, qui ont riposté en ouvrant le feu. Le suspect est décédé. Une enquête a été ouverte.
Cette attaque est intervenue deux heures après l’attaque de la basilique Notre-Dame de Nice, où trois personnes ont été tuées par un homme lors d’une attaque au couteau. Selon le maire Les Républicains Christian Estrosi, l’assaillant aurait également crié « Allah Akbar » lors de son arrestation.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« UN PAS DE PLUS VERS LA GUERRE CIVILE » N. PLOLONY
CA RECOMMENCE ET CA RISQUE DE NE PLUS S’ARRETER

Le désir mimétique est une théorie élaborée par René Girard exploitant un seul et même mécanisme, pour expliquer un grand nombre de phénomènes humains.  Ce désir mimétique se propage d’individus à individus jusqu’à entraîner « un antagonisme généralisé ». 
En clair, il faut donc  empêcher, comme le Jésus de la femme adultère , la première pierre de partir, sinon d’autres pierres partiront irrémédiablement.   Or la première pierre est partie avec la décapitation de Samuel Paty j. D’autres ont suivi aujourd’hui, à Nice, à Avignon et ailleurs…
Les églises de France sonnent le glas ! 
Pour qui sonne le glas ? Pour tous les catholiques de France et de Navarre. Mais aussi pour tous les défenseurs de la démocratie et de la pensée libre, libre et critique.
L e grand imam d’Al Azhar « condamne et dénonce cet abominable attentat terroriste et met en garde « contre l'escalade de la violence et des discours de haine », en appelant à « la voix de la sagesse » Enfin une voix musulmane qui de lève pour peotester ! Mais ce n’est qu’une voix, s’autres se joindront-elles à lui par mimétisme de sagesse ?
«L'islamisme fournit le ciment qu'on trouvait autrefois dans le marxisme. Son rapport mystique avec la mort nous le rend le plus mystérieux encore.» Girard
Natacha Polony commente : "Respecter les musulmans, c’est considérer qu’ils sont des Français comme les autres et qu’ils ne doivent pas être réduits à leur religion. Ce que permet la discrétion propre à une République qui met à distance les signes extérieurs d’appartenance. »
Soyons clairs : la stratégie des Frères musulmans consiste, depuis leur création dans les années 1930, à « réislamiser » les musulmans en exerçant une pression pour les inciter à adopter une pratique littérale et rigoriste de l’islam afin d’imposer un ordre théologico-politique dans lequel la religion affirme son emprise sur la société. Depuis trente ou quarante ans, les populations musulmanes d’Europe sont une cible privilégiée pour cette propagande. »
UN PAS DE PLUS VERS LA GUERRE CIVILE
« L’intégrisme religieux consiste justement à laisser croire qu’il n’est de religion que visible dans l’espace public et que le ritualisme est la mesure de la foi. Mais cet intégrisme est magistralement servi par l’obsession identitaire de sociétés occidentales qui cultivent l’exposition de soi. »
LA MALADIE DU RESSENTIMENT
La philosophe Cynthia Fleury vient de publier une réflexion sur cette maladie à la fois individuelle et collective qu’est le ressentiment. 
« Une forme de narcissisme blessé dans lequel l’impression de n’avoir pas été traité équitablement devient obsessionnelle, jusqu’à dévorer l’ensemble du moi. On sait combien les personnalités paranoïaques se croient autorisées à toute forme de violence au motif qu’elles se vivent perpétuellement comme attaquées. Le ressentiment est donc une maladie dangereuse pour une société. Et soigner ce narcissisme blessé est un acte politique essentiel. » 
Il s’agit de « ne plus rien concéder à la logique communautariste, mais marteler systématiquement que la laïcité implique la discrétion. Vivre librement sa foi, ce n’est pas la porter en étendard. Un message qui s’adresse non seulement aux croyants, quels qu’ils soient, mais à toute une jeunesse imprégnée de communautarisme anglo-saxon. »
Respecter les musulmans, c’est considérer qu’ils sont des Français comme les autres et qu’ils ne doivent pas être réduits à leur religion. Ce que permet la discrétion propre à une République qui met à distance les signes extérieurs d’appartenance. »
Les islamistes radicaux ont franchi aujourd’hui un pas supplémentaire   vers la guerre civile : « la guerre de tous contre tous » comme disait Hobbes.
En ce moment des loups solitaires sont à l’œuvre et ils pratiquent du terrorisme dit low cost à l’arme blanche qui rappelle singulièrement celui des années noires que le FIS infligea à l’Algérie pendant des décennies. Les affrontements de cet été entre communautaristes  tchétchènes  et les bandes rivales maghrébines dans la banlieue de Dijon avaient déjà des relents de guérilla urbaine. Emmanuel Macron saura-t-il souder derrière lui l’union nationale  « pour rétablir l’État dans son rôle, pour que la question sociale, dans des quartiers gangrenés par les trafics et constituant des poches de pauvreté au fur et à mesure qu’on y entasse les nouveaux arrivants sur le sol français, ne se transforme plus en question identitaire et religieuse. »
S’il devait échouer la France serait en proie à deux périls : celui de la guerre civile et celui d’un raz de marée du Rassemblement National, prélude de l’installation de Marine le pen à l’Elysée et de l’instauration d’une démocrature en lieu et place de la République.
MG


La philosophe Cynthia Fleury: «Nous allons entrer dans une phase d’instrumentalisation du ressentiment»
La philosophe Cynthia Fleury analyse le mécontentement sourd qui gangrène l’existence des hommes et des sociétés.

« Il n’est en effet jamais simple, peut-être même impossible, de distinguer a priori le moment de bascule entre une réaction ressentimiste et une action politique de résistance. » - Pierre-Yves Thienpont.

Par William Bourton
Chef du service Forum Le Soir
 
Le ressentiment gagne du terrain et, selon Cynthia Fleury, nous allons entrer dans une grande phase d’instrumentalisation de cette pulsion. Un phénomène périlleux mais que l’on peut surmonter, en le sublimant, comme elle l’explique dans son dernier essai, Ci-gît l’amer.
Vous faites la part des choses entre la souffrance réelle et le ressentiment. Le ressentiment, c’est une souffrance ruminée ? Ou un « sentiment de souffrance » ?
C’est tout le problème de ce qu’on nomme la « souffrance » : on aimerait qu’elle soit comme un bloc monolithique, « pure », simple à déchiffrer, mais en réalité la souffrance est un phénomène complexe où la part psychosomatique est également très importante. D’ailleurs, les cliniciens de la douleur travaillent autant avec des psychologues, des psychiatres, des experts de la santé mentale que des neuroscientifiques, indépendamment des médecins spécialistes des pathologies produisant des douleurs plus objectivables. Concernant le ressentiment, il est défini comme étant une rumination, une essentialisation victimaire, un « délire » victimaire, qui peut être corrélé à des conditions objectives de souffrance morale, physique ou psychique, mais qui peut être tout à fait décorrélé. Dès lors, il n’est pas simple de poser les liens de causalité ou de déterminisme entre les deux.
Pour autant, et c’est peut-être ce point qu’il faut retenir, si l’on valide que le ressentiment s’assimile à la souffrance, ou est la conséquence inéluctable de la souffrance, on valide un déterminisme puissant, qui ne me paraît pas tenable ni du point de vue thérapeutique ni du point de vue philosophique, au sens d’éthique. Cela ne signifie pas pour autant qu’on ne doive pas tout faire pour lutter contre les causes objectives de renforcement de la pulsion ressentimiste, mais je crois qu’il est également souhaitable de ne pas dédouaner l’homme de sa responsabilité, car cela équivaudrait à l’assigner à un destin de soumission et de non-liberté. D’où l’exergue de mon livre qui pose l’axiome suivant, nullement prouvé scientifiquement, mais qui relève plus d’un choix clinicien et moral : «  L’homme peut, le sujet peut, le patient peut.  » Ce n’est nullement un vœu pieux, c’est une idée régulatrice, typique de l’enseignement des Lumières kantiennes. La question que je traite est aussi celle-ci : le ressentiment peut-il être un juste moteur pour le déploiement du principe d’individuation et pour la défense de l’Etat de droit ? Or, éthiquement et cliniquement, je défends l’approche inverse, à savoir que seule la sublimation du ressentiment est un principe viable.
Le ressentiment est aussi parfois une manière de justifier sa situation, lorsqu’on se complaît dans une posture victimaire, par exemple…
Plus le ressentiment est profond, plus il aliène le sujet et ce dernier devient incapable de le discerner. Il entre dans le déni. L’essentialisation victimaire devient une sorte de tache aveugle. On trouve d’ailleurs chez Freud le terme de « scotomisation ». Au départ, le ressentiment peut donner le sentiment d’être causé par quelque chose, mais petit à petit, il s’indifférencie, il devient une forme de dénigrement généralisé, d’absence de discernement. Scheler parle de « dépréciation universelle », d’« animosité haineuse et explosive » qui existe chez le sujet ressentimiste qui ne va être apte qu’à produire un ethos inversé, autrement dit, il produit de l’hostilité comme d’autres pourraient produire de l’accueil, de façon quasi spontanée.
C’est un peu la définition de la « mauvaise foi » sartrienne : on s’identifie tellement à sa situation ou à son rôle social qu’on en oublie qu’on est libre…
Oui, il y a quelque chose de la mauvaise foi sartrienne, au sens où le sujet refuse d’emblée de considérer qu’il est « sujet ». Les travaux de Fanon, psychiatre et grand militant de la cause décolonialiste, montrent bien qu’on peut tout à fait être considéré comme un « subalterne », un « dominé », de façon socio-historique et conjoncturelle, il n’en demeure pas moins que la véritable domination est celle qui équivaut à une « colonisation de l’être », autrement dit à une essentialisation du statut de « dominé ». Fanon ne cherche nullement à infirmer les injustices socio-historiques, au contraire. Il restitue au sujet sa capacité à « agir », à lutter contre les injustices sans se soumettre au ressentiment.
Max Scheler oppose le ressentiment (valeur négative) à la révolte (valeur présumée positive). Qu’en pensez-vous ?
Je me souviens des travaux de notre cher collègue Bernard Stiegler, parti trop tôt, sur ce qu’il a nommé la « pharmacologie ». Il n’est en effet jamais simple, peut-être même impossible, de distinguer a priori le moment de bascule entre une réaction ressentimiste et une action politique de résistance. Pour autant, tel est bien l’enjeu, cette affaire de complexité, de discernement extrême car nous allons entrer dans une grande phase d’instrumentalisation ressentimiste, où les tenants de cette approche vont précisément nous présenter la violence comme seul mode viable du politique et du mouvement social, alors même que la conflictualité du politique est protocolarisée dans la démocratie.
Pour vous, c’est par l’engagement que l’on sort de cette délectation morose ; encore faut-il que le « système » ne soit pas verrouillé de l’intérieur…
Dans les démocraties, le système n’est pas totalement verrouillé. C’est la différence entre des Etats de droit et des systèmes autoritaires. Il existe très concrètement des outils qui permettent d’accéder à des droits, et non nécessairement d’ailleurs des droits. Ces leviers sont les médias, les associations, l’éducation libre et gratuite, les lois liées aux libertés publiques, etc. Pour autant, ce n’est nullement aisé, sans parler du fait que nous allons devoir faire face à un phénomène de numérisation de notre citoyenneté, au sens où de plus en plus nos droits sont contrés numériquement, ou encore nécessitent d’avoir des compétences techniques pour être validés. Ce qui équivaut à une montée en compétence du côté de la citoyenneté, ce qui est d’une manière un point assez anti-démocratique. L’accès à sa propre citoyenneté capacitaire demande plus de qualification, et donc si nous ne veillons pas à former les citoyens sur ces questions, ils perdront le caractère « concret », non formel, de ces droits.
Le ressentiment constitue un terreau politique fertile pour qui sait en tirer parti, en disant : « Je vous ai compris ; vous avez raison... » C’est l’explication ultime du populisme ?
Algan, Cohen et Foucault avaient écrit un livre très éclairant sur les causes du populisme (Les Origines du populisme, Seuil, 2019), considérant que les insécurités politique, économique et culturelle constituaient, à juste titre, son terreau. Pour ma part, je rajoute l’insécurité psychique, qui ratifie véritablement l’entrée dans le ressentiment, qui est un sentiment générique que l’on peut retrouver dans le populisme, mais aussi les théories conspirationnistes ou complotistes.
Cynthia Fleury

Cynthia Fleury est professeure titulaire de la Chaire humanités et santé au Conservatoire national des arts et métiers et titulaire de la Chaire de philosophie à l’hôpital du GHU Paris psychiatrie et neurosciences.


mercredi 28 octobre 2020

2020, "une année de merde" quand on a 20 ans


RTBF

Depuis le début de la crise du coronavirus, la jeunesse a souvent été pointée du doigt pour son manque de respect des mesures sanitaires. Fêtes clandestines, gestes barrière négligés : les exemples ne manquent pas. Mais que pensent ces jeunes, de l’année qu’ils sont en train de vivre ? Beaucoup ont perdu le sentiment d’insouciance, de liberté et de camaraderie. Avoir 20 ans en 2020, cela n’aurait rien de drôle à l’écoute de témoignages.

Loris, Babou et Fevzi sont 3 jeunes qui ont des parcours diamétralement opposés. Babou fait son bachelier en développement durable à Namur. Loris travaille dans le milieu du foot, et Fevzi termine sa rhéto dans la filière technique. Trois univers avec un point commun : ils ont 20 ans ou presque.
"C’est vraiment une année de merde" s’exclame Fevzi. A bientôt 20 ans, ce jeune Bruxellois est en 6e électromécanique à l’institut Cardinal Mercier à Schaerbeek. L’après-midi où nous le rencontrons, il discute avec d’autres dans la bibliothèque de l’école. La bande tue le temps car plusieurs cours sont suspendus. Certains professeurs sont en quarantaine et parfois positifs au coronavirus.
Pour Fevzi, le quotidien à l’école ressemble à une galère. "Il faut rattraper la matière qu’on n’a pas pu avoir pendant le confinement. Et maintenant, avec la deuxième vague, on est repartis pour un tour. C’est vraiment une situation compliquée", nous confie-t-il.
Un ennui à combattre
Depuis le mois de mars dernier, la jeunesse n’a pas pu se faire comme avant. Hormis cet été, les soirées entre copains ont été fortement compromises. Et que dire des interactions sociales réduites au strict minimum. Les contacts avec l’extérieur se résument la plupart du temps, à des échanges de SMS ou de messages sur les réseaux sociaux. Quant à ceux qui étudient, c’est de plus en plus devant un ordinateur, à domicile, qu’ils suivent les cours.
Babou est étudiante en développement durable dans une haute école du Namurois. Entre ses cours à distance et en présentiel, elle nous offre un peu de son temps pour nous faire part de son mal-être. "Cette crise me rend moins souriante. J’ai moins le moral. Mes parents s’en inquiètent même", nous explique-t-elle.
"Un vrai yoyo émotionnel"
Pour ses 20 ans, en avril dernier, Babou n’a pas pu fêter ce cap comme il se doit. Depuis le début de la crise, elle ne prend pas le risque de faire des soirées qui iraient à l’encontre des règles sanitaires. Du coup, ce qui lui manque cruellement, c’est d’être avec ses amis. Et puis, elle regrette un manque de clarté dans ce qu’on doit mettre en place pour lutter contre le coronavirus.
"On nous donne de l’espoir. On nous le retire. Ce qui se passe là, c’est un vrai yoyo émotionnel. Moi, je serais d’avis qu’on prenne des mesures très restrictives pendant 6 mois et puis qu’on tente de retrouver des liens sociaux progressivement", soupire Babou.
Être positif
Face à cette réalité pour le moins morose, certains restent optimistes ou en tout cas, tentent de le faire. "C’est mon principal objectif en ce moment. Voir le positif !", rappelle Babou. De manière assez surprenante, il y en a par contre qui passent une bonne année. C’est le cas de Loris, 20 ans prochainement.
Ce passionné de foot vient de décrocher son premier job en pleine crise du coronavirus. Il est analyste vidéo au football club de Seraing. En clair, il filme les joueurs pendant leurs entraînements et matchs, et ensuite décortique les phases de jeu avec l’équipe. Il est, en quelque sorte, un adjoint de l’entraîneur.
"J’ai un job, obtenu mon CESS, décroché mon permis de conduire. Malgré le Covid, c’est une chouette année", explique Loris. Loin d’être un grand sorteur, il a profité du confinement pour rédiger son CV, créer des liens avec des professionnels du foot. "Je me suis préparé à la vie active", ajoute Loris.
L’amour, l’amitié, l’insouciance, la fête, la liberté : voilà des mots qui doivent en principe caractériser la vie de ces jeunes. Si certains d’entre eux vivent cette période coronavirus sans trop de difficultés, d’autres souffrent plus et n’espèrent qu’une chose : retrouver la fureur de vivre pour le reste de leur vingtaine.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
POURQUOI CES TROIS LA ?

Je vous propose le portrait d’une étudiante de 21 ans.
Appelons la Zoé. Ce n’est pas son vrai prénom.
A dix huit ans après sa sortie de rhéto elle décide de travailler pour accumuler un petit pécule. Lassée par cette expérience éphémère mais formatrice, elle décide d’entreprendre des études de droit et termine cum laude sa première année de bachelière malgré ou grâce aux contraintes distantielles. 
En septembre 2020, elle décide de charger la barque et d’entreprendre en sus un master en philosophie. Elle travaille d’arrache pied et se prive de toute relation sociale mais non point affective. Pour se détendre elle dessine.
Certes l’avenir la préoccupe mais elle a décidé de s’armer au mieux pour l’affronter. Elle vit en collocation avec Martine qui a 19 ans et est en seconde année et de physique et de mathématique à l’ULB.  
 Qu’est ce qui caractérise ces deux jeunes femmes : elles refusent de geindre et de s’apitoyer sur leur sort. Elles prennent leur destin en main et font preuve de caractère.
Je pourrais vous parler d’un troisième larron qui glande et se morfond tout en s’adonnant la nuit aux jeux vidéos. Sans intérêt.
No comment
MG    

mardi 27 octobre 2020

Un Tchétchène de 22 ans placé en détention à Blois pour apologie du terrorisme

Un Tchétchène de 22 ans placé en détention à Blois pour apologie du terrorisme
Ce jeune homme, né en Russie, était déjà connu des services de la justice. Il été identifié après des propos tenus sur un compte Twitter utilisant un pseudonyme, à la suite de l'assassinat de Samuel Paty.
Par Le Figaro avec AFP
 
Un jeune homme de 22 ans, d'origine tchétchène et domicilié à Blois, a été mis en examen dimanche pour «apologie d'actes terroristes» par le biais des réseaux sociaux.  
Un jeune homme de 22 ans, d'origine tchétchène et domicilié à Blois, a été mis en examen dimanche pour «apologie d'actes terroristes» par le biais des réseaux sociaux et placé en détention, a annoncé dimanche le procureur de la République de Blois Frédéric Chevallier.
Après la mort de Samuel Paty, ce jeune homme, né en Russie, a été identifié après des propos tenus sur un compte Twitter utilisant un pseudonyme. Il était déjà connu des services de la justice pour avoir été «condamné en 2017, lorsqu'il était mineur, pour des faits d'apologie d'actes terroristes, à la suite des attentats de Charlie Hebdo en janvier 2015», a précisé Frédéric Chevallier.
Selon le parquet, les investigations ont permis de mettre en lumière «des échanges et des écrits pouvant caractériser des actes d'apologie». Le jeune homme avait notamment «liké» sur son compte Twitter la photographie de Samuel Paty. Une perquisition à son domicile a aussi permis de découvrir de nombreuses armes et couteaux.
Au cours de sa garde à vue, l'intéressé a récusé «toute radicalisation». «Au terme des nombreuses investigations menées dans le temps de la garde à vue, le jeune homme était déféré ce dimanche matin 25 octobre 2020 devant le magistrat du parquet de permanence de Blois qui ouvrait une information judiciaire du chef d'apologie d'actes terroristes aggravée par la circonstance que ces faits ont été commis en utilisant un service de communication au public en ligne. Mis en examen de ce chef par le magistrat instructeur de permanence, il était, sur réquisitions conformes du parquet, placé en détention provisoire», a ajouté le parquet.


HAÏM KORSIA: «LA THESE DU LOUP SOLITAIRE OFFRE UN PRISME TROP COMMODE POUR NOUS EXONERER DE NOS RESPONSABILITES»
FIGAROVOX/TRIBUNE -
 Il faut refuser la thèse du loup solitaire car les loups viennent toujours d’une «meute» qui facilite le passage à l’acte, analyse Haïm Korsia. Selon le Grand Rabbin de France, cette rhétorique permettrait trop facilement de nous éxonérer collectivement de nos responsabilités dans la montée de l’islamisme.
Lorsqu’une tragédie nous frappe, nous cherchons à quoi peut-elle ressembler de connu, je dirais presque, de rassurant. Mais rien ne se rapproche du terrible assassinat de Samuel Paty, ni dans sa terrifiante réalité ni dans sa symbolique contre l’Éducation. Et revient la rhétorique du loup solitaire.
A l’évidence oui, les loups sont de retour. Mais non, ils ne sont pas solitaires: les loups chassent toujours en meute, même s’il arrive parfois que l’un d’eux s’en éloigne un peu pour se fondre dans la nuit qui obscurcit les silhouettes et brouille les regards. Face à eux, ceux qui doivent agir, c’est-à-dire nous tous, ne doivent pas partir à la bataille en ordre dispersé. Il nous faut rester unis pour faire face.
D’abord, dire les choses sans les amenuiser ni les déformer: il n’y a pas d’auto-endoctrinement. C’est même précisément l’inverse: dans l’esprit de ces terroristes made in France, c’est l’élection en héros, l’inscription dans une filiation de l’horreur, l’anoblissement promis par une internationale des fanatisés, qui est visé. La thèse du loup solitaire offre un prisme trop commode pour nous exonérer de nos responsabilités et justifier l’apathie générale face à ces attaques répétées.
Il est certain que les choses commencent à changer. Un peu tard, mais tout de même. Nous nommons enfin clairement l’ennemi à combattre, nous osons enfin affirmer nos valeurs sans chercher des compromis qui tombent toujours dans la compromission et nous lançons enfin des opérations et de véritables sanctions qui donnent du poids à la parole de l’Etat.
A l’évidence oui, les loups sont de retour. Mais non, ils ne sont pas solitaires : les loups chassent toujours en meute
Dans cette lutte intransigeante, force doit toujours rester à la loi des hommes, celle qui repose sur la contrainte légitime. Mais il faut également entretenir la foi en l’Homme, porter pour l’ensemble de la Nation un discours de consolidation du lien social. Sans cette convergence entre loi d’airain pour combattre le terrorisme et message d’espérance en l’homme, la battue ne prendra jamais fin car les loups deviendront phœnix et le feu rejaillira sans cesse des cendres. Or, malgré les mots fermes des autorités pour dénoncer ces actes et rappeler la force du pacte républicain, l’indifférence de beaucoup perdure. C’est donc une mobilisation générale de tous qu’il nous faut lancer.
Nous devons redonner confiance aux forces de l’ordre de la République pour livrer contre ce terrorisme une lutte sans merci, sans faiblesse ni relâchement, sans errements ni péchés contre la raison par déni d’une réalité tragique qui a déjà trop tué. Mais sans oublier pour autant de nous adresser aux âmes, aux consciences et à l’humanisme de nos sociétés qui doivent produire de l’espérance, retrouver un rêve commun et, plus simplement, réapprendre à entendre plusieurs voix s’exprimer, certes distinctes, de racines diverses, mais fixées sur un même idéal d’humanité. Ce n’est pas abolir les différences auxquelles nous tenons et qui forgent nos identités, mais c’est retrouver nos valeurs communes.
Et ces valeurs, pour fraternelles qu’elles soient, nous obligent à envisager, si besoin, le combat pour les défendre. Or, sur la délation, la haine et le déchainement de violence sur les réseaux sociaux qui ont méthodiquement et tragiquement précédé, appelé et annoncé l’horrible assassinat de Samuel Paty, nous n’avions pas l’arsenal juridique pour agir au plus vite et avec fermeté. En effet, en censurant l’essentiel de la loi Avia, le Conseil Constitutionnel s’est hélas retranché derrière des concepts, un vocabulaire et finalement des arguments qui ne sont ni adaptées, ni proportionnées aux buts poursuivis par la société. Leur recherche d’un équilibre, vain dans le cas d’espèce, entre liberté d’expression et lutte contre la haine en ligne, est illusoire. Cette décision est donc rétroactivement terrible de conséquence. C’est ce qu’affirme le Talmud en disant: «Ne soyons pas méchants à force de vouloir être bons».
De quoi s’agit-il en effet? La loi du 14 mai dernier portée par Laetitia Avia faisait obligation aux opérateurs de réseaux sociaux de retirer sous 24 heures de leurs sites tout propos haineux. Le Conseil Constitutionnel a délibérément choisi de ne pas sortir des sentiers battus alors qu’il fallait enfin une nouvelle dimension à la lutte contre la haine sur internet qui gangrène pourtant notre société. Il aurait pu saisir cette occasion unique de dépasser le critère juridique de proportionnalité, totalement inopérant en l’espèce, le Conseil Constitutionnel s’est borné à la passivité et au conformisme.
Et ces valeurs, pour fraternelles qu’elles soient, nous obligent à envisager, si besoin, le combat pour les défendre
Au lieu de rompre avec une attitude frileuse et faire preuve de courage et de détermination, les Sages ont préféré se ranger dans le camp de ceux qui ne voient pas la réalité et l’influence des réseaux sociaux. Le Conseil n’a pas voulu admettre et comprendre que la notion de proportionnalité permettait la terrible erreur de considérer la haine, le racisme ou l’antisémitisme comme des phénomènes qu’il ne fallait pas combattre à tout prix alors que c’est le ferment de ce qui mine l’âme des peuples. Cette approche m’est totalement incompréhensible.
Faudrait-il que les forces maléfiques qui peuvent ainsi se déployer bénéficient d’une durable impunité? Un tel pouvoir serait sans précédent dans l’Histoire de l’Humanité, et ses conséquences concrètes totalement inédites, car si récentes, peuvent échapper à l’expérience accumulées de nos plus éminents jurisconsultes.
On me dira, comme pendant les débats sur la loi Avia: quelle est la définition d’un propos haineux? Nous en connaissons maintenant le nom de la victime, c’est Samuel Paty. Je veux, au nom du judaïsme français, exprimer à la famille de Samuel Paty toute notre douleur, notre compassion et notre fraternité. Je pense également à ses élèves, à ses collègues du Bois d’Aulne et à toute la grande communauté éducative du pays. Je demande à l’ensemble des synagogues de France de réciter une prière à sa mémoire ce Chabbat et souhaite que l’ensemble des cultes s’y associent.
J’ai depuis longtemps comparé le racisme et l’antisémitisme à des virus virtuels, propagés par les mots et les cultures, qui contaminent les esprits avec une virulence et une contagiosité qui valent bien celles des pires de leurs congénères quand ils s’attaquent à nos corps. Je ne m’accorde pas ici, en ces temps cruels de pandémie, la facilité de filer plus avant cette métaphore. Je veux néanmoins affirmer que comme la Covid-19, on ne se débarrassera pas du virus de la haine raciste et antisémite par des demi-mesures. Le virus de la haine doit être éradiqué par les voies les plus expéditives et les plus fermes.
Les grands maux de l’heure, matériels et spirituels, appellent de grands remèdes
Peut-être le temps viendra-t-il d’un vaccin, par l’éducation, mais à défaut, c’est le temps des traitements par la sévérité. Comme pour la Covid-19, il faut imposer les gestes barrières-verbales les plus définitifs, confiner les clusters culturels-racistes sans le moindre interstice, couper sans ménagement les chaînes de transmission haineuses, pilonner sans nuance et sans état d’âme le moindre brin de résurgence. Seule différence: ne jamais s’en laver les mains, l’indifférence étant coupable au plus haut degré.
Les grands maux de l’heure, matériels et spirituels, appellent de grands remèdes et les plus traditionnelles pharmacopées, dans tous leurs dosages, seraient-ils héritées du Siècle des Lumières, ont amplement prouvé leur utilité thérapeutique face au racisme. Le racisme et l’antisémitisme sont des comorbidités dont, face à tant d’autres périls qui nous menacent, il faut désormais nous débarrasser en priorité.
Voilà pourquoi j’appelle à réécrire une partie du texte, mais à ne surtout pas abandonner cette loi Avia qui permettra de lutter contre la haine sur internet avec des glaives d’acier et non pas avec des sabres de papier.
Il nous appartient d’être totalement déterminés à être nous-même, à être la République, à être la France 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES LOUPS SONT ENTRES DANS PARIS

 «La thèse du loup solitaire offre un prisme trop commode pour nous exonérer de nos responsabilites» Haïm Korsia
Cela fait des années, que dis-je, des décennies  que je sens poindre ce péril.  Le premier Rabbin de France est comme le canari dans la mine : il a flairé l’odeur du grisou, l’explosion est imminente. 
Guerre civile ?  
« Le virus de la haine doit être éradiqué par les voies les plus expéditives et les plus fermes.»
« Les grands maux de l’heure, matériels et spirituels, appellent de grands remèdes. »
« Peut-être le temps viendra-t-il d’un vaccin, par l’éducation, mais à défaut, c’est le temps des traitements par la sévérité. »
Les grands maux de l’heure, matériels et spirituels, appellent de grands remèdes et les plus traditionnelles pharmacopées, dans tous leurs dosages, seraient-ils héritées du Siècle des Lumières, ont amplement prouvé leur utilité thérapeutique face au racisme. 
« Le racisme et l’antisémitisme sont des comorbidités dont, face à tant d’autres périls qui nous menacent, il faut désormais nous débarrasser en priorité. »
« Voilà pourquoi j’appelle à lutter contre la haine sur internet avec des glaives d’acier et non pas avec des sabres de papier .»
« Il nous appartient d’être totalement déterminés à être nous-même, à être la République, à être la France ».
« L’indifférence de beaucoup perdure. C’est donc une mobilisation générale de tous qu’il nous faut lancer. 
« Aux armes Citoyens ! »
Il n’y a plus une minute à perdre, la République est menacée, minée, sapée dans ses fondements : l’école chancelle et avec elle la République démocratique.
Je n’ai rien lu d’aussi lucide, d’aussi irréfutable et interpellant..
« Les loups sont de retour. Mais non, ils ne sont pas solitaires : les loups chassent toujours en meute »
« Attirés par l´odeur du sang
Il en vint des mille et des cents
Faire carouss´, liesse et bombance
Dans ce foutu pays de France
Jusqu´à c´que les hommes aient retrouvé
L´amour et la fraternité.... alors »
« la battue ne prendra jamais fin car les loups deviendront phœnix et le feu rejaillira sans cesse des cendres. »
L’assassinat de Samuel Paty : un nouveau Sarajevo ?
Cette fois c’est vraiment  sérieux ! Emmanuel Macron est dans la tourmente après avoir pris la bonne décision stratégique.
La peste soit du virus islamiste, plus rude à éradiquer que le covid.  
MG


ERDOGAN MOBILISE LES ISLAMISTES CONTRE LA France

« Rien ne nous fera reculer » : Macron garde le cap face à la colère d’une partie du monde musulman.
Le président français est critiqué pour ses propos sur les caricatures du Prophète. Dans plusieurs pays, manifestations et appels au boycott se multiplient.
Le Monde avec AFP 

Le président de la République française, Emmanuel Macron, est depuis quelques jours sous le feu des critiques d’une partie du monde musulman, après ses propos sur les caricatures du prophète Mahomet. 
Lors d’un hommage rendu au professeur d’histoire-géographie assassiné Samuel Paty, mercredi à la Sorbonne, Il avait ainsi promis « ne pas renoncer » à ces dernières. Un outrage pour certains dirigeants politiques et religieux, élus mais aussi de simples citoyens.
 « La liberté, nous la chérissons », écrit Macron sur Twitter
Dimanche soir, Emmanuel Macron s’est exprimé sur Twitter en trois langues, fait rare. « Notre histoire est celle de la lutte contre les tyrannies et les fanatismes. Nous continuerons », a écrit le président de la république, également cible d’attaques directes de son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan.
« La liberté, nous la chérissons ; l’égalité, nous la garantissons ; la fraternité, nous la vivons avec intensité. Rien ne nous fera reculer, jamais », a tweeté le chef de l’Etat, avant d’ajouter ce message – traduit aussi en arabe et en anglais :
« Nous continuerons. Nous respectons toutes les différences dans un esprit de paix. Nous n’acceptons jamais les discours de haine et défendons le débat raisonnable. »
En Tunisie, certains internautes ont critiqué les moyens employés pour défendre le Prophète, tourné en dérision les tentatives de boycott, et défendu la liberté d’expression.
En Libye, des internautes ont appelé à manifester dimanche sur la grande place des Martyrs, dans le centre-ville de Tripoli. Mais moins de 70 personnes y ont répondu. Des portraits de M. Macron et des drapeaux français ont été piétinés et incendiés. Des scènes similaires avaient été observées la veille dans la bande de Gaza, et quelque 200 personnes s’étaient réunies devant la résidence de l’ambassadeur de France en Israël.
En Jordanie, le ministre des affaires islamiques a estimé qu’« offenser » les prophètes ne relevait « pas de la liberté personnelle mais d’un crime qui encourage la violence ». Au Liban, la manifestation prévue devant l’ambassade de France dimanche n’a – comme la veille – attiré personne, à part des dizaines de soldats et de forces antiémeutes.
Au Koweït, le ministre des affaires étrangères, cheikh Ahmed Nasser Al-Mohammed Al-Sabah, a « rencontré » l’ambassadrice de France Anne-Claire Legendre. « Ils ont évoqué le crime odieux dont a été victime un enseignant français », selon un communiqué koweïtien, précisant que le ministre avait souligné « l’importance de mettre fin aux atteintes aux religions monothéistes et aux prophètes dans certains discours officiels (…) de nature à exacerber la haine ».
En Irak, Rabaa Allah, la dernière née des factions armées pro-Iran a affirmé être prête « à répliquer », sans autres détails, après ce qu’elle a qualifié d’« insulte à un milliard et demi de personnes ».
Au Pakistan, enfin, le premier ministre Imran Khan a accusé M. Macron d’« attaquer l’islam ». Il « aurait pu jouer l’apaisement (…) plutôt que de créer une polarisation et une marginalisation supplémentaires qui conduisent inévitablement à la radicalisation », a-t-il tweeté.
Fahrettin Altun, directeur de communications à la présidence turque a affirmé, dimanche, que les « caricatures offensantes » du prophète Mahomet étaient utilisées pour intimider les musulmans en Europe sous le prétexte de la liberté d’expression.


lundi 26 octobre 2020

Le cri d'alerte de Marius Gilbert après les nouvelles mesures: "Aidez-nous, il est minuit moins une !"

La libre Belgique

L'épidémiologiste demande aux influenceurs de se mobiliser pour sensibiliser tout le monde. "Nos hôpitaux sont au bord du gouffre", s'inquiète-t-il.

Marius Gilbert, l'épidémiologiste de l'ULB en appelle à la responsabilité de chacun. Mais il demande surtout aux influenceurs, ceux qui touchent un large public, de se mobiliser pour lutter contre le Covid. "Vous, qui avez 100, 1000, 10.000, 100.000 followers sur Facebook, Instagram ou par ici. Vous qui voyez du monde tous les jours, sur le terrain, aidez-nous, aidez-vous ! 
"Aidez-nous à dire la prudence, la mesure, cette marche sur un tapis d’œufs. Aidez-nous à dire que cette crasse nous concerne tous, que nous devons marcher en nous aidant les uns les autres. Aidez-nous à dire que le masque est la capote du corona. Un truc idiot, un truc pas cher, un truc pas beau, un truc qu'on a dans la poche et qu'on sort quand on aime ou respecte celui ou celle à qui on parle. Aidez-nous à faire comprendre que renoncer à une fête, ce n'est pas renoncer à la vie, à l'amitié ou à l'amour. Que c'est temporaire, ça passera, que c'est protéger les plus faibles en bout de chaîne, que c'est faire preuve de lien, d'humanité. 
Il est minuit moins une, c'est maintenant!"
La Belgique bientôt reconfinée ? "La situation va empirer et on va devoir revenir sur les décisions dans les prochains jours"
"La situation va empirer et on va devoir revenir sur les décisions dans les prochains jours"
Certes , le Comité de concertation n'a pas opté pour un reconfinement, le vendredi 23 octobre, optant pour des restrictions dans les secteurs culturel et sportif ne font pas l’unanimité. Pour plusieurs professionnels de la santé, cela ne sera malheureusement pas suffisant pour affronter la seconde vague de coronavirus qui touche violemment notre pays.
Emmanuel André : « On a l'impression qu'on sacrifie quelques secteurs qui vont du coup être fort impactés mais que ça ne va pas avoir l'impact général suffisant."
Marc Van Ranst soulignant la "dangerosité de la situation", le virologue plaide pour des mesures plus fortes.
L'épidémiologiste Yves Coppieters a appelé les Belges à un "confinement volontaire". 
Leïla Belkhir, infectiologue aux Cliniques universitaires Saint-Luc, a exprimé son désarroi face à l'absence de décisions fortes. "Je pense qu’on ne mesure pas l’ampleur et la réalité de ce qu’il est en train de se passer dans les hôpitaux, a-t-elle déploré. Ils sont en train de dépasser ce qu’on a vécu pendant la première vague." 
Les gouvernements wallon et francophone ont décidé de mesures complémentaires pour faire face à la situation dramatique au sud du pays. Ils ont voulu aller plus loin que la Flandre de la N-VA.
Le manque d'ambition des décisions fédérales, entendra-t-on rapidement, était due aux différences de sensibilités Nord-Sud, et aux réalités sanitaires différentes en Wallonie et à Bruxelles, où les hôpitaux risquent d'être saturés.
 "Aidez-nous, il est minuit moins une !" 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
AU BORD DU GOUFFRE



 
Vous voulez mesurer la gravité de la situation ? Jetez un coup d’œil au dessin de Kroll qui comme toujours a tout compris en un seul dessin sarcastique : synthèse de la synthèse, commentaire du commentaire. Je comprends mal que le New York Times ait renoncé à publier la moindre caricature. La caricature nous force à réfléchir, à exercer notre esprit critique, à réagir, à sortir de notre apathie, à secouer notre inclination à la résignation... Si j’étais prof chargé du cours de citoyenneté je projetterais régulièrement du Kroll  sur le tableau interactif pour lancer le débat en classe. J’analyserais aussi en les commentant les commentaires de Béatrice Delvaux : « Bon sang c’est quoi ce pays où l’on balance au citoyen, déjà dans une situation anxiogène, des mesures différentes et successives sur une seule journée. »
« On devrait dire : chapeau, vous avez enfin compris la gravité de la situation » » Alors que la Wallonie est au top des régions les plus dangereuses d’Europe, que les chiffres de contaminations continuent à exploser, que les experts tirent à boulets rouges sur la faiblesse des mesures prises, que le système hospitalier est en train de craquer et que les Belges succombent sous le coup du virus, il fallait évidemment passer à ce reconfinement partiel, annoncé par le ministre-président wallon Elio Di Rupo. »
  « Sur le fond, oui, il a raison mais sur la forme est-ce responsable de créer une telle confusion sans nom dans l’esprit des citoyens ? » 
« Il s’agit d’imposer aux citoyens un corset qui les contraint comme jamais depuis la guerre, pour sauver leurs vies. »
« Les hôpitaux sont en train de s’effondrer. »
Il serait bon que chacune et chacun se répète cette phrase comme un mantra : « Les hôpitaux sont en train de s’effondrer », « Les hôpitaux sont en train de s’effondrer » 
"Il est minuit moins une !" 
MG

vendredi 23 octobre 2020

Débat élection présidentielle : Biden qualifie de «criminelle» la politique migratoire de Trump


 

Biden promet «décence, honneur et respect» aux Américains

«Ce qui ce joue dans les urnes, c'est le caractère de ce pays. La décence. L'honneur. Le respect. Traiter les gens avec dignité. S'assurer que tout le monde a une chance. Et je vais m'assurer que vous ayez cela. Vous ne l'avez pas eu ces quatre dernières année», a conclu Joe Biden en s'adressant aux électeurs américains.
Biden réaffirme son soutien aux énergies renouvelables

ÉLECTIONS AMERICAINES : UN DERNIER DEBAT SANS VAINQUEUR ENTRE DONALD TRUMP ET JOE BIDEN
Les deux candidats à la présidence américaine sont parvenus à adopter un ton plus posé pour leur dernier débat télévisé jeudi soir à Nashville, mais ils se sont vivement opposés sur tous les sujets. Dans une élection polarisée à l'extrême, aucun n'a pris l'ascendant sur son adversaire.
Le deuxième et dernier débat entre les deux candidats à l'élection présidentielle américaine s'est déroulé à Nashville jeudi soir 
Donald Trump a réussi à se contrôler, et Joe Biden à tenir la distance. Le deuxième et dernier débat entre les deux candidats à l'élection présidentielle américaine qui s'est déroulé à Nashville jeudi soir ressemblait presque à un échange normal dans une campagne normale.

D'un calme et d'une retenue inhabituelle, Trump a écouté Biden sans l'interrompre, comme il l'avait fait pendant le premier débat le mois dernier. Il y a sans doute été incité par le nouveau dispositif permettant au modérateur de couper le microphone en cas de dépassement du temps de parole. Le candidat démocrate s'est quant à lui montré plus offensif face à Trump, même si ses propos n'étaient pas toujours d'une grande clarté. Trump s'est la plupart du temps adressé à Biden, en l'appelant par son diminutif, « Joe ». Biden n'a pas prononcé le nom du président, s'adressant plutôt aux spectateurs « les amis ! » (Folks !), et parlant de Trump comme s'il n'était pas là « lui ».
Sur le fond, les échanges entre le président sortant et l'ancien vice-président d'Obama n'ont guère varié depuis leur précédente rencontre. Dès le début, Biden a attaqué Trump sur son bilan face à la pandémie de Covid-19. « 220.000 Américains sont morts et le responsable ne devrait pas être président des États-Unis », a asséné le candidat démocrate.
Fidèle à sa position depuis le début de l'épidémie, Trump a rétorqué que le bilan aurait pu être bien pire (« 2 millions de personnes auraient pu mourir »), qu'on avait « beaucoup appris » sur le virus, qu'un vaccin serait disponible « dans quelques semaines », que l'épidémie était de toute façon mondiale, et qu'elle allait finir par s'en aller. Presque fataliste, Trump a expliqué qu'on ne pouvait pas « fermer le pays », et le président « s'enfermer dans sa cave comme le fait Joe ». Biden lui a répliqué qu'au lieu d'apprendre à vivre avec le virus, « les gens meurent ! », et l'a accusé d'avoir sciemment menti aux Américains depuis le début de la pandémie. « Il savait que le virus était dangereux, mais il ne nous l'a pas dit ».
TRUMP ATTAQUE SUR SES IMPOTS, BIDEN SUR SON FILS
Dès la fin de cet échange, Trump a attaqué Biden en l'accusant, lui et sa famille, de corruption. Depuis la semaine dernière, le tabloïd conservateur New-York Post, affirme avoir découvert un ordinateur ayant appartenu à Hunter Biden, le fils du candidat, rempli de messages compromettants. « Son fils n'avait pas de boulot. Son père est élu Vice-Président et il obtient un siège au conseil d'administration de Burisma », a asséné le président sortant. C'était en faisant pression sur les autorités ukrainiennes pour qu'elles enquêtent sur les activités d'Hunter Biden au sein de cette société gazière que Trump avait fait l'objet l'an dernier d'une procédure de destitution par le Congrès. Joe Biden, qui a toujours refusé d'admettre que les activités de son fils dans diverses sociétés privées étrangères alors qu'il était vice-président d'Obama pouvaient constituer au minimum une source d'interrogations, n'a fait que nier la moindre irrégularité. « Celui qui a quelque chose à se reprocher en Ukraine c'est celui qui a fait pression sur le président ukrainien » a rétorqué Biden, sans se montrer très disert sur ce sujet.
Trump n'a pas fait mieux à propos de ses déclarations d'impôts, qu'il a promis de rendre publiques, comme il le fait depuis quatre ans. Accusé de n'avoir payé que 750 dollars d'impôts au cours des années écoulées, Trump a affirmé qu'il avait payé « en avance » des millions de dollars au trésor américain. Dès qu'il en a eu la possibilité au cours du débat, Trump est revenu à son rôle préféré : celui du candidat venu de la société civile pour dénoncer les politiciens professionnels, comme si l'on était toujours en 2016 et qu'il n'avait pas passé quatre années à la présidence. « Qu'as-tu fait pendant huit ans, Joe ? », a demandé Trump d'un ton doucereux à chaque déclaration du candidat démocrate. « Ces politiciens, que des mots et pas beaucoup d'action ! », a ironisé Trump. « Je me suis présenté à cause de toi, Joe », a aussi dit Trump ; « je ne me serais jamais présenté si Obama et toi avaient fait du bon boulot ».
« Vous savez qui je suis, et vous savez qui il est », a dit Biden en prenant les téléspectateurs à témoin, « c'est l'âme de notre pays qui est en jeu ». « Oh ne joue pas à l'enfant innocent » a ironisé Trump. « Tu es un politicien corrompu ! »
Moins vindicatif que lors du précédent débat, où il avait constamment coupé la parole de son adversaire, Trump a montré qu'il n'avait rien perdu de son mordant, tout en parvenant à se contrôler. Biden s'est révélé capable d'attaquer, mais n'a pas toujours paru très à l'aise dans ses réponses. Les commentateurs américains ont déjà commencé à discuter de qui avait remporté ce débat. Mais l'élection de 2020, qui se déroule dans un contexte inédit de crise sanitaire et économique, ne ressemble pas à un scrutin normal. Les courbes de popularité des deux candidats sont restées depuis des mois d'une stabilité inhabituelle. La plupart des électeurs ont déjà arrêté leur choix, et la prestation plus ou moins réussie de l'un ou l'autre des adversaires ne semble pas devoir changer de façon radicale l'issue du scrutin.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
C'EST L'AME DE LA DEMOCRATIE  QUI EST EN JEU 
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« Vous savez qui je suis, et vous savez qui il est », a dit Biden en prenant les téléspectateurs à témoin, « c'est l'âme de notre pays qui est en jeu ». « Oh ne joue pas à l'enfant innocent » a ironisé Trump. « Tu es un politicien corrompu ! »
Et si, au fond, c’était l’âme de la démocratie américaine qui était en jeu ?
Le terne débat, style Muppet Show, entre deux vieillards acariâtres valait certes une nuit blanche. Si j’étais américain je serais catastrophé de constater que mon pays est au bord de l’apoplexie démocratique, sinon de la guerre civile. On se plaît à rêver en pensant aux pères fondateurs des States, ces intellectuels policés  imprégnés de l’esprit des Lumières.  Les Etats Unis sont désormais au mieux une ploutocratie, au pire une pré démocrature trumpienne.
On peut rêver en imaginant ce qui se serait passé si Hilary Clinton avait remporté le scrutin…En fait elle l’a remporté avec un avantage de trois millions de voix sur Trump mais elle fut déforcée par le système électoral  incompréhensible  pour un cerveau européen moyen.
Je n’ose pas imaginer ce qui va se passer après la proclamation des résultats dans un peu plus de dix jours. 
Nous aurions franchement  besoin d’un avatar d’ Alexis comte de Tocqueville ( 1805-1859),philosophe politique, précurseur de la sociologie et homme politique français pour comprendre la grande métamorphose actuelle de la démocratie américaine.
Mais attardons-nous un instant à ce visionnaire lucide en interrogeant wikiédia : Juriste de formation, il devient magistrat en 1827. En 1830, il obtient une mission du ministère pour aller étudier le système pénitentiaire américain, ce qui constitue son passeport pour aller découvrir les États-Unis et comprendre ce qu'il tient pour le meilleur exemple disponible de démocratie. De ce séjour de près d'un an, il tire « De la démocratie en Amérique », une analyse du système démocratique en général (de ses vertus, de ses risques et de sa dynamique) et de son illustration particulière américaine
Début septembre 1836, Alexis de Tocqueville effectue avec son épouse un voyage en Suisse . Ils arrivent à Berne au moment où se réunit la diète fédérale (24 juillet), ce qui lui permet de compléter ses observations sur le fédéralisme. Le 14 janvier 1852, il  adresse pas moins une lettre au « comte de Chambord », lui conseillant de devenir, face au césarisme renaissant, le champion des libertés.
Dans ses Souvenirs, il rappelle le discours qu’il tint devant les députés le 29 janvier 1848 afin de les alerter sur le climat délétère : « Est-ce que vous ne ressentez pas, par une sorte d'intuition instinctive qui ne peut pas s'analyser, mais qui est certaine, que le sol tremble de nouveau en Europe ? Est-ce que vous ne sentez pas... que dirais-je ?... un vent de révolution qui est dans l'air ? 
Bigre ! A la lumière du débat électoral américain ainsi qu’au regard de la dégradation du climat socio politique en France, j’ai moi aussi la conviction que « les mœurs publiques se dégradent ; c'est que la dégradation des mœurs publiques vous amènera dans un temps court, prochain peut-être, à des révolutions nouvelles. »
De toute évidence, la démocratie est dans une formidable impasse, aux States, en Europe, partout. Mais comme dit la sagesse orientale : là où il y a impasse, il y a issue. A nous de la trouver
MG


LA DEMOCRATIE AMERICAINE EN PERIL
ÉDITORIAL Le Monde

La hâte du président Donald Trump pour remplacer la juge Ruth Bader Ginsburg à six semaines de l’élection présidentielle est politiquement indécente et potentiellement dangereuse pour la Cour suprême elle-même.
Quelques jours avant de s’éteindre, vendredi 18 septembre, à l’âge de 87 ans, la juge Ruth Bader Ginsburg avait confié à sa famille que son souhait « le plus fervent » était de ne pas être remplacée à la Cour suprême avant que le futur président des Etats-Unis ait pris ses fonctions à la Maison Blanche, le 20 janvier.
Ce n’était, à vrai dire, un secret pour personne. Nommée par Bill Clinton en 1993, Ruth Bader Ginsburg, la plus progressiste des neuf magistrats de la plus haute juridiction américaine, s’accrochait désespérément à la vie, malgré le cancer du pancréas qui la rongeait, pour tenter de passer le cap de l’élection présidentielle du 3 novembre. Elle espérait, sans aucun doute, la victoire du candidat démocrate.
Mais surtout, en juriste qui avait inlassablement, et avec un immense talent, défendu le respect de la Constitution et l’égalité des droits, elle savait le risque que ferait peser sur les institutions sa disparition dans la période incertaine de la dernière longueur de la campagne électorale, puis de la transition, pendant laquelle, entre l’élection en novembre et l’investiture en janvier, l’administration sortante détient encore le pouvoir.
Donald Trump joue avec le feu
L’occasion, cependant, est trop belle pour Donald Trump. Le président n’a pas attendu vingt-quatre heures pour renier l’hommage à la juge disparue publié, en termes inhabituellement respectueux et modérés, en son nom par la Maison Blanche peu après l’annonce de la mort de cette icône de la gauche.
Alors que Joe Biden, son adversaire démocrate, lui demandait de surseoir à la nomination du successeur de Ruth Bader Ginsburg jusqu’à ce que le président élu et le Sénat partiellement renouvelé soient en place, M. Trump a tweeté que cette procédure devait, au contraire, être menée à bien « sans délai ».
Il ne s’est pas caché non plus de vouloir en faire un argument électoral : il choisira une femme, a-t-il annoncé, au moment où les intentions de vote de l’électorat féminin se portent majoritairement sur la candidature de Joe Biden. 
Le président joue avec le feu. Son empressement à remplacer la juge Bader Ginsburg n’est pas seulement politiquement indécent, puisque le sénateur Mitch McConnell, chef de la majorité républicaine au Sénat, avait lui-même bloqué en 2016 la nomination d’un juge par le président Barack Obama, à huit mois de l’élection présidentielle, au motif que la proximité de l’échéance électorale ne le permettait pas. Il est aussi dangereux pour la légitimité de la Cour suprême, pilier de la démocratie aux Etats-Unis.
Une Cour suprême de plus en plus politisée
M. Trump a déjà nommé deux juges à la Cour suprême – dont l’un grâce à l’opération d’obstruction dirigée par le sénateur McConnell en 2016. Il a, parallèlement, très activement renouvelé l’appareil judiciaire en nommant dans les juridictions fédérales, notamment d’appel, des magistrats conservateurs. Tenter de passer en force pour faire confirmer par le Sénat actuel un troisième juge de son choix dans une Cour suprême de plus en plus politisée placerait celle-ci en porte-à-faux, si l’élection du 3 novembre se soldait par une victoire démocrate à la Maison Blanche et au Sénat.
Les juges de la Cour suprême ont, certes, su faire preuve de sagesse et d’indépendance par le passé, y compris à l’ère Trump. Mais, à la veille d’une élection qui s’annonce techniquement chaotique en raison de la pandémie, cette nouvelle secousse ne peut que fragiliser un peu plus la démocratie américaine.


jeudi 22 octobre 2020

Il faut aider les enseignants. Philippe MeirieuFrance Culture (extraits)


L'Education nationale tente de le faire à travers des documents, des séquences pédagogiques. Mais je crois que la formation initiale et la formation continue dans ce domaine restent extrêmement insuffisantes. L'éducation morale et civique qui est dans les programmes doit être accompagnée. Tous les professeurs doivent être accompagnés et surtout, tous les professeurs doivent se sentir concernés, pas seulement les professeurs d'histoire. Parce que dès l'école maternelle, dès l'école primaire, le travail sur le langage dans toutes les disciplines, en mathématiques, en français, mais aussi le travail en lycée professionnel, en mécanique ou autre chose, toutes les disciplines sont des occasions d'apprendre à parler juste, d'apprendre à balayer les préjugés, d'apprendre à être précis, rigoureux, respectueux aussi dans la prise de parole. Tout cela construit une ambiance et une citoyenneté. C'est long, c'est compliqué, c'est difficile. Mais je crois que c'est un chantier qui est devant nous et qui est éminemment nécessaire. 
Il est important de rappeler qu'il n'y a pas qu'en histoire-géo que l'on peut avoir de la contestation de la part de certains élèves. Cela existe aussi en sciences et vie de la Terre et cela existe en français. Il y a un certain nombre de collègues enseignant en français qui, quand ils proposent un poème de Baudelaire, se voient opposer des résistances et voient des parents venir à la charge.
L'école publique française est une école où les parents ne légifèrent pas sur l'enseignement. L'enseignement, c'est le bien commun, les finalités de la République. Et il faut aider les enseignants à être à la fois accueillants et fermes à l'égard des parents et en même temps à trouver, avec les élèves, les voies qui peuvent permettre de les convaincre sans les humilier. Parce que beaucoup d'enfants font une identification, c'est vrai. Beaucoup d'adolescents font une identification avec certaines théories islamistes radicales, certaines théories du complot et ils peuvent vivre certains enseignements comme les détruisant en quelque sorte, comme les niant. Il faut leur donner la possibilité d'entendre que des connaissances peuvent venir entrer en dialogue dialectique avec leurs convictions sans que cela les humilie. C'est une tâche pédagogique extrêmement complexe et à laquelle nous devons nous attacher pour aider tous les enseignants. 
Au delà de la formation, de l'accompagnement des enseignants, il existe aussi le phénomène d'autocensure. Beaucoup d'entre eux, notamment en zone d'éducation prioritaire parfois, ont peur. Ils préfèrent volontairement éviter certains aspects de l'enseignement civique parce que, justement, ils ont peur d'avoir des débats non contrôlés dans la classe. 
Il faut absolument éviter cette autocensure. Il faut que les enseignants acceptent d'introduire des documents qui peuvent, à certains moments, dégager un débat. Mais il faut qu'on les aide aussi à structurer un débat. Un débat n'est pas quelque chose qui s'improvise. Un débat se prépare, en donnant le sujet quelques jours à l'avance, en permettant aux élèves d'y réfléchir et d'en discuter, en organisant un tour de parole où chacun respecte l'autre. La technique du débat est quelque chose de complexe, nous le savons bien. Nos représentants du peuple le savent bien. Et on ne peut pas imaginer qu'un débat serein se passe dans une classe sans que cela ait été minutieusement préparé sur le plan pédagogique. Lancer comme cela une question et laisser parler des élèves sans régulation, c'est évidemment prendre tous les risques. C'est comme faire une opération à cœur ouvert dans un grenier poussiéreux. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« SAMUEL PATY EST DEVENU VENDREDI LE VISAGE DE LA REPUBLIQUE, DE NOTRE VOLONTE DE BRISER LES TERRORISTES.
NOUS DEFENDRONS LA LIBERTE QUE VOUS ENSEIGNEZ SI BIEN ET NOUS PORTERONS HAUT LA LAÏCITE. NOUS NE RENONCERONS PAS AUX CARICATURES, AUX DESSINS.
NOUS RAPPELLERONS QUE NOS LIBERTES NE TIENNENT QUE PAR LA FIN DE LA HAINE ET DE LA VIOLENCE, PAR LE RESPECT DE L'AUTRE. » 
« EN FRANCE, LES LUMIERES NE S’ETEIGNENT JAMAIS »E.M.

PHILIPPE MEIRIEU ECRIT ENCORE CECI :
 "Il faut dire clairement aux familles qu'elles n'ont pas de pouvoir sur les contenus et les méthodes.
Les contestations d'un cours de Samuel Paty sont au cœur de l'enquête sur ce qui a abouti à la décapitation de l'enseignant. 
Il y a des tensions dans un certain nombre d'établissements scolaires, des tensions entre des familles, des enseignants et l'institution scolaire. Et ces tensions sont répercutées assez massivement sur les réseaux sociaux qui servent de caisse de résonance et qui peuvent entraîner certains à des gestes aussi effroyables et barbares que celui auquel nous avons assisté.  
Ces tensions existent malheureusement encore plus en zone d'éducation prioritaire où, on le sait, certains sujets sont compliqués à aborder. 
Il faut les entendre, les accueillir, mais il faut être ferme. Et il faut être ferme sur le projet de l'école de la République et sur le fait que l'école de la République n'est pas au service des familles et a fortiori de l'idéologie des familles. »  « Dans l’école, nous devons donner les moyens aux enseignants en première ligne. Il faut arrêter de [les] livrer désarmés à des organisations déterminées et outillées pour attaquer la République.
JEAN-MICHEL BLANQUER, MINISTRE DE L'ÉDUCATION NATIONALE DECLARE :
«l'islamo-gauchisme fait des ravages» et mène évidemment au pire .  Lundi à Toulouse, une élève a insulté et menacé une professeur alors que cette dernière évoquait la question du voile dans un cours d'éducation civique sur l'égalité entre les femmes et les hommes. «Ce n'est pas un fait isolé. Le système de signalement que nous avons mis sur pied nous a permis d'en recenser un peu plus de 900 de ce type sur la dernière année scolaire»
 «C'est un phénomène de société. L'institution scolaire doit avoir des réactions à la hauteur, ce qui se passe la plupart du temps mais pas toujours. C'est pour ça qu'on doit s'y attaquer»
BRIGITTE MACRON ECRIT
"Être prof, c’est transmettre et anticiper, préparer les cours avec une attention particulière parce que chaque leçon est importante […] c’est repérer une lueur que l’on a pu allumer dans les yeux des élèves […] c’est développer leur esprit critique pour les rendre libres. Tout cela, Samuel, vous le saviez, et mieux encore, vous l’incarniez."

EMMANUEL MACRON DECLARE DEVANT LA SORBONNE :
« Samuel Paty incarnait ce professeur dont rêvait Jaurès, Celui qui donne à voir ce qu’est la civilisation, celui qui s’était donné pour tâche de faire des républicains. » 
 « Nous avons tous, ancré dans nos cœurs, dans nos mémoires le souvenir d'un professeur qui a changé le cours de notre existence. Vous savez, cet instituteur qui nous a appris à lire, à compter, à nous faire confiance. Cet enseignant qui ne nous a pas seulement un savoir, mais nous a ouvert un chemin »
 « Samuel Paty était de ceux-là, de ses professeurs que l'on n'oublie pas, de ces passionnés capables de passer des nuits à apprendre l'histoire, un professeur qui se remettait mille fois en question, comme pour un cours sur la liberté d'expression et la liberté de conscience qu'il préparait depuis juillet
: « Samuel Paty incarnait au fond le professeur dont rêvait Jaurès : la fermeté unie à la tendresse, celui qui montre la grandeur de la pensée, enseigne le respect. »
« Samuel Paty aimait les livres, le savoir plus que tout. Son appartement était une bibliothèque. Ses plus beaux cadeaux étaient des livres pour apprendre. Il aimait les livres pour transmettre à ses élèves comme à ses proches la passion de la connaissance, le goût de la liberté. »

UN MUSULMAN ECLAIRE M’ECRIT :
« Quelles ont les différences fondamentales entre un musulman et un islamiste ?
Le musulman croit que Dieu le protège, l’islamiste croit que c’est lui qui protège Dieu.
Le musulman est préoccupé par sa foi, l’islamiste est préoccupé par la foi des autres.
Avant de prendre une décision, le musulman consulte son cœur, l’islamiste consulte son parti.
Le musulman veut être sûr d'aller au Paradis, l’islamiste veut être sûr que les autres iront en enfer.
Quand un musulman ne veut pas faire quelque chose, il ne le fait pas, quand l’islamiste ne veut pas faire quelque chose, il interdit aux autres de le faire. »

UN AUTRE MUSULMAN SURENCHERIT :
 « Les musulmans ne lisent pas le Coran, les enseignants ne lisent pas le Coran (il se dit que Samuel Paty l’aurait lu), aucun homme politique français ou européen n’a lu le Coran,( sauf peut-être Chevènement) ! Faisons lire le Coran à tout ce beau monde et on finira par se rendre compte qu’il est un défenseur, le Rappel éthique universel.
« Or ce n’est rien moins qu’un Rappel lancé aux univers. » (LXVIII, 52) Le Coran est mérite de figurer dans la bibliothèque de l’honnête homme ! » 

Quand se décidera-ton enfin à promouvoir un islam européen dans le respect des principes et des valeurs à la fois de la constitution belge, des droits humains et de l’éthique coranique !
Cette éthique se trouve résumée en deux versets coranique fondamentaux :
« Agis bellement. N'aspire pas à faire dégât sur la terre. Dieu n'aime pas les fauteurs de dégât » (XXVIII, 77)
« bel-agir trouverait-il récompense autre que bel-agir ? » (LV, 60)
À cette fin il conviendrait de  
S’efforcer de vivre en respectant la Constitution belge, et le pays d'origine en s’efforçant de concilier nos multiples identités.
Stimuler le dialogue interculturel, l’amour du Bien (bel-agir) et du prochain, générateur d’indulgence, de tolérance et de respect.
Promouvoir l’esprit critique en combattant les idées sournoises et la radicalisation des esprits.
Adapter l’Islam, religion qui a vocation universelle, aux conditions du monde contemporain.  
Promouvoir une lecture du Coran et un enseignement de celui-ci idéalement dans une traduction de qualité. Utiliser à cette fin celle de Jacques Berque qui est la meilleure en français. Quant à l’apprentissage de la langue arabe, il doit se faire par des enseignants diplômés et compétents.
« Lis », un impératif branché sur la conquête du savoir, est la première injonction du Coran ! 
Donner la priorité à des enseignants, des directeurs de mosquées et des imams compétents et formés de préférence en Belgique, dès que cela sera possible !  
Privilégier les prêches bilingues (arabe/français et arabe/néerlandais). 
Considérer que l’Islam qui est enseigné, ne peut être qu’un Islam contemporain, c’est-à-dire un Islam tourné vers son avenir et non pas continuellement rattaché à une forme de son passé selon le très beau hadith du Prophète : « Prends le Coran comme s’il t’était révélé à toi-même ! ».
Chercher des solutions adaptées à la société moderne selon le principe coranique de « choura » (la concertation mutuelle). 
L’Islam européen ne peut se concevoir qu’en tant que religion affranchie de toute servitude et tourné exclusivement vers l’éthique coranique de la Voie de Rectitude et de l’Agir bellement (ihsân). 
Le Coran est intransigeant avec l’éthique : « Dieu S’assigne à Lui-même la miséricorde », autrement dit, l’éthique (VI, 54) 
Considérer que l’Islam est une religion laïque de par son absence de clergé et qu’il prône l’altérité et la reconnaissance entre tous les humains selon le verset coranique : « Humains, Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle. Si Nous avons fait de vous des peuples et des tribus, c'est en vue de votre connaissance mutuelle. (XLIX, 13)     
Promouvoir un Islam démocratique qui puisse offrir au plus grand nombre de jeunes garçons comme de jeunes filles un accès à une interprétation d’une grande acuité du texte coranique, d’où l’absolue nécessité pour les formateurs d’une formation coranique solide et d’une maîtrise parfaite du français, du néerlandais et de l’arabe coranique ! 
Proposer une lecture vivante et instruite du texte coranique. 
Combattre les lectures réductrices et intolérantes, à contre-Coran qu’on en fait trop souvent. 
Combattre toute forme de racisme, de haine religieuse et d’obscurantisme.
Jeter les bases d’une conception contemporaine, humaniste et universelle du Coran.
Combattre le phénomène de radicalisation par une lecture éthique du Coran, la seule qui soit authentique car revendiquée par le texte fondateur de l’Islam.
Détacher le texte fondateur de l’Islam des interprétations par trop dogmatiques en s’assignant prioritairement l’étude éclairée du Coran qui nécessite absolument une formation adéquate et de qualité avec, il faut y insister, la parfaite maîtrise des langues officielles belges, le français, le néerlandais sans oublier l’arabe coranique !  
La notion pivot permettant de comprendre la vision coranique des relations entre hommes et femmes est celle de la complémentarité. 
« Elles sont des vêtements pour vous et vous des vêtements pour elles » (II, 187) 
On évitera une lecture non contextualisée qui conduit à instaurer des inégalités entre les hommes et les femmes.
Tous les êtres humains, hommes et femmes, musulmans ou non, sont égaux devant Dieu par leurs qualités humaines. 
« Humains, Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle. Si Nous avons fait de vous des peuples et des tribus, c'est en vue de votre connaissance mutuelle.» (XLIX, 13)     
Les notions d’égalité de droits entre les hommes et les femmes sont compatibles avec le Coran tout comme celle de l’Etat de droit.
L’acquisition du savoir est bien un devoir coranique. Le Prophète a dit : « La connaissance d’une chose, quelle qu’elle soit, est préférable à son ignorance », « Cherchez la science du berceau au tombeau, fût-ce jusqu’en Chine », « L’encre des savants est plus précieuse que le sang des martyrs », a fortiori infiniment préférable à la folie meurtrière des kamikazes terroristes ! Quant au Coran, il exhorte avant tout à réfléchir. "Mon édification se réduit à l’Unique : vous dire de vous redresser pour Dieu, avec autrui ou individuellement, et surtout de réfléchir" (XXXIV, 46). Surtout avant "d’agir en forcené sur la terre, plutôt qu’en conciliateur" (XXVIII, 19).
Il s’agit de condamner toute forme de violence et d’intimidation envers qui que ce soit et en particulier lorsque cette violence est commise au nom du Coran, lequel prône avec une très grande force l’Agir Bellement en faveur du Bien, de la Rectitude et condamne sans réserve ceux qui choisissent l’égarement par la violence.
MG 


JEAN-ÉRIC SCHOETTL: «TERRORISME, ISLAMISME, IMMIGRATION: UN DROIT HERMETIQUE A LA VOLONTE POPULAIRE?»

Figaro
L’ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel décrit les obstacles juridiques qui affaiblissent, voire paralysent, la lutte contre l’islamisme.
Jean-Éric Schoettl, ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel, conseiller d’État honoraire. 
Chacun le sent: les déclarations générales ne suffisent plus. C’est à l’aune des actes, de leur caractère effectif ou avorté, que les Français porteront une appréciation sur le sérieux de la réponse des pouvoirs publics à l’assassinat sauvage de Samuel Paty et au grave danger mis en lumière par cet attentat. Ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel, Jean-Éric Schoettl, conseiller d’État honoraire, explique avec clarté et précision le cadre juridique très strict qui limite la capacité d’agir de l’État et même, selon lui, la paralyse. Et il préconise des solutions à la hauteur du péril.