jeudi 29 octobre 2020

Attaque au couteau à Nice: au moins trois morts et plusieurs blessés


Le Soir

L’agresseur a crié « Allah Akbar », selon une source proche de l’enquête.
Au moins trois personnes ont été tuées, dont au moins une égorgée, et plusieurs blessées jeudi matin à Nice lors d’une attaque au couteau dont l’auteur a été interpellé par la police, selon un bilan de source policière. Les faits se sont déroulés vers 9h.
Deux personnes, un homme et une femme, ont été tuées dans l’église Notre-Dame et une troisième, sérieusement blessée, est décédée dans un bar proche où elle s’était réfugiée, a précisé à l’AFP la même source. L’agresseur a crié « Allah Akbar », selon une source proche de l’enquête. L’agresseur, qui a été blessé par balle lors de son interpellation, a dit s’appeler « Brahim » et être âgé de « 25 ans », a-t-on ajouté de même source.

 «TOUTE L’EUROPE EST AVEC VOUS»
Le président du Parlement européen, David Sassoli, a appelé jeudi les Européens à « s’unir contre la violence et ceux qui cherchent à inciter et à répandre la haine. » « Je suis profondément choqué et attristé par la nouvelle de l’horrible attentat de Nice. Cette douleur est ressentie par nous tous en Europe », a déclaré l’Italien sur Twitter.


FRANCE: TENTATIVE D’ATTAQUE AU COUTEAU A AVIGNON, L’ASSAILLANT ABATTU
Cette attaque est intervenue deux heures après l’attaque de la basilique Notre-Dame de Nice, où trois personnes ont été tuées par un homme lors d’une attaque au couteau.

Un homme armé d’un couteau aurait tenté d’attaquer des policiers en rue ce jeudi vers 11h15 à Avignon, selon Europe 1 et plusieurs médias. L’agresseur aurait crié « Allah Akbar » et menacé les fonctionnaires de police, qui ont riposté en ouvrant le feu. Le suspect est décédé. Une enquête a été ouverte.
Cette attaque est intervenue deux heures après l’attaque de la basilique Notre-Dame de Nice, où trois personnes ont été tuées par un homme lors d’une attaque au couteau. Selon le maire Les Républicains Christian Estrosi, l’assaillant aurait également crié « Allah Akbar » lors de son arrestation.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« UN PAS DE PLUS VERS LA GUERRE CIVILE » N. PLOLONY
CA RECOMMENCE ET CA RISQUE DE NE PLUS S’ARRETER

Le désir mimétique est une théorie élaborée par René Girard exploitant un seul et même mécanisme, pour expliquer un grand nombre de phénomènes humains.  Ce désir mimétique se propage d’individus à individus jusqu’à entraîner « un antagonisme généralisé ». 
En clair, il faut donc  empêcher, comme le Jésus de la femme adultère , la première pierre de partir, sinon d’autres pierres partiront irrémédiablement.   Or la première pierre est partie avec la décapitation de Samuel Paty j. D’autres ont suivi aujourd’hui, à Nice, à Avignon et ailleurs…
Les églises de France sonnent le glas ! 
Pour qui sonne le glas ? Pour tous les catholiques de France et de Navarre. Mais aussi pour tous les défenseurs de la démocratie et de la pensée libre, libre et critique.
L e grand imam d’Al Azhar « condamne et dénonce cet abominable attentat terroriste et met en garde « contre l'escalade de la violence et des discours de haine », en appelant à « la voix de la sagesse » Enfin une voix musulmane qui de lève pour peotester ! Mais ce n’est qu’une voix, s’autres se joindront-elles à lui par mimétisme de sagesse ?
«L'islamisme fournit le ciment qu'on trouvait autrefois dans le marxisme. Son rapport mystique avec la mort nous le rend le plus mystérieux encore.» Girard
Natacha Polony commente : "Respecter les musulmans, c’est considérer qu’ils sont des Français comme les autres et qu’ils ne doivent pas être réduits à leur religion. Ce que permet la discrétion propre à une République qui met à distance les signes extérieurs d’appartenance. »
Soyons clairs : la stratégie des Frères musulmans consiste, depuis leur création dans les années 1930, à « réislamiser » les musulmans en exerçant une pression pour les inciter à adopter une pratique littérale et rigoriste de l’islam afin d’imposer un ordre théologico-politique dans lequel la religion affirme son emprise sur la société. Depuis trente ou quarante ans, les populations musulmanes d’Europe sont une cible privilégiée pour cette propagande. »
UN PAS DE PLUS VERS LA GUERRE CIVILE
« L’intégrisme religieux consiste justement à laisser croire qu’il n’est de religion que visible dans l’espace public et que le ritualisme est la mesure de la foi. Mais cet intégrisme est magistralement servi par l’obsession identitaire de sociétés occidentales qui cultivent l’exposition de soi. »
LA MALADIE DU RESSENTIMENT
La philosophe Cynthia Fleury vient de publier une réflexion sur cette maladie à la fois individuelle et collective qu’est le ressentiment. 
« Une forme de narcissisme blessé dans lequel l’impression de n’avoir pas été traité équitablement devient obsessionnelle, jusqu’à dévorer l’ensemble du moi. On sait combien les personnalités paranoïaques se croient autorisées à toute forme de violence au motif qu’elles se vivent perpétuellement comme attaquées. Le ressentiment est donc une maladie dangereuse pour une société. Et soigner ce narcissisme blessé est un acte politique essentiel. » 
Il s’agit de « ne plus rien concéder à la logique communautariste, mais marteler systématiquement que la laïcité implique la discrétion. Vivre librement sa foi, ce n’est pas la porter en étendard. Un message qui s’adresse non seulement aux croyants, quels qu’ils soient, mais à toute une jeunesse imprégnée de communautarisme anglo-saxon. »
Respecter les musulmans, c’est considérer qu’ils sont des Français comme les autres et qu’ils ne doivent pas être réduits à leur religion. Ce que permet la discrétion propre à une République qui met à distance les signes extérieurs d’appartenance. »
Les islamistes radicaux ont franchi aujourd’hui un pas supplémentaire   vers la guerre civile : « la guerre de tous contre tous » comme disait Hobbes.
En ce moment des loups solitaires sont à l’œuvre et ils pratiquent du terrorisme dit low cost à l’arme blanche qui rappelle singulièrement celui des années noires que le FIS infligea à l’Algérie pendant des décennies. Les affrontements de cet été entre communautaristes  tchétchènes  et les bandes rivales maghrébines dans la banlieue de Dijon avaient déjà des relents de guérilla urbaine. Emmanuel Macron saura-t-il souder derrière lui l’union nationale  « pour rétablir l’État dans son rôle, pour que la question sociale, dans des quartiers gangrenés par les trafics et constituant des poches de pauvreté au fur et à mesure qu’on y entasse les nouveaux arrivants sur le sol français, ne se transforme plus en question identitaire et religieuse. »
S’il devait échouer la France serait en proie à deux périls : celui de la guerre civile et celui d’un raz de marée du Rassemblement National, prélude de l’installation de Marine le pen à l’Elysée et de l’instauration d’une démocrature en lieu et place de la République.
MG


La philosophe Cynthia Fleury: «Nous allons entrer dans une phase d’instrumentalisation du ressentiment»
La philosophe Cynthia Fleury analyse le mécontentement sourd qui gangrène l’existence des hommes et des sociétés.

« Il n’est en effet jamais simple, peut-être même impossible, de distinguer a priori le moment de bascule entre une réaction ressentimiste et une action politique de résistance. » - Pierre-Yves Thienpont.

Par William Bourton
Chef du service Forum Le Soir
 
Le ressentiment gagne du terrain et, selon Cynthia Fleury, nous allons entrer dans une grande phase d’instrumentalisation de cette pulsion. Un phénomène périlleux mais que l’on peut surmonter, en le sublimant, comme elle l’explique dans son dernier essai, Ci-gît l’amer.
Vous faites la part des choses entre la souffrance réelle et le ressentiment. Le ressentiment, c’est une souffrance ruminée ? Ou un « sentiment de souffrance » ?
C’est tout le problème de ce qu’on nomme la « souffrance » : on aimerait qu’elle soit comme un bloc monolithique, « pure », simple à déchiffrer, mais en réalité la souffrance est un phénomène complexe où la part psychosomatique est également très importante. D’ailleurs, les cliniciens de la douleur travaillent autant avec des psychologues, des psychiatres, des experts de la santé mentale que des neuroscientifiques, indépendamment des médecins spécialistes des pathologies produisant des douleurs plus objectivables. Concernant le ressentiment, il est défini comme étant une rumination, une essentialisation victimaire, un « délire » victimaire, qui peut être corrélé à des conditions objectives de souffrance morale, physique ou psychique, mais qui peut être tout à fait décorrélé. Dès lors, il n’est pas simple de poser les liens de causalité ou de déterminisme entre les deux.
Pour autant, et c’est peut-être ce point qu’il faut retenir, si l’on valide que le ressentiment s’assimile à la souffrance, ou est la conséquence inéluctable de la souffrance, on valide un déterminisme puissant, qui ne me paraît pas tenable ni du point de vue thérapeutique ni du point de vue philosophique, au sens d’éthique. Cela ne signifie pas pour autant qu’on ne doive pas tout faire pour lutter contre les causes objectives de renforcement de la pulsion ressentimiste, mais je crois qu’il est également souhaitable de ne pas dédouaner l’homme de sa responsabilité, car cela équivaudrait à l’assigner à un destin de soumission et de non-liberté. D’où l’exergue de mon livre qui pose l’axiome suivant, nullement prouvé scientifiquement, mais qui relève plus d’un choix clinicien et moral : «  L’homme peut, le sujet peut, le patient peut.  » Ce n’est nullement un vœu pieux, c’est une idée régulatrice, typique de l’enseignement des Lumières kantiennes. La question que je traite est aussi celle-ci : le ressentiment peut-il être un juste moteur pour le déploiement du principe d’individuation et pour la défense de l’Etat de droit ? Or, éthiquement et cliniquement, je défends l’approche inverse, à savoir que seule la sublimation du ressentiment est un principe viable.
Le ressentiment est aussi parfois une manière de justifier sa situation, lorsqu’on se complaît dans une posture victimaire, par exemple…
Plus le ressentiment est profond, plus il aliène le sujet et ce dernier devient incapable de le discerner. Il entre dans le déni. L’essentialisation victimaire devient une sorte de tache aveugle. On trouve d’ailleurs chez Freud le terme de « scotomisation ». Au départ, le ressentiment peut donner le sentiment d’être causé par quelque chose, mais petit à petit, il s’indifférencie, il devient une forme de dénigrement généralisé, d’absence de discernement. Scheler parle de « dépréciation universelle », d’« animosité haineuse et explosive » qui existe chez le sujet ressentimiste qui ne va être apte qu’à produire un ethos inversé, autrement dit, il produit de l’hostilité comme d’autres pourraient produire de l’accueil, de façon quasi spontanée.
C’est un peu la définition de la « mauvaise foi » sartrienne : on s’identifie tellement à sa situation ou à son rôle social qu’on en oublie qu’on est libre…
Oui, il y a quelque chose de la mauvaise foi sartrienne, au sens où le sujet refuse d’emblée de considérer qu’il est « sujet ». Les travaux de Fanon, psychiatre et grand militant de la cause décolonialiste, montrent bien qu’on peut tout à fait être considéré comme un « subalterne », un « dominé », de façon socio-historique et conjoncturelle, il n’en demeure pas moins que la véritable domination est celle qui équivaut à une « colonisation de l’être », autrement dit à une essentialisation du statut de « dominé ». Fanon ne cherche nullement à infirmer les injustices socio-historiques, au contraire. Il restitue au sujet sa capacité à « agir », à lutter contre les injustices sans se soumettre au ressentiment.
Max Scheler oppose le ressentiment (valeur négative) à la révolte (valeur présumée positive). Qu’en pensez-vous ?
Je me souviens des travaux de notre cher collègue Bernard Stiegler, parti trop tôt, sur ce qu’il a nommé la « pharmacologie ». Il n’est en effet jamais simple, peut-être même impossible, de distinguer a priori le moment de bascule entre une réaction ressentimiste et une action politique de résistance. Pour autant, tel est bien l’enjeu, cette affaire de complexité, de discernement extrême car nous allons entrer dans une grande phase d’instrumentalisation ressentimiste, où les tenants de cette approche vont précisément nous présenter la violence comme seul mode viable du politique et du mouvement social, alors même que la conflictualité du politique est protocolarisée dans la démocratie.
Pour vous, c’est par l’engagement que l’on sort de cette délectation morose ; encore faut-il que le « système » ne soit pas verrouillé de l’intérieur…
Dans les démocraties, le système n’est pas totalement verrouillé. C’est la différence entre des Etats de droit et des systèmes autoritaires. Il existe très concrètement des outils qui permettent d’accéder à des droits, et non nécessairement d’ailleurs des droits. Ces leviers sont les médias, les associations, l’éducation libre et gratuite, les lois liées aux libertés publiques, etc. Pour autant, ce n’est nullement aisé, sans parler du fait que nous allons devoir faire face à un phénomène de numérisation de notre citoyenneté, au sens où de plus en plus nos droits sont contrés numériquement, ou encore nécessitent d’avoir des compétences techniques pour être validés. Ce qui équivaut à une montée en compétence du côté de la citoyenneté, ce qui est d’une manière un point assez anti-démocratique. L’accès à sa propre citoyenneté capacitaire demande plus de qualification, et donc si nous ne veillons pas à former les citoyens sur ces questions, ils perdront le caractère « concret », non formel, de ces droits.
Le ressentiment constitue un terreau politique fertile pour qui sait en tirer parti, en disant : « Je vous ai compris ; vous avez raison... » C’est l’explication ultime du populisme ?
Algan, Cohen et Foucault avaient écrit un livre très éclairant sur les causes du populisme (Les Origines du populisme, Seuil, 2019), considérant que les insécurités politique, économique et culturelle constituaient, à juste titre, son terreau. Pour ma part, je rajoute l’insécurité psychique, qui ratifie véritablement l’entrée dans le ressentiment, qui est un sentiment générique que l’on peut retrouver dans le populisme, mais aussi les théories conspirationnistes ou complotistes.
Cynthia Fleury

Cynthia Fleury est professeure titulaire de la Chaire humanités et santé au Conservatoire national des arts et métiers et titulaire de la Chaire de philosophie à l’hôpital du GHU Paris psychiatrie et neurosciences.


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