vendredi 30 octobre 2020

DIDIER LEROY: «LA MOUVANCE ISLAMISTE FAIT UNE FIXATION SUR LA FRANCE»


Pour ce spécialiste du Moyen-Orient et des mouvements islamistes radicaux, la France truste bien actuellement le rôle d’ennemi numéro 1 des djihadistes.

Chercheur à l’Institut royal supérieur de défense et assistant à l’ULB, Didier Leroy voit dans la question du « blasphème » un prétexte des islamistes pour attaquer la France. Mais la haine anti-française des djihadistes vient de loin.

LA FRANCE, CIBLE Nº1 DES ISLAMISTES DU MONDE ENTIER ?
C’est une réalité. A l’échelle européenne en tout cas, la France fait l’objet d’une fixation de la part de la mouvance islamiste, surtout ceux de la mouvance Al-Qaïda ou Daesh : islamiste, sunnite et à vocation globale. Pour différentes raisons. D’abord au regard des relations historiques sulfureuses entre la France et le Moyen-Orient (expédition de Bonaparte en Egypte, mandat français sur l’espace syro-libanais et plus récemment l’histoire tourmentée qui lie la France à l’Algérie). Au niveau géopolitique ensuite, avec les déploiements militaires anti-djihadisme en zone syro-irakienne et au Sahel.
AUJOURD’HUI, LE PRETEXTE PRINCIPAL POUR ATTAQUER LA FRANCE EST-IL L’ACCUSATION DE BLASPHEME ?
Oui, bien entendu. Daesh n’a plus – en ce moment – une aura aussi triomphante qu’en 2014. On est moins dans la défiance avec une propagande audiovisuelle depuis Raqqa (l’ex-capitale autoproclamée de l’Etat islamique), mais plutôt un modus operandi qui rappelle Al-Qaïda des années Ben Laden. Une période moins faste pour le djihadisme, où il fallait frapper les « ennemis de l’islam » çà et là, en fonction des opportunités. Cette propagande opportuniste, qui continue d’exister, surfe sur toutes les vagues. Récemment, c’est la question du blasphème avec les nouveaux dessins de Charlie Hebdo qui revient. Les islamistes ne peuvent pas se permettre de ne pas en tirer profit. C’est presque trop beau. Mais il ne faudrait pas perdre de vue d’autres éléments géopolitiques qui peuvent avoir contribué à une frustration croissante. Je pense aux récents accords de normalisation des relations diplomatiques entre deux Etats arabes et l’Etat d’Israël. On voit alors poindre la cause palestinienne, qui est systématiquement présente dans la propagande islamiste.
EST-CE QUE CETTE FIXATION ANTI-FRANÇAISE SE LIT DANS LA PROPAGANDE ?
Cela est présent depuis longtemps, notamment dans les documents diffusés par Daesh (comme sa revue « Dabiq ») dans laquelle la France était particulièrement stigmatisée.
AVEC CET ATTENTAT A NICE, C’EST AUSSI UN SYMBOLE CHRETIEN ET CATHOLIQUE QUI EST ATTAQUE. ÇA NON PLUS N’EST PAS NOUVEAU…
Ils essayent de frapper ce qui est symbolique. L’objectif du djihad mondial n’est pas, en soi, une attaque au couteau ou même aux explosifs. L’objectif est tactique. Le but doit être grand ; sexy, d’une certaine manière, même si c’est macabre ici. Le but est de changer l’ordre mondial, rien de moins. Dans leur optique, on est dans un monde binaire fantasmé où un bloc occidental oppresserait le monde musulman. Ils visent les points sensibles. En France, c’est notamment la place des musulmans dans un pays majoritairement et culturellement catholique.
SANS FAIRE DE LIEN AVEC LE DJIHAD, EST-CE MALIN OU DANGEREUX DE LA PART DU PRESIDENT TURC DE SURFER SUR CETTE RHETORIQUE D’UN MONDE OCCIDENTAL QUI SERAIT ANTI-MUSULMAN ?
C’est à la fois malin et très risqué. Il existe trois puissances régionales qui essayent de se présenter comme les championnes de l’islam : l’Arabie Saoudite et la Turquie du côté sunnite, l’Iran du côté chiite. On parle toujours de Recep Erdogan comme d’un mégalo qui se voit en nouveau sultan. On le voit bien à la manière dont sont implantées les bases militaires turques en dehors du pays, Erdogan essaye de récupérer cette influence de l’ancien empire ottoman sur le monde sunnite, mais dans une région qui, culturellement, est arabe. C’est intelligent de jouer cette carte islamiste à un moment où la Turquie a réalisé qu’elle ne va pas intégrer le club européen, qu’elle doit se tourner vers d’autres régions. Mais cela a ses limites : la Turquie a de grandes difficultés économiques, énergétiques ou diplomatiques. Le président turc joue un peu avec le feu.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE CHOC DES CIVILISATIONS



L’homme est ennemi de ce qu’il ignore. Ibn Arabi.

Macron est pour le sultan turc un très mauvais miroir !
Erdogan se venge sur Macron et sa République laïque du refus essuyé par la Turquie de rejoindre l’union européenne. 
Son attitude va poser tôt ou tard une question fondamentale : quand l’OTAN se décidera-t-elle de l’exclure de l’alliance un partenaire qui se procure du matériel militaire russe et pire encore qui risque un conflit majeur avec la Grèce, un autre état membre de l’Alliance atlantique ?
Un je ne-sais- quoi, un presque rien m’a fait dire que la décapitation de Samuel Papy, héritier de la dynastie des hussards noirs de la République (Péguy)  évoque , je ne sais trop pourquoi,  l’attentat de Sarajévo contre les archiducs héritiers présomptifs  de la couronne d’Autriche-Hongrie. 
Cet éclair intuitif renvoye à une situation qui de plus en plus se concrétise : celle d’un choc des cultures (Huntington) dont le théâtre opérationnel s’est déplacé  du Moyen Orient vers le champ de bataille français.
Il serait temps que toutes les forces de résistance se mobilisent pour chasser du territoire français les combattants de la cause islamiste ou, à tout le moins, de les mettre hors d’état de nuire. 
C’est , à l’évidence, le choix d’Emmanuel Macron. Il ne saurait vaincre seul d’autant plus qu’il doit affronter d’autres défis : le covid, la dépression économique et la nébuleuse des gilets jaunes.
 Ce n’est pas d’un De Gaulle sans la vareuse militaire et le képi que la France à besoin mais bien d’une nouvelle Jeanne de Arc, car l’ennemi tapi dans l’ombre des banlieues ne nous pardonne pas ce que nous sommes.  
MG


ALAIN FINKIELKRAUT: «L’ENNEMI NE NOUS PARDONNE PAS D’ETRE CE QUE NOUS SOMMES»
Pour l’académicien, l’attentat barbare perpétré à la basilique Notre-Dame de Nice s’ajoute à une trop longue liste. C’est la France en tant que civilisation, et pas seulement la République, qui est visée par la terreur islamiste. «Le parti du déni n’a pas désarmé».
 
Alain Finkielkraut. 
LE FIGARO.- «Une bataille s’est engagée entre le parti du sursaut et le partide l’autre», affirmiez-vous en 2015 après l’attaque de Charlie Hebdo. Où en est-on aujourd’hui?Avez-vous le sentiment que les deux derniers attentats, de Conflans et de Nice, marquent une rupture inédite?
Alain FINKIELKRAUT.- Le terrorisme n’est pas un phénomène en soi. Il fait partie d’un tout, et ce tout, c’est la haine de la civilisation française. Le crime de Nice confirme ce diagnostic. D’un Allah akbar! à l’autre, de Mohamed Merah à l’attentat d’hier, la France est visée dans sa dimension juive, dans sa dimension laïque et dans sa dimension chrétienne. Nous aurons beau protester de notre bonne volonté et lutter avec ardeur contre toutes les discriminations, l’ennemi est là, qui ne nous pardonne pas d’être ce que nous sommes.
La décapitation de Samuel Paty n’a pas été planifiée ni commanditée par Daech. Elle ne porte la marque d’aucune organisation nationale ou internationale. Mais elle n’est pas pour autant


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
«LE PARTI DU DENI N’A PAS DESARME».

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