jeudi 22 octobre 2020

Il faut aider les enseignants. Philippe MeirieuFrance Culture (extraits)


L'Education nationale tente de le faire à travers des documents, des séquences pédagogiques. Mais je crois que la formation initiale et la formation continue dans ce domaine restent extrêmement insuffisantes. L'éducation morale et civique qui est dans les programmes doit être accompagnée. Tous les professeurs doivent être accompagnés et surtout, tous les professeurs doivent se sentir concernés, pas seulement les professeurs d'histoire. Parce que dès l'école maternelle, dès l'école primaire, le travail sur le langage dans toutes les disciplines, en mathématiques, en français, mais aussi le travail en lycée professionnel, en mécanique ou autre chose, toutes les disciplines sont des occasions d'apprendre à parler juste, d'apprendre à balayer les préjugés, d'apprendre à être précis, rigoureux, respectueux aussi dans la prise de parole. Tout cela construit une ambiance et une citoyenneté. C'est long, c'est compliqué, c'est difficile. Mais je crois que c'est un chantier qui est devant nous et qui est éminemment nécessaire. 
Il est important de rappeler qu'il n'y a pas qu'en histoire-géo que l'on peut avoir de la contestation de la part de certains élèves. Cela existe aussi en sciences et vie de la Terre et cela existe en français. Il y a un certain nombre de collègues enseignant en français qui, quand ils proposent un poème de Baudelaire, se voient opposer des résistances et voient des parents venir à la charge.
L'école publique française est une école où les parents ne légifèrent pas sur l'enseignement. L'enseignement, c'est le bien commun, les finalités de la République. Et il faut aider les enseignants à être à la fois accueillants et fermes à l'égard des parents et en même temps à trouver, avec les élèves, les voies qui peuvent permettre de les convaincre sans les humilier. Parce que beaucoup d'enfants font une identification, c'est vrai. Beaucoup d'adolescents font une identification avec certaines théories islamistes radicales, certaines théories du complot et ils peuvent vivre certains enseignements comme les détruisant en quelque sorte, comme les niant. Il faut leur donner la possibilité d'entendre que des connaissances peuvent venir entrer en dialogue dialectique avec leurs convictions sans que cela les humilie. C'est une tâche pédagogique extrêmement complexe et à laquelle nous devons nous attacher pour aider tous les enseignants. 
Au delà de la formation, de l'accompagnement des enseignants, il existe aussi le phénomène d'autocensure. Beaucoup d'entre eux, notamment en zone d'éducation prioritaire parfois, ont peur. Ils préfèrent volontairement éviter certains aspects de l'enseignement civique parce que, justement, ils ont peur d'avoir des débats non contrôlés dans la classe. 
Il faut absolument éviter cette autocensure. Il faut que les enseignants acceptent d'introduire des documents qui peuvent, à certains moments, dégager un débat. Mais il faut qu'on les aide aussi à structurer un débat. Un débat n'est pas quelque chose qui s'improvise. Un débat se prépare, en donnant le sujet quelques jours à l'avance, en permettant aux élèves d'y réfléchir et d'en discuter, en organisant un tour de parole où chacun respecte l'autre. La technique du débat est quelque chose de complexe, nous le savons bien. Nos représentants du peuple le savent bien. Et on ne peut pas imaginer qu'un débat serein se passe dans une classe sans que cela ait été minutieusement préparé sur le plan pédagogique. Lancer comme cela une question et laisser parler des élèves sans régulation, c'est évidemment prendre tous les risques. C'est comme faire une opération à cœur ouvert dans un grenier poussiéreux. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« SAMUEL PATY EST DEVENU VENDREDI LE VISAGE DE LA REPUBLIQUE, DE NOTRE VOLONTE DE BRISER LES TERRORISTES.
NOUS DEFENDRONS LA LIBERTE QUE VOUS ENSEIGNEZ SI BIEN ET NOUS PORTERONS HAUT LA LAÏCITE. NOUS NE RENONCERONS PAS AUX CARICATURES, AUX DESSINS.
NOUS RAPPELLERONS QUE NOS LIBERTES NE TIENNENT QUE PAR LA FIN DE LA HAINE ET DE LA VIOLENCE, PAR LE RESPECT DE L'AUTRE. » 
« EN FRANCE, LES LUMIERES NE S’ETEIGNENT JAMAIS »E.M.

PHILIPPE MEIRIEU ECRIT ENCORE CECI :
 "Il faut dire clairement aux familles qu'elles n'ont pas de pouvoir sur les contenus et les méthodes.
Les contestations d'un cours de Samuel Paty sont au cœur de l'enquête sur ce qui a abouti à la décapitation de l'enseignant. 
Il y a des tensions dans un certain nombre d'établissements scolaires, des tensions entre des familles, des enseignants et l'institution scolaire. Et ces tensions sont répercutées assez massivement sur les réseaux sociaux qui servent de caisse de résonance et qui peuvent entraîner certains à des gestes aussi effroyables et barbares que celui auquel nous avons assisté.  
Ces tensions existent malheureusement encore plus en zone d'éducation prioritaire où, on le sait, certains sujets sont compliqués à aborder. 
Il faut les entendre, les accueillir, mais il faut être ferme. Et il faut être ferme sur le projet de l'école de la République et sur le fait que l'école de la République n'est pas au service des familles et a fortiori de l'idéologie des familles. »  « Dans l’école, nous devons donner les moyens aux enseignants en première ligne. Il faut arrêter de [les] livrer désarmés à des organisations déterminées et outillées pour attaquer la République.
JEAN-MICHEL BLANQUER, MINISTRE DE L'ÉDUCATION NATIONALE DECLARE :
«l'islamo-gauchisme fait des ravages» et mène évidemment au pire .  Lundi à Toulouse, une élève a insulté et menacé une professeur alors que cette dernière évoquait la question du voile dans un cours d'éducation civique sur l'égalité entre les femmes et les hommes. «Ce n'est pas un fait isolé. Le système de signalement que nous avons mis sur pied nous a permis d'en recenser un peu plus de 900 de ce type sur la dernière année scolaire»
 «C'est un phénomène de société. L'institution scolaire doit avoir des réactions à la hauteur, ce qui se passe la plupart du temps mais pas toujours. C'est pour ça qu'on doit s'y attaquer»
BRIGITTE MACRON ECRIT
"Être prof, c’est transmettre et anticiper, préparer les cours avec une attention particulière parce que chaque leçon est importante […] c’est repérer une lueur que l’on a pu allumer dans les yeux des élèves […] c’est développer leur esprit critique pour les rendre libres. Tout cela, Samuel, vous le saviez, et mieux encore, vous l’incarniez."

EMMANUEL MACRON DECLARE DEVANT LA SORBONNE :
« Samuel Paty incarnait ce professeur dont rêvait Jaurès, Celui qui donne à voir ce qu’est la civilisation, celui qui s’était donné pour tâche de faire des républicains. » 
 « Nous avons tous, ancré dans nos cœurs, dans nos mémoires le souvenir d'un professeur qui a changé le cours de notre existence. Vous savez, cet instituteur qui nous a appris à lire, à compter, à nous faire confiance. Cet enseignant qui ne nous a pas seulement un savoir, mais nous a ouvert un chemin »
 « Samuel Paty était de ceux-là, de ses professeurs que l'on n'oublie pas, de ces passionnés capables de passer des nuits à apprendre l'histoire, un professeur qui se remettait mille fois en question, comme pour un cours sur la liberté d'expression et la liberté de conscience qu'il préparait depuis juillet
: « Samuel Paty incarnait au fond le professeur dont rêvait Jaurès : la fermeté unie à la tendresse, celui qui montre la grandeur de la pensée, enseigne le respect. »
« Samuel Paty aimait les livres, le savoir plus que tout. Son appartement était une bibliothèque. Ses plus beaux cadeaux étaient des livres pour apprendre. Il aimait les livres pour transmettre à ses élèves comme à ses proches la passion de la connaissance, le goût de la liberté. »

UN MUSULMAN ECLAIRE M’ECRIT :
« Quelles ont les différences fondamentales entre un musulman et un islamiste ?
Le musulman croit que Dieu le protège, l’islamiste croit que c’est lui qui protège Dieu.
Le musulman est préoccupé par sa foi, l’islamiste est préoccupé par la foi des autres.
Avant de prendre une décision, le musulman consulte son cœur, l’islamiste consulte son parti.
Le musulman veut être sûr d'aller au Paradis, l’islamiste veut être sûr que les autres iront en enfer.
Quand un musulman ne veut pas faire quelque chose, il ne le fait pas, quand l’islamiste ne veut pas faire quelque chose, il interdit aux autres de le faire. »

UN AUTRE MUSULMAN SURENCHERIT :
 « Les musulmans ne lisent pas le Coran, les enseignants ne lisent pas le Coran (il se dit que Samuel Paty l’aurait lu), aucun homme politique français ou européen n’a lu le Coran,( sauf peut-être Chevènement) ! Faisons lire le Coran à tout ce beau monde et on finira par se rendre compte qu’il est un défenseur, le Rappel éthique universel.
« Or ce n’est rien moins qu’un Rappel lancé aux univers. » (LXVIII, 52) Le Coran est mérite de figurer dans la bibliothèque de l’honnête homme ! » 

Quand se décidera-ton enfin à promouvoir un islam européen dans le respect des principes et des valeurs à la fois de la constitution belge, des droits humains et de l’éthique coranique !
Cette éthique se trouve résumée en deux versets coranique fondamentaux :
« Agis bellement. N'aspire pas à faire dégât sur la terre. Dieu n'aime pas les fauteurs de dégât » (XXVIII, 77)
« bel-agir trouverait-il récompense autre que bel-agir ? » (LV, 60)
À cette fin il conviendrait de  
S’efforcer de vivre en respectant la Constitution belge, et le pays d'origine en s’efforçant de concilier nos multiples identités.
Stimuler le dialogue interculturel, l’amour du Bien (bel-agir) et du prochain, générateur d’indulgence, de tolérance et de respect.
Promouvoir l’esprit critique en combattant les idées sournoises et la radicalisation des esprits.
Adapter l’Islam, religion qui a vocation universelle, aux conditions du monde contemporain.  
Promouvoir une lecture du Coran et un enseignement de celui-ci idéalement dans une traduction de qualité. Utiliser à cette fin celle de Jacques Berque qui est la meilleure en français. Quant à l’apprentissage de la langue arabe, il doit se faire par des enseignants diplômés et compétents.
« Lis », un impératif branché sur la conquête du savoir, est la première injonction du Coran ! 
Donner la priorité à des enseignants, des directeurs de mosquées et des imams compétents et formés de préférence en Belgique, dès que cela sera possible !  
Privilégier les prêches bilingues (arabe/français et arabe/néerlandais). 
Considérer que l’Islam qui est enseigné, ne peut être qu’un Islam contemporain, c’est-à-dire un Islam tourné vers son avenir et non pas continuellement rattaché à une forme de son passé selon le très beau hadith du Prophète : « Prends le Coran comme s’il t’était révélé à toi-même ! ».
Chercher des solutions adaptées à la société moderne selon le principe coranique de « choura » (la concertation mutuelle). 
L’Islam européen ne peut se concevoir qu’en tant que religion affranchie de toute servitude et tourné exclusivement vers l’éthique coranique de la Voie de Rectitude et de l’Agir bellement (ihsân). 
Le Coran est intransigeant avec l’éthique : « Dieu S’assigne à Lui-même la miséricorde », autrement dit, l’éthique (VI, 54) 
Considérer que l’Islam est une religion laïque de par son absence de clergé et qu’il prône l’altérité et la reconnaissance entre tous les humains selon le verset coranique : « Humains, Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle. Si Nous avons fait de vous des peuples et des tribus, c'est en vue de votre connaissance mutuelle. (XLIX, 13)     
Promouvoir un Islam démocratique qui puisse offrir au plus grand nombre de jeunes garçons comme de jeunes filles un accès à une interprétation d’une grande acuité du texte coranique, d’où l’absolue nécessité pour les formateurs d’une formation coranique solide et d’une maîtrise parfaite du français, du néerlandais et de l’arabe coranique ! 
Proposer une lecture vivante et instruite du texte coranique. 
Combattre les lectures réductrices et intolérantes, à contre-Coran qu’on en fait trop souvent. 
Combattre toute forme de racisme, de haine religieuse et d’obscurantisme.
Jeter les bases d’une conception contemporaine, humaniste et universelle du Coran.
Combattre le phénomène de radicalisation par une lecture éthique du Coran, la seule qui soit authentique car revendiquée par le texte fondateur de l’Islam.
Détacher le texte fondateur de l’Islam des interprétations par trop dogmatiques en s’assignant prioritairement l’étude éclairée du Coran qui nécessite absolument une formation adéquate et de qualité avec, il faut y insister, la parfaite maîtrise des langues officielles belges, le français, le néerlandais sans oublier l’arabe coranique !  
La notion pivot permettant de comprendre la vision coranique des relations entre hommes et femmes est celle de la complémentarité. 
« Elles sont des vêtements pour vous et vous des vêtements pour elles » (II, 187) 
On évitera une lecture non contextualisée qui conduit à instaurer des inégalités entre les hommes et les femmes.
Tous les êtres humains, hommes et femmes, musulmans ou non, sont égaux devant Dieu par leurs qualités humaines. 
« Humains, Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle. Si Nous avons fait de vous des peuples et des tribus, c'est en vue de votre connaissance mutuelle.» (XLIX, 13)     
Les notions d’égalité de droits entre les hommes et les femmes sont compatibles avec le Coran tout comme celle de l’Etat de droit.
L’acquisition du savoir est bien un devoir coranique. Le Prophète a dit : « La connaissance d’une chose, quelle qu’elle soit, est préférable à son ignorance », « Cherchez la science du berceau au tombeau, fût-ce jusqu’en Chine », « L’encre des savants est plus précieuse que le sang des martyrs », a fortiori infiniment préférable à la folie meurtrière des kamikazes terroristes ! Quant au Coran, il exhorte avant tout à réfléchir. "Mon édification se réduit à l’Unique : vous dire de vous redresser pour Dieu, avec autrui ou individuellement, et surtout de réfléchir" (XXXIV, 46). Surtout avant "d’agir en forcené sur la terre, plutôt qu’en conciliateur" (XXVIII, 19).
Il s’agit de condamner toute forme de violence et d’intimidation envers qui que ce soit et en particulier lorsque cette violence est commise au nom du Coran, lequel prône avec une très grande force l’Agir Bellement en faveur du Bien, de la Rectitude et condamne sans réserve ceux qui choisissent l’égarement par la violence.
MG 


JEAN-ÉRIC SCHOETTL: «TERRORISME, ISLAMISME, IMMIGRATION: UN DROIT HERMETIQUE A LA VOLONTE POPULAIRE?»

Figaro
L’ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel décrit les obstacles juridiques qui affaiblissent, voire paralysent, la lutte contre l’islamisme.
Jean-Éric Schoettl, ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel, conseiller d’État honoraire. 
Chacun le sent: les déclarations générales ne suffisent plus. C’est à l’aune des actes, de leur caractère effectif ou avorté, que les Français porteront une appréciation sur le sérieux de la réponse des pouvoirs publics à l’assassinat sauvage de Samuel Paty et au grave danger mis en lumière par cet attentat. Ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel, Jean-Éric Schoettl, conseiller d’État honoraire, explique avec clarté et précision le cadre juridique très strict qui limite la capacité d’agir de l’État et même, selon lui, la paralyse. Et il préconise des solutions à la hauteur du péril.

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