dimanche 11 octobre 2020

Instituteur tatoué: Les libertés individuelles doivent s’arrêter là où commence l’intérêt général


FIGAROVOX/TRIBUNE - L’interdiction d’enseigner dans certaines classes pour l’instituteur tatoué est commandée par les principes fondamentaux de l’éducation nationale, analyse Jean-Eric Schoettl, ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel. Selon lui, l’institution ne doit pas céder à une vision maximaliste des libertés individuelles.
Jean-Eric Schoettl est ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel et conseiller d’Etat honoraire.
 
Tatoué de la tête aux pieds, l’instituteur Sylvain Hélaine (alias «Freaky Hoody» sur les réseaux sociaux) s’est vu retirer par l’inspection académique, à la suite de plaintes de parents d’élèves, la charge des classes de maternelle.
Quand bien même elle ne trouve guère d’appui sur un texte normatif spécifique et conduit déjà certains à dénoncer une nouvelle cause de discrimination, cette décision, au demeurant minimale, est commandée par les principes fondamentaux de l’éducation nationale.
Le maître et la maîtresse d’école (comme on les appelait naturellement il n’y a pas encore si longtemps) sont des passeurs: vers la vie adulte, vers le monde des adultes. De ce monde des adultes, l’instituteur est la figure de proue. Cette figure doit être ouverte, avenante et familière. Sa personne doit s’effacer derrière son rôle, afin qu’elle ne fasse pas écran entre les élèves et le monde vers lequel il les accompagne.
Guidant l’enfant vers l’universel, en lui permettant de s’émanciper de ses assignations particulières, l’enseignant doit apparaître à l’enfant comme l’ambassadeur de la communauté nationale, au service de tous, disponible à tous, et donc lui-même affranchi de toute allégeance trop visible ou singulière. C’est pourquoi le devoir de neutralité est si important dans la tradition laïque.
La figure de l’instituteur doit être ouverte, avenante et familière. Sa personne doit s’effacer derrière son rôle
La mission de l’enseignant, comme les mots le révèlent («instituteur», «élève»), réside dans l’élévation des enfants que la collectivité lui confie. L’accomplissement de cette mission suppose par construction qu’il est en surplomb par rapport à eux. Elle proscrit toute familiarité excessive (comme lorsque les élèves tutoient leur maître ou l’appellent par son prénom), toute connivence anarchisante (comme lorsque l’enseignant se présente aux élèves comme leur allié contre l’ordre social).
En bonne réciprocité, le respect que le professeur doit inspirer aux enfants en sa qualité d’ambassadeur du monde des adultes exige de lui le respect des usages communs qui instituent ce monde (usages que les règlements se bornent à codifier, d’ailleurs a minima). Notamment quant à son apparence, car c’est cette dernière qui s’offre d’abord au regard des élèves, tout particulièrement des plus petits.
L’enseignant doit donc avoir une tenue correcte (ce que l’usage commun sait très bien caractériser). Surtout, il doit s’abstenir de toute conduite pouvant inquiéter, choquer, cliver ou rebuter. Dans la sublime lettre qu’il adresse le 17 novembre 1883 aux instituteurs, Jules Ferry leur donne à cet égard le conseil suivant: «Si parfois vous étiez embarrassé pour savoir jusqu’où il vous est permis d’aller, voici une règle pratique à laquelle vous pourrez vous tenir. Demandez- vous si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe, pourrait de bonne foi refuser son assentiment».
Rien ne va plus si l’enseignant sacrifie cette exigence de (re)tenue à la manifestation de ses propres lubies ou à l’ostentation de ses adhérences tribales. La mission de passeur est compromise si, au lieu de se comporter en ambassadeur de la collectivité, celui ou celle qui est censé «instituer» se proclame en marge de la société, en révolte contre elle et en guerre contre les familles. La réaction hostile des élèves ou de leurs parents est non pas alors l’expression de préjugés qu’il faudrait surmonter au nom de la tolérance, mais la preuve que le contrat liant le professeur à la collectivité est rompu.
Rien ne va plus si l’enseignant sacrifie cette exigence de (re)tenue à la manifestation de ses propres lubies ou à l’ostentation de ses adhérences tribales.
Faut-il ajouter que le trouble ainsi causé, venant parasiter la transmission des connaissances, ne peut que dégrader la qualité de l’enseignement? Faut-il souligner que la manière d’être et d’agir de l’enseignant est une composante de sa fonction et qu’il souscrit, dans cette mesure, une obligation d’exemplarité? Faut-il rappeler que, dans sa lettre de 1883 précitée, Jules Ferry exhortait les instituteurs, au nom des familles et de la société, «à (....) apprendre à leurs enfants à bien vivre par la manière même dont vous vivez avec eux et devant eux»?
Comment, enfin, imposer des obligations vestimentaires aux élèves (décence, absence de signes religieux ostentatoires, a fortiori uniforme) si leur professeur arbore un tatouage facial intégral?
Le droit à l’instruction, comme le devoir d’instruire, sont inséparables de la construction de la citoyenneté. L’instruction publique est donc au service exclusif des enfants et de la collectivité. En abandonnant son exercice à l’expression débridée de la personnalité de l’enseignant, on cède à toutes les dérives, y compris comme, en l’espèce, à l’exhibition narcissique. En ouvrant la salle de classe au droit à la différence et aux doléances sociétales, on laisse privatiser l’égal accès à l’instruction, qui est une liberté publique.
Pour tous ces motifs, on ne voit pas ce qu’il y aurait de problématique à ce que les autorités scolaires, faisant prévaloir l’intérêt de l’enfant et les exigences collectives sur une conception maximaliste de la liberté individuelle, suspendent, au moins dans les petites classes, l’activité d’un enseignant tatoué sur tout le visage et dont la présence en classe a ému les parents d’élèves.
Comment (...) imposer des obligations vestimentaires aux élèves (...) si leur professeur arbore un tatouage facial intégral ?
Les vraies questions que pose cette affaire sont ailleurs: comment le système scolaire a-t-il admis que l’intéressé, avant même d’arriver dans une salle de classe, soit recruté et affecté. Le mot «décadence» n’est-il pas le plus approprié pour dépeindre cette permissivité apeurée des institutions face aux outrances individuelles? Comment la magnification des droits subjectifs peut-elle à ce point évincer le souci du bien commun?
Par ailleurs, s’agissant du tatouage, la société peut-elle rester impavide face au développement d’une pratique qui fait produire des effets irréversibles et pénalisants à une affirmation de soi dont les motivations sont passagères et relèvent le plus souvent d’une impulsion juvénile ultérieurement regrettée? En attendant, faut-il regarder l’intéressé comme une personne «à problème» que la société devrait avoir à cœur d’intégrer, y compris aux frais des écoliers et contre le sentiment des familles?


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« HOW DARE YOU ? »
JUSQU’OU PEUT-ON ALLER TROP LOIN ?

Il y a l’interdiction des signes convictionnels à l’école : les croix, kippas et autres foulards islamiques. Il y a désormais les visages tatoués dans la cité ou plus exactement : le visage intégralement tatoué, masque indélébile du mal être ou de l’être en révolte, l’être en rupture de l’enseignant hiéroglyphe, celui qui dit ce que je suis , celui qui hurle sa différence et surtout sa défiance, son grand refus.
 « Messieurs, on n’enseigne pas ce que l’on veut ; je dirai même que l’on n’enseigne pas ce que l’on sait ou ce que l’on croit savoir : on n’enseigne et on ne peut enseigner que ce que l’on est. » Jean Jaurès à l’Assemlée Nationale en 1910.) 
Cela demeure vrai 110 ans plus tard.
« Faut-il regarder l’intéressé comme une personne «à problème» que la société devrait avoir à cœur d’intégrer, y compris aux frais des écoliers et contre le sentiment des familles? »
« Les vraies questions que pose cette affaire sont ailleurs: comment le système scolaire a-t-il admis que l’intéressé, avant même d’arriver dans une salle de classe, soit recruté et affecté. Le mot «décadence» n’est-il pas le plus approprié pour dépeindre cette permissivité apeurée des institutions face aux outrances individuelles? Comment la magnification des droits subjectifs peut-elle à ce point évincer le souci du bien commun? »
Le visage est le médiateur de la relation à autrui.
Lévinas affirme que le visage suscite spontanément, à l'observation, une exigence de réponse, d'aide, et de soutien. Ainsi, le sujet doit se confronter à l'autre pour sortir du vide métaphysique qui le hante – il faut donc qu'il existe pour autrui.
Exister pour autrui. Voilà ce qu’exprime le visage tatoué de cet enseignant :l’expression du  «  grand refus » comme dit Marcuse.
« L’expérience d’autrui prend la forme du visage. » Lévinas
«  Qu’est-ce que le visage ? Lévinas décrit le visage comme une misère, une vulnérabilité et un dénuement qui, en soi, sans adjonction de paroles explicites, supplient le sujet. “Mais cette supplication est une exigence”  de réponse, une exigence de soutien et d’aide » :
Certes il y a le droit fondamental de l’individu à la différence mais ne s’oppose-t-il pas  aux droits de l’enfant ?
« Article 3 : Tu as droit au bien-être. Si les personnes qui t’entourent décident de quelque chose qui se rapporte à toi, elles doivent le faire en tenant compte de ton intérêt. » 
Le devoir de neutralité, si important dans la tradition laïque, exige 
 « en bonne réciprocité, le respect que le professeur doit inspirer aux enfants en sa qualité d’ambassadeur du monde des adultes exige de lui le respect des usages communs qui instituent ce monde. »
Je me souviens  des mes instituteurs de la communale, rasés de près et tirés à quatre épingles et ou en cache poussière mastic, de mes professeurs élégants jusqu’au dandyisme.
Que signifie le besoin de cet homme tatoué de la têt aux pieds de se singulariser jusqu’à l’extrême ?  
MG


LE TATOUAGE : POURQUOI SE FAIRE TATOUER ?
(LA PETITE CREATURE)

Se faire tatouer n’est pas anodin. Qu’on ait un ou plusieurs tatouages, des personnes s’interrogent parfois sur ce qui se cache derrière une envie ou un besoin de se faire tatouer. Les raisons sont multiples et tiennent autant de l’émotionnel que de l’esthétique.
POURQUOI SE FAIRE TATOUER ?
ANCRER UNE ÉMOTION PAR LE TATOUAGE
Un tatouage, par définition, restera toute notre vie sur notre peau. On peut alors faire le choix de vouloir ancrer dans notre corps une émotion pour qu’elle reste en nous à jamais. Chacun ou chacune peut graver un souvenir, ou rendre hommage à une personne qui lui est chère. Ou peut également mettre en avant un objet ou une chose que l’on aime. Lorsque le tatouage est émotionnel, du fait de sa permanence, s’exprime alors le besoin de marquer sur le corps, quelque chose qui nous a d’abord marqué l’esprit.
ORNER LE CORPS AVEC LE TATOUAGE
Le tatouage est un art. Apprécié ou non mais c’est un art. On parle d’ailleurs d’artiste tatoueur et les tatouages sont désignés comme des « pièces ». Au-delà donc du symbolique, on peut vouloir user de l’aspect purement esthétique du tatouage. Ce dernier devient alors un ornement qui met en valeur le corps, voire qui se suffit à lui-même. Il exprime notre vision du beau et permet de parer son corps selon sa conception de la beauté. Un tatouage n’a donc pas forcément besoin d’une signification pour être fait.

SE RÉAPPROPRIER SON CORPS À L’AIDE DU TATOUAGE
Rose Tattoo est un site internet dédié aux tatouages après un cancer
Dans le prolongement de l’ornement, des personnes via le tatouage se réapproprient leur corps. En cas de cicatrices ou de cancers par exemple, le tatouage vient rendre beau ce qui a pu être douloureux. Ainsi, de plus en plus d’artistes recouvrent des cicatrices ou tatoue de nouveaux tétons à d’anciennes victimes du cancer du sein. Par le biais du tatouage, certaines personnes retrouvent alors un peu de leur moi d’avant ou font en sorte de magnifier leurs blessures pour reprendre le contrôle sur leur corps.
De plus, pour être tatoué, on doit être majeur. Autrement, en France, c’est uniquement accessible à partir de 16 ans avec autorisation parentale écrite. De ce fait, le tatouage est un acte qui, symboliquement, renvoie à nos parents et à nous même, le fait que notre corps nous appartient de manière totale et indiscutable, que nous pouvons le modifier si nous le souhaitons sans avoir leur autorisation. C’est un acte d’émancipation qui ne regarde que la personne concernée et personne d’autre. Parfois certains parents ont du mal avec le tatouage car ils considèrent que leur enfant modifie une chose qu’ils considéraient, eux, comme « parfaite ». C’est justement ça la nuance : l’avis de nos parents n’est pas forcément le nôtre. On a le droit de vouloir modifier notre apparence, ça ne veut pas dire pour autant qu’on renie ses parents, c’est juste affirmer qu’on est plus que la « création » de nos géniteurs : nous sommes des individus.
AFFIRMER SON IDENTITÉ
Il y a de nombreuses raisons de se faire tatouer. Un tatouage peut être réfléchi ou être spontané : cela ne regarde au final que son propriétaire (même si un minimum de réflexion me semble important, notamment pour les grosses pièces). L’important c’est surtout de se faire tatouer dans des conditions sérieuses qui respectent la législation.
Comme la photographie, le tatouage fige des souvenirs. Comme le vêtement ou les bijoux, il décore. Comme une aide psychologique, il aide à se réapproprier son corps ou à aller de l’avant. Parfois ces raisons se combinent ou se superposent car finalement se faire tatouer c’est l’expression de soi-même. C’est l’affichage, discret ou non, de ce qui fait notre vie et notre identité. C’est un mémo qu’on adresse à soi et/ou au monde.
Ce n’est pas grave que la peau vieillisse, se flétrisse. Le corps est une toile vivante, il n’est pas placardé dans un musée. Il ne sert à rien d’opposer à quelqu’un qui va se faire tatouer, le fait qu’il va vieillir. On vit et nos tatouages vivent aussi, c’est normal. Ils sont des compagnons de voyage.
 

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