lundi 5 octobre 2020

Les couacs de Bouchez: l'ivresse du pouvoir n'explique pas tout (carte blanche)


Claude Demelenne Le Vif

Georges-Louis Bouchez ne boit jamais une goutte d'alcool. Il s'adonne à une autre ivresse, plus périlleuse : l'ivresse du pouvoir. Les barons du MR n'ont pourtant pas de leçons à donner à leur enfant terrible.
Georges-Louis Bouchez, président du MR, aime susciter le débat.
" C'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser", écrit Montesquieu. Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, a beaucoup abusé de son pouvoir. Jusqu'à la déraison. Jusqu'à prendre à rebrousse-poil de nombreux militants et barons de son parti. Jusqu'à désespérer ceux qui avaient voté pour lui, lors de l'élection présidentielle libérale de novembre 2019.
Ce qu'il ne faut pas faire
Le film des dernières semaines de la présidence Bouchez devrait être projeté à tous les apprentis décideurs. Avec la mention : "Ce qu'il ne faut pas faire pour réussir en politique". Le pouvoir a grisé le jeune président du MR. Il a collectionné les erreurs, sinon les fautes lourdes. Décider (presque) seul, se glisser dans les habits d'un hyper-président 'à la Sarko' (cela se termine mal, en général), jouer à 'Monsieur je sais tout', se mettre à dos tous ses collègues, ne pas comprendre qu'au 21eme siècle, on ne traite plus les femmes élues comme du bétail qu'on déplace au gré des saisons...
L'ivresse du pouvoir a atteint un pic lors de l'élaboration du casting ministériel libéral. Celui-ci a fait tomber de leur chaise jusqu'aux plus chauds partisans de Georges-Louis Bouchez. Hormis Sophie Wilmès aux Affaires étrangères - un bon choix - ce casting est raté. Farfelu, même.
Bouchez n'a consulté que son nombril
David Clarinval n'est pas vraiment un poids lourd et pourtant, il reste ministre. Mathieu Michel, le frère de Charles, est tout sauf flamboyant, pourtant, il obtient le seul portefeuille de secrétaire d'Etat du MR. Valérie De Bue a tout sauf démérité, elle a pourtant été éjectée - pendant quelques heures - de son poste ministériel wallon. Denis Ducarme s'est démené comme un beau diable pour défendre les indépendants tout au long de la crise du coronavirus. Pourtant, il perd son poste de ministre. Cerise sur le gâteau : la décision de remplacer De Bue par Ducarme était illégale. Fidèle à ses mauvaises habitudes, Bouchez n'a consulté que son nombril avant d'officialiser son casting. Difficile de commettre autant de gaffes en si peu de temps.
Les barons n'ont pas de leçons à donner
Comment le MR en est-il arrivé là ? Pourquoi ces couacs à répétition qui laisseront des traces ? L'ivresse du pouvoir n'explique pas tout. La responsabilité est collective. Il y a dix mois, la grande majorité des barons du parti - à commencer par Charles Michel - a soutenu la candidature de Georges-Louis Bouchez à la présidence. Ce choix était à hauts risques, au vu du parcours du jeune homme, doué, pétaradant, mais surtout connu pour son individualisme, son profil de trublion, d'agitateur, voire de provocateur. Le principe de précaution aurait voulu que le MR encadre son "homme providentiel". Ce travail n'a pas été fait. Les libéraux paient aujourd'hui leur imprévoyance au prix fort.
Les barons du MR n'ont pas de leçon à donner à leur enfant terrible. Ils ont laissé carte blanche à Bouchez et celui-ci, évidemment, a 'fait du Bouchez' : un cocktail parfois tonique mais, à forte dose, nocif. Ceux qui, au sein du MR, étaient prêts le week-end dernier, à jouer les coupeurs de tête, évacuent un peu vite leur part de responsabilité dans les dérapages non contrôlés de Georges-Louis Bouchez.
Les gaffes du clan Michel
Les têtes pensantes libérales ont misé sur la jeunesse de Bouchez. Elles ont voulu moderniser l'image du parti, mais ont privilégié la forme sur le fond. Accorder une confiance aveugle à Georges-Louis Bouchez, accumuler les chausse-trappes visant, lors du scrutin présidentiel interne, les candidatures de Denis Ducarme et de Christine Defraigne, autant de gaffes commises par l'appareil du parti, et notamment par le clan Michel.
Une bonne nouvelle pour le gouvernement De Croo
La mise au pas de Georges-Louis Bouchez est finalement une bonne nouvelle pour le nouveau gouvernement. Un Bouchez en grande forme risquait de multiplier les foucades contre ses partenaires, particulièrement contre le PS de Paul Magnette, sa bête noire. Le scénario catastrophe d'une guérilla anti-socialiste de tous les instants, fragilisant le gouvernement d'Alexander De Croo, semble écarté. Nul ne s'en plaindra, tant la Belgique a besoin, après une longue crise, d'une gestion enfin apaisée et, pourquoi pas, ambitieuse.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
TOUCHE COULE ?

Le président ou le parti ? Les deux assurément.
C’est le moment ou jamais de refonder une droite sociale francophone qui regrouperait un MR aux abois, un CDH moribond et un Défi en déconfiture, voire quelques dissidents du PS et d’Ecolo et la cohorte des dépités qui par lassitude et colère ont voté PTB. 
Problème : quel est l’homme, la femme providentielle capable de fédérer ces entités éparses ? Il faudrait quelqu’un de la trempe d’un Verhofstadt, d’un Olivier Maingain, d’une Joëlle Milquet.
Christine Defraigne peut-être ou alors François De Smet, voire Bernard Clerfayt qui s’est mis en retrait ou qui sait Sophie Wilmès, par défaut ?
Cap sur un libéralisme social qui soit et de droite et de gauche,  autrement dit de l’extrême centre, capable de tenir tête à la fois aux syndicats déchaînés et aux nouveau Vlaamse Blok composé du Belang qui monte et de la NVA qui flanche.
2024 est loin sur l’échelle du temps politique. Ce sera plus encore que 2019 l’élection de tous les dangers. C’est donc maintenant ou jamais.
L’électeur francophone n’en peut plus. Il a perdu confiance, il a besoins d’espérer, de rêver un peu.
MG


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