mercredi 14 octobre 2020

L'examen d'entrée aux études de médecine joue pleinement la reproduction des situations inégalitaires

Opinions

Contribution externe

La Libre


Les études de médecine seraient devenues tellement compliquées que seuls 20% de ceux qui l'ont rêvé et qui s'y sont préparés réussissent. Cela pose le problème de zérotage : attend-on des "presque médecins" dès l’entrée ? Ou alors, les études secondaires ne sont pas suffisantes pour préparer à la médecine. Que cela signifie-t-il ?

Une opinion de Jean-François Nandrin, directeur d'école (s'exprime à titre personnel).
Ayant suivi de plus près, cette année, le cursus d’anciens élèves, je suis d'autant plus frappé par les chiffres de réussite à l’examen d’entrée en médecine : 20 % en 1ère session, 16 % en 2e. Cela signifie que près de 80 % des élèves qui se présentent n'ont pas le niveau requis. Cela appelle plusieurs réflexions, dans différentes directions, sans pouvoir les approfondir en quelques lignes.
D’abord, si l'on trouve que c'est une bonne chose de mettre un examen d'entrée pour éviter que des élèves ne deviennent de ces étudiants qui au bout de plusieurs années n’ont réussi qu'une partie des cours, traînent (grâce aux crédits) des casseroles et finissent par abandonner, coûtant très cher à la société, on comprend mal pourquoi on ne le fait pas dans toutes les études (il y a bien parfois des tests d’entrée indicatifs : mais ceux qui échouent n’en deviennent pas pour autant plus réalistes, les secondaires les ayant aveuglés). Cela éviterait pas mal de déboires et de coûts inutiles - sans compter des auditoires de premier bac qui, paraît-il, se transforment parfois en cour de récréation. Pourquoi donc la seule médecine ? À voir les résultats des autres études (dans les 60% d’échec en première bac), celles-ci ne semblent pas avoir des étudiants mieux préparés.
Attend-on des "presque médecins" dès l’entrée ?
Autre piste, les études de médecine seraient devenues tellement compliquées que seuls 20% de ceux qui en ont rêvé et qui s'y sont préparés (parce que personne n'ignore qu'il faut s'y préparer en surcroît de l'école secondaire) réussissent. Cela pose le problème de zérotage : attend-on des "presque médecins" dès l’entrée ? Ou alors, les études secondaires (même en sciences et math "fortes") ne sont pas suffisantes pour préparer à la médecine. Que cela signifie-t-il ? Que parmi les candidats, il y en ait qui aient rêvé d'être médecin mais sans assez travailler ou sans les capacités, cela se comprend : mais pas 80% ! S'ils sont aussi mal préparés, c'est peut-être parce que les secondaires ne visent plus que leur propre réalisation et que de dire que l'on fait une année pour se préparer à la suivante est devenu une grossièreté : on vise à terminer l’année avec les compétences minimales requises (et des échecs qu’on doit laisser passer, des recours, etc.). Manifestement, ce système ne semble pas porteur de réussite.
Certains idéologues auront sauté hors de leur fauteuil en lisant que tous n’ont pas les capacités. Pardon, camarades : tous ont le droit d’aller à l’université, ont les mêmes capacités, et si ce n’est pas le cas, c’est la faute des écoles... Tant qu’on y est, disons donc encore une autre chose indicible : toutes les écoles ne préparent pas de la même manière. Quand on rêve d'être médecin et que le décret inscription vous met dans une école certes "aussi bonne que les autres", "mais enfin quand même...", par les critères de proximité, il s'agit d'une terrible discrimination. Le même droit pour tous est donc contredit par ses chantres.
Bien plus : les élèves qui réussissent l’examen d’entrée en médecine, non seulement y travaillent depuis longtemps mais ont invariablement suivi des cours préparatoires (de relativement à très) coûteux. Comme me le disait un heureux lauréat, "je suis dégoûté de voir que des gens qui ont travaillé autant que moi mais dont les parents n’ont pas su payer les cours que j’ai eus, ont raté à cause de cela". Le système actuel joue donc pleinement la reproduction des situations inégalitaires (comme on le lui reproche vivement mais en ciblant mal le problème).

Pour une année préparatoire
Bref. Premièrement, le refus que l’on puisse choisir une école en fonction d’un niveau ou en changer en cours de chemin pour créer des niveaux homogènes, participe à créer une situation de marché pour qui en a les moyen et à reproduire les inégalités, a contrario de tout ce qui était voulu.
Deuxièmement, il faut réformer ce piège des "crédits" qui fait que certains étudiants visent "à passer" en renonçant d’emblée à tout réussir, ne visant même plus l’acquisition d’un savoir, mais le bachotage. Cette proposition vient d’être combattue au nom de "l’égalité des chances" : aveuglement idéologique. 
Troisièmement, que l’on forme les élèves aux exigences de la réussite de la vraie vie plutôt que de leur faire croire que les hautes études continueront à être le pays des Schtroumpfs. Puisque l'école ne va pas assez loin, et en attendant les effets du nouveau tronc commun qui vient de débuter en maternel, offrons gratuitement - voire imposons - à la place de l’examen une année préparatoire pour donner de vraies compétences (scolaires mais aussi quant au réel du métier). Cela pourrait être une proposition démocratique qui aiderait vraiment à faire fonctionner l’ascenseur social.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« QUELS ENFANTS VOULONS-NOUS FORMER POUR QUELLE SOCIETE ? » 
« PRES DE 80 % DES ELEVES QUI SE PRESENTENT A L’EXAMEN D’ENTREE  N'ONT PAS LE NIVEAU REQUIS. »

« Tant qu’on y est, disons donc encore une autre chose indicible : toutes les écoles ne préparent pas de la même manière. »
« S'ils sont aussi mal préparés, c'est peut-être parce que les secondaires ne visent plus que leur propre réalisation et que de dire que l'on fait une année pour se préparer à la suivante est devenu une grossièreté : on vise à terminer l’année avec les compétences minimales requises (et des échecs qu’on doit laisser passer, des recours, etc.). Manifestement, ce système ne semble pas porteur de réussite. »
Il fut un temps où je dirigeais un athénée qui, depuis des décennies,  se flattait d’un taux de réussite de 100% à l’examen d’entrée de polytechnique et de 80% de succès à l’université. L’équipe pédagogique mettait un point d’honneur à faire de ce slogan une réalité. C’est dire que le souci de sélection y était pratiqué avec un zèle que d’aucuns ont qualifié de cynique et d’élitaire. J’ignore si cet établissement alors réputé pour la qualité de sa préparation à l’enseignement supérieur affiche aujourd’hui les mêmes performances mais je pense que non, eu égard aux critères d’inscriptions désormais imposés par La Communauté française. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que les exigences du corps professoral des universités n’ont pas ou très peu diminué.
L’accès à l’université est théoriquement ouvert à tous les élèves sortant de l’enseignement général mais aussi des filières techniques et professionnelles. Leur pronostic de réussite dans l’enseignement supérieur est essentiellement variable. Tout le monde le sait mais les politiques font mine de l’ignorer. Le pacte dit d’excellence n’y changera sans doute pas grand chose.
En revanche, les recteurs et rectrices savent parfaitement de quels établissements secondaires sont issus les étudiants qui affichent le meilleur potentiel de réussite. Je ne citerai aucun nom bien que ceux-ci soient bien connus du grand public, enseignement officiel et catholique confondus.  
« Les élèves qui réussissent l’examen d’entrée en médecine, non seulement y travaillent depuis longtemps mais ont invariablement suivi des cours préparatoires (de relativement à très) coûteux. Comme me le disait un heureux lauréat, "je suis dégoûté de voir que des gens qui ont travaillé autant que moi mais dont les parents n’ont pas su payer les cours que j’ai eus, ont raté à cause de cela".
Ce lauréat est un sage. Nos voisins français ont un système de classes de « prépa » au supérieur, accessibles aux seuls élèves bacheliers  qui ont obtenu d’excellentes notes aux concours. Ceci participe de l’élitisme républicain qui entend promouvoir les meilleurs mais que d’aucuns souhaitent supprimer par souci d’égalitarisme.
C’est que trop d’égalitarisme nuit à l’égalitarisme. 
Les athlètes sportifs sont coachés avec soin alors pourquoi pas les futurs bons étudiants. Il est incontestable que les élèves issus de la classe moyenne ont accès à des cours de bachotage aux concours universitaires. Ces cours payants sont réservés non pas aux plus méritants mais à ceux dont les parents ont les moyens de les financer. Cette situation est franchement scandaleuse. Il conviendrait d’organiser des cours de propédeutiques dans les différentes filières : maths, sciences, langues et surtout méthode de travail. Reste à savoir à qui cette préparation sera confiée : aux établissements s’enseignement secondaire ou aux universités ?
Une solution intermédiaire consisterait à les confier à l’enseignement dit de Promotion Sociale dont la souplesse d’organisation permet bien des ajustements. Hervé Hasquin avait privilégié cette solution à l’époque où il dirigeait l’ULB et où il créa l’EPFC.
En tout état de cause, il semble devenu urgent de s’interroger sur la motivation, celle des élèves qui sont de plus en plus nombreux à décrocher pour sombrer dans le chaos et celle des enseignants toujours moins nombreux à opter pour ce métier par choix positif et non par dépit et résignation. Une société qui ne croit plus en son enseignement est une société qui doute d’elle-même et de son avenir.
Reste à savoir si la réussite dans l’enseignement supérieur est le seul enjeu du projet éducatif. Celui-ci doit en effet répondre prioritairement à une question essentielle : quel type de citoyens voulons-nous former ? Je renvoie donc à la réflexion de Philippe Meirieu et à celle plus radicale encire de Cynthia Fleury la philosophe française qui a le plus réfléchi à cette question et plaide carrément et radicalement pour une démocratie capacitaire. 
MG  


« CE QUE L’ECOLE PEUT ENCORE POUR LA DEMOCRATIE »

Philippe Meirieu est un homme de ma génération qui a consacré sa vie à réfléchir à la dynamique de l’école explique dans ce livre testament ce que peut, selon lui, l’école pour sauver la démocratie. 
Le sous-titre : deux ou trois choses que je sais (peut-être) de l’éducation et de la pédagogie  en dit long sur l’humilité de l’auteur
Dans son introduction Meirieu martèle d’emblée ceci : 
Je crains que nous n’ayons pas suffisamment perçu à quel point les bouleversements  que nous vivons aujourd’hui remettent radicalement en question nos pratiques éducative 
D’emblée Meirieu pose la question difficile :
Cette crise de civilisation est elle une chance pour la démocratie ? (p.  18)
Il  observe « les signes d’une  grave crise de notre démocratie, 
Et c’était plutôt le signe que nous n’avons fait qu’une partie du chemin pour accéder à la démocratie ? (p.19) 
Le XXème siècle a montré à quel point la revendication de la toute puissance éducative avait partie liée avec le totalitarisme. (p.20)
Il faut parier sur l’éducation 
pour conjurer l’explosion des individualismes et la guerre des clans
pour endiguer le banditisme boursier et la violence des gangs. Meirieu a lu Brecht, c’est  l’évidence
POUR DEVOILER A NOS ENFANTS L’IMPOSTURE DE TOUS LES JOUEURS DE FLUTE, COMMERCIAUX ET RELIGIEUX, QUI VEULENT LES METTRE SOUS TUTELLE
pour lutter contre des égoïsmes désinvoltes et combattre les fanatismes mortifère… 
Bref, il faut parier que l’éducation « peut encore quelque chose pour nous aider à avancer vers la démocratie » 
Elle a besoin d’institutions toujours plus attentives à la construction du bien commun ainsi que d’une liberté d’information et d’expression qui permette à tous les citoyens de penser par eux-mêmes car « penser par soi même » et « construire du commun », se dégager de toutes les formes d’emprise- de séparatisme dira <<Macron- pour s’associer librement avec les autres : voilà deux impératifs dont l’articulation pose, de toute évidence, problème. 
C’est même probablement le problème le plus important de toute société qui se veut démocratique.
Et c’est bien le problème de notre éducation :
Ne s’agit-il pas de multiplier les interactions de susciter le dialogue bref de solliciter tant que faire se peut ce que volontiers j’appelle  l’intelligence collective. 
 «  L’Ecole doit autoriser progressivement l’enfant à donner tort au père ce que précisément les communautarismes radicaux ne peuvent tolérer. »  (p.44)
Et de préciser de manière très provocante ;
« Le professeur est la pour enseigner ce qui ne relève pas de telle ou telle idéologie, qui n’appartiennent pas à tel ou tel groupe particulier-fût-il l’élite- mais qui sont, comme le disait Fichte partageable à l’infini, c'est-à-dire acceptables pour tous ceux à qui l’on montre clairement et rigoureusement la validité. 
CAR SELON MEIRIEU : «  ENSEIGNER C’EST RESISTER »
Dans toutes les sociétés, l’école ne joue véritablement son rôle que si elle prend le contre-pied  des dérives qui la menacent. (p. 50)
C’est évidemment plus vite dit que fait.
N’est-il pas prioritaire d’apprendre à nos enfants à ne pas se laisser coloniser par une multitude d’urgences qui interdisent de se  consacrer à l’essentiel ? Reste à savoir ce qu’est l’essentiel ? Préparer les élèves à réussir dans l’enseignement supérieur ? Faire des élèves de véritables citoyens ? Les deux ? Mission difficile !
« Et si c’était ça notre tâche première, notre impérieux devoir d’éducation à la démocratie ? » (p.138)
« Il faut permettre à nos enfants de comprendre que  leurs aînés ont fait des choix  et que d’autres choix sont possibles. Plus encore : il faut leur permettre de faire l’expérience d’un renversement radical de leur rapport au monde.
Notre éducation doit les amener à interroger, questionner, interpeller pour constater que rien, jamais, n’est définitivement joué.
Quand la société leur enjoint d’appartenir à un clan qui leur procurera identité et sécurité, notre éducation doit leur montrer que le vrai bonheur est dans l’ouverture à l’altérité.
Quand, partout, on leur susurre à l’oreille qu’ils ne peuvent trouver leur plaisir que dans la consommation effrénée de l’épuisable, notre éducation doit démontrer, au quotidien,  que le vrai plaisir est dans le partage de l’inépuisable : les œuvre d’art et de culture, les connaissances et les savoirs, la transmission et la création…tout ce qui peut se multiplier à l’infini puisque chacune et chacun, en y accédant, n’en prive personne et que quiconque y accède peut le partager autant qu’il veut avec autrui. » (p. 217)
« Il faut en tout état de cause nous focaliser sur notre projet éducatif qui répond à une question essentielle : 
Quels enfants voulons-nous former pour quelle société ? » (p.  225)
« Cela suppose un projet pédagogique émancipateur et solidaire. » 231
« Ceci suppose  de remobiliser tous les professeurs.
C’est que, malgré la hausse du niveau académique de leur recrutement, nous assistons à une véritable prolétarisation des  enseignants » (p. 232)
« L’institution scolaire tout entière semble avoir perdu le cap : les managers y font la loi, la pédagogie y est en berne.
La formation initiale des enseignants s’enferme dans une vision technicisée du métier. » (p. 246)
« Je vois le découragement et l’usure s’insinuer doucement dans une institution qui ne sait plus vraiment répondre à la question, pourtant essentielle : Quels enfants voulons-nous former pour quelle société ? » (p.248)
« Pourquoi ne pas faire de l’école le lieu par excellence de la formation de citoyens  capables  de penser par eux-mêmes  et de construire du commun   (p.249)
« Il est encore temps d’éduquer nos enfants pour qu’ils trouvent la force et les moyens d’avancer ensemble vers plus de démocratie et même, peut-être, de ré enchanter le monde.
Mais je crains qu’il faille faire vite. »(p.249)  C’est avec cette phrase prophétique de lanceur d’alerte qui’ il termine son livre.  
MG


CYNTHIA FLEURY: «LES CITOYENS DOIVENT ETRE MIEUX FORMES ET INFORMES»
La philosophe française Cynthia Fleury plaide pour une citoyenneté « capacitaire », où chaque citoyen serait formé pour participer aux affaires.

Pierre-Yves Thienpont/Le Soir.
Ses thèmes de prédilection : la démocratie, la citoyenneté et les nouveaux territoires que les mutations technologiques ouvrent à l’homme et la femme du XXIe siècle. 
Extraits :
BEAUCOUP D’INTELLECTUELS S’AVILISSENT AUJOURD’HUI DANS L’ARENE MEDIATIQUE. CELA VOUS DESOLE ? VOUS JOUEZ LA-DEDANS ?
J’espère que non ! Il y a une dénaturation quasi obligatoire quand on est un intellectuel et qu’on va sur le territoire cathodique. Jusqu’où accepter la dénaturation de sa propre parole ? Pas simple. Jusqu’où l’intellectuel instrumentalise-t-il lui-même la dénaturation qui l’instrumente lui ? Pas simple. Y résister totalement, c’est ne pas y mettre un pied. Très compliqué, surtout pour une intellectuelle liée à la philosophie politique…
VOUS N’IRIEZ PAS CHEZ RUQUIER PAR EXEMPLE ?
C’est très compliqué, parce que vous êtes là, vous parlez de la démocratie capacitaire et tout d’un coup, à côté de vous, quelqu’un fait « pouet pouet ». C’est perdu, c’est fini. Je n’ai pas le talent pour renverser ça. 
Le problème des médias aujourd’hui, c’est qu’ils ne sont plus libres. Leur modèle économique les contraint à surjouer le débat pour vaguement intéresser leurs lecteurs et donc ils vont donner plus de poids à la petite phrase. Il faut arrêter d’instrumentaliser le débat public. Mais c’est dur, parce qu’alors il faut du contenu, et donc du temps et donc des salaires. C’est tout un processus de précarisation des journalistes qui mène au spectacle : les contenus sont “bouffonisés” pour que ça fasse un peu de buzz, que ça ramène un peu de sous. Mais une fois entrés dans ce cercle, les médias sont otages de cette nécessité d’audience, de divertissement. Et en même temps, la vie est tellement dure que les gens ont besoin de se divertir.
Les fake news, c’est le prix à payer pour rester en démocratie. Sans ça, on bascule dans l’autoritarisme.
UN DES REMEDES, POUR VOUS, C’EST LE DEVELOPPEMENT D’UNE CITOYENNETE « CAPACITAIRE ». DE QUOI S’AGIT-IL ?
La citoyenneté capacitaire, c’est une citoyenneté critique, une citoyenneté plus compétente. C’est un citoyen beaucoup mieux formé et informé qui est partie prenante de la décision et surtout de la régulation. Actuellement, ça n’existe pas. Pourquoi ? Parce que personne n’est formé. Par ailleurs, si la citoyenneté capacitaire n’existe pas, la citoyenneté européenne existe encore moins. 
 La citoyenneté capacitaire n’est pas uniquement une question d’envie, c’est aussi une question d’expertise. Aujourd’hui, la complexité du monde fait que des quantités d’expertises peuvent être sollicitées, organisées, coordonnées pour alimenter la densité démocratique. Mais ça aussi, ça se construit. 
DEPASSER LA NEGATIVITE ET EN REGENERANT LE MODELE, SANS L’ABATTRE ?
Oui. Prendre conscience que la démocratie doit aussi être défendue par les individus. Pourquoi ? Parce que nous sommes dans une faillite de l’Etat-providence. C’est par l’engagement citoyen, l’engagement associatif, l’engagement militant – les lanceurs d’alertes, etc. –, que l’on ramènera dans le centre de l’agora les sujets qui sont à l’extérieur. Et c’est la société civile qui fait ça. Elle doit apparaître davantage dans le procédural. Il y a en tout cas une nécessité de créer les conditions d’une citoyenneté capacitaire – qui aujourd’hui n’existe pas. C’est une magnifique ambition, absolument obligatoire pour que l’Etat de droit ne s’effondre pas. On parle déjà aujourd’hui de « démocrature » – on aura de plus en plus un état d’urgence et un état d’exception et un Etat social qui en déliquescence.
N’EST-IL PAS DEJA TROP TARD ? TANT DE GENS SEMBLENT RESIGNES, AIGRIS, VOIRE PRESQUE « NIHILISTES »…
Il s’agit de faire comprendre aux citoyens qu’un tiers de leur vie doit être dédié à une activité socio-citoyenne démocratique, parce que la démocratie est un bien commun qui ne peut pas s’auto-entretenir, comme une machine, ce n’est pas possible. Or, nous avons vécu sur ce rêve d’une démocratie « automatique . C’était le grand rêve libéral : « la main invisible de la démocratie. Ça demande que les individus, de manière créative, investissent cet espace qui est celui de la démocratie.
La démocratie c’est la construction la plus légitime que nous avons pour mettre en place une volonté générale. Dans ce cadre, l’éthique de la discussion, théorisée par Habermas, c’est un cycle et ça se termine par une action, une décision. 
La démocratie, ce n’est pas simple…


 COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CE QUI NE SE REGENERE PAS DEGENERE (Edgar Morin)

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