jeudi 1 octobre 2020

Renouer le contact avec le citoyen, "le" totem à conquérir de la Vivaldi (édito)


Anne-Sophie Bailly
Le Vif


Les négociateurs de la Vivaldi sont parvenus à un accord de gouvernement fédéral ce mercredi matin. L'adhésion de la population est fondamentale pour que la politique s'avère efficace.
Sur les réseaux sociaux, dans les interventions publiques, devant les grilles du palais d'Egmont, on n'entendait plus parler que de ça, des trophées emportés par les uns et par les autres au terme de longues heures de négociation sur le programme de la Vivaldi. Des totems même, plus que des trophées, que chacun voulait brandir à la face de ses électeurs. Le gel d'une révision de la loi sur l'IVG pour le CD&V, l'absence de nouvel impôt ou une réforme du marché du travail pour les libéraux, la revalorisation de la pension minimum à 1 500 euros pour les socialistes, un pacte climatique et la confirmation du stop nucléaire pour les verts.

Que le début
Chacun le sien, donc, et une base pour le programme du nouveau gouvernement belge. Car enfin, après seize mois de notes de travail, d'exclusives, de coups de poker et d'urgence Corona, la course pour doter la Belgique d'un gouvernement de plein exercice touche au but. Une course longue et semée d'embûches qui ne fait pourtant que commencer. Et qui doit encore durer quatre ans. Or, quatre années, c'est long quand on est poussé dans le dos par la crainte de l'ennemi davantage que par un objectif commun. Quand on est sept à table. Qu'on entame sa législature avec un déficit de confiance entre partenaires et de la part de l'opinion publique. Pourtant, et c'est une préoccupation criante semaine après semaine dans la gestion de la crise du coronavirus, l'adhésion de la population est fondamentale pour que la politique s'avère efficace. Une adhésion qui n'adviendra que grâce à la transmission d'un message clair. Aujourd'hui, sur le front sanitaire, il n'en est rien.
Autour des contacts sociaux, le message est au mieux perçu comme flou. "Vous pouvez voir autant de personnes que vous voulez tant que vous respectez les règles de distanciation sociale." Mais un "autant que vous voulez", qui est aussi un "pas plus de dix à la fois" et qui se mue en cinq quand on évoque les contacts rapprochés. Autour du masque, carrément contradictoire. Constat : la situation sanitaire est préoccupante. Annonce : le port du masque n'est plus obligatoire sauf dans les zones très fréquentées. Bémol : aux bourgmestres de délimiter ces périmètres. Rétropédalage : des nouvelles restrictions sont mises en place dans différentes provinces, communes et Régions.
Perdre la mobilisation
Bref, désarroi et exaspération grandissent dans la population belge. Sans encore se muer en fronde comme à Marseille. Mais suffisamment pour commencer à perdre la mobilisation au moment où le citoyen est plus que jamais au coeur de la solution pour éviter la deuxième vague tant redoutée. Sur le terrain politique, pareil. La lassitude du citoyen est perceptible. Et on redoute la deuxième vague qui pourrait déferler en 2024. Elle commence d'ailleurs à faire son lit, inondant les réseaux sociaux de discours parcellaires, faux, dangereux et simplistes, organisant des actions ostentatoires, diffusant des messages nauséabonds sur les plateaux télé. Renouer le contact avec le citoyen sera donc "le" totem à conquérir de la Vivaldi. Faute de quoi un autre sera brandi par d'autres dans quatre ans. Et ce ne sera pas celui de l'unité. 


LES TROIS RAISONS POUR LESQUELLES PAUL MAGNETTE N’EST PAS PREMIER MINISTRE
plus.lesoir.be

Le socialiste est à la tête du parti le plus important de la Vivaldi, mais c’est Alexander De Croo qui prend le Seize. Si l’on ajoute l’éviction de la N-VA au fédéral, il y a de quoi s’interroger sur notre système démocratique.


Par David Coppi
Journaliste au service Politique 

Alexander De Croo, libéral flamand, était donné favori, il accède au Seize. Paul Magnette, pressenti un temps, est devancé. Pourquoi ?
Il y a trois raisons. Pour simplifier : une en positif, deux négatives. Chacun jaugera. Chacun fera sa balance. Voyons…
1Portefeuilles socialistes
Pour ce qui concerne la raison « positive » : Paul Magnette a renoncé au Seize en monnayant en échange, explique-t-on côté socialiste, des portefeuilles ministériels conséquents, de compétences étendues, dans les mains de la « gauche », du PS en l’occurrence, à commencer par un maxi-département Santé-Affaires sociales, central dans le contexte Covidien. Bref, de la part du président du PS, selon cette « raisons », c’est un repli stratégique, tout entier au bénéfice de son parti. Il se sacrifie, un peu.
2 Veto libéral
Deuxième « raison » : on l’oublierait presque, c’est le veto de Georges-Louis Bouchez, qui dit, depuis de longues semaines, vouloir rééquilibrer la coalition à droite. Le président du MR avait accepté contraint et forcé de voir son homologue socialiste évoluer comme coformateur aux côtés d’Alexander De Croo, mais c’était la limite à ne pas franchir : pas question de le voir entrer au Seize.
Le patron des libéraux-réformateurs n’a jamais caché, publiquement, a fortiori off the record, son hostilité radicale à l’idée de voir le président du PS emmener l’équipe gouvernementale. Cette hostilité n’a pas faibli. Elle a pesé lourd dans la mise à l’écart du socialiste. Si MR et PS avaient avancé de concert à cet égard , plaidant ensemble la cause d’un Premier francophone à la table de discussions, cela aurait-il pu modifier la donne ? Certainement. Rien de tel.
Parce qu’il ne peut supporter de voir le socialiste prendre le leadership politique, le président du MR a fait barrage. Un veto en bonne et due forme, annoncé, confirmé. Qui n’est pas un caprice ou une foucade, mais un choix, une option stratégique, maintenue jusqu’au bout.
3 Déséquilibre Nord-Sud
Enfin, troisième « raison » pour laquelle Paul Magnette a dû renoncer à s’installer au Seize, la plus répandue : elle a trait aux poids relatifs des composantes francophone et néerlandophone de la coalition Vivaldi. L’on sait qu’en l’absence de la N-VA, les partis flamands concernés (VLD, CD&V, SP.A, Groen) n’ont pas la majorité dans leur groupe linguistique au Parlement fédéral, alors qu’en face, les partis francophones, eux, sont majoritaires dans leur camp. Dans ces conditions, il était de bon ton d’estimer qu’il ne fallait pas, en quelque sorte, aggraver le (petit) déséquilibre Nord-Sud en hissant un francophone, socialiste a fortiori, à la tête de l’exécutif…
L’argument a porté. Et porté au Seize, donc, un libéral flamand. Alors que l’Open VLD, avec 12 sièges à la Chambre, est cinquième sur les sept partis de la coalition Vivaldi en termes de rapport de forces objectifs : il arrive derrière le PS (19 sièges), le MR (14), Ecolo (13 sièges) et le CD&V (12 sièges, comme l’Open VLD, mais avec un plus grand nombre de voix aux élections de mai 2019).
Conclusion ? Pour de bonnes et/ou de mauvaises « raisons », le fait est que le Seize échappe au premier parti de la coalition Vivaldi, à la première famille politique au Parlement. On ajoutera, sur le même registre, que le gouvernement échappe au premier parti de Flandre et au Parlement, la N-VA de Bart De Wever…
Alors ? Alors, quoi qu’il en soit des motifs et autres explications, il y a là de quoi s’interroger sur le fonctionnement d’un système politique. Où les calculs et constructions en coulisse entre états-majors des partis, après le scrutin, sont déterminants, davantage que le résultat des élections.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CELA S’APPELE UNE PARTICRATIE ET C’EST A TERME INTENABLE.
«LA DERNIERE FARCE FEDERALE BELGE CONDUIRA-T-ELLE A LA SEPARATION DU PAYS?»
«Un gouvernement De Croo jeune, féminin, diversifié, dynastique, surprenant et... fragile » Le vif
 « Il y a là de quoi s’interroger sur le fonctionnement d’un système politique. Où les calculs et constructions en coulisse entre états-majors des partis, après le scrutin, sont déterminants, davantage que le résultat des élections. »
Il va falloir « renouer le contact avec le citoyen sera donc "le" totem à conquérir de la Vivaldi. Faute de quoi un autre sera brandi par d'autres dans quatre ans. Et ce ne sera pas celui de l'unité. » 
« Qu’est-ce qui les unit ? Principalement la volonté d’éviter de nouvelles élections », pointe Le Monde. « Dans le contexte de la pandémie de Covid-19 et d’une gestion contestée de cette crise, il est en effet probable que les électeurs auraient exprimé leur mauvaise humeur en portant leur voix sur les extrêmes : le Vlaams Belang, parti xénophobe et indépendantiste d’extrême droite, en Flandre, et le Parti du travail (PTB, gauche radicale) en Wallonie », développe le journal français. Pour Le Monde, la formule « Vivaldi » et son « projet politique aux allures de patchwork », est apparue comme « la seule possible ».
Même analyse pour Le Figaro, qui désigne un « accord au forceps » pour éviter l’alternative de nouvelles élections. Le travail qui attend ce nouveau gouvernement, dont les ministres étaient peu à peu dévoilés jeudi, « est immense dans ce pays à l’économie fracassée par le coronavirus et où la barre des 10.000 morts a été franchie mercredi ». Une chose est sûre, analyse le quotidien : « le chef de file de la N-VA et maire d’Anvers, Bart De Wever, ne lui fera aucun cadeau ».
Le Luxemburger Wort revient aussi sur le défi qui attend la nouvelle coalition, qui « hérite d’un pays en souffrance économique. Tous les avertisseurs sont au rouge. L’année 2021 « devrait être marquée par des faillites en cascade et une forte hausse du chômage ».
 « La dernière farce fédérale belge conduira-t-elle à la séparation du pays ? », titre de son côté Euronews selon qui le défi majeur du gouvernement consiste à « restaurer la confiance ». « De nombreuses personnes sont devenues indifférentes. Elles se détachent de la politique. Mais il faut engager les citoyens pour faire fonctionner la démocratie, non ? 
Vous avez dit la démocratie ? Un Michel peut en cacher un autre… 
Après le fils Michel, voici le fils De Croo et puis, surprise du chef, voici le second fils Michel. A qui cette mauvaise plaisanterie fait-elle plaisir sinon à Louis Michel, le père qui doit avoir l’impression de se cloner à l’infini…  L’ombre du clan Michel semble peser sur le MR de Bouchez. L’électeur déteste ce genre de clin d’œil.
MG


CASTING DE LA VIVALDI: MATHIEU MICHEL, LE FRERE DE CHARLES, LA SURPRISE DU MR
Le Soir

Le gouvernement De Croo comptera 15 ministres et 5 secrétaires d’État. Parmi eux, deux ministres et un secrétaire d’Etat MR.
Le MR a officiellement donné le nom des ministres ce jeudi matin.
Sophie Wilmès devient ministre des Affaires Etrangères, des Affaires européennes, du commerce extérieur et des institutions biculturelles. Le ministre du Budget sortant David Clarinval est ministre des Classes moyennes, des Indépendants, de l’Agriculture et des Affaires institutionnelles.
Mais la surprise est venue du côté du secrétaire d’Etat : Mathieu Michel – le frère de Charles Michel – est secrétaire d’Etat à l’agenda digital, au numérique, à la simplification administrative, la protection de la vie privée et régie des bâtiments.


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