samedi 7 novembre 2020

ATTENTAT DE VIENNE : MACRON ESTIME QUE «LA VOLONTE» DES ISLAMISTES EST «DE S'ATTAQUER A CE QU'EST L'EUROPE»


Depuis l'ambassade d'Autriche mardi, le chef de l'État a voulu «apporter toute la solidarité de la nation française» après l'attaque terroriste de Vienne qui a fait au moins quatre morts lundi soir.
La folie du terrorisme islamiste se poursuit. Après la France, voilà que l'Autriche est touchée à son tour. Dans la nuit de lundi à mardi, six lieux du centre-ville de Vienne ont été ciblés par des djihadistes. Au moins quatre personnes ont été tuées. Emmanuel Macron s'est rendu mardi matin à l'ambassade d'Autriche, à Paris, pour faire part du soutien de la France dans ce drame. Le président de la République avait déjà été le premier dirigeant européen à tweeter, la veille.
À l’issue de sa visite, le chef de l'État s'est brièvement exprimé devant la presse. «Je pense que cette attaque n'a rien d'innocent. Elle dit la volonté de nos ennemis de s'attaquer à ce qu'est l'Europe, cette terre de liberté, de culture, de valeurs, et donc nous ne céderons rien», a-t-il promis. Il a ensuite voulu souligner à quel point Vienne était une «ville de culture d'émancipation», et que la capitale autrichienne représente «l'incarnation même de nos valeurs» européennes.
 «Dans la joie comme dans la peine, nous resterons unis»
Emmanuel Macron a enfin expliqué qu'il était, depuis l'attentat, «en lien» avec le chancelier Sebastian Kurz. «Pour ma part, je me contenterai d'apporter toute la solidarité de la nation française, et de dire que nous ferons tout, en Européens, pour nous tenir ensemble, combattre ce fléau qu'est le terrorisme, et ensemble avancer, sans rien céder d'aucune de nos valeurs», a-t-il martelé, adressant ses «amitiés aux Autrichiennes et Autrichiens».
Le chef de l'État a également rédigé un hommage dans le cahier de doléances de l'ambassade, concluant en allemand : «Dans la joie comme dans la peine, nous resterons unis».
"L'ENNEMI NE NOUS PARDONNERA TOUT SIMPLEMENT PAS D'ETRE CE QUE NOUS SOMMES."
"Sur les quatre derniers attentats, trois ont été commis par des fugitifs de l'Islam radical"
Pour l'écrivain et philosophe Alain Finkielkraut, membre de l'Académie française, la liste, qui inclut désormais l'assassinat barbare dans la basilique Notre-Dame de Nice, est bien trop longue. Ce n'est pas seulement la République, mais la France en tant que civilisation qui est visée par la terreur islamiste.
WELT : Avez-vous l'impression que les deux derniers attentats, à Conflans et à Nice, constituent un revirement sans précédent ?
ALAIN FINKIELKRAUT : Le terrorisme n'est pas un phénomène en soi. Il fait partie d'un tout, et ce tout est la haine de la civilisation française. Le crime de Nice confirme cette analyse. D'un "Allahu akbar" à l'autre, de l'assassin Mohamed Merah (il a tué sept personnes en France en mars 2012, dont trois enfants, ndlr) à l'assassinat de Nice, la France est prise pour cible dans ses dimensions juive, laïque et chrétienne. Peu importe combien nous protestons et luttons passionnément contre la discrimination, peu importe la bonne volonté dont nous disposons, l'ennemi est là et ne nous pardonnera pas d'être ce que nous sommes.
La décapitation de Samuel Paty n'a pas été planifiée ni commandée par l'État islamique (IS). Elle ne porte pas non plus la marque d'une organisation nationale ou internationale. Néanmoins, ce n'était pas l'acte d'un loup solitaire. Cette attaque a été précédée d'un scénario impliquant au moins un père d'élève, un prédicateur antisémite et des élèves qui ont indiqué au meurtrier le professeur contre de l'argent. Cet assassinat prouve le lien entre l'islamisme ordinaire et la terreur sanglante. Il sera difficile par la suite de transmettre la prétendue honte de l'"islamophobie" à ceux qui osent affronter la vérité.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"L'ENNEMI NE NOUS PARDONNERA TOUT SIMPLEMENT PAS D'ETRE CE QUE NOUS SOMMES."

L’ennemi risque sa vie pour fouler le sol européen, mais l’ennemi ne veut pas de nos valeurs européennes car il entend nous imposer les siennes et rien que les siennes, nous réduire aux siennes. L’ennemi ne veut pas de notre laïcité qui tolère toutes les manières de croire ou de ne pas croire  et surtout de penser librement. L’ennemi est ennemi de la liberté, de nos chères libertés.
L’ennemi ne veut pas du dialogue, il ne connaît que le monologue. 
L’ennemi ne veut pas devenir ce que nous sommes et il refuse de penser, il veut seulement dominer, imposer son totalitarisme religieux par la force, par la terreur, par le sang.
Certains ont voulu autrefois ruser avec un dictateur totalitaire nommé Hitler.
Ils ont voulu éviter la guerre au prix du déshonneur, ils ont connu, dira Churchill, le déshonneur sans pouvoir éviter la guerre.
Emmanuel Macron prend des accents churchilliens pour clamer que ces attaques sanglantes et répétées « n'ont rien d'innocent. Elles disent la volonté de nos ennemis de s'attaquer à ce qu'est l'Europe, cette terre de liberté, de culture, de valeurs, et donc nous ne céderons rien»
Puisse-t-il dire vrai et tenir face au virus islamiste plus insidieux encore que la Covid, plus difficile surtout à éradiquer.
Et si le plus grand antidote contre cet ennemi viral, et si le vaccin le plus efficace contre l’obscurantisme était précisément le Coran ? Le Coran et toutes les Ecritures pourraient se résumer selon les partisans de l’islam des Lumières  en deux versets :
1- « Dieu S’assigne à Lui-même la miséricorde ou l’éthique », avec comme corollaire « agis bellement comme Dieu le fait envers toi et ne fais pas de dégâts sur la terre »
2- « Bel-agir trouverait-il récompense autre que bel-agir », ce qui est encore un corollaire du premier verset et en réalité, ces deux versets n’en forment qu’un !
Quant au mode d’emploi des relations humaines, leur cadre général  y est défini par ce qui suit :« Si nous avons fait de vous des peuples et des tribus, c’est en vue de votre connaissance mutuelle »
Autrement dit, le texte fondateur des musulmans plaide pour deux choses : l’éthique et l’interculturel dont personne (ou si peu) veulent entendre parler. Mais comment faire pour inverser la vapeur ? 
« Patience est belle » dit encore ce Coran que personne ne lit ou presque que très peu de musulmans appréhendent comme s’il se  révélait à chaque nouvelle lecture. La première injonction du Coran c’est LIS  et curieusement elle s’adresse à un analphabète…
C’est vrai aussi pour les Evangiles, c’est vrai pour la Thora, les Upanishads, les Védas etc. La richesse inépuisable de ces textes anciens réside dans leur formidable potentiel d’interprétation et non pas dans leur approche fondamentaliste, intégriste, radicale c'est-à-dire monstrueusement réductrice. Pierre de Locht dit exactement cela au regard des évangiles  dans son beau livre « la foi décantée ». La foi décantée c’est précisément l’inverse de la foi radicalisée.
M.G.


MENACES D'AL-QAÏDA ENVERS LA FRANCE : "LES MOUVEMENTS DJIHADISTES PROFITENT DES DERNIERES ATTAQUES"
Entretien
Propos recueillis par Vincent Gény (Marianne)
LE 2 NOVEMBRE, AL-QAÏDA AU MAGHREB ISLAMIQUE PUBLIAIT UN COMMUNIQUE MENAÇANT EMMANUEL MACRON ET LES FRANÇAIS. POUR WASSIM NASR, AUTEUR DU LIVRE "ÉTAT ISLAMIQUE, LE FAIT ACCOMPLI", LE GROUPE TERRORISTE VEUT "EFFACER LA ZONE GRISE ENTRE JIHADISTES ET MUSULMANS".
La France menacée. Dans un communiqué diffusé lundi 2 novembre, le groupe terroriste Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) a appelé à « tuer celui qui insulte le prophète » estimant qu'il s'agit du « droit de chaque musulman capable de l’appliquer ». Le mouvement djihadiste menace également le président Macron, en écrivant :  « On n'oubliera pas vos agissements atroces ». Analyse de cette menace, de sa crédibilité et de la situation de la France avec Wassim Nasr journaliste et spécialiste des mouvements djihadistes, auteur d’État islamique, le fait accompli.
ON VOIT PLUSIEURS ATTAQUES EXECUTEES PAR DES PERSONNES SEULES, SANS L'APPUI D'UN GROUPE DJIHADISTE. CELA SIGNIFIE-T-IL QUE LEUR IDEOLOGIE REUSSIT A INFUSER AU-DELA DES MOUVANCES JIHADISTES ?
Au contraire, ce ne sont pas leurs idées de jihad mondial qui infusent. Ce sont plutôt eux qui profitent de ces attaques. Celles de Paris, Conflans et Nice, jusqu’à preuve du contraire, ne témoignent pas d'une volonté politique, ce sont des fanatiques religieux. Il n'y a pas eu de revendication pour le moment
COMMENT EXPLIQUER CETTE CRISTALLISATION AUTOUR DES CARICATURES DE MAHOMET ?
La France est une exception dans sa conception de la laïcité et nous n'arrivons plus à appréhender le fait religieux. Si les caricatures mobilisent à ce point le monde arabo-musulman, c'est parce qu'elles touchent quelque chose de l'ordre de la foi. Lorsque l'on touche au religieux, ce ne sont plus forcément les mouvements djihadistes identifiés qui peuvent agir mais c'est élargi au spectre des croyants. Parmi eux, certains sont des fanatiques prêts à passer à l'acte. Le risque est presque plus grave car lorsque c'est revendiqué par un groupe terroriste, on sait à quoi on a affaire. Lorsque c'est guidé par des convictions intimes, c'est beaucoup plus compliqué.
DANS LE MEME TEMPS, AQMI SE DESOLIDARISE DE L'ATTAQUE DE NICE. DANS QUELLE MESURE LE CONTEXTE PROFITE-T-IL AUX GROUPES TERRORISTES ?
Ils en bénéficient car dans un sens, le débat public se focalise sur ces questions-là et c'est bien le but des groupes djihadistes à visée politique. Ils veulent effacer la zone grise entre les jihadistes et les « musulmans » en général. 
MAREK HALTER: «NOUS NE SOMMES PAS A L’ABRI D’UNE GUERRE DE RELIGION»( Le soir)
« La laïcité est notre force, mais l’Elysée a commis une grave erreur », estime le philosophe français : « le président Macron s’est fait de facto l’avocat des caricatures de Mahomet, prêtant ainsi le flanc au Turc Erdogan. »

En tant que puissance économique et militaire occidentale et patrie du luxe et de la haute couture, la France est une cible idéale pour le terrorisme islamiste », déclare l’écrivain et philosophe français d’origine polonaise Marek Halter, 84 ans.
CELA JUSTIFIE-T-IL QUE LE PAYS SOIT DAVANTAGE PRIS POUR CIBLE QUE LES AUTRES NATIONS ?
La France est également un pays qui compte plus de six millions de musulmans, à savoir 10 % de sa population, un pays dans lequel les organisations terroristes n’ont aucun mal à enrôler des tueurs. La France de Macron a aussi l’ambition de devenir le pays leader de l’Europe. 
Elle est d’ailleurs la seule à s’être opposée avec force à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. 
Sur le plan stratégique, elle est encore la seule à avoir récemment menacé d’envoyer des combattants pour défendre la Grèce contre la Turquie et la première à avoir dénoncé l’attitude belliqueuse d’Ankara dans le conflit du Haut-Karabakh.
 Quant au président turc Erdogan, qui fait face à une terrible crise économique, avec une livre turque qui frôle des records négatifs jamais atteints auparavant, il se voit contraint de montrer les muscles du nationalisme pour continuer à exister.
LA FRANCE EST EGALEMENT LE SEUL PAYS EUROPEEN A DEFENDRE LA LAÏCITE.
Parce que la laïcité est une des valeurs fondatrices de la République. Depuis que la séparation entre l’Etat et l’Eglise a été consacrée en 1905, c’est la laïcité républicaine qui règne. Si vous pouvez vénérer qui vous voulez en privé, vous devez rester français dans les lieux publics. Et à l’école, les enfants catholiques, juifs, musulmans ou bouddhistes n’apprennent que l’histoire de la France éternelle.

QUELLE SERA L’ISSUE DE L’AFFRONTEMENT ENTRE MACRON ET ERDOGAN ?
Il n’y aura pas de guerre directe, mais nous ne sommes pas à l’abri d’une guerre de religion. C’est Erdogan qui a fait le parallèle avec la première croisade, celle invoquée en France par le pape Urbain II, auquel il identifie Macron. Aujourd’hui, pour mener une guerre religieuse, il n’est plus nécessaire d’envoyer des milliers de chevaliers libérer le tombeau du Christ. Il suffit des réseaux sociaux, des imams des 250 mosquées françaises financées par Ankara et de quelques marginaux vivant dans nos banlieues.
QUE FAUT-IL FAIRE POUR CALMER CETTE TEMPETE ?
Après le brutal assassinat de l’enseignant Samuel Paty, j’ai suggéré au président Macron d’appeler les musulmans français à condamner le fondamentalisme. Mais il ne l’a pas fait, car en tant que républicain, il considère que tous les Français sont égaux, même si aujourd’hui, ils ne perçoivent plus vraiment cette égalité. En revanche, en s’adressant à la Nation et en rappelant l’attentat perpétré contre Charlie Hebdo, il a fait l’éloge de la liberté de la presse, se faisant de facto l’avocat des caricatures de Mahomet et prêtant ainsi le flanc à Erdogan, qui l’a immédiatement vendu comme le nouveau croisé au monde musulman.
 Paradoxalement, aux yeux de cette partie du monde, le président laïque qu’est Emmanuel Macron est devenu un champion de la pensée chrétienne. D’ailleurs, Poutine, qui est toujours prêt à sauver les églises, a immédiatement pris sa défense.
Autrefois, les victimes sacrificielles étaient les « non-musulmans », et en particulier les Juifs. Aujourd’hui, ce sont surtout les chrétiens qui sont pris pour cible. Avec ce nouveau virus et cette guerre de religion, l’Histoire semble avoir fait un bond dans le passé.
QUE DEVRAIENT FAIRE LES MUSULMANS FRANÇAIS AUJOURD’HUI ?
J’aimerais qu’ils descendent dans les rues et protestent contre ce qui s’est passé à Nice, en reprenant le merveilleux slogan « Not in my name » (Pas en mon nom – NDLR). Mais s’ils ne le font pas, c’est par crainte de leur propre minorité.

HUGO MICHERON: «LA MENACE DJIHADISTE CONCERNE TOUTE L’EUROPE DE L’OUEST»
Par Alexandre Devecchio (Le Figaro)
Le chercheur français estime que la plupart des pays occidentaux font preuve d’aveuglement face à la menace du phénomène djihadiste, et plus largement islamiste.
Steven W. Wassenaar
Hugo Micheron, 31 ans, enseigne à l’Ecole normale supérieure de Paris dans le cadre de la chaire d’excellence Moyen-Orient Méditerranée. Il est l’auteur de Jihadisme français. Quartiers, Syrie, prisons, publié en janvier 2020 chez Gallimard  : durant plusieurs années, il a enquêté dans les quartiers (en France comme en Belgique), au Levant ainsi que dans les prisons. Il ne se revendique d’aucune chapelle parmi les islamologues. Il préfère mettre en avant son étude empirique du terrain.
APRES LA DECAPITATION DE SAMUEL PATY, LA FRANCE A DE NOUVEAU ETE VISEE PAR LES ISLAMISTES A NICE. POURTANT POUR VOUS, PLUS QUE NOTRE NATION, C’EST TOUTE L’EUROPE DE L’OUEST QUI EST DESORMAIS MENACEE PAR L’ISLAM RADICAL. POURQUOI FAITES-VOUS CETTE ANALYSE ? EN QUOI CES ATTENTATS S’INSCRIVENT-ILS DANS UNE NOUVELLE GEOPOLITIQUE MONDIALE ?
Le djihadisme se construit dans des territoires, dans une géographie, et dans le temps. Il faut considérer qu’il y a une histoire du djihadisme à l’échelle de l’Europe du Nord-Ouest. Celle-ci s’était révélée avec l’avènement de Daech en 2014, puisque nous avions vu à ce moment-là 5.000 Européens (pour 90 % d’entre eux concentrés dans quelques pays d’Europe du Nord-Ouest) partir vers la Syrie ou l’Irak. Il fallait comprendre à cette époque – et cela n’était pas chose aisée – que ces mouvements de convergence de combattants européens vers la Syrie et l’Irak étaient révélés par l’Etat islamique, mais non créés par celui-ci. La dynamique islamiste précédait Daech. Et depuis que Daech a été détruit sous sa forme territoriale en Syrie et en Irak, ces dynamiques n’ont pas disparu. Elles ont même en partie été réimportées en Europe, notamment à travers l’incarcération des djihadistes. De fait, nous sommes entrés dans une nouvelle séquence du djihadisme, qui se pense dans « l’après Daech » et qui se pense aussi en Europe à travers ces individus. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la séquence actuelle est, du point de vue djihadiste, une séquence de faiblesse. La mouvance est retournée dans une phase de structuration à bas bruit où elle cherche à se rendre moins visible. C’est ce qu’il se passe notamment dans les autres pays européens : Grande-Bretagne, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Suisse, etc.
En ce qui concerne la France, nous sommes en ce moment dans un autre cycle, notamment parce que le procès Charlie Hebdo a réveillé les réseaux djihadistes comme Al Qaida. La France essaie de juger les complices, car les pouvoirs publics prennent conscience que les attentats ne concernent pas seulement des gens qui passent à l’acte, mais bien des individus qui arment, qui cachent, qui aident ces derniers. Après les attentats de 2005 à Londres, l’Angleterre n’avait pas réussi à faire un procès des complices. La raison était simple : personne dans les entourages des tueurs à Beeston Hill, à Leeds, n’avait donné la moindre information à la police. L’enquête n’avait donc pas pu déboucher sur un procès. En France, un procès historique a lieu, et c’est bien ce qui agace les djihadistes et leurs sympathisants.
Dans cette dynamique, quel est le rôle joué par Erdogan ?
La Turquie a des relais parmi les islamistes vivant en France et s’en sert comme de leviers de pression interne. Ils lui permettent, par leurs discours, d’inverser certaines logiques. Une semaine après la décapitation de Samuel Paty, une campagne de dénigrement orchestrée par la Turquie vise par exemple à inverser le rapport de coupable et de victime en insinuant la présence d’un racisme systémique en France qui expliquerait le passage à l’acte djihadiste… C’est un contre-feu international. Après les attentats de 2015, comme après les attentats du 13 novembre, les réseaux proches des Frères musulmans, ainsi que certains relais dans le débat public plus ou moins conscients de ces enjeux, avaient déjà développé ce type de discours : « Regardez, la France est islamophobe et met en place l’Etat d’urgence », urgence présentée alors comme une « arme » tournée contre « les musulmans ». 
Ils visent à déclencher des polémiques et empêcher le débat public d’avoir lieu autour des causes du jihadisme – et non ses conséquences, c’est-à-dire les attentats. Cela a été particulièrement visible après l’assassinat de Samuel Paty, une séquence dans laquelle le modèle républicain et la laïcité ont été incriminés à l’étranger, notamment en Turquie, donnant une ampleur internationale et suscitant une campagne de dénigrement dans le monde musulman. 
Les autres pays d’Europe de l’Ouest ont-ils aujourd’hui conscience des enjeux et de l’ampleur de la menace ?
En réalité, il y a une erreur qui est faite en Europe de manière générale, c’est que nous oublions très vite le djihadisme. Nous n’arrivons pas à penser le djihadisme entre deux attentats, à comprendre le lien entre des militants djihadistes actifs et un amont plutôt composé d’un islamisme porté par les Frères musulmans ou les salafistes qui, intellectuellement, valide un certain nombre de ruptures avec la société. Les dynamiques en France sont extrêmement visibles et ne peuvent plus être niées du fait des attentats à répétition.
Mais les autres pays ont tendance à penser que c’est une singularité française. C’est une deuxième erreur : le foyer djihadiste originel en Europe, dans les années 1990, avait pris forme au cœur de la capitale britannique, dans ce qui était alors désigné comme le « Londonistan », et était composé d’anciens idéologues du djihad en Afghanistan. Des environnements identiques se sont structurés ailleurs en Europe, comme cela a été le cas en Belgique, à Molenbeek, mais aussi en Allemagne, au Danemark, bien qu’à plus petites échelles. Les Européens doivent prendre conscience que ce qui se joue en France est semblable à ce qui se joue chez eux. Si la France semble particulièrement subir ces dynamiques en ce moment, c’est parce que nous avons peu ou mal pensé ces enjeux lors des vingt dernières années. En rendant visible ces dynamiques, Daech nous a permis de comprendre la réalité et la profondeur du djihadisme européen. Désormais, nous réagissons, avec retard certes, mais nous réagissons et prenons conscience des enjeux, qui se pensent à l’échelle de la décennie qui s’ouvre et du continent européen.
DANS UNE RECENTE TRIBUNE COSIGNEE PAR BERNARD HAYKEL, VOUS DENONCIEZ UNE CECITE AMERICAINE FACE AU PHENOMENE DJIHADISTE. LES ANGLO-SAXONS REMETTENT SOUVENT EN CAUSE LE MODELE LAÏQUE ET REPUBLICAIN FRANÇAIS. LES MODELES MULTICULTURALISTES OU COMMUNAUTARISTES VOUS SEMBLENT-ILS PLUS EFFICACES POUR LUTTER CONTRE L’ISLAMISME ?
Obsédée en ce moment par les élections, la presse américaine projette son débat interne sur la situation française. Dans les médias conservateurs, nous observons une lecture binaire et antagoniste qui assimile islam et djihadisme. Mais de l’autre, nous avons une presse influente et « progressiste », incarnée notamment par le New York Times et le Washington Post , qui semble avoir bien du mal à penser la question djihadiste – ce qualificatif n’apparaît jamais dans les articles couvrant ces attaques ! Par une inversion des choses, la responsabilité de la violence est imputée non pas aux islamistes mais au modèle républicain français, ce qui résonne avec la vulgate popularisée par la Turquie d’Erdogan ou la Tchétchénie de Kadyrov.
Cette lecture ne perçoit ni la dimension européenne du djihadisme, ni sa dimension militante, ni ses liens avec l’islamisme. Le fait que la géographie du djihadisme européen, par exemple, ne recoupe aucunement la carte des zones marginalisées économiquement et socialement leur échappe. Comment expliquer que les départs pour la Syrie depuis la Belgique se soient produits à Bruxelles et en Flandre, et non en Wallonie, région la plus pauvre ? Qu’il y ait eu plus de djihadistes à Lunel dans l’Hérault que dans tous les quartiers nord de Marseille ? Cela ne peut se comprendre si on applique uniquement une grille d’analyse socio-économique. Elle doit être prise en compte, mais réduire le djihadisme à celle-ci est soit une erreur de jugement qu’il faut pouvoir corriger par le recours aux faits, soit une lecture idéologique d’un enjeu considérable pour les équilibres politiques des démocraties européennes.
Paradoxalement, le modèle français est critiqué, or c’est un modèle qui est résistant. Nous avons ici un abandon de la défense de la liberté d’expression par une partie des libéraux américains qui en ont longtemps été les porte-étendards. Sous prétexte d’œuvrer à plus de justice sociale, ils n’arrivent pas à penser le djihadisme et rendre COMPTE DE CES ENJEUX QUI METTENT LA FRANCE EN DANGER.
DANS CE CONTEXTE D’INCOMPREHENSION DU MODELE REPUBLICAIN FRANÇAIS PAR LES ETATS-UNIS ET PAR LES PAYS ARABES, EST-CE QUE L’INITIATIVE DE MACRON D’UN ENTRETIEN AUPRES DU MEDIA AL-JAZEERA VOUS SEMBLE INTERESSANTE, OU EST-CE QU’ELLE PEUT ETRE INTERPRETEE COMME UN ACTE DE CONTRITION ?
Cette interview prolonge une série d’initiatives de tweets en arabe que le président a mis en place dans sa communication, et qui a été relayée par le Quai d’Orsay. Je crois que cet enjeu est moins compris en France. Pourtant, il est déterminant de porter la réplique dans cette langue à travers un média influent dans le monde arabe.
Le choix de la chaîne Al-Jazeera en tant que telle peut être débattu, mais c’est une affaire de choix politique qui a sa logique. C’est une chaîne qatarienne, et l’émirat entretient un rapport de proximité politique avec la Turquie dans la période actuelle. Fallait-il s’adresser à cette chaîne pour essayer d’apaiser les tensions ? L’alternative, qui n’est pas forcément meilleure, aurait sans doute été de choisir la chaîne rivale saoudienne Al-Arabiyya, qui aurait fait passer un message de fermeté. Tout ceci est de l’ordre des choix politiques et de la communication en temps de crise.
Sur le fond, il était important que la diplomatie française puisse se positionner dans un débat qui se pense aussi en arabe et qui était pénétré par des propos enflammés et souvent mensongers qui ne souffraient d’aucune contradiction ni éclaircissement. Il faut aussi le faire en anglais, parce que, par rapport aux derniers éléments que j’ai évoqués plus haut, nous nous rendons compte que cette incompréhension du modèle français et du djihadisme de manière générale n’est pas uniquement liée à de l’instrumentalisation politique, mais aussi à une ignorance du monde anglo-saxon vis-à-vis des dynamiques en cours en Europe. Le travail de pédagogie vise aussi à toucher les gens de bonne foi. C’est important politiquement.
Cet effort de pédagogie permet aussi de ne pas avoir l’air de s’arc-bouter sur nos principes au point d’en devenir incapables de les expliquer à l’extérieur de nos frontières. Autant être clair : ce qui se joue en France aujourd’hui aura des répercussions sur les équilibres politiques en Europe et ailleurs dans la zone euroméditerranéenne.
SELON VOUS, APRES LA CHUTE DE L’ETAT ISLAMIQUE, LE MOUVEMENT DJIHADISTE MONDIAL SERAIT EN PLEINE RECONFIGURATION. EST-CE QUE VOUS POURRIEZ NOUS EN DIRE PLUS ?
Les idéologues djihadistes ont une temporalité de l’action – qu’ils ont d’ailleurs empruntée aux penseurs des Frères musulmans égyptiens, les frères Sayyed et Mohammed Qotb – qui est divisée en deux. Il y a la phase de faiblesse, qui repose sur l’éducation, l’endoctrinement et la constitution des réseaux, puis la phase de force, qui est la phase d’offensive et d’action. Sous Daech, les djihadistes se sont crus en période de force et ils ont été défaits, ce qui a conduit de nombreux sympathisants français à considérer que Daech s’était précipité dans les attentats. Daech aurait, selon eux, fait les choses trop tôt, car les djihadistes n’étaient pas encore suffisamment forts au Levant. Selon cette logique, ils cherchent désormais à attendre la prochaine opportunité pour agir de façon plus forte. C’est une nouvelle configuration. Voilà pourquoi l’enjeu sur la décennie à venir est de saisir les mutations en cours dans la mouvance djihadiste. Il ne faut donc pas réduire le djihadisme aux attentats.
Nous devrions d’ailleurs évoquer ce qui se passe en prison, qui est un véritable enjeu pour la suite. Il y a une vraie question autour de la sortie dans les cinq prochaines années de dizaines et de dizaines de djihadistes. Sans cela, nous risquons de nous trouver dépourvus dans les prochaines décennies face aux nouvelles mues du jihadisme.
L’enjeu du djihadisme n’est donc pas que sécuritaire, il est aussi intellectuel et sociétal, et il est nécessaire de saisir ces dynamiques propres pour reprendre le contrôle sur ces évolutions en France et en Europe. Malgré les difficultés du moment, la réflexion générale dans le débat public a évolué dans le sens d’une meilleure compréhension de ces enjeux en France, d’une sortie du déni, et cet effort doit être prolongé et adopté par la société civile, ce qui est sans doute un bon antidote à terme. Il est important de s’en saisir dès maintenant, précisément parce que la période est plutôt à une mutation interne qu’à l’affirmation d’une nouvelle forme de djihadisme.
LES RECENTS ATTENTATS EN FRANCE, EN PARTICULIER CELUI DE SAMUEL PATY, PREFIGURENT-ILS UN DJIHADISME DE 4E GENERATION ?
Je ne suis pas certain. Dans la « phase de faiblesse », le gros de la mouvance des djihadistes militants à tendance à considérer qu’il ne faut pas être trop visible, ce qui les pousse à ne pas multiplier les attentats. Ils s’en réjouissent bien sûr quand ils se produisent, mais ils appellent surtout à se reconfigurer plutôt que de passer à l’acte. A l’heure actuelle, les individus qui passent à l’acte sont plutôt des gens qui sont idéologiquement proches de cette mouvance mais qui sont en marge des membres actifs. Cela correspond à tous les profils des responsables des derniers attentats en France ou en Grande-Bretagne depuis deux ans. A ces profils, souvent jeunes par ailleurs, s’ajoutent aussi ceux d’individus extrêmement idéologisés, qui refusent la défaite de Daech au Levant et cherchent à perpétuer des attaques. Ces deux types de profils ne sont pas dans les logiques de réflexion à moyen terme et de reconfiguration que j’évoquais plus haut. Ils ont saisi le mode opératoire de Daech, mais ils ne sont pas forcément représentatifs du gros de la mouvance française. Je ne pense pas que nous soyons face à l’avènement d’un djihadisme de nouvelle génération, mais plutôt face à l’expression de ce djihadisme qui apparaît à marée basse. Il était à marée haute au moment de l’apogée de Daech en Syrie en 2015, moins visible car fondu dans la « masse ».
De fait, ces attentats sont problématiques, car ils se produisent dans un moment de mutation qui devrait être synonyme d’accalmie relative. Si le contexte bien particulier lié au procès des attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher l’explique en partie, le fait qu’ils aient lieu est bien un indicateur du fait que le territoire idéologique du djihadisme en Europe est loin d’être détruit, contrairement au territoire physique de Daech au Levant. L’enjeu est de savoir comment réduire ce territoire idéologique dans la décennie qui s’ouvre. Ainsi, ces attentats ne sont pas tant un nouveau type de djihadisme qu’un djihadisme qui ressemble à celui que nous avons connu entre 2005 et 2013 en Europe, c’est-à-dire entre la fin d’Al Qaida en Irak et le début de Daech en Syrie. J’y vois ainsi plus de continuité qu’une rupture avec notre djihadisme d’aujourd’hui. La rupture se situe dans le nombre, et c’est pour cela que nous n’avons pas d’autres choix hormis celui d’agir, et à l’échelle européenne.
INQUIETUDE DES SERVICES DE RENSEIGNEMENT APRES LES ATTAQUES DE VIENNE ET DE NICE : "LA MENACE EST TRES FORTE" (MARIANNE)
Islamisme: la France dans une nouvelle guerre de trente ans
Depuis trente ans, l’État a été en permanence dépassé par ses adversaires au cours des trois phases du terrorisme islamiste: celle de l’islamisme «nationaliste» (des années 1990 aux années 2000), de l’islamisme «endogène» (des années 2000 aux années 2010) et enfin celle du changement d’ordre de grandeur après le début de la guerre en Syrie en 2011.
Par Jean Chichizola
 
La France lutte depuis trente ans contre les terroristes islamistes. Et la situation n’a fait que se dégrader. Pour quelles raisons? Lundi, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, dénonçait «de nombreuses années de laisser-faire et de laisser-aller». Le fait est que, s’il n’est pas resté inactif, l’État a été en permanence dépassé par ses adversaires au cours des trois phases du terrorisme islamiste: celle de l’islamisme «nationaliste» (des années 1990 aux années 2000), de l’islamisme «endogène» (des années 2000 aux années 2010) et enfin celle du changement d’ordre de grandeur après le début de la guerre en Syrie en 2011.

Aucun commentaire: