dimanche 1 novembre 2020

Avec Macron, la France à l’épreuve de la tragédie


Le président français ne doit pas seulement faire face à une crise économique mondiale et à une vague terroriste. Il lui faudra aussi sortir d’une crise sanitaire terrible. Et éviter une déstabilisation internationale.

Par Joëlle Meskens Envoyée permanente à Paris Le Soir

C’était, en 2017, le candidat d’une espérance. Dans une vague populiste qui balayait alors le monde, Emmanuel Macron allait incarner une nouvelle forme de « dégagisme positif ». Il vantait un nouveau monde où l’émancipation individuelle et les libertés se conjugueraient au progrès. Un vent léger soufflait sur la France.
Trois ans plus tard, comme pour ses prédécesseurs, les drames ont fracassé son mandat. Nicolas Sarkozy avait dû affronter une crise économique mondiale. François Hollande, une effroyable vague terroriste. Emmanuel Macron ne cumulera pas seulement les deux. Il lui faudra aussi sortir d’une crise sanitaire terrible. Et éviter une déstabilisation internationale.
Qu’il est loin le retour des « jours heureux », qu’il avait promis au sortir de la première vague. Son cap – « vivre avec le virus » - s’est révélé une impasse. Voilà son pays, comme toute l’Europe, percuté de plein fouet par la seconde vague, englué dans cette impression de « jour sans fin » qu’il a lui-même décrit. Et cette fois dans l’impossibilité de fixer un horizon moins sombre, même pour Noël.
Concentré sur ce front, Emmanuel Macron est en même temps aspiré par un second, tout aussi dramatique. Un nouvel attentat à Nice, après la décapitation d’un professeur dans les Yvelines et l’attaque de deux personnes à Paris près des anciens locaux de Charlie Hebdo. Trois attentats en un mois, et une colère qui monte dans le monde arabo-musulman contre une France jugée parfois hostile à l’islam !
Trop pour un seul homme ? Ce président qui réclame l’unité nationale n’a jamais semblé aussi seul. Son Premier ministre, Jean Castex, n’imprime pas. Son parti est réduit en cendres. Même son gouvernement est marginalisé, les décisions difficiles se prenant en « conseils restreints de défense ». Quant à l’opposition, elle est certes consultée, mais ne jouera pas le jeu de l’union.
Où Emmanuel Macron veut-il emmener la France en sollicitant son adhésion ? Sur le front sanitaire, il a fait une fois encore le choix de sauver des vies. Mais sur le front du terrorisme ? Jusqu’à quel point voudra-t-il muscler sa future loi sur les séparatismes ? Gare à légiférer sous l’émotion quand le RN n’est déjà plus seul à réclamer une législation d’exception, le maire LR de Nice Christian Estrosi réclamant lui aussi « qu’on fasse fi des armes de paix pour pousser à celles de la guerre ».
« Peu de générations auront eu comme la nôtre tant de défiances à gérer ensemble », disait Emmanuel Macron mercredi soir. « Mais cette période est un révélateur de ce que nous sommes ». Il n’aurait pas pu mieux parler de lui-même. Il lui faut improviser dans une urgence de tragédie. Privé de sa boussole initiale, condamné à se réinventer. Lui qui promettait une France en couleur devra se révéler à la hauteur d’un pays en noir comme le deuil.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
MACRON DOS AU MUR
QUO VADIS FRANCIA ? QUO VADIS BELGICA ?

« Lui qui promettait une France en couleur devra se révéler à la hauteur d’un pays en noir comme le deuil. »
On saurait difficilement mieux synthétiser les défis d’Emmanuel Macron. C’est comme si tous les maux libérés de la boîte de Pandore se liguaient soudain contre ce jeune président aussi mal-aimé que surdoué.  
Pandore apporta dans ses bagages une boîte mystérieuse que Zeus lui interdit d'ouvrir. Celle-ci contenait tous les maux de l'humanité, notamment  la Maladie, la Guerre, la Famine, la Misère, la Folie, le Vice, la Tromperie, la Passion, l'Orgueil ainsi que l'Espérance.
Oui l’espérance.
« L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente » (Apollinaire)
« Nous payons et paierons cher notre passivité. » écrit Jeannette Bougrab et d’ajouter : « Etienne de la Boétie écrivait que les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. La France doit se redresser. Face à un ennemi qui divinise la mort, l’islamisme, on doit être intransigeant et sans compromission notamment à l’égard des structures d’endoctrinement, des mosquées intégristes aux écoles coraniques ou des associations à but prétendument culturel, caritatif ou humanitaire et qui sont en fait intégristes »
La France ? Certes et quid de la Belgique ?
« Mais il faut être honnête avec nos concitoyens: cela ne sera pas suffisant car ce nouveau fascisme continue de progresser et a trouvé sur notre sol depuis des années des alliés qui n’hésitent pas à brandir l’accusation d’islamophobie dès que vous osez critiquer cette idéologie mortifère.
Ils savent utiliser les outils de notre État de droit pour attaquer en justice les quelques inconscients qui alertaient sur la prolifération de cette épidémie. »
« On ne vaincra qu’en réapprenant nous aussi à mourir pour nos libertés. »
Qu’on se le dise, ces paroles font écho à celles de la Belge Nadia Geerts sur son blog. « Une société ou on écarte un enseignant pour un dessin est une société malade.
Nous connaissons le remède, pourtant. Il s’appelle « laïcite », séparation stricte de l’Etat - et singulièrement de l’école - et du religieux, afin de préserver le premier de toute immixtion du second.
Quand aurons-nous enfin le courage de l’appliquer ? »
Le courage de résister, c’est en effet cequi semble tellement nous manquer.
MG



 JEANNETTE BOUGRAB: «UNE PARTIE DU MONDE MUSULMAN MANIFESTE SA COLERE CONTRE CE QU’INCARNE LA FRANCE, A SAVOIR LA LIBERTE»
FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - L’ancienne secrétaire d’État, qui vient de publier un livre dénonçant «la sale guerre oubliée du Yémen», décrit le combat contre l’islamisme comme un véritable choc de civilisations. La France ne doit pas l’affronter seule, plaide-t-elle.
Par Alexandre Devecchio

Jeannette Bougrab est docteur en droit public de la Sorbonne, ancienne universitaire, ancienne présidente de la HALDE et ancienne Secrétaire d’État. Elle vient de publier Un silence de mort. La sale guerre oubliée du Yémen (éd. du Cerf, 2020).
 
FIGAROVOX.- LES ACCUSATIONS D’ERDOGAN CONTRE LA FRANCE ONT-ELLES, SELON VOUS, JOUE UN ROLE DANS L’ATTENTAT DE NOTRE-DAME DE NICE, MAIS AUSSI DANS CELUI AVORTE D’AVIGNON ET DANS L’ATTAQUE CONTRE L’AMBASSADE DE FRANCE A DJEDDAH EN ARABIE SAOUDITE? ET FAUT-IL VOIR DANS LE CONFLIT AVEC L’ISLAMISME UN «CHOC DES CIVILISATIONS»?
Jeannette BOUGRAB.- Cette déferlante de haine illustre ce que feu le professeur de Harvard Samuel Huntington prophétisait il y a vingt-cinq ans dans un ouvrage intitulé «le choc des civilisations». Il expliquait que les conflits de demain n’opposeraient plus des nations ou des idéologies, mais des blocs religieux menaçant fanatiquement la paix. Il parlait «des frontières sanglantes de l’islam».
Ce pronostic coup de poing se vérifie malheureusement chaque jour. Il constitue la matrice de ce début du XXIe siècle. La barbarie est là. Au point que, dans leur lutte contre l’«Occident juif et croisé», les islamistes s’en prennent également aux musulmans de progrès. La décennie noire en Algérie, dans les années 1990, c’est 200 000 morts, l’écrivain Boualem Sansal en est le témoin. Ailleurs, la moindre dissidence est écrasée dès qu’elle apparaît. Je pense au blogueur Raif Badawi condamné à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet en Arabie Saoudite pour avoir affirmé que musulmans, juifs et chrétiens sont égaux. Je pense à l’avocate Nasrin Sotoudeh détenue à la prison d’Evin en Iran pour avoir défendu des femmes qui refusaient de porter le voile.
La communauté des croyants, l’Oumma, ne connait pas de frontières. La répression, non plus. La particularité d’Erdogan est qu’il nourrit une double ambition: être le maître de l’ancien espace ottoman et le patron de l’internationale des Frères musulmans. En Turquie, à la suite la tentative de putsch ratée de 2016, il a conquis brutalement les plein-pouvoirs en purgeant tous ses opposants.
Il y a eu une grande naïveté à le laisser faire en pensant qu’il s’arrêterait là. Nous sommes restés indifférents au sort des journalistes, intellectuels et militants jetés dans les geôles turques, à la mort terrible de l’avocate Ebru Timtik qui a succombé après une longue grève de la faim. Ou encore à l’oppression renouvelée des Kurdes qui ont lutté contre l’Etat islamique.
Désormais, Erdogan intervient militairement en Irak, en Syrie, en Libye, en Méditerranée et au Caucase, au Haut-Karabagh. Partout, la France lui barre la route ou dénonce son bellicisme. Il a donc instrumentalisé l’actualité, les procès sur les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hypercacher, le projet de loi sur le séparatisme, pour mobiliser et agiter ses réseaux. En arguant d’un boycott et en allumant l’émeute. Résultat, des quartiers huppés d’Amman en Jordanie aux centres universitaires d’Islamabad au Pakistan en passant par les bidonvilles de Gaza ou du Bangladesh, les islamistes se sont livrés au lynchage organisé du pays de la liberté. Les manifestations, à Vienne, près de Lyon, de jeunes turcs attisés par la haine contre les Arméniens montrent sa capacité de manipulation même sur notre territoire. Nous payons et paierons cher notre passivité.
Jusqu’aux ennemis d’hier, au sein du monde islamiste, se retrouvent aujourd’hui pour maudire la France. Déjà l’allié de l’Azerbaïdjan turcophone mais chiite, le turco-sunnite Erdogan a réussi à rassembler dans la même haine les chiites arabes et perses. Regardez la une de ce journal gouvernemental iranien où le président Macron est caricaturé en démon et l’image de notre drapeau brûlé devant notre ambassade à Bagdad, en Irak, dans une complète impunité: le déchaînement est total.
La France ne pourra pas lutter seule contre l’islamisme. Elle doit parler avec ses partenaires étrangers qui ont d’ailleurs mis du temps à réagir après les propos haineux d’Erdogan. Vraisemblablement les conseillers du président de la République n’avaient pas encore mesuré la dimension et l’ampleur de cette guerre en rédigeant le discours de la Sorbonne. Ils n’ont pas su anticiper les réactions à l’international en dialoguant en amont.
EMMANUEL MACRON A-T-IL EU RAISON DE REPONDRE AVEC FERMETE?
Bien sûr! Etienne de la Boétie écrivait que les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. La France doit se redresser. Face à un ennemi qui divinise la mort, l’islamisme, on doit être intransigeant et sans compromission notamment à l’égard des structures d’endoctrinement, des mosquées intégristes aux écoles coraniques ou des associations à but prétendument culturel, caritatif ou humanitaire et qui sont en fait intégristes
Mais il faut être honnête avec nos concitoyens: cela ne sera pas suffisant car ce nouveau fascisme continue de progresser et a trouvé sur notre sol depuis des années des alliés qui n’hésitent pas à brandir l’accusation d’islamophobie dès que vous osez critiquer cette idéologie mortifère.
Ils savent utiliser les outils de notre État de droit pour attaquer en justice les quelques inconscients qui alertaient sur la prolifération de cette épidémie. Je rappelle que certains d’entre eux, au lendemain des attentats de Charlie, n’ont pas hésité à dire que «blasphémer l’islam, c’est humilier les faibles de la société que sont les migrants.»
Je pense que l’angle mort du discours est de ne pas avoir tenu le même langage à nos compatriotes que Winston Churchill déclamant devant la Chambre des communes, le 13 mai 1940, «je n’ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur.» Car nous devrons le dire, il y aura d’autres attentats, d’autres familles endeuillées. Laisser penser qu’en adoptant des lois et des décrets, on lutte contre l’hydre islamiste, c’est se leurrer. Le fanatisme religieux est un ferment d’insurrection beaucoup plus dangereux que le nationalisme d’antan. Et on le voit bien: si l’État islamique est détruit, des groupes des individus continuent les attaques terroristes de Sakoura à Kaboul en passant par Nice. On ne vaincra qu’en réapprenant nous aussi à mourir pour nos libertés.
Les manifestations à Vienne près de Lyon de jeunes turcs attisés par la haine contre les Arméniens sont inacceptables.
Il y a une naïveté à croire comme le rappelait justement Jean-François Colosimo dans vos colonnes que les surenchères et les provocations d’Erdogan vont s’arrêter. Depuis la tentative de putsch ratée de 2016, le sultan a procédé une purge dans la fonction publique et dans l’armée pour asseoir encore davantage son pouvoir et installer à pas forcés l’islamisation de la société turque. Nous demeurons indifférents au sort des militants jetés dans les geôles turques comme l’avocate Ebru Timtik qui a succombé après une longue grève de la faim ou encore au sort des Kurdes qui ont lutté contre l’Etat islamique. Les manifestations à Vienne près de Lyon de jeunes turcs attisés par la haine contre les Arméniens sont inacceptables.
VOTRE NOUVEAU LIVRE, UN SILENCE DE MORT, EVOQUE LA «SALE GUERRE OUBLIEE DU YEMEN». EN QUOI CE CONFLIT EST-IL CENTRAL DANS LA LUTTE CONTRE L’ISLAMISME? POURQUOI CE SILENCE DE L’OCCIDENT?
La guerre menée par la coalition menée par l’Arabie Saoudite a fait en six années de conflit plus de 200 000 morts au Yémen et nous continuons de la soutenir. Or cette coalition n’hésite pas, comme l’a révélé une enquête de l’Associated Press des 6 et 7 août 2018, à conclure des arrangements secrets avec Al-Qaida et des milices locales salafistes pour chasser les rebelles Houtis accusés, eux, d’être l’instrument de Téhéran dans la région. Alors que se tient en ce moment le procès des attentats meurtriers de 2015 venus d’Al-Qaida péninsule arabique, il est surprenant que nous fermions encore les yeux sur les arrangements criminels de nos alliés qui sont à l’origine de ce Golem djihadiste qui l’a financé pendant des années par l’entremise de fondations caritatives. Hillary Clinton l’avait regretté dans un télégramme diplomatique en 2009 ou plus récemment Joe Biden dans une conférence en 2014 à Harvard. Notre schizophrénie n’est plus tolérable, on ne peut sérieusement lutter contre le terrorisme et continuer à soutenir aveuglement le régime saoudien wahhabite qui prône une lecture rigide de la charia et promeut une conception puritaine et intolérante de l’Islam. L’Arabie Saoudite projette depuis des années sa conception de l’islam. Tous les mouvements islamistes ont puisé leur doctrine dans les oulémas saoudiens les plus rigoristes. Alors que les cadavres s’empilent sur les ruines et où les ruines recouvrent les cadavres, il est peut-être temps de cesser de fermer les yeux sur la plus grande catastrophe humanitaire. Kamel Daoud, l’écrivain algérien, n’a-t-il pas écrit dans un article publié dans un quotidien américain, «L’Arabie Saoudite, un Daesh qui a réussi»?



LA FRANCE NE POURRA PAS LUTTER SEULE CONTRE L’ISLAMISME
AFFAIRE MOLENBEEKOISE DES CARICATURES : IL EST TROP TARD !

Publié le 1 novembre 2020 par Nadia Geerts

Cet article ne dit pas que l'enseignant a eu raison de montrer la caricature incriminée. Il dit que l'écartement dont il est la victime est totalement disproportionné. Il dit que montrer des organes génitaux ne saurait être considéré comme en soi problématique, et que dès lors c'est soit la grossièreté de la caricature qui pose problème, soit la personne caricaturée, à savoir le prophète. Il dit que dans le premier cas, une simple remarque aurait suffi, et que dans le second, l'argument n'est tout simplement pas recevable. Et que c'est manifestement le second qui est à l'origine de cet écartement.
Le 30 octobre 2020, un professeur d’éducation à la philosophie et à la citoyenneté a été écarté par le Collège communal de Molenbeek pour avoir montré à ses élèves de 6è primaire une caricature jugée obscène : celle, signée Coco, montrant le prophète Mahomet de dos, agenouillé, avec sur les fesses une étoile et la légende « Une étoile est née ».
Dans la presse, le Collège se défend d’avoir été motivé par le fait qu’il s’agisse d’une caricature du prophète : la bourgmestre socialiste Catherine Moureaux précise : « Ce n’est évidemment pas pour avoir montré une caricature de Mahomet qu’il l’a été, mais pour avoir montré des obscénités à de jeunes élèves, qui pour certains ont à peine 10 ans ». Et elle indique sur Twitter que « Pour le collège, en aucun cas, personne n’a à montrer à des enfants de dix ans les organes génitaux de qui que ce soit. C’est la seule raison pour laquelle une procédure est ouverte ».
Fichtre ! A lire ces propos, on croirait qu’on a affaire à une sordide affaire de mœurs ! Car en effet, de toute évidence, un enseignant qui montre à des élèves les organes génitaux de quelqu’un, c’est grave. Même si ces élèves ont plus que probablement 11 ou 12 ans que 10, d’ailleurs.
MAIS EST-CE BIEN DE CELA QU’IL S’AGIT ?
Autrement dit, montrer un dessin représentant des organes génitaux équivaut-il à montrer les organes génitaux de quelqu’un ? A cette question, il faut de toute évidence répondre par la négative, sans quoi toute leçon d’éducation à la vie affective et sexuelle serait problématique dès lors qu’elle recourrait à un quelconque schéma représentant les organes génitaux masculins ou féminins. Et je ne parle même pas du livre illustré qui a contribué à mon éducation à la matière, et qui était encore illustré de photographies de petits garçons, de petites filles, mais aussi d’adultes hommes et femmes entièrement nus, les organes génitaux masculins étant ainsi exhibés à la vue de tous. Précision utile : ce livre était destiné aux enfants de 10-13 ans.
 '"Encyclopédie de la vie sexuelle, de la physiologie à la psychologie, 10/13ans", Hachette, 1973
On peut cependant considérer que cette caricature, il faut le dire peu flatteuse pour l’anatomie intime masculine, n’était peut-être pas de nature à donner envie aux petits garçons de devenir bien vite des hommes, sans même parler de l’attrait sexuel au score indubitablement négatif de ces organes mahométans. Certes.
Cependant, une chose est jusqu’ici pudiquement passée sous silence dans la plupart des médias qui ont repris l’information initiale, laquelle émanait de la Dernière Heure : il s’agit du fait que la plainte initiale ne portait absolument pas sur le caractère potentiellement obscène de ce petit dessin, mais sur l’offense religieuse faite ainsi aux musulmans. Hicham Chakir, conseiller communal PS et père d’un des élèves, s’en ouvre pourtant très explicitement :
« Même si je suis ouvert, je ne comprends pas le message que ce professeur voulait faire passer. Pour moi, c'est un message de haine. S'il voulait parler du prophète ou de la religion musulmane, pas de souci. Mais pas de cette façon", poursuit-il. "J'estime tout simplement que cela ne sert à rien de ramener cette haine vers les enfants. Nous ne sommes pas là pour enfoncer le professeur ni qui que ce soit mais que l'on respecte notre religion. Vivons ensemble dans le respect, la dignité et la fraternité quelle que soit la religion de chacun. »
Nous voilà donc devant un parent d’élève qui en appelle au « respect de sa religion », et prétend en conséquence dicter à un professeur d’éducation à la philosophie et à la citoyenneté la manière dont il a le droit de parler du prophète ou de la religion islamique, et qui, loin d’être éconduit par la direction, est entendu avant que la condamnation du professeur se fasse en fonction d’un autre motif, celui d’obscénité. Selon la Dernière Heure toujours, « La commune de Molenbeek confirme avoir écarté ce professeur la semaine dernière. Elle estime que le professeur est sorti du programme pédagogique relatif à liberté d'expression, qu'il n'a pas préparé les enfants à la vision de ces caricatures et, surtout, qu'il n'aurait pas dû montrer des personnages nus. En clair, l'écartement est dû à la dimension obscène de l'image et non au choix de la caricature du prophète en soi. ».
Quoi qu’il advienne à présent, le message ainsi envoyé aux parents est clair : « Plaignez-vous qu’on n’a pas respecté votre religion, et vous serez entendus, au besoin en reformulant le motif de l’écartement d’une manière moins polémique ».
Car soyons sérieux deux minutes : le problème est-il vraiment que cet enseignant a montré à ses élèves un petit dessin représentant un type présentant son arrière-train et laissant voir une paire de testicules poilues et un pénis arborant une pathétique « goutte au nez » ?
Dans ce cas, la réaction adéquate de la direction aurait dû, de toute évidence, consister en deux choses.
Premièrement et impérativement, rappeler fermement aux parents plaignants que l’offense faite à la religion ne fait pas partie de l’arsenal des délits en Belgique et qu’un enseignant a parfaitement le droit d’aborder une thématique du programme telle que la liberté d’expression en utilisant comme supports des dessins ayant précisément conduit à la décapitation d’un enseignant français deux semaines plus tôt.
Deuxièmement et éventuellement, rencontrer l’enseignant pour lui faire part des remous que sa leçon a suscités et l’inviter discrètement à un peu plus de discernement dans le choix des supports pédagogiques à l’avenir.
En d’autres termes, si cette lamentable histoire illustre une chose, c’est bien le crédit totalement disproportionné accordé aux récriminations parentales dans la sphère scolaire, surtout lorsqu’elles peuvent se parer d’une sensibilité religieuse offensée. Plus personne n’ose, semble-t-il, rappeler fermement aux parents - ni aux élèves – que le rôle de l’école est de transmettre des compétences et des savoirs, pas de protéger les susceptibilités des uns et des autres.
Rappelons en outre que l’affaire qui a mené à la décapitation de Samuel Paty, le 16 octobre dernier, a débuté exactement de la même manière : un cours sur la liberté d’expression lors duquel deux caricatures du prophète sont présentées aux élèves, suivi d’une plainte déposée par le père d’une des élèves pour « diffusion d’images pédopornographiques ».
Si les versions divergent aujourd’hui sur le soutien que son collège et plus largement l’éducation nationale aurait apporté ou non à Samuel Paty, nous savons déjà que l’enseignant molenbeekois, quant à lui, a été rien moins que sacrifié sur l’autel de la sensibilité religieuse des plus radicaux. Car une société ou on écarte un enseignant pour un dessin est une société malade.
Nous connaissons le remède, pourtant. Il s’appelle « laïcite », séparation stricte de l’Etat - et singulièrement de l’école - et du religieux, afin de préserver le premier de toute immixtion du second.
Quand aurons-nous enfin le courage de l’appliquer ?

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