lundi 16 novembre 2020

Comment garder le moral en cette période de huis clos ?


Les prochaines semaines vous dépriment déjà ? Voici quelques clés et conseils avisés d’experts pour aborder sereinement cette période et positiver. 
PAR ANISSA HEZZAZ. 

Alors que nos voisins européens ont déjà annoncé un reconfinement national dans leur pays respectif, en Belgique, on s’apprête également à vivre les prochaines semaines claquemurées chez soi, pour tenter d’endiguer cette épidémie. Mais comment faire pour vivre cette période le plus sereinement possible ? Comment ne pas sombrer dans la déprime quand on est déjà passé par là quelques mois plus tôt ? 
On le sait les prochaines semaines s’annoncent critiques et les mesures anti-covid s’enchaînent depuis plusieurs jours. Alors que l’horeca a dû fermer ses portes pour les quatre prochaines semaines et que le secteur culturel est à nouveau mis à l’arrêt, chez nos voisins français, on est déjà à l’étape du reconfinement total. En Belgique, on parle plutôt de reconfinement partiel, mais qu’importe, dans nos têtes, l’idée même de se retrouver à nouveau isolé durant les prochaines semaines paraît insurmontable.  Pour autant, il existe quelques clés pour garder le moral et ne pas fléchir dans cet environnement anxiogène.
ACCEPTER LA SITUATION
Le port du masque obligatoire, le télétravail, le couvre-feu, la distance avec nos proches, etc.. Toutes les mesures imposées en agacent plus d’un qui ne comprennent plus très bien le pourquoi du comment, pourtant, pour le docteur Philippe Vande Lanoitte, thérapeute et médecin généraliste, « tout est une question d’acceptation ». Pour le spécialiste, il faut se dire que quoiqu’on en pense, quoiqu’on en dise, les choses ne changeront pas, alors à quoi bon se révolter contre la situation ? Accepter d’être privé de certaines de nos libertés n’est pas chose aisée, mais nous permet pourtant d’aller de l’avant.  Et pour les personnes isolées qui ont mal vécu ce premier confinement, le docteur préconise de faire quelques aménagements tout en continuant à respecter les règles : « Au lieu d’être tout seul, on élargit sa bulle avec 1 ou 2 autres personnes avec qui on se voit régulièrement afin de permettre un échange ». 
« Oui, le covid est bien là, mais notre vie continue, rien ne s’arrête réellement », complète Marie-Christine Callebaut, coach de vie spécialisée en développement personnel et professionnel.  « Nous continuons à vivre, à respirer, à rire, à profiter, à être scolarisés et à travailler…. Certes certaines choses ont bien changé, mais est-ce vraiment tout le temps en négatif ? Et puis un jour le Covid disparaitra …. ». Si boire un verre avec nos amis, aller au restaurant et passer du temps avec nos proches est mis entre parenthèses pendant un petit temps, Marie-Christine Callebaut ajoute : « imaginez le plaisir que vous allez avoir quand tout sera à nouveau autorisé ! ». 
TROUVER DU RECONFORT
Les quatre prochaines semaines s’annoncent très compliquées pour celles et ceux qui ont l’habitude d’être fort entourés. Et puisque nous n’avons plus le droit au contact physique, de s’enlacer, ni même de se serrer la main, pour le docteur Vande Lanoitte, il faut trouver du réconfort au sein de sa propre bulle : « avoir le plus de contact possible au sein de sa bulle nous aide à aller mieux ».   En revanche, selon lui, pour ces personnes-là, les contacts virtuels n’arrangent rien : « si ces personnes sont en manque de contact physique, les appels vidéos en tout genre peuvent parfois être source de frustration ». Il faut dans ce cas réussir à s’entourer de personnes bienveillantes pour que le temps semble moins long et pour mieux vivre cette période.  
Lâcher prise
La pandémie a réveillé toutes sortes d’angoisses en nous : peur pour nos proches, peur pour soi-même, la peur aussi de ce que demain sera fait. La première chose à faire est donc d’arrêter de s’inquiéter pour les autres : « la plupart des gens s’inquiètent rarement pour eux-mêmes, mais pour leurs enfants, leur papa, leur maman, leurs grands-parents, etc. », constate le docteur Philippe Vande Lanoitte. Pour sortir de ce cercle vicieux, il faut apprendre à leur faire confiance et les laisser se prendre en charge. C’est d’ailleurs en se préservant des pensées négatives que l’on augmente notre immunité : « l’angoisse et la peur chronique augmentent le cortisol, et le cortisol diminue nos défenses immunitaires ». 
Il recommande aux personnes qui ont tendance à se poser trop de questions de profiter de cette situation pour enfin lâcher prise.  « Puisque je ne sais pas de quoi demain sera fait, il faut simplement arrêter de se poser des questions et se demander simplement ce que cette situation m’apporte ? ». C’est pour lui l’opportunité de pouvoir retrouver la richesse plutôt que la pauvreté : « Si la vie nous ferme des portes, il faut se détourner et regarder de l’autre côté pour voir ce que la vie a à nous offrir ». C’est d’ailleurs aussi l’avis que partage Marie-Christine Callebaut : « Nous devons aussi nourrir la pensée que tout finit toujours par s’arranger et que le temps arrange tout… ». 
RELATIVISER 
Comment voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide quand l’épidémie est au cœur de l’actualité et que tous les jours, nous sommes inondés d’informations toujours plus anxiogènes ? Pour nos spécialistes, il faut se détacher des informations qui nous entourent. Le docteur Vande Lanoitte impose même parfois à ses patients de se détourner du JT. Pour Marie-Christine Callebaut, c’est exactement la même chose : «Il faut arrêter de tout écouter dans tous les sens…. Rien n’est plus nocif que les « on m’a dit que ceci ou cela ».
Le premier confinement nous aura appris des choses : si certaines personnes en ont profité pour s’adonner à de nouvelles passions, se recentrer sur eux-mêmes et passer plus de temps en famille, pour d’autres, ça a été une période d’isolement et de remise en question profonde, qui n’a pas toujours été bien vécue. Pour ceux-là, Marie-Christine Callebaut conseille d’agir immédiatement pour ne pas se laisser prendre au dépourvu : « Nous avons le luxe en ce moment de pouvoir nous y préparer et le plein pouvoir de prendre des actions afin de ne pas reproduire les situations négatives du premier confinement. » Pour elle, il s’agit donc de faire le bilan sur ce qui s’est mal passé la première fois et de réagir dès maintenant pour ne plus que cela se reproduise. 
POSITIVE ATTITUDE
Plus facile à dire qu’à faire diront certains, pourtant, c’est la là clé pour avancer. Nos spécialistes suggèrent de profiter de cette période pour se réjouir des petites choses de la vie : faire une balade en forêt, apprécier d’avoir plus de temps pour soi, redécouvrir le plaisir d’un jeu de cartes, écouter de la musique,  s’adonner à un sport, etc. Plutôt que de pester contre la situation, de s’enfermer dans une bulle de pensées négatives, il faut réussir à voir ce que la vie nous apporte de joyeux. Pour Bernard Grosjean, hypnothérapeute clinicien, l’hypnose peut -être un moyen rapide pour se projeter dans un avenir positif et éviter de revivre les angoisses du premier confinement : « en hypnose, on va directement à un niveau plus profond plutôt que de simplement voir le problème », explique-t-il. « On appelle cela le coussin émotionnel. » Concrètement, il s’agit de voir ce qui s’intercale entre la sensibilité de la personne et l’élément anxiogène et faire en sorte d’agir au plus tôt. « C’est un peu comme quand vous allez chez le dentiste, si vous attendez d’avoir une carie, c’est déjà trop tard et la guérison est plus lente ». Ici, c’est exactement la même chose : plutôt que d’attendre que la déprime nous tombe dessus, on agit avant, parce que « si vous êtes pris dans quelque chose d’angoissant, c’est comme un TGV, vous le prenez en pleine figure », conclut-il.   
Marie-Christine Callebaut, Coach de vie spécialisée en développement personnel et professionnel.
Docteur Philippe Vande Lanoitte, Hypnothérapeute, Praticien PNL, Médecin généraliste. au Centre d'Accompagnement Thérapeutique Pluridisciplinaire.
Bernard Grosjean, Hypnothérapeute clinicien au au Centre d'Accompagnement Thérapeutique Pluridisciplinaire.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« NOUS DEVONS AUSSI NOURRIR LA PENSEE QUE TOUT FINIT TOUJOURS PAR S’ARRANGER ET QUE LE TEMPS ARRANGE TOUT… ». 

 
Soyons de bons comptes. Ce n’est pas la fin du monde même si cela ressemble de plus en plus  à la fin de « notre monde occidental » tel que nous l’avions connu depuis notre naissance mais qui est, prenons en bien conscience, en pleine « métamorphose »(Morin)  vers un monde très différent. Pire à certains égards, meilleur à d’autres.
Répétons avec Gramsci  « l’ancien se meurt » , c'est-à-dire 500 ans de domination occidentale (Fabian Scheid nous raconte une histoire de l’humanité pour comprendre comment nous en sommes arrivés aux crises actuelles. ), de Christophe Colomb ( de 1492 jusqu’au milieu du XXième siècle avec l’imprimerie, le capitalisme, la reforme, les Lumières , les révolutions industrielle et technologiques,  la démocratie pluraliste, le néo libéralisme,…) . « Le nouveau n’arrive pas à voir le jour » c'est-à-dire la société post-industrielle, post capitaliste, post…) 
« Dans l’entre deux. » On est dans cet entre deux depuis près d’un siècle , « dans ce clair obscur, surgissent des phénomènes morbides » :le barbarie, la violence, le radicalisme, le fanatisme identitaire le totalitarisme religieux et politique induits par tous les nostalgique du « c’était tellement  mieux avant ».
Les phénomènes morbides  il s’agit du retour des virus (sanitaire et politique) , de la  barbarie, du radicalisme , de la violence gratuite, de la pensée totalitaire et nostalgique d’un avant pur « Make  America Great Again », (le slogan de Trump), « Eigen volk eerst », (celui du Belang) « Take back controle. » (celui du Brexit)    « Allah Akbar », « Gott mit Uns ». Tous ces slogans ont un point commun, ils magnifient un « avant «  mythique » une nostalgie d’un temps qui est celui de la pureté identitaire et surtout ils stigmatisent tout ce qui est l’autre ; l’autre comme différent, comme élément polluant de la pureté identitaire : l’étranger, les LGBT, les cosmopolites, les mécréants etc. Ils stigmatisent l’autre, l’altérité, l’alteration et refusent de voir que toute l’histoire humaine est celle d’une « altération » par  des interactions innombrables tout au long de l’histoire. Qu’on se le dise, l’histoire est la plus puissant incubatrice de l’altération par interactions successives . La religion hébraïque n’est pas concevable sans les apports perses, égyptiens, romains…La religion  catholique est fille de Jérusalem, de Rome et d’Athènes dont elle emprunta la langue : le grec pour la rédaction des évangiles, le latin comme langue de l’Eglise. . L’islam se définit comme une « descente » qui suivrait d’autres révélations, comme une prophétie qui viendrait achever celles d’ Abraham, Noé, Job,  Moïse, Joseph, Jésus, Marie qui sont autant de personnages coraniques. L’ennemi c’est l’ignorance crasse  des simplificateurs volontiers  donneurs de leçons.
« La où il y a impasse, il y a issue » dit la sagesse chinoise. L’issue c’est notamment l’école, ce sanctuaire de la  République, l’école unique et pluraliste comme la prônaient dans leur géniale intuition les pionniers de la pensée libre en Belgique et à laquelle les  Finlandais ont su donner une forme concrète. L’école est à reconstruire si on ne veut pas qu’elle soit le champ de bataille d’une guerre de civilisations sans merci, ce qu’elle est devenue au fil des décennies en Europe. L’issue c’est incontestablement la laïcité laquelle offre un cadre politique et sociologique qui garantit à chacun et à tous le droit de croire ou de ne pas croire, de pratiquer sa foi en toute liberté et sans aucune ingérence de l’Etat le culte de son choix. Renier cela participe de la mauvaise foi et de la volonté identitaire, de la rage identitaire à vouloir faire de l’autre un identique de soi, de refuser l’altération, c'est-à-dire la possibilité de savourer les fruits de la rencontre dans l’espace  du dialogue inter convictionnel qui constitue la seule issue à cette impasse. Qu’on se le dise.   
Ce n’ est que  dans la conscience de nos faiblesses que nous puiserons nos force.
MG


FABIAN SCHEIDLER COMMENT NOUS EN SOMMES ARRIVES AUX CRISES ACTUELLES.

Il nous raconte une histoire de l’humanité pour comprendre comment nous en sommes arrivés aux crises actuelles. Fabian Scheidler l’auteur de "LA FIN DE LA MEGAMACHINE" (SEUIL, 2020)
Fabian Scheidler a étudié l’histoire et la philosophie à l’Université Libre de Berlin, puis la mise en scène à Francfort sur le Main. Depuis 2001, il travaille comme auteur indépendant pour la presse, la télévision, le théâtre et l’opéra. En 2009, il obtient le prix Otto Brenner pour le journalisme critique. Il publie en 2017 Chaos. La nouvelle ère des révolutions, puis codirige Der Kampf um globale Gerechtigkeit en 2019.  Son livre La fin de la mégamachine. Sur les traces d’une civilisation en voie d’effondrement publié en 2015 en Allemagne a été  traduit en néerlandais (Lemniscaat 2018), en anglais (Zero Books 2020) et en français (Le Seuil 2020). 
« La mégamachine a été basée dès son début il y a 500 ans sur la séparation du monde entre les pauvres et les riches. Quarante deux personnes possèdent toujours autant que la moitié pauvre de la population mondiale. »            (Fabian Scheidler)
Il revient sur le concept de « mégamachine », forgé par l’historien Lewis Mumford (1895-1990) et qu'il reprend pour désigner ici une forme d’organisation sociale semblant fonctionner comme une machine. En fait, montre-t-il, il s'agit d'un système fait d’êtres humains déguisés en rouages.
Il s'agit pour lui de "raconter une histoire", différente de celle que nous racontent les vainqueurs de l'Histoire et les manuels scolaires  : le mythe de la civilisation occidentale décrit un processus de progrès qui a conduit malgré tout à plus de paix, de bien être, de culture… L’Occident serait chargé d’une mission historique : sauver le monde. La « raison », la « civilisation », le « développement », le « marché libre » doivent rendre ce processus possible. 
« On décrit le Moyen Age come une époque sombre, mais le fait historique, c’est que la torture, l’Inquisition, la chasse aux sorcières et tout ce qu’on lui associe, ont atteint leur paroxysme dans les Temps Modernes, avec l’émergence du système capitaliste. » (Fabian Scheidler)
En réalité, le néolibéralisme n’est que l’aspect d’un système qui fit son apparition il y a environ 5000 ans, au temps des premières villes-états de Mésopotamie et du passage à  la sédentarisation et aux structures de domination qui en résultent de manière inédite. L'auteur montre que, contrairement à ce que l’on apprend à l’école, les Temps Modernes constituent une époque bien plus violente que le Moyen Age. Une manière de retracer l’émergence du capitalisme et de montrer les limites et les alternatives à la mégamachine qui en est résulté.
 « Notre civilisation est la première à avoir inventé plusieurs méthodes d'anéantissement de la vie sur Terre. »        
(Fabian Scheidler)

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