jeudi 26 novembre 2020

Jonathan Franzen: «Trump a senti le profond ressentiment national contre les élites»


L’écrivain américain conseille de prendre enfin les électeurs de Donald Trump au sérieux, précisément parce que Joe Biden l’a emporté. Entretien autour des Républicains qui combattent la république, d’un président qui refuse de s’en aller, et de ses millions de partisans.
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Par Wieland Freund (Die Welt in Le Soir)
Son dernier roman est terminé. Jonathan Franzen, qui a un jour déclaré qu’il n’écrivait « presque jamais », ne s’est pas laissé distraire en cette année d’épidémie, qu’il a passée presque exclusivement dans sa ville natale de Santa Cruz. L’été dernier, il a remis à son éditeur le manuscrit de Crossroads, son sixième roman après des best-sellers tels que The Corrections, Freedom et Purity.
Cette fois, cependant, tout est un peu différent, car ce sixième roman en promet déjà un septième et un huitième. Crossroads est le premier tome d’une trilogie qui – en hommage à Middlemarch, de George Eliot – s’intitule A key to all mythologies. L’histoire de la famille Hildebrandt, originaire d’une petite ville du Midwest, va donc probablement s’étendre jusqu’à nos jours – même si Jonathan Franzen refuse de s’exprimer sur le sujet pour l’instant.
En revanche, ce dont il est prêt à parler, maintenant que presque tous les votes ont été dépouillés, c’est de l’élection présidentielle américaine.
COMMENT AVEZ-VOUS VECU CETTE ELECTION ? ET COMMENT AVEZ-VOUS VECU LES JOURS QUI ONT SUIVI ?
Nous avions invité quelques amis à dîner dans le jardin, et j’ai préparé une tarte au potiron. J’ai dû faire cuire le potiron au four, mixer sa chaire orangée, préparer la pâte, l’étendre… Je pense que je n’aurais pas pu faire plus que cela le 3 novembre, en attendant que les premiers résultats tombent. Lorsqu’il est apparu que les sondages avaient une fois de plus sous-estimé le soutien apporté à Trump, on a pas mal bu dans le jardin. J’avais espéré me coucher tôt, en étant assuré que Biden avait gagné la Floride, mais au lieu de cela, nous avons eu droit à quatre jours de suspense. J’étais sûr que Biden l’emporterait, mais les résultats étaient tellement serrés qu’il y avait de quoi se sentir fébrile. Fébrile, car l’élection a clairement démontré que près de la moitié de tous les Américains nourrissent à l’égard des libéraux le même sentiment d’étrangeté que ces derniers nourrissent à leur égard.
TRUMP MET EN DOUTE LA LEGITIMITE DE L’ELECTION, IL NOMME SES DERNIERS FIDELES A DES POSTES CENTRAUX DU PENTAGONE, SES PARTISANS DESCENDENT PARFOIS PAR MILLIERS DANS LES RUES. POURTANT, LE MONDE SEMBLE MOINS CROIRE A UN COUP D’ETAT QU’A UNE MANIFESTATION DE L’IMMATURITE DE L’OCCUPANT DE LA MAISON-BLANCHE. NE CONNAISSENT-ILS PAS ENCORE TRUMP OU, AU CONTRAIRE, NE LE CONNAISSENT-ILS QUE TROP BIEN ?
Trump a toujours incarné le narcissisme de la société de consommation – et en particulier, le narcissisme des réseaux sociaux ces derniers temps. C’est un narcissisme qui emporte et détruit tout sur son passage : les valeurs morales, les systèmes de croyances, les normes comportementales et, bien sûr, l’idée d’une vérité objective. Notre cauchemar en tant qu’Américains, c’est qu’on nous a donné un président dont la loyauté ne vaut que pour lui-même (et pour la machinerie technoconsumériste qui le rend légitime et le soutient). Tous les présidents avant lui se sont sentis, tout du moins en théorie, investis de la mission d’œuvrer en faveur du bien commun. Trump ne s’est jamais intéressé qu’à lui-même. On a souvent évoqué, à juste titre, sa ressemblance avec un enfant pleurnichard de 3 ans. Et pourtant, comme tout narcissique digne de ce nom, il est extrêmement séduisant. Il suffit de voir les 70 millions d’Américains qui ont voté pour lui. Je pense qu’il est important que le reste du monde comprenne que Trump n’est que la manifestation, l’expression de développements déstabilisants plus profonds.
L’ACTUEL COMPORTEMENT DE CERTAINES POINTURES DU PARTI REPUBLICAIN EST ENCORE PLUS DECONCERTANT QUE CELUI DE TRUMP. POURQUOI N’ACCEPTENT-ILS PAS LA DEFAITE ? ET QU’EST-CE QUE CELA FAIT D’EUX ?
Comme vous le savez certainement, le parti républicain ne représente qu’une minorité de la population américaine, et ce sera probablement toujours le cas. Si la direction du parti se fait la complice du comportement de Trump, c’est essentiellement pour deux raisons. D’abord, elle craint de contrarier la féroce base électorale de Trump, qui est déterminante pour son propre succès électoral. Elle doit donc lui donner l’impression qu’elle est restée fidèle à Trump. Plus généralement, la remise en cause de l’intégrité de l’élection par Trump n’est que la variante poussée à l’extrême d’une stratégie républicaine de longue date. Trump montre aux autres Républicains la voie à suivre : si votre parti est en permanence cantonné à un statut de parti minoritaire, il est préférable de remettre en question tout ce qui l’identifie objectivement en tant que minorité (sondages, recensement, élections). Si la démocratie est l’ennemi de votre parti, alors il faut combattre la démocratie.
DONALD TRUMP A-T-IL ETE UN IDIOT UTILE POUR LES REPUBLICAINS, UN IDIOT DONT ILS VONT SE SERVIR POUR QUELQUES SEMAINES ENCORE, OU LES REPUBLICAINS SONT-ILS MAINTENANT LES OTAGES DE DONALD TRUMP ?
C’est compliqué. L’establishment républicain n’a clairement pas vu venir Trump, et comme je viens de l’évoquer, il leur a donné de précieuses leçons sur la façon de rester au pouvoir en tant que minorité. En même temps, Trump est de toute évidence un personnage répugnant, un individu embarrassant au niveau international, et je suis persuadé que, maintenant qu’ils ont appris la leçon, la plupart des dirigeants du parti républicain souhaitent le voir disparaître.
SUPPOSONS DONC QUE LA PASSATION DE POUVOIR SE FASSE EN DOUCEUR. QU’ADVIENDRA-T-IL DE TRUMP ? DEVIENDRA-T-IL LE CONJURATEUR SUPREME DE QANON & CO. OU SE REPRESENTERA-T-IL A L’ELECTION PRESIDENTIELLE DANS QUATRE ANS ?
Peut-être les deux. Il vient de déclarer la guerre à Fox News, et je n’ai aucun mal à l’imaginer créer une nouvelle chaîne « d’information » encore plus follement nationaliste et suprémaciste blanche que la Fox. Je peux vous assurer que, même s’il va devoir quitter la Maison-Blanche, il n’admettra jamais qu’il a perdu l’élection de 2020. Et plusieurs dizaines de millions d’Américains ne l’admettront jamais non plus. On se souviendra de sa présidence comme du moment où les forces du technoconsumérisme se sont heurtées de front aux valeurs de la démocratie. La marque Trump perdra peut-être un peu de son lustre maintenant qu’il est passé du côté des perdants, mais ces forces ne disparaîtront pas pour autant. Je pars du principe qu’à l’avenir, les adeptes de la théorie QAnon – ou de toute autre mouvance insensée qui pourrait venir s’y substituer – seront toujours plus nombreux au Congrès à chaque élection.
LE MOINS QU’ON PUISSE DIRE, C’EST QUE LES 72 MILLIONS DE VOTES EN FAVEUR DE DONALD TRUMP ONT SURPRIS DE NOMBREUX EUROPEENS. PAS VOUS ?
Aujourd’hui, un de mes amis hongrois m’a montré un e-mail que je lui avais envoyé en juin. Ça m’a fait rire, car à l’époque, j’avais prédit que Biden obtiendrait la majorité des voix exprimées et probablement les grands électeurs, mais que les résultats seraient extrêmement serrés. Donc non, ça ne m’a pas surpris. Un des avantages d’être romancier, c’est que je peux m’imaginer pourquoi tant de gens détestent et craignent les libéraux. Un exercice qui a été (et reste) difficile pour de nombreux libéraux d’ici et d’ailleurs. Et quand on sait que notre capacité à nous imaginer qu’il puisse exister des personnes complètement différentes de nous est l’un des fondements du libéralisme – nous nous vantons de mieux y arriver que les conservateurs –, il est décevant de devoir admettre que les Trumpistes sont encore moins capables que nous de s’imaginer pourquoi nous les détestons et les craignons.
LA GAUCHE CULTURELLE DIT QUE CEUX QUI ONT VOTE POUR TRUMP SONT RACISTES. VOYEZ-VOUS EGALEMENT LES CHOSES SOUS CET ANGLE ?
Eh bien, je suppose que tout le monde est un peu raciste d’une manière ou d’une autre. Trump et les Républicains ont certainement le monopole des suprémacistes blancs, mais je pense que c’est une erreur d’en déduire que la moitié de l’électorat américain est composé de suprémacistes blancs. Cela dissimule l’ampleur de l’impact que peut avoir Trump, en particulier sur les électeurs moins éduqués, et rend les progressistes aveugles aux autres raisons pour lesquelles certains Américains les trouvent si curieux. Trump aborde les craintes économiques, le ressentiment à l’égard des élites côtières, la peur compréhensible de l’immigration ainsi que la méfiance à l’égard du gouvernement, et les progressistes feraient bien de prêter attention à tout cela eux aussi. Réduire les électeurs de Trump à une bande de racistes a un effet autodestructeur sur le plan politique.
Pourquoi les religieux, les isolationnistes, les opposants à l’immigration et à la mondialisation ou les néolibéraux sont-ils prêts à s’accommoder d’un président qui travaille ouvertement à l’abolition de la démocratie en Amérique ? L’idée démocratique a-t-elle perdu de son attrait ? Ou est-ce que de nombreux votes en faveur de Trump n’étaient en fait que des votes contre Biden – et inversement ?
Nous devrions nous rappeler que pour les personnes qui s’informent via la Fox ou Facebook, ce sont les Démocrates qui agissent de manière antidémocratique – en volant les élections, en violant les libertés individuelles, en essayant de transformer les Etats-Unis en une dictature socialiste. Et donc, oui, les voix qui ont été accordées à Trump étaient des voix contre les élites culturelles et la dystopie socialiste.
BARACK OBAMA ECRIT, DANS LES MEMOIRES QU’IL A RECEMMENT PUBLIEES : « C’ETAIT COMME SI MA PRESENCE A LA MAISON-BLANCHE AVAIT REVEILLE UNE PEUR PROFONDEMENT ENRACINEE, COMME SI MES OPPOSANTS AVAIENT LE SENTIMENT QUE L’ORDRE NATUREL DES CHOSES SE DISSOLVAIT. » VOYEZ-VOUS EGALEMENT LES CHOSES SOUS CET ANGLE ?
Bien que j’aime beaucoup notre ancien président, je ne suis pas sûr de partager ce point de vue. Lorsqu’il a quitté la Maison-Blanche, sa cote de popularité était bien meilleure que celle de Trump au cours des quatre dernières années – en fait, elle n’a fait qu’augmenter au cours des huit années de son mandat, à l’exception d’une seule année. Il semble donc qu’autre chose que la peur d’Obama ait favorisé la victoire de Trump en 2016. D’une part, il y avait la grande impopularité d’Hillary Clinton et son inaptitude générale en tant que candidate. D’autre part, comme je l’ai déjà évoqué, Trump remplissait la promesse du technoconsumérisme – son envie jubilatoire de briser les normes, son indifférence totale aux vérités objectives et sa soif d’enfreindre les règles (rappelez-vous à quel point la Silicon Valley se plaît à transgresser les règles). Trump a également fait preuve d’un certain génie politique. Il a senti que, sous la popularité d’Obama, se cachait un profond ressentiment national contre les élites culturelles et politiques. Il l’a senti, car il a lui-même cultivé ce ressentiment.

«UN MONDE SUFFISAMMENT PETIT POUR QUE JE PUISSE LE CONTROLER!»
W. F.
Le nouveau roman de Jonathan Franzen, premier tome de la trilogie A key to all mythologies, se déroule dans les années 70, mais a été écrit durant les années Trump. Cela l’a-t-il influencé ? « Ce qui est curieux, c’est que je n’ai pas réussi à écrire de roman durant les deux mandats de George W. Bush et n’ai pu commencer à écrire Freedom que quelques jours après l’élection d’Obama », répond l’auteur. « Il s’est produit quelque chose de similaire avec Purity, que j’ai écrit durant les premières années du deuxième mandat d’Obama. J’avais confiance et j’admirais l’homme qui était alors à la tête du pays, et j’ai donc pu le laisser diriger notre Nation l’esprit tranquille, pour ainsi dire ; j’ai pu me concentrer sur le présent, sans me laisser paralysé par la peur pour celui-ci. »
« En 2016 », poursuit Franzen, « je savais déjà que de grandes parties de A key to all mythologies se situeraient dans le passé, mais je ne savais pas encore que ce serait un roman en trois tomes. Lorsqu’en 2018, j’ai réalisé que j’allais pouvoir écrire tout un livre se déroulant dans les années 70, ça a été tentant pour moi de m’éloigner de la réalité des Etats-Unis de Trump, de ralentir le rythme et de remonter dans le temps, de me plonger dans l’histoire alors que la maladie de Trump suivait son cours. Et quel soulagement ce fut pour moi de passer six heures par jour pendant deux ans dans un monde suffisamment petit pour que je puisse le contrôler ! »

«Les Républicains n’ont aucune intention de travailler avec Biden»
Par W. F.
LA CARTE FEMININE DE CETTE ELECTION PRESIDENTIELLE EST PLUTOT BLEUE : LES FEMMES SONT-ELLES MOINS HAINEUSES QUE LES HOMMES ? OU VOTENT-ELLES DE MANIERE PLUS RATIONNELLE ?
Comme on l’entend souvent dans les bulletins d’information américains, les femmes sont en moyenne de bien meilleures personnes que les hommes ! C’est l’une des rares questions sur lesquelles les conservateurs religieux, les progressistes laïques et même les sociobiologistes sont d’accord.
ON PEUT DIRE QU’AVEC TRUMP, UNE CONTRE-REALITE A FAIT SON ENTREE A LA MAISON-BLANCHE : LE CHANGEMENT CLIMATIQUE N’EST PAS UN PROBLEME SERIEUX, LE CORONAVIRUS EST SOIT INOFFENSIF, SOIT UNE INVENTION, SOIT DEJA VAINCU, ET LES DEMOCRATES ONT TRICHE A L’ELECTION PRESIDENTIELLE. ASSISTONS-NOUS A L’EMERGENCE D’UNE NOUVELLE FORME D’IRRATIONALITE ? ET SI OUI, D’OU VIENT-ELLE ?
Je dirais qu’il s’agit de la même irrationalité humaine que celle qui a été domptée à l’époque de la raison, de la science et de la démocratie libérale. Aujourd’hui, cependant, elle a à nouveau été libérée par les forces de la consommation et de la technologie. Les gens passent plus de temps dans des univers virtuels, et le problème avec les univers virtuels, c’est évidemment qu’ils ont leurs propres faits et leur propre logique, qui ne correspondent pas nécessairement aux faits et à la logique du monde réel.
L’INTERNET A CREE UN SYSTEME DE COMMUNICATION DANS LEQUEL ON NOUS DONNE RAISON DES QU’ON SE MET A DETESTER UNE PERSONNE DEJA IMPOPULAIRE – C’EST AINSI QUE VOUS AVEZ FORMULE LES CHOSES A L’ISSUE DE L’ELECTION DE 2016. CERTAINES CHOSES ONT-ELLES CHANGE DEPUIS ? OU Y A-T-IL DES CHANGEMENTS EN VUE ?
Malheureusement non. Trump a connu un grand succès en alimentant et en exploitant la division et la haine, et les partis de gauche comme de droite vont probablement essayer de l’imiter. Joe Biden est un homme bon, et je crois qu’il est sérieux lorsqu’il dit qu’il souhaite « panser les plaies de la Nation », mais ce n’est pas un politicien de la trempe de Bill Clinton ou de Barack Obama. Oui, il a réussi à former une coalition démocrate et à remporter les élections, mais il doit sa petite avance au dégoût généralisé pour Trump. Les Républicains n’ont aucune intention de travailler avec lui, et si les progressistes démocrates s’en rendent compte, je crains que sa coalition ne s’effondre.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE TRIOMPHE DU BERLUSCONISME
« TRUMP N’EST QUE LA MANIFESTATION, L’EXPRESSION DE DEVELOPPEMENTS DESTABILISANTS PLUS PROFONDS. »

Cette remarquable intervieuw de Jonathan Franzen qui propose une analyse du trumpisme d’une lucidité sidérante est profondément déprimante. Il montre à quel point la démocratie américaine et sans doute la démocratie tour court est vermoulue. Tout se passe comme si notre chère démocratie avait soudain pris un coup de vieux carabiné. Elle ressemble à Biden : un brave type plein de bonnes  et pures intention mais qui n’a pas les épaules pour faire face aux nouvelles réalités. 
Cet écrivain américain  à la fois crise et sismographe de la crise générale est d’une lucidité impressionnante qui  nous montre à quel point les élites sont les grands perdants de cette élection où les  citoyens américains moyens s’inclinent, bon gré mal gré, devant la victoire du nombre. Non le trumpisme ne s’effondre pas face à la courte victoire des minorités et des anti Trump. L’électorat de Trump c’est le même que celui De Lepen, du Belang, de Orban et, disons le sans ambages, d’Adolphe Hitler version 1933. C’est le camp des partisans de l’illiberalisme face au camp des élites libérales progressistes. Le phénomène n’est pas spécifiquement américain, il est typique de l’occident tout entier, il mine, il sape les démocraties européennes singulièrement la République Française dirigée par un surdoué au profil à la Obama et aussi entravé que lui ou que le  Gulliver à Lilliput ou que le géant Barack à la maison blanche.
Après un naufrage, Lemuel Gulliver, chirurgien de marine se retrouve sur l’île de Lilliput, dont les habitants, les Lilliputiens, ne mesurent qu'environ six pouces de haut (env. 15 cm). Belles allégorie de l’électeur de Trump c’est un Lilliptien qui en France enfile le gilet jaune.
La différence c’est que, aux States  le courant anti élite a croisé le destin d’un homme hors normes : Donald Trump en qui il s’est identifié comme les Allemands anticommunistes  autrefois à Hitler.  Comme les rats ou les enfants de Hamelin, ils ont suivi le joueur de flûte qui les conduirait au désastre.
Jonathan Franzen: «Trump a senti le profond ressentiment national contre les élites» Et d’analyser la chose en 13 points.

 
1 « Trump a toujours incarné le narcissisme de la société de consommation – et en particulier, le narcissisme des réseaux sociaux ces derniers temps. C’est un narcissisme qui emporte et détruit tout sur son passage : les valeurs morales, les systèmes de croyances, les normes comportementales et, bien sûr, l’idée d’une vérité objective. 
Tous les présidents avant lui se sont sentis, tout du moins en théorie, investis de la mission d’œuvrer en faveur du bien commun. Trump ne s’est jamais intéressé qu’à lui-même. »
2 « Trump n’est que la manifestation, l’expression de développements déstabilisants plus profonds. Le parti républicain ne représente qu’une minorité de la population américaine, et ce sera probablement toujours le cas. Si la direction du parti se fait la complice du comportement de Trump, c’est essentiellement pour deux raisons. D’abord, elle craint de contrarier la féroce base électorale de Trump, qui est déterminante pour son propre succès électoral. Elle doit donc lui donner l’impression qu’elle est restée fidèle à Trump. »
 3 « Trump montre aux autres Républicains la voie à suivre : si votre parti est en permanence cantonné à un statut de parti minoritaire, il est préférable de remettre en question tout ce qui l’identifie objectivement en tant que minorité (sondages, recensement, élections). Si la démocratie est l’ennemi de votre parti, alors il faut combattre la démocratie ».
4 « L’establishment républicain n’a clairement pas vu venir Trump, et comme je viens de l’évoquer, il leur a donné de précieuses leçons sur la façon de rester au pouvoir en tant que minorité. » 
5 « Il vient de déclarer la guerre à Fox News, et je n’ai aucun mal à l’imaginer créer une nouvelle chaîne « d’information » encore plus follement nationaliste et suprémaciste blanche que la Fox. » 
6 « Même s’il va devoir quitter la Maison-Blanche, il n’admettra jamais qu’il a perdu l’élection de 2020. On se souviendra de sa présidence comme du moment où les forces du technoconsumérisme se sont heurtées de front aux valeurs de la démocratie. La marque Trump perdra peut-être un peu de son lustre maintenant qu’il est passé du côté des perdants, mais ces forces ne disparaîtront pas pour autant. Je pars du principe qu’à l’avenir, les adeptes de la théorie QAnon – ou de toute autre mouvance insensée qui pourrait venir s’y substituer – seront toujours plus nombreux au Congrès à chaque élection. » ( QAnon est une mouvance venue des États-Unis regroupant les promoteurs de théories du complot selon lesquelles une guerre secrète a lieu entre Donald Trump et des élites implantées dans le gouvernement, les milieux financiers et les médias, qui commettraient des crimes pédophiles et sataniques. La mouvance se concentre autour des messages publiés sous un pseudonyme)
7 « Un des avantages d’être romancier, c’est que je peux m’imaginer pourquoi tant de gens détestent et craignent les libéraux. Il faut imaginer qu’il puisse exister des personnes complètement différentes de nous est l’un des fondements du libéralisme » 
8  « Trump et les Républicains ont certainement le monopole des suprémacistes blancs. Il ne faut pas sous estimer  l’ampleur de l’impact que peut avoir Trump, en particulier sur les électeurs moins éduqués, et rend les progressistes aveugles aux autres raisons pour lesquelles certains Américains les trouvent si curieux. Trump aborde les craintes économiques, le ressentiment à l’égard des élites côtières, la peur compréhensible de l’immigration »
9 « Réduire les électeurs de Trump à une bande de racistes a un effet autodestructeur sur le plan politique. »
10 « Les religieux, les isolationnistes, les opposants à l’immigration et à la mondialisation ou les néolibéraux sont-ils prêts à s’accommoder d’un président qui travaille ouvertement à l’abolition de la démocratie en Amérique? L’idée démocratique a-t-elle perdu de son attrait ? « 
11 « Nous devrions nous rappeler que pour les personnes qui s’informent via la Fox ou Facebook, ce sont les Démocrates qui agissent de manière antidémocratique – en volant les élections, en violant les libertés individuelles, en essayant de transformer les Etats-Unis en une dictature socialiste. 
Et donc, oui, les voix qui ont été accordées à Trump étaient des voix contre les élites culturelles et la dystopie socialiste. »
11 « les femmes sont en moyenne de bien meilleures personnes que les hommes ! C’est l’une des rares questions sur lesquelles les conservateurs religieux, les progressistes laïques et même les sociobiologistes sont d’accord. »
12 « Nous assistons à une poussée d’irrationalité humaine que celle qui a été domptée à l’époque de la raison, de la science et de la démocratie libérale. Aujourd’hui, cependant, elle a à nouveau été libérée par les forces de la consommation et de la technologie. Les gens passent plus de temps dans des univers virtuels, et le problème avec les univers virtuels, c’est évidemment qu’ils ont leurs propres faits et leur propre logique, qui ne correspondent pas nécessairement aux faits et à la logique du monde réel.
Malheureusement non. Trump a connu un grand succès en alimentant et en exploitant la division et la haine, et les partis de gauche comme de droite vont probablement essayer de l’imiter. » 
13 « Joe Biden est un homme bon, et sincère qui  souhaite « panser les plaies de la Nation », mais ce n’est pas un politicien de la trempe de Bill Clinton ou de Barack Obama. Il doit sa petite avance au dégoût généralisé pour Trump. Les Républicains n’ont aucune intention de travailler avec lui, et si les progressistes démocrates s’en rendent compte, je crains que sa coalition ne s’effondre. »
CONCLUSION : Nous assistons à rien moins qu’une berloscunisation de la démocratie américaine dont le sarkozysme fut un avatar singulier en France.
Hitler a eu le génie de se servir du cinéma et de la radio comme caisse de résonance de  ses thèses délétères. Il a réussi par ce qu’il a inventé un style de chien aboyeur, vociférant.  perpétuellement en colère. Churchill et de Gaulle ont fait un usage immodéré de la parole radiophonique qu’ils maîtrisaient comme personne ni avant ni après eux. Berlusconi a fait pareil avec la télévision, et on a toute raison de penser que Trump fera comme lui avec l’avantage d’être un tribun, un tribun médiocre mais une bête de télévision.  Obama a surfé avec élégance sur les réseaux sociaux Trump a éructé en permanence sur Twitter et ça a marché. 
Certes Obama et Macron sont deux intellos surdoués mais ils sont condamnés à l’échec face au trumpisme ou au mouvement des gilets jaunes qui parlent la langue des gens simples, autrement dit la vulgate populiste. Voilà qui est extrêmement préoccupant pour l’avenir de la démocratie.
MG    

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