dimanche 15 novembre 2020

L’Amérique est-elle encor toujours l’avenir de l’Europe ?


In Le Soir

Interrogé par les meilleurs journalistes européens, le vieux sphinx Henri Kissinger répond que  la question essentielle qui se pose après l’élection américaine sera de savoir dans quelle mesure le nouveau président parviendra à rassembler le peuple américain profondément divisé.  Quant à la politique  étrangère, la première priorité concerne désormais la montée de la Chine qui s’accompagne d’un changement inévitable dans le rapport de force mondial. 
Nous ne pouvons en aucune manière laisser s’installer une situation mondiale instable semblable à celle qui régnait avant la Première Guerre mondiale. A cette époque, aucun des futurs belligérants ne se serait engagé dans ce conflit s’il avait su à quoi le monde ressemblerait en 1918.
 Je suis né en Europe et j’ai consacré une grande partie de ma carrière passée dans la fonction publique à résoudre des problèmes américano-européens. Nous devons impérativement revoir notre manière d’aborder cette relation.
L’Europe et les Etats-Unis doivent impérativement adopter une position commune concernant les relations sino-américaines. 
L’Europe n’a rien à gagner à adopter une ligne politique indépendante sur la question de l’équilibre mondial avec la Chine. Il n’est pas dans l’intérêt de l’Europe à l’avenir qu’elle devienne une sorte de prolongement de l’Eurasie. Il est tout autant dans l’intérêt de l’Europe que de l’Amérique que nos valeurs communes séculaires se perpétuent.
Trump a attiré l’attention sur la nécessité pour l’Europe de s’affranchir de la passivité dans laquelle elle était tombée. Et je tiens à rappeler à mes amis européens que nous avons besoin de leur engagement intellectuel et émotionnel pour adopter une nouvelle vision du monde. 
L’influence de l’Europe doit être redéfinie de manière novatrice, si l’on veut que les relations américano-européennes prennent une nouvelle direction. 
Cette refonte doit être fondée sur la volonté de l’Europe de jouer, un rôle plus important à l’échelle mondiale.
Sera-t-il possible d’établir des principes instaurant une coexistence pacifique ? Ou nos pays sont-ils condamnés à être en conflit ?
J’aimerais que l’Europe joue un rôle historique plus important, autrement dit, qu’elle ait davantage confiance dans le rôle qu’elle peut jouer dans la politique mondiale. En revanche, je serais préoccupé si cela devait se produire en opposition avec les Etats-Unis.
D’après moi, il serait préjudiciable à l’Europe qu’elle perde du terrain au niveau intellectuel pour ne devenir qu’une sorte de prolongement de l’Eurasie. 
Nous faisons face à une crise profonde et fondamentale de la démocratie.
Une crise de perception survient lorsqu’il devient difficile au citoyen lambda de suivre, en raison de leur complexité, les développements technologiques ou les évolutions dans le domaine de l’intelligence artificielle ou de l’interaction des Etats. Il sera bientôt possible de vivre dans un monde où les machines prendront en charge tant d’opérations de base que le fondement philosophique d’une utilisation intelligente de la technologie sera dépassé par la vitesse du progrès technologique proprement dit. D’autre part, les techniques de marketing sont devenues si perfectionnées (on peut quasiment dire qu’elles se sont élevées au rang d’une forme d’art) que la capacité à influencer le grand public est désormais disproportionnée par rapport à la capacité du grand public à saisir la manière dont on l’influence. Sommes-nous par conséquent condamnés à un avenir placé sous le signe de l’autoritarisme ? L’invention de l’imprimerie a eu une influence considérable sur la pensée humaine et a finalement engendré le Siècle des Lumières. Or, le Siècle des Lumières a vu la naissance de nouvelles technologies, mais aussi de grands philosophes qui traitaient des grandes questions de leur époque. Selon moi, toutes les sociétés doivent trouver un moyen de concilier prouesses techniques et réflexion sur leurs objectifs. Il s’agit là de l’un des grands défis de la démocratie. 
Et l’Europe est amenée à jouer un rôle essentiel dans l’évolution intellectuelle de la technologie. Mais quiconque a vécu, comme moi, sous une dictature et a subi les faiblesses inhérentes de ce modèle ne peut qu’avoir comme objectif ultime que de soutenir le développement démocratique. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
EUROPE-AMERIQUE ?

Kamala Harris est à l’évidence  le joker de Joe Biden mais elle est assurément celui de la démocratie américaine après les sombres années Trump. Plusieurs médias américains l'ont d'ores et déjà présentée comme  successeur naturelle à Joe Biden en 2024, ce dernier aura en effet 81 ans à l'issue de son mandat.
Kamala Harris c’est le dialogue interculturel  incarné ou l’idéal cosmopolite transculturel fait femme.   Kamala Harris incarne les identités multiples de la première femme vice-présidente des Etats-Unis et sans doute pas la dernière comme elle le dit avec malice. Elle est, à elle toute seule, californienne, indienne, jamaïcaine et surtout l’incarnation même du rêve américain et de la démocratie transculturelle, la seule formule qui ait vraiment de l’avenir aux States, En Europe et dans le monde entier. 
On ne sait pas si un homme politique réussira en tant que président tant qu'il n'est pas à la barre, mais il y a aucune  raison de douter des capacités de Harris, si Biden venait à abandonner inopinément.
Nous traversons indéniablement une crise aigue de la démocratie.
De plus en plus nombreux sont ceux qui pensent que les grands défis de l’humanité à savoir la financiarisation de l’économie, le transhumanisme, l’intelligence artificielle, le réchauffement clumatique, l’explosion démographique ne peuvent être relevé que par des systèmes plus autoritaires, plus dictatoriaux c’est à dire par moins de démocratie.
Pour notre part nous sommes radicalement persuadé de l’inverse.
Seule un supplément de démocratie sera capable de régénérer la démocratie. Ce qui ne se régénère pas dégénère.
Si l’Europe ne se régénère pas, elle est condamnée à dégénérer à plus ou moins court terme, c’est ce que Natacha Polony appelle la seconde fin de l’empire romain, lisez européen. Notre destin doit-il être solidaire de celui des Etats Unis comme le pensent Stenmeier et Kissinger ?
Rien n’est moins certain. Ne serait-il pas temps que l’Europe prenne son destin dans ses propres mains et largue les amarres avec l’Amérique de Biden et Kamala Harris qui, tôt ou tard, immanquablement se détournera du vieux continent pour se tourner délibérément vers l’Asie et l’Afrique d’où Kamala est originaire. Le moment n’est-il pas venu de fonder l’Europe politique en toute indépendance ? 
MG

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