dimanche 29 novembre 2020

Loi «sécurité globale» et «violences policières» : une foule impressionnante défile à Paris où des incidents ont éclaté



Place de la Bastille, des affrontements entre policiers et militants anti-fascistes ont été constatés par nos journalistes. La police a lancé des grenades lacrymogènes. Des individus vêtus de noirs, avec des drapeau anti-fa, chantaient«Siamo tutti antifascisti» ("Nous sommes tous anti-fascistes"). Des jeunes en noirs ont formé une barricade face aux policiers. Ils ont lancé des projectiles, les policiers répliquant avec des grenades lacrymogènes.
Des jeunes militants antifascistes ont tenté de monter une barricade entre République et Bastille. 
LE FIGARO

Des milliers de manifestants se sont réunis ce samedi à Paris 
La formule "floutage de gueule" revient sur de nombreuses pancartes ici et là comme ici place de la République à Paris : 

Ce jeu de mots fait référence au projet de loi et au floutage des visages de policiers en cours d'intervention.

"Ceci n'est pas une arme" peut-on lire sur cette pancarte avec une caméra dessinée.LE FIGARO

LE FIGARO
L'élu EELV Yannick Jadot dénonce «une rupture dans la tradition républicaine du maintien de l'ordre. Il y a un ministre de l'Intérieur et un préfet qui attisent les tensions dans notre pays et qui sont dans une dérive liberticide extrêmement importante pour la démocratie. Nous avons un pouvoir solitaire bunkérisé». Yannick Jadot dénonce «l'humiliation du Parlement», pointe «la contestation du pouvoir judiciaire garant de l'Etat de droit et des libertés fondamentales. La droite aussi a envie de faire vivre le Parlement.»


Ex-candidat du PS à la présidentielle, Benoît Hamon demande aussi la démission du préfet Didier Lallement. «Nous n'en sommes pas à la première défaillance en matière de maintien de l'ordre à Paris. On ne peut avoir une hiérarchie policière et politique qui a comme seul mot d'ordre de dire aux policiers : 'nous vous protégerons !' Leur rôle c'est de protéger les Français, pas de se protéger eux-mêmes. Dans la Ve République, il y a un patron, c'est Emmanuel Macron. Comme souvent, il organise le désordre et fait mine de le combattre ensuite (...) C'est le Président de la République qu'il faut interroger, sur sa responsabilité, sur le désordre que nous connaissons actuellement...».


Mélenchon réclame le départ du préfet Lallement

Il a réclamé samedi une «refonte» de la police et une nouvelle fois le départ du préfet de police Didier Lallement, avant de participer à la manifestation à Paris.


PRODUCTEUR PASSE A TABAC A PARIS : LA PREFECTURE DE POLICE DANS L’ŒIL DU CYCLONE
Violences
Par Laurent Valdiguié Marianne

Jusqu’où remonteront les enquêtes sur les violences policières en cours ? Provoqueront-elles la grande remise à plat que réclament certains depuis des mois, notamment à Paris ? La maison police est en ébullition.
Un vent mauvais. La vidéo diffusée jeudi 26 novembre par le site d’information Loopsider et montrant un producteur de musique roué de coups par des fonctionnaires de police dans l’entrée d’un studio d’enregistrement du 17ème arrondissement de Paris a été vue par plus de 15 millions de personnes. La violence des images a déclenché une vague d’indignation sans précédent, jusqu’aux joueurs de l’équipe de France de foot, Antoine Griezmann et Kylian Mbappé en tête...
« On m'a dit "sale nègre" plusieurs fois et en me donnant des coups de poing », a dénoncé la victime, Michel Z.,  en venant porter plainte jeudi au siège de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN). Sur France 2 jeudi soir, dans le but d’éteindre l’incendie, Gérald Darmanin a promis la révocation de quatre fonctionnaires et dit qu’ils avaient « sali l’uniforme de la République ».
"LES COLLÈGUES SEMBLENT AVOIR COMPLÈTEMENT PÉTÉ LES PLOMBS"
Jeudi après-midi, le commissaire du 17e arrondissement a convoqué les quatre policiers de son secteur pour leur retirer leurs armes et cartes de transport, leur signifiant leur suspension. Ils doivent être entendus en garde à vue ce vendredi par l’IGPN. « Quand on voit les images de la vidéosurveillance, elles sont consternantes, les collègues semblent avoir complètement pété les plombs », confie un policier parisien « outré et dégoûté ».
Selon nos informations, la version des trois policiers en patrouille à leur hiérarchie diffère sur plusieurs points de celle de la victime : « Ils affirment que voulant interpeller Michel Z. alors qu’il allait rentrer dans un immeuble sans masque, celui-ci les aurait insultés », confie un syndicaliste. S’en suit alors une altercation, leur volonté de le faire sortir du hall, des coups que rien n’explique vraiment sur les images … Le tout filmé par une caméra de vidéo surveillance, dont les fonctionnaires ignorent l’existence, mais qui enregistre la scène sans la bande-son.
'EFFET TUNNEL"
« Concernant les insultes racistes, c’est parole contre parole », disent les policiers. Les seuls éléments factuels sonores dont disposera l’IGPN pour tenter de comprendre ce qui a pu se passer seront les messages de la patrouille sur les ondes du 17 de demandes de renfort : « Priorité, priorité », « renforts urgents » ont-ils lancé, provoquant l’arrivée sur place de nombreux soutiens. « S’ils avaient conscience de commettre une bavure gratuite, ils n’auraient pas appelé tous ces renforts », analyse un policier de terrain, persuadé que s’ils l’ont fait, c’est qu’ils ont perçu une situation de danger. « D’ailleurs, le geste absurde de celui qui jette une grenade à l’intérieur, tout de suite en arrivant, montre bien l’état d’esprit dans lequel sont les renforts, persuadés que des collègues étaient malmenés. »
Devant leur hiérarchie, les policiers de la patrouille initiale ont certifié qu’ils se sont sentis menacés par un groupe de huit personnes, même si à ce stade strictement rien, sur les vidéos existantes, ne vient expliquer leurs coups… « Ils assurent aussi que lors de l’intervention, l’un d’eux a eu l’impression qu’une main se posait sur son arme et qu’on tentait de la prendre, ce qui ne se voit pas à l’image », ajoute une source informée. « Tout cela, c’est l’exacte définition d’un « effet tunnel », une situation qui dégénère sans que personne ne réalise qu’il faut dire stop et tout arrêter », analyse un syndicaliste policier, « médusé » devant la violence des images.
Autre inconnue à ce stade, pourquoi a-t-il fallu attendre jeudi et la diffusion de la vidéo sur le site Loopsider pour que les machines judiciaires et administratives se mettent en route ? Selon nos informations, dès lundi, au plus haut niveau de la préfecture, un signalement était remonté qu’une opération de police avait mal tourné dans le XVIIe. Mais alors pourquoi ne pas avoir pris l’initiative d’une enquête IGPN aussitôt ? N’est ce pas une nouvelle fois la preuve que seules des images extérieures à la police parviennent à provoquer des enquêtes…
LE BESOIN DE CAMÉRAS-PIÉTONS
Quoi qu’il en soit, cette nouvelle affaire de violences policières, dans le contexte tendu de la loi de sécurité globale, met à nouveau sur le tapis ce que réclament de nombreuses voix depuis des mois, voire des années, et jusque-là en vain. En priorité, l’équipement de caméras-piétons fiables pour chaque policier. Si samedi dernier les trois fonctionnaires avaient eu sur eux, comme c’est le cas dans de nombreuses autres polices dans le monde, des caméras filmant et enregistrant la scène, leur « version » serait aujourd’hui disponible. Plusieurs syndicats, dont le Syndicat des commissaires, réclament à cor et à cri, que durant leurs 8 heures de services, les policiers travaillent caméra branchée. Et qu’à la fin de leur service, la vidéo de leur vacation soit enregistrée automatiquement, quitte à ce qu’elle soit ensuite effacée et que leurs conditions de visionnage soient encadrées.
« Ceux qui freinent ce processus sont des imbéciles, grince aujourd’hui un commissaire. Non seulement en cas de bavure ces images seraient indispensables pour départager tout le monde, mais le jour où ils auront une caméra sur eux, certains réfléchiront à deux fois avant de faire n’importe quoi. »
Le ministère de l’Intérieur a passé le mois dernier un appel d’offres pour doter la police de caméras-piétons en remplacement des actuelles caméras de fabrication chinoise sans autonomie, de qualité déplorable et qui ne servent à rien.
DES PATROUILLES LIVRÉES À ELLES-MÊMES
Autre grief récurent, la formation. « On a recruté à tour de bras des policiers, mais le niveau a tellement baissé que certaines années, on sait bien que la moitié des élèves à la sortie de l’école ne devrait pas être diplômée, révèle un syndicaliste. Et, en plus, alors que le niveau à l’entrée a baissé, au lieu d’allonger la formation initiale, on l’a raccourcie ! »
Autre signe d’absurdie dans le monde de l’Intérieur, l’absence ou la quasi absence de cadre sur le terrain en sécurité publique. Dans le district de l’Ouest parisien, couvrant le 17e arrondissement, un seul commissaire est en poste actuellement au lieu des 3 effectifs théoriques prévus ! « C’est un secret de polichinelle, mais c’est une réalité : sur la voie publique aujourd’hui, il n’y a plus  de cadres, ni de commissaire, ni d’officier ! D’abord parce que personne ne veut plus aller en sécurité publique tellement c’est dur et ingrat, ensuite parce que les effectifs disponibles sont occupés au commissariat à des réunions ou des tâches administratives toujours plus nombreuses. Résultat, dans la rue, les patrouilles de gardiens de la paix sont toujours livrées à elles-mêmes…» Un constat partagé ce vendredi matin par plusieurs commissaires, qui déplorent « un sous-effectif chronique » en sécurité publique et « un perpétuel déficit d’encadrement ».
« C’est toute une enquête de commandement qu’il faudrait lancer, notamment à la préfecture de police de Paris, pour mettre à plat qui fait quoi et comment les moyens sont répartis », raille un haut fonctionnaire, persuadé « par exemple », que « certains des 800 agents de la puissante direction du renseignement de la Préfecture, pourraient être redéployés sur le terrain !» « Il faut oser le dire, ajoute un autre, en sécurité publique, on est à l’os en termes d’effectifs, alors que dans d’autres secteurs, les collègues ne sont pas débordés… »
PLACE DE LA RÉPUBLIQUE : UN COMMISSAIRE ÉCHAPPE À DE LOURDES SANCTIONS
La puissante « PP », sous les ordres de Didier Lallement, va-t-elle faire les frais des deux dernières affaires en cours ? Outre cette sale affaire du 17e, la préfecture est sous le feu d’une autre enquête, concernant l’évacuation d’un campement de migrants place de la République lundi. Les images de ce soir-là avaient « choqué » jusqu’au  ministre de l’Intérieur.
Selon nos sources, le commissaire auteur du croc-en-jambe a finalement échappé, ce jeudi, à des sanctions lourdes, initialement envisagées par le ministère de l’Intérieur, en faisant valoir plusieurs arguments. Admettant un geste déplacé, il l’a mis en perspective avec l’ordre donné à son unité de « tenir une rue » pour éviter des débordements en direction de l’hôtel de Ville. « Son unité était en sous-effectif complet quand cet ordre lui a été donné par la salle de commandement et dans le mouvement qui s‘en est suivi, il a eu ce geste idiot au final sans gravité », glisse un proche du commissaire, indiquant aussi que les ordres de la salle de commandement ce soir-là « n’étaient pas forcément tous faciles à suivre ».
ZIGZAGS DE DARMANIN
D’autres sources assurent que pour cette intervention, les effectifs policiers avaient été mal calibrés, mal équipés, et pas toujours très bien orientés durant la soirée. Aux commandes ce soir-là, « TI 1001 », l’indicatif policier du bras droit du préfet… qui devrait être entendu lui aussi par l’IGPN.
En attendant les suites judiciaires de ces deux dernières affaires en date, l’ambiance policière est morose. « C’est de plus en plus dur aujourd’hui, il n’y a quasiment pas une interpellation qui se passe bien », déplore un policier : « Un jour on nous demande de faire des amendes pour la consommation de drogue, un autre des amendes pour le masque, puis des amendes pour les attestations, et quand ça se passe mal, on est toujours tout seuls », souffle-t-il. « Rien ne justifie jamais que des collègues pètent les plombs, et tout le monde en pâtit, mais à force de ne rien faire en faveur de la police de terrain, on peut se poser la question : qui jusqu’au ministre et au préfet est aussi fautif de ce qui se passe ? » s’interroge pour sa part un commissaire parisien, « déçu des derniers zigzags de Darmanin ». C’est clair, la machine police a comme du plomb dans l’aile…
LOI SUR LA SECURITE GLOBALE: «DESOLANT SPECTACLE»
L’éditorial du Figaro, par Yves Thréard.
En février dernier, Emmanuel Macron avait lancé à ses députés: «Soyez fiers d’être des amateurs!» Il entendait ainsi répliquer à son prédécesseur qui se moquait de leur inexpérience. Sous-entendu: François Hollande peut toujours parler, lui qui a essuyé la fronde de ses parlementaires en maintes occasions, notamment sur la déchéance de nationalité, feuilleton affligeant…
Le chef de l’État doit aujourd’hui se mordre les doigts d’avoir été un peu léger en la circonstance. Le pataquès provoqué par la loi sur la sécurité globale témoigne d’un amateurisme certain, aussi inquiétant que ridicule, qui n’a rien à envier aux socialistes. Le ratage est total. Ce travail de gribouille met la majorité, gouvernement compris, sens dessus dessous.
Le texte de loi en question serait presque passé inaperçu s’il n’avait comporté une disposition censée protéger policiers et gendarmes dans l’exercice de leurs fonctions. C’est le fameux article 24. Lequel a tous les défauts. Il est inutile, car la législation


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
 « SI ON N’INVESTIT PAS DANS CES QUATRE PILIERS QUE SONT LA POLICE, LA JUSTICE, LA SANTE ET L’EDUCATION, ON NE POURRA PAS TRANSMETTRE NOS VALEURS AUX GENERATIONS FUTURES.» Libé

La Macronie chancelle : le ministère de l’intérieur et celui de la justice sont ses pieds d’argile. La Cinquième république a depuis sa fondation un problème avec ses forces de l’ordre face aux dérives du désordre qui la minent. En mai 68, le général de Gaulle, déstabilisé par la « chienlit » universitaire, alla chercher appui en Allemagne parmi les chefs militaires, les suppliant de l’aider. L’armée ne bougea pas mais l’ordre revint avec la marche des Champs Elyséens organisée par André Malraux gaulliste malgré lui.
Une sourde révolte gronde depuis lors contre les CRS SS dans les banlieues et désormais aussi dans les territoires avec les jacqueries des gilets jaunes court-circuitées par la covid providentielle aux yeux du pouvoir. Sarkozy accéda à présidence par l’escalier du ministère de l’intérieur et sa volonté affirmée de kärchériser les banlieues rotorses : ambitions velléitaires et simples gesticulations.
La République de l’ordre est impuissante sans le bras armé, le bâton, qu’est  sa police. Deux ministres de l’intérieur successifs Colomb et Castaner, respectivement le mentor et  le chouchou du Président en  ont fait les frais. Il y eut autrefois à ce ministère Fouché, Thiers, Mitterrand, Chirac, Pasqua, Vals avant eux…
 Castex ne fait pas le poids, Dupont Moretti ne fait pas l’unanimité et Darmanin , insupportable roquet fort en gueule ne a beau ne pas faire dans la dentelle et à caresser sa police dans le sens du poil, y compris le mauvais poil,  il ne tardera pas à mordre la poussière. Le roi Macron finira par être aussi nu que l’empereur du conte aux vêtements invisibles. Sans les forces  de l’ordre il est perdu. Il le sait mieux que personne. Le passage à tabac collectif d’un producteur de rap filmé est pire encore pour l’image de présidence que l’exécrable  feuilleton Benala. Les Français sont descendus nombreux  dans la rue pour protester contre le loi dite se sécurité globale: «Cette loi favorise un sentiment d’impunité de la police» Libé.
Côté police : « personne ne veut plus aller en sécurité publique tellement c’est dur et ingrat, ensuite parce que les effectifs disponibles sont occupés au commissariat à des réunions ou des tâches administratives toujours plus nombreuses. Résultat, dans la rue, les patrouilles de gardiens de la paix sont toujours livrées à elles-mêmes…» Plusieurs commissaires,  déplorent « un sous-effectif chronique » en sécurité publique et « un perpétuel déficit d’encadrement ». L’ambiance policière est morose. « C’est de plus en plus dur aujourd’hui, il n’y a quasiment pas une interpellation qui se passe bien », déplore un policier : « Un jour on nous demande de faire des amendes pour la consommation de drogue, un autre des amendes pour le masque, puis des amendes pour les attestations, et quand ça se passe mal, on est toujours tout seuls », souffle-t-il. « Rien ne justifie jamais que des collègues pètent les plombs, et tout le monde en pâtit, mais à force de ne rien faire en faveur de la police de terrain, on peut se poser la question : qui jusqu’au ministre et au préfet est aussi fautif de ce qui se passe ? » s’interroge un commissaire parisien, « déçu des derniers zigzags de Darmanin ». C’est clair, la machine police a comme du plomb dans l’aile…
 La République en Marche ne cesse de descendre dans les sondages.
Alors que peut faire le Président pour reprendre la main. Virer l’encombrant Darmanin et le remplacer par qui ? Par le général Devilliers qui bénéficie de 20% d’intentions de votes aux dernier sondages et qui pourrait dit-on se présenter aux présidentielles de 2022 ?
 « Si on n’investit pas dans ces quatre piliers que sont la police, la justice, la santé et l’éducation, on ne pourra pas transmettre nos valeurs aux générations futures.» Libé
Investir, toujours investir et endetter davantage la France  quand le candidat Macron promettait des réformes pour stabiliser la République…c’est le contraire du message électoral de 2018. Etrange comme les Présidents successifs finissent toujours par faire l’inverse de ce qu’ils ont promis et annoncé. Drôle de dérive démocratique.
MG


SECURITE GLOBALE : «CETTE LOI FAVORISE UN SENTIMENT D’IMPUNITE»
Libération

Par Alexandra Schwartzbrod et Sabrina Champenois — 
 
Ancien sportif, comédienne, romancière… Ils témoignent leur émotion à l’égard des violences policières.
 Sécurité globale : «Cette loi favorise un sentiment d’impunité»
Les artistes Rachida Brakni, Eric Cantona et Leïla Slimani réagissent à la vidéo publiée par Loopsider montrant le passage à tabac de Michel Z. par plusieurs policiers.
Rachida Brakni
«J’ai découvert la vidéo du tabassage, glaçante, atroce, sur Instagram. Sentiment d’horreur et de colère. Mais assez vite, je me suis aussi dit : "Putain, en tout cas, ça va servir." Servir à contester cette loi scandaleuse, inadmissible, qui vise à empêcher de filmer la police, à rendre illégal ce type de vidéo. Cette loi qui a été demandée par les syndicats de policiers, serait un blanc-seing.
«Les violences policières n’ont pas commencé avec ce gouvernement, l’histoire de la société française en est jalonnée. Moi, par exemple, j’ai grandi dans un quartier [à Athis-Mons, dans l’Essonne, ndlr], et quand les flics arrivaient, c’était en cow-boys, tu ne te sentais pas en sécurité. Avec les violences exercées sur les gilets jaunes, certains ont pris la mesure de ce que ça pouvait être, et que ce n’était pas forcément "le gentil flic et le méchant Arabe ou Noir", que c’était peut-être un peu plus complexe que ça.
«Alors on dit "acte isolé", mais depuis plusieurs mois, il y en a eu beaucoup. Quand Darmanin dit, en parlant de la mort de Cédric Chouviat, "quand j’entends le mot ‘violence policière’, moi, personnellement, je m’étouffe", c’est quoi qu’il envoie comme signal ? C’est l’Etat qui cautionne, ni plus ni moins. C’est d’ailleurs ce qui m’inquiète et qui me conforte dans le sentiment que j’ai fait le bon choix en partant vivre à Lisbonne il y a quatre ans [en réaction au projet de loi d’extension de la déchéance de nationalité aux binationaux] : pas tant les dérives de certains policiers, mais celles de ceux qui sont au-dessus et qui, pour des raisons idéologiques ou électorales, jouent avec le feu. Chaque fois que je reviens en France, je ressens ça : une tension, une violence qui s’accentue, un glissement.»
Éric Cantona
«Ce qu’on vit, c’est Papon en octobre 1961 qui dit "allez-y, je vais vous couvrir"… On a retrouvé des dizaines d’Algériens dans la Seine. Là on ne dit pas aux flics "allez-y", mais cette proposition de loi qui vise à interdire de filmer les policiers favorise un sentiment d’impunité. Et il implique qu’il y a des choses, des comportements à cacher. Cette loi émane d’un désir clair : pouvoir faire ce qu’on n’a pas le droit de faire en étant couvert. Si cette loi passe, ce serait l’escalade.
«Je pense que la majorité des flics sont humains, mais il y a toujours des abrutis. Cela dit, tout de même, quatre flics et pas un pour dire à un moment donné "les gars, vous vous rendez compte de ce qu’on est en train de faire là ?"… Cet acharnement, et après le mensonge… Sans les vidéos, le gars serait en cabane et les flics continueraient d’exercer. Là, vu le scandale, il n’était pas possible de faire autrement que de les suspendre. Mais pour moi, ces flics sont aussi des victimes, des instruments. Il faut chercher le Papon d’aujourd’hui, remonter la hiérarchie.
«Face à ce genre d’événement, toute personne qui réagit est la bienvenue. Que Griezmann et Mbappé s’expriment, c’est important parce qu’ils vont toucher des gens qui ne se seraient jamais sentis concernés. On reproche tellement souvent aux sportifs de ne pas s’exprimer, de rester dans leur petit monde… Après, il y a s’exprimer et être dans les actes. Certains sportifs ont vraiment contribué à changer les choses, comme Sócrates, Carlos Caszely ou Rachid Mekhloufi.»

Leïla Slimani
«On est nombreux à ressentir un profond dégoût et aussi de la peur car ceux qui sont censés nous protéger peuvent se retourner contre nous. Cela fait deux ans qu’on vit ces violences policières et il nous a fallu tout ce temps pour réagir, nous révolter. On s’est laissé bercer par cette idée que les mauvais éléments ne doivent pas cacher les autres. Et on est tiraillés : terrorisés par les terroristes et contents que la police soit là pour nous en protéger mais terrorisés aussi par l’idée d’aller manifester. Et puis cette question du racisme dans la société française, que montre le racisme dans la police, c’est un abcès qu’il va falloir crever. Je refuse l’argument de la brebis galeuse. J’ai les cheveux frisés et la peau mate, je sais ce que c’est qu’un flic qui me demande avec insistance mes papiers, même si je ne suis pas la plus à plaindre. Il va falloir trouver un moyen de nous réconcilier. Est-ce que nos gouvernants peuvent y parvenir ? Ils n’ont pas le choix, c’est leur devoir et il y a urgence. On ne peut pas se prétendre le pays des droits de l’homme et avoir des policiers qui prononcent les mots "bicots" et "sale nègre" et qui traitent les migrants avec un tel mépris ! Si on n’investit pas dans ces quatre piliers que sont la police, la justice, la santé et l’éducation, on ne pourra pas transmettre nos valeurs aux générations futures.»


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ON NE PEUT PAS SE PRETENDRE LE PAYS DES DROITS DE L’HOMME ET AVOIR DES POLICIERS QUI PRONONCENT LES MOTS "BICOTS" ET "SALE NEGRE" ET QUI TRAITENT LES MIGRANTS AVEC UN TEL MEPRIS !

La Cinquième République implose dans ses contradictions. Est-ce à dire qu’un sixième République réclamée par Mélanchon, serait susceptible de faire mieux ?
Deux figure troubles se dessinent à l’horizon 2022 : Marine le Pen qui garde sa poudre sèche et le général Devilliers, ancien patron de la grande muette « démissionné » par Emmanuel Macron qui depuis sa retraite forcée publie bouquin sur bouquin et pourrait bien sortir de l’armoire sa vareuse militaire et son képi à feuilles de chêne pour revendiquer à son tour l’Elysée.
MG 

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