jeudi 5 novembre 2020

Présidentielle américaine: distancé dans les urnes, Trump choisit la voie du conflit


Figaro (extraits)

Le scénario le plus dangereux a commencé à se dérouler. Mercredi fin de journée, avec sa victoire assurée dans le Wisconsin, et probable dans l’Arizona et le Michigan, le candidat Biden était proche des 270 grands électeurs nécessaires pour être proclamé vainqueur de l’une des élections les plus disputées de l’histoire récente des États-Unis.
Le président Trump a alors commencé à contester la régularité du vote. Comme il le laissait d’ailleurs entendre depuis déjà plusieurs mois, il a accusé les démocrates de fraude massive.
Dans la nuit de mardi à mercredi, après une soirée où les premiers résultats lui ont été nettement plus favorables que toutes les estimations, avant de s’équilibrer au fil des dépouillements, Donald Trump a prononcé une allocution lourde de menaces. 
Depuis l’aile orientale de la Maison-Blanche, aux côtés de son épouse, du Vice-Président Mike Pence et sa femme, il a pris la parole d’une voix sourde, pour annoncer sa victoire sur Joe Biden et accuser les démocrates de lui voler l’élection.
« C’est un moment très triste. En ce qui me concerne, nous avons gagné».
Dans la matinée, Trump a de nouveau accusé ses adversaires de lui voler la victoire, dans plusieurs messages sur son compte Twitter: «Hier soir, j’étais en tête, souvent avec une solide avance dans de nombreux états clef, dans presque tous les cas dirigés et contrôlés par des démocrates. Puis, un par un, ils ont commencé à disparaître comme par magie, au fur et à mesure que des bulletins de vote surprise étaient comptés. TRÈS ÉTRANGE», a écrit Trump.
«Ils découvrent des voix pour Biden partout - en Pennsylvanie, dans le Wisconsin et le Michigan. C’est triste pour notre pays!» «Ils font tous leurs efforts pour faire disparaître mon avance de 500 000 voix en Pennsylvanie le plus vite possible. Pareil dans le Michigan et ailleurs!» « Les democrates vont essayer de voler cette election. le president a besoin de votre aide ! nous ne pouvons pas laisser les emeutiers d’extreme-gauche saboter notre election »
Rudy Giuliani, l’avocat personnel de Donald Trump, a accusé les démocrates de fraudes dans une conférence de presse à Philadelphje. «Nous avons déposé des recours. Nos observateurs sont obligés de se tenir à plusieurs mètres et ne peuvent pas vérifier la validité des cachets de la poste ou la régularité des signatures», a déclaré Giuliani. «Ça rend aisé de rajouter 50.000 faux bulletins. Nous sommes allés devant un juge démocrate et je vous laisse deviner quelle a été sa décision».
La stratégie incendiaire de Trump a fait grincer des dents plusieurs ténors au sein du parti républicain du président. Ainsi, Chris Christie, ancien gouverneur du New Jersey et proche de Trump, a jugé que c’est «une mauvaise décision stratégique, une mauvaise décision politique». «Ce n’est pas le genre de décision que l’on attendait ce soir de la part de quelqu’un dans sa position». «J’ai été affligé parce que je viens d’entendre dire le président», a tancé Rick Santorum, autre figure du GOP.
La participation extrêmement élevée est venue augmenter considérablement le nombre de bulletins à traiter et par conséquent ces délais.
La responsabilité de ce décompte, comme celle de l’organisation de l’élection, dépend de chaque état. 
Les responsables des états encore en cours de dépouillement des bulletins ont multiplié les interventions rassurantes.
 «Nous avons encore entre deux et trois millions de bulletins à dépouiller, mais c’était prévisible», a prévenu la secrétaire d’État de Pennsylvanie Kathy Boockvar. «Je demande à chacun d’être patient, Mais le temps politique risque de manquer. Dans le climat volatile d’une Amérique polarisée à l’extrême, ces délais ont déjà fait entrer le pays dans une période d’incertitude lourde de danger. Comme le laissaient craindre l’atmosphère des derniers mois, les États-Unis se retrouvent profondément divisés entre deux camps, dont chacun craint que l’adversaire se maintienne ou s’empare du pouvoir illégalement. 
Le précédent de l’élection de 2000, quand les résultats serrés en Floride avaient conduit à un recomptage des bulletins dans certains comtés, et plongé les États-Unis dans plusieurs semaines d’incertitudes, reste dans les mémoires. Une crise institutionnelle avait été évitée par l’intervention de la Cour suprême, et le candidat démocrate, Al Gore, avait concédé la victoire à son adversaire républicain, George W Bush.
Mais vingt ans plus tard, le climat est nettement plus inquiétant, et aucun camp ne semble enclin à la moindre concession. 
L’avance qui semblait se cristalliser mercredi en faveur de Joe Biden, qui remportait en fin de journée 256 grands électeurs, le rapprochant de la victoire (270), pourrait placer le pays dans une situation périlleuse: un candidat démocrate élu en nombre de voix, face à un président républicain qui refuse de concéder sa défaite, et prêt à contester par tous les moyens le résultat.
Trump a multiplié les déclarations ces derniers mois qui laissent présager de ses intentions. Interrogé à plusieurs reprises sur le fait de savoir s’il accepterait de reconnaître une éventuelle défaite et de se prêter à un transfert pacifique du pouvoir, le président avait évité de donner une réponse claire, sauf à une occasion. Tout au long de la campagne il a répété les mises en garde contre une fraude massive des Démocrates, «la seule façon pour eux de gagner». Et contre le danger représenté par les militants d’extrême-gauche, présentant Joe Biden comme le candidat des émeutiers et des incendiaires. Trump a aussi été très réticent à prendre ses distances avec les groupes armés, qui ont multiplié les manifestations publiques au cours des derniers mois, notamment pour protester contre les mesures destinées à enrayer l’épidémie de Covid-19. Au cours du dernier débat télévisée avec Joe Biden, Trump avait lancé un message ambigu au groupe des Proud Boys, une organisation armée d’extrême-droite implantée dans de nombreux états: «tenez-vous à l’écart, mais tenez-vous prêts».
PRESIDENTIELLE AMERICAINE : PORTLAND, DETROIT, PHOENIX... LES TENSIONS S'ACCUMULENT ENTRE PRO-TRUMP ET PRO-BIDEN
À l'approche de la fin du dépouillement, certains Américains cherchent à stopper le comptage des bulletins, tandis que d'autres en profitent pour clamer leur haine de la police. 
Des millions d'Américains retiennent leur souffle dans l'attente de la désignation de leur prochain président. Certains font pression dans l'optique d'accélérer, ou de stopper, un dépouillement encore incertain.
C'est notamment le cas à Phoenix, dans l'Arizona, où quelques dizaines de pro-Trump se sont mobilisés devant le bureau de vote du comté de Maricopa pour demander l'arrêt total du dépouillement, considérant les bulletins comme truqués.
Certains des contestataires portaient des armes à feu.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA STRATEGIE INCENDIAIRE DE TRUMP OU LE SYNDROME DE NERON 

Chris Christie, ancien gouverneur du New Jersey et proche de Trump, a jugé que c’est «une mauvaise décision stratégique, une mauvaise décision politique». «Ce n’est pas le genre de décision que l’on attendait de la part de quelqu’un dans sa position». «J’ai été affligé parce que je viens d’entendre dire le président», a tancé Rick Santorum, autre figure du GOP.
Aucun camp ne semble enclin à la moindre concession. 
« Le scénario le plus dangereux a commencé à se dérouler.»
Toit ceci pourrait placer le pays dans une situation périlleuse: un candidat démocrate élu en nombre de voix, face à un président républicain qui refuse de concéder sa défaite, et prêt à contester par tous les moyens le résultat.
Trump a répété les mises en garde contre une fraude massive des Démocrates, «la seule façon pour eux de gagner». « La seule chance qui lui reste de gagner, c’est en faisant fi du suffrage universel. »(Le Monde) Cela commence singulièrement à ressembler à un putsch, autrement dit à un coup d’état !
En présentant Joe Biden comme le candidat des émeutiers et des incendiaires, en se montrant très réticent à prendre ses distances avec les groupes armés, qui ont multiplié les manifestations publiques au cours des derniers mois, Trump fait penser à un Néron mythique mettant le feu à Rome et accusant les chrétiens d’avoir provoqué l’incendie. Au cours du dernier débat télévisé avec Joe Biden, Trump n’avait-il pas  lancé un message ambigu au groupe des Proud Boys, une organisation armée d’extrême-droite implantée dans de nombreux états: «tenez-vous à l’écart, mais tenez-vous prêts» ?
L’indignation morale feinte autour de la présidence de Trump n'a pas produit de changement substantiel dans son soutien républicain", a tweeté Eddie Glaude, professeur à l'université de Princeton et auteur de Democracy in Black. "En fait, il a élargi sa base parmi les électeurs blancs. L'atout continue de s'épanouir à l'intersection de la cupidité, de l'égoïsme et du racisme".  Et il ajoute : « Si Trump gagne l'élection, le Trumpisme aura gagné. Mais si Trump perd l'élection, le Trumpisme gagnera également.» Certes, mais la démocratie sera perdante.
Tout semble indique en effet que la démocratie américaine tant encensée autrefois par Alexis Tocqueville soit en grand péril. Songeons que la démocratie européenne minée par le populisme et le communautarisme islamiste n’est pas non plus dans sa plus grande forme. « Buckle up,  you’re in for a rough ride. Anything could happen. »
Bouclez vos ceintures de sécurité, ça va déménager. Désormais tout et n’importe quoi peut arriver !
Et tout cela devient vraiment préoccupant.
MG


DEMOCRACY IN TRUMPLAND: I WON BECAUSE I SAY SO
Ed Pilkington in New York for The Guardian

A dangerous moment in its 244-year history. An incumbent president declares victory even though he hasn’t won, then claims that fraud is being committed on the American public in the middle of an election that has seen the largest turnout of any presidential race in 120 years.
Buckle up, you’re in for a rough ride.
Jake Tapper of CNN found himself giggling nervously as he said it, so surreal did the echo seem. “I do think we have been saying for a long time that anything could happen, 
“I don’t mind putting it on ice until Friday. I’ve waited four years for this, I can wait another four days.” Biden
« This election isn’t over till it’s over. » The Guardian
« Win or  lose, trump will remain a powerful and disruptive force 
Even if he is defeated, he has made clear that he would not shrink from the scene. » NYT
«LES AMERICAINS ONT VOTE CONTRE TRUMP MAIS PAS POUR BIDEN» Cabello dans Libé
LES ETATS-UNIS, UNE DEMOCRATIE EN DANGER
ÉDITORIAL
Le Monde
Donald Trump s’est déclaré vainqueur du scrutin présidentiel américain avant même la fin du décompte des voix, annonçant vouloir saisir la Cour suprême pour faire cesser le dépouillement des votes. C’est, ni plus ni moins, faire fi du suffrage universel.
 Donald Trump a mis sa menace à exécution. Attention ! Les démocrates, avait-il averti pendant la campagne électorale, chercheraient à « voler l’élection ». Cette élection présidentielle, avait-il répété à longueur de meetings, risquait d’être « truquée ». Ces menaces en cachaient une autre : la stratégie du chaos. C’est exactement celle que le président des Etats-Unis a commencé à mettre en œuvre, mercredi 4 novembre, quelques heures après la clôture du scrutin. Une stratégie très dangereuse pour la démocratie américaine : Donald Trump joue avec le feu, dans un contexte déjà passablement explosif.
L’une des plus vieilles démocraties du monde, les Etats-Unis, se trouve ainsi dans une situation sans précédent, celle où un président en fonctions perturbe délibérément un processus électoral fédéral, revendique la victoire au beau milieu des opérations de dépouillement et brandit la menace de le faire interrompre par une juridiction indépendante sur laquelle il n’est pas supposé exercer d’influence.
C’est, ni plus ni moins, faire fi du suffrage universel
Depuis quatre ans à la Maison Blanche, Donald Trump a bouleversé toutes les règles du respect en politique, bafoué celles de la primauté des faits et de la vérité, insulté partenaires américains et étrangers, monté ses compatriotes les uns contre les autres.
Il n’avait pas, encore, pris le risque de jeter par-dessus bord le verdict des électeurs. Il faut espérer qu’il reviendra sur cette menace. Ce genre de manœuvre est courante dans les régimes autoritaires. Elle n’est pas digne des Etats-Unis d’Amérique. 

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