mercredi 25 novembre 2020

Rudi Vervoort au «Soir»: «Notre modèle de concertation déraille, ça ne va plus, il faut réagir»


Blocages (pas seulement nord-sud), retards, dialogues de sourds… Du covid à la taxe kilométrique, du bois de la Cambre à la crise migratoire, les dossiers s’accumulent où ça freine, ça coince, ça dure. Rudi Vervoort crie casse-cou !

Belga.
Par David Coppi Le Soir

C’est un « coup de gueule » réfléchi, un cri mesuré, une protestation documentée. Rudi Vervoort se fait « un devoir », nous dit-il, de pousser un « sauve-qui-peut la concertation » qui puisse « idéalement nous faire réagir, ensemble, face à ce qui est en train de se produire ». Quoi donc ? L’enlisement – l’évaporation ? – du modèle de concertation belgo-belge, un peu à tous les étages, met en garde le ministre-président socialiste de la Région bruxelloise. Qui ne lésine pas : « La Belgique n’existe que par la concertation à tous les échelons, alors, là, ça peut encore fonctionner, mais on n’y arrive presque plus. » Un toboggan à terme pour le pays. Les responsabilités sont partagées ? Affirmatif. Ça coince ici nord-sud, là politiques-société civile, ailleurs mandataires-citoyens, aussi réseaux sociaux-médias… Un maquis, à l’entendre, où l’on se perd. Rudi Vervoort tire l’alarme, voit « une accumulation sans précédent », désigne « pêle-mêle des dossiers problématiques, parmi d’autres »…
Au fait, l’idée d’acheter des terres agricoles en Flandre ou en Wallonie, signée Alain Maron, ministre bruxellois, est une perle de non-concertation : entre Régions, comme au sein du gouvernement régional, où tous tombent des nues. Une leçon.
A part ça, à tout seigneur : « Le survol de Bruxelles, explique Vervoort, est à lui seul un dossier capital où le blocage est total. Combien de jugements en sens divers depuis 20 ans ? Une guérilla politico-juridique. A chaque gouvernement fédéral, on dit que l’on va trouver une solution. Bonne chance à celui qui a ça en charge cette fois. Nous sommes toujours prêts à discuter, bien sûr, la Région veut trouver une solution, mais… »
Plus macro : « Prenez le plan de relance, il faudra gérer au mieux les financements européens, et Thomas Dermine, secrétaire d’Etat, a cadré tout cela récemment dans la presse. De fait, un comité de concertation vient de lancer le processus, mais maintiendra-t-on un socle de solidarité tenant compte du fait que l’économie belge a été frappée de manière inégale et qu’il faut mettre plus de moyens là où on en a plus besoin, soit au sud du pays ? La Flandre, qui, dans un premier temps, a imaginé un projet de répartition où elle avait la part belle, peut-elle se raviser ? Sera-t-on capables de trouver un juste équilibre sur un enjeu aussi important ? » Le ministre-président a un doute et veut y croire – ou l’inverse.
Vivre-ensemble
Aucun domaine n’est épargné : « Pas même le vivre-ensemble, comme la place du religieux dans la société, où, là encore, nous ne produisons aucune option politique claire : ce sont les tribunaux qui ont la parole, et qui, par exemple, ont annulé le règlement de travail d’Actiris interdisant le port du voile. » Rudi Vervoort ponctue : « Où est passé le politique ? »
Vivre-ensemble, toujours : « Pensez à la crise des migrants, à Bruxelles mais pas seulement, et au blocage persistant sous la législature précédente, avec une hypocrisie de Francken et du gouvernement fédéral : vu que ces gens ne souhaitaient pas demander un statut, on ne les aidait pas, sauf qu’ils sont là, et que, malgré un ordre de quitter le territoire, ils ne sont pas expulsables, il n’y a pas de capacité juridique à cet effet, alors que fait-on ? On les laisse dans la rue ? Nous voulons mettre en place une structure d’orientation et d’hébergement où les choses se passent bien, humainement. Il faut trouver une solution, au-delà du discours incantatoire sur la fermeté, mais non, on s’ignore, et le problème reste entier… »
Bronca
Retour à Bruxelles, et le projet Neo de développement d’un centre commercial, de spectacles et de congrès sur le plateau du Heysel, « objet d’une judiciarisation forcenée » depuis plus de 10 ans : « On est empoisonnés par des recours systématiques, qui sont tout aussi systématiquement cassés, lesquels – je ne devrais pas le dire… – sont le fait de néerlandophones, et pour cause : la Flandre entretient une opposition majeure au projet notamment parce qu’elle développe un projet concurrent de l’autre côté de la frontière linguistique, le fameux projet Uplace. J’ajoute que derrière ça, il y a l’échec du stade de foot national, pas moins. Alors, oui, je peux le comprendre, des visions s’affrontent, mais le fait est que le dialogue ne prend pas, que rien ne se fait, et c’est dramatique. »
Le ministre-président bruxellois pointe encore les « contradictions » en politique de mobilité, qui pourraient tourner à l’enlisement XXL : « Il y a un besoin légitime d’avoir une ville plus verte, plus résiliente, plus apaisée, et il y a en même temps la contrainte d’une relance économique post-confinement qui, de toute manière, ramènera de la pression sur la mobilité, à coup sûr dans une Région dont la vitalité repose sur le tourisme, l’événementiel, sa fonction internationale… » Rudi Vervoort implore : « Il faudra bien définir à un moment donné ce que sera l’après-covid, pour cela il faut dialoguer, et restaurer la capacité du politique à décider. En est-on capables ? »
Registre mobilité, la polémique à propos de la taxe kilométrique est « exemplaire » : « Avant même qu’il n’y ait le moindre projet sur la table, c’était déjà la bronca, côté flamand en particulier. On n’avait encore discuté de rien. Trouverons-nous la force, tous ensemble, pour en parler sereinement, d’abord au niveau bruxellois, ensuite entre les entités ? Je m’interroge. »
Rudi Vervoort n’oublie pas « le blocage des blocages », la formation du gouvernement fédéral, les négociations de plus d’un an : « D’élection en élection, on sent bien que ça devient de plus en plus compliqué, alors de deux choses l’une : soit on fait juste le pari de 2024, un peu roulette russe, et on attend de voir si oui ou non la N-VA est prête à faire le pas et à s’associer au Belang dans l’hypothèse où les deux peuvent former une majorité au nord, soit nous sommes à même de réfléchir à un nouveau modèle institutionnel qui pacifierait le processus de formation d’un gouvernement. Je ne veux pas débattre d’une formule ou d’une autre ici aujourd’hui, je suis ouvert, je dis juste que cette crise permanente est insoutenable, et que les acteurs politiques doivent anticiper. »
Gilets jaunes
Le désordre dans l’Etat fédéral, ou ce qui apparaît comme tel, dans la gestion des confinements-déconfinements successifs ? L’incertitude à propos de la politique de vaccination (Frank Vandebroucke a souligné combien notre système belgo-belge était compliqué, lundi matin sur la Première) ? « Ce ne sera pas évident, mais le sujet est trop grave, on trouve des solutions », ose croire, « malgré tout », le chef du gouvernement régional bruxellois. Qui ponctue son propos : « Dans les semaines et les mois qui viennent, dans toute une série de dossiers, j’en ai cité, nous devons être capables de recréer de vrais espaces de discussion. Sans cela, la confrontation prendra toute la place. » A savoir : « On entre dans une séquence mouvementée sur le plan social, et si les mécanismes de concertation ne fonctionnent pas, alors, sans la canalisation des colères légitimes, on pourrait arriver à des situations extrêmes. Il ne restera que la colère et l’expression de la colère, la violence telle qu’on peut la voir déjà sur les réseaux sociaux, une perspective de type gilets jaunes, c’est tout. »
Impasse au Bois de la Cambre
Le dossier du bois de la Cambre, qui a vu s’affronter Bruxelles-Ville et Uccle à propos de la circulation automobile, vaut également le détour. Rudi Vervoort relève : « L’impasse dans ce dossier, c’est cela qui m’a poussé à intervenir plus globalement, comme je le fais aujourd’hui. En l’occurrence, un billet d’humeur d’un journaliste, Fabrice Grosfilley, m’avait frappé : les juges décident, les politiques ne sont pas capables de dégager un accord… De fait, quant aux positions notamment sur les réseaux sociaux, c’est d’un côté les Khmers verts, les dingues de vélos, les bobos, et de l’autre les ringards qui ne jurent que par leur voiture, qui n’ont aucune conscience environnementale, et au bout du compte on règle ça devant le juge. Mais qu’en est-il du rôle du mandataire politique, militant accédant à un moment donné à une fonction exécutive lui imposant de travailler à un consensus ? On est au cœur du problème. »


LA DETTE DE LA COMMUNAUTE FRANÇAISE POURRAIT DOUBLER D’ICI 2025
La dette francophone est partie dans une spirale infernale. Une situation très préoccupante que personne ne conteste, pas même le ministre Daerden (PS). Au point que la survie de l’institution est en jeu. C’est en tout cas l’avis d’André Antoine dans l’opposition CDH.

Par Eric Burgraff Le Soir
 
Un milliard et 175 millions… C’est, aux dernières nouvelles, et avant quelques corrections, le déficit budgétaire brut que présente la Fédération Wallonie-Bruxelles pour son budget 2021. Bonne nouvelle : c’est un milliard de moins qu’en 2020 qui se terminera par un déficit de 2,188 milliards. Mauvaise nouvelle : c’est à peu de chose près deux fois le déficit enregistré en 2019. Des déficits, on l’a compris, qu’il faut combler en recourant à l’emprunt. Ainsi, en 2020, la FWB a sollicité les marchés pour 2,3 milliards. C’est la baisse des recettes (impactées par la crise à hauteur de 1 milliard) et la croissance de dépenses (330 millions pour l’ouverture de fonds d’urgence et de relance) qui sont essentiellement responsables de l’aggravation de la situation. En 2021, et dans les années suivantes, en supposant que la crise du covid nous lâche pour dérouler un tapis rouge à la croissance, les besoins de financement s’élèveront encore à 1,5 milliard/an. Grave ? S’il est désormais acquis que la relance passe par l’emprunt, nul ne sait comment les francophones pourront assumer une dette exponentielle. Selon les projections du Bureau du Plan et du ministre Daerden, la dette directe (à laquelle il faut en principe ajouter environ 10-15 % de dette indirecte) va pratiquement doubler en six ans : de 7,249 milliards fin 2019, elle devrait passer à 14,169 milliards fin 2025.
Sept milliards et deux cent cinquante millions l’année dernière… Quatorze milliards et cent septante millions dans cinq ans… Les chiffres donnent le tournis. Ils matérialisent en tout cas la spirale d’endettement dans laquelle s’enfonce la Fédération Wallonie-Bruxelles. Mal embarquée depuis que son sous-financement structurel est doublé de problèmes conjoncturels, elle vient de faire un nouveau plongeon lié à la crise covid. Elle ne garde la tête hors de l’eau que parce que les taux d’intérêt sont aujourd’hui historiquement ridicules, voire négatifs.
Frédéric Daerden (PS), ministre du budget, oscille pourtant entre sérénité et prudence. En lien avec son intervention dans Le Soir du 9 octobre il précise : « La situation est préoccupante, mais pas dramatique tant que les taux d’intérêt restent bas et que les charges de la dette sont sous contrôle », ce qui est le cas avec une charge actuelle en dessous des 2 %. Toutefois, lui-même et les autres grands argentiers du pays, sont conscients des inconnues des suites de la crise sanitaire pour la culture, l’enseignement, la petite enfance… (avec un impact sur les dépenses), les changements des indicateurs économiques (impact direct sur les recettes) et l’évolution de la souplesse budgétaire européenne. Frédéric Daerden ajoute : « Ce budget est placé sous le signe de la transparence, de la vigilance et des investissements. Transparence dans la communication des documents budgétaires, le rapport régulier sur la dette et la création d’un fonds d’urgence pour identifier clairement les dépenses effectuées dans ce cadre. Vigilance dans les dépenses compte tenu de la tension sur les recettes (budget base zéro, examen régulier des dépenses, gestion active de la dette…) et, grâce à des taux favorables, poursuite des investissements porteurs de relance dans les bâtiments scolaires, les infrastructures de la Fédération, le numérique… C’est donc un budget qui répond aux urgences et à la relance malgré un contexte difficile qui impose en parallèle une gestion extrêmement sérieuse. Il inscrit les francophones dans un processus de projection dans l’avenir ».
Dans l’opposition CDH, André Antoine ancien ministre du Budget, donne pourtant une vision bien plus pessimiste. Entretien.
LE MINISTRE DU BUDGET RASSURE MAIS VOUS VOUS DITES TRES INQUIET POUR L’AVENIR DE LA FEDERATION WALLONIE-BRUXELLES. POURQUOI ?
Parce qu’à l’inverse d’autres, mon parti reconnaît l’importance des compétences communautaires qui donnent une âme à la société. L’union des francophones recèle davantage de promesses que la scission ou la division. Or, ce que je constate aujourd’hui c’est que, budgétairement, la situation est grave et probablement désespérée. Il faut regarder les chiffres avec lucidité : l’explosion de la dette annonce des heures très sombres pour les francophones de ce pays. Face à un État fédéral injuste, ils doivent aussi examiner leur situation institutionnelle : la Communauté française n’a ni territoire, ni capacité fiscale. Alors qu’en Flandre, Région et Communauté sont soudées, ici, depuis cette majorité, on peine à déceler les collaborations.
Pourquoi parler d’État fédéral injuste ?
Le fédéral a imposé aux Communautés une extension de l’obligation scolaire mais ne la finance pas. De plus, il ne leur restitue que 91 % des fonds perçus pour elles. Et c’est compter sans la fin de la solidarité nationale à partir de 2021, sans la prise en charge de la « responsabilisation pension », sans l’absence de financement des innombrables élèves et étudiants internationaux, etc. J’ajouterai que le danger est aussi à l’intérieur : il ne se passe pas une seule séance du parlement de la Fédération sans que ne ressurgissent des velléités régionalistes. J’ajouterai qu’un ex-ministre d’un grand parti francophone, régionaliste convaincu, me dit chaque fois que je le croise à une manifestation de la Communauté : « Je ne rate jamais un enterrement »… Ça en dit long sur l’état d’esprit de certains.
REVENONS AU BUDGET, LE COVID N’A PAS AIDE LA MAJORITE...
Effectivement mais cela n’explique pas tout. Les crédits de WBE (NDLR : l’école officielle) par exemple, augmentent de 31 %. Où est passé le personnel qui était censé y être transféré ? La Loterie nationale ne financera plus l’ONE… on ne sait pas pourquoi ? De plus, le gouvernement veut nous faire croire que la pandémie cessera ses effets en le 1er janvier 2021… raison pour laquelle il propose une croissance de 6,5 %. En fait, personne n’en doute, la crise va perdurer un an ou deux. Or, les projections sont basées sur septembre 2020, avant la seconde vague… La clef « élèves » (NDLR : qui permet de répartir les crédits entre néerlandophones et francophones) se détériore inexorablement, notamment en raison de l’enseignement à domicile, mais je ne vois pas de réaction. Par ailleurs, le budget ne prévoit rien, ou presque, à propos de cet indispensable plan d’investissement dans les bâtiments scolaires, rien non plus pour le financement de la réforme de la formation initiale des enseignants, rien pour corriger les différences de financement entre réseaux alors que, dit la Cour constitutionnelle, la Constitution est largement bafouée.
Mais il n’y a guère d’argent…
Le problème, c’est que la Fédération Wallonie-Bruxelles ne fait pas de choix et ignore ce qui va se passer demain. Rien que pour poursuivre le rythme à politique inchangée, chaque année, elle devra emprunter 1,1 milliard… de plus. Oui la situation est grave. Ce gouvernement vit au-dessus de ses moyens en ignorant les effets à long terme de la pandémie et les dépenses qui s’imposeront dans le futur. Il refuse de voir la boule de neige de la dette rouler sur la pente, il refuse de la voir se fracasser dans la vallée. C’est un peu comme s’il avait une calculette qui ne fonctionne qu’avec des « + » et des « x » sans toucher aux boutons « - » ou « : ». En fait, chaque automne, pour clôturer l’année, on emprunte pour payer le loyer, rémunérer le personnel et remplir les cuves à mazout… Ce n’est tout simplement plus soutenable
Mais, avec une charge correspondant à 1,8 % des recettes, la dette est soutenable, non ?
On nous fait croire que ça ne coûte pas cher… pour le moment. C’est un peu comme un malade qui se plaint de fièvre. Le paracétamol est bon marché, donc il en prend pour calmer les symptômes mais ce n’est pas ça qui va résoudre son problème de fond. La fièvre revient… toujours plus haut… Jusqu’à quand ?
600 millions
Eric Burgraff .
Regardons le verre à moitié plein… La crise sanitaire a plombé les performances économiques et, partant, fait plonger les taux d’intérêt. Pas de chance pour l’épargnant. Par contre, la Fédération Wallonie-Bruxelles tire quelques marrons du feu. Fin de semaine dernière, elle a pratiquement bouclé son mercato financier 2020 en levant sur les marchés quelque 600 millions d’euros à un taux négatif de -0.196 %. Une première dans l’histoire de l’entité.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
QUO VADIS BELGICA ?

Il faut l’optimisme de désespoir de Claude Claude Demelenne pour croire envers et contre tout que  la Belgique en tant qu’Etat puisse avoir le moindre avenir. Il est vrai que depuis quelques semaines l’actualité belgo-belge était repassée au second plan depuis la désignation d’un gouvernement fédéral auquel plus personne ne semblait croire après plus de 500 jours de palabres politiques et de remue méninges au sein de notre particratie compliquée. On avait les idées ailleurs : à Trumpland par exemple  et à Macronrepublica et aussi du côté de chez Angela.
Voici que les sujets belgo belges reviennent à l'avant-plan. La Région bruxelloises semble paralysée par les problèmes et en phase  d’asphyxie financière tandis que la Communauté française est au bord de l’effondrement. Claude Demelenne conclut son papier par ceci : « L'électeur flamand est un pragmatique. Le gouvernement pourrait réussir et freiner le Belang. C'est l'hypothèse du philosophe Maarten Boudry qui, toujours dans la 'Libre', explique que "le Vlaams Belang va essayer de profiter du recul de la N-VA. Mais l'électeur flamand est un pragmatique. Récompenser l'équipe fédérale actuelle, si elle réussit à atteindre ses objectifs d'ici à 2024 n'est pas impossible".
Je ne suis pas persuadé de pouvoir le suivre lorsqu’il affirme que : » La Belgique a encore de beaux jours devant elle. Mais ce sera une autre Belgique. Probablement confédérale. Ce ne sera pas la fin du monde. A court et moyen terme, le nationalisme du Nord ne réussira pas à imposer sa "ligne" car ses porte-drapeaux représentent des repoussoirs pour une majorité de Flamands, plutôt pragmatiques. »
J’ignore où l’auteur de ces lignes puise son optimisme. Espérons qu’il ne se trompe pas car dans l’hypothèse inverse, je ne vois vraiment pas dans quel état nous atteindrons la date butoir de 2024 lorsqu’il faudra à nouveau solliciter le vote de l’électeur qui en a par-dessus la tête de la complexité de notre usine à gaz nommée fédéralisme d’union. Il ya en effet beaucoup d’eau dans le gaz.
MG. 


LA BELGIQUE A ENCORE DE BEAUX JOURS DEVANT ELLE (carte blanche)
Source : Le Vif Claude Demelenne

Agonisant, l'Etat belge ? Pas si sûr. Mal foutue, rapiécée, chaotique parfois, la Belgique pourrait, une nouvelle fois, ressusciter. Malgré le Vlaams Belang.
A chaque crise gouvernementale, bon nombre d'analystes politiques jouent à se faire peur en annonçant la disparition prochaine de la Belgique. Mea culpa, j'en fais partie. Moi aussi, j'ai écrit que la fin est proche pour ce pays longtemps ingouvernable. Dans mes articles et mes livres, j'ai esquissé quelques pistes d'avenir pour la Wallonie : essentiellement la cohabitation avec la Flandre dans une Belgique confédérale ou, solution plus radicale, en cas d'implosion de l'Etat belge, une association avec la France. Comme beaucoup d'autres, j'ai souvent disserté sur l'après-Belgique. Mais la Belgique est toujours là. Il est temps d'arrêter de fantasmer. La chute finale n'aura pas lieu. En tout cas, pas de sitôt. Même si ce ne sera pas un long fleuve tranquille, la Belgique a encore de beaux jours devant elle.
En finir avec le catastrophisme
Je ne me fais aucune illusion. Ce titre provocateur - "La Belgique a encore de beaux jours devant elle" - me vaudra quelques solides sarcasmes de la part des anti belgicains dogmatiques. Je serai traité de naïf, nostalgique de la Belgique de papa, et bien sûr de girouette, puisqu'il y a moins de neuf mois, j'ai écrit dans ces colonnes que "mieux vaut un bon divorce que le chaos belge "Mieux vaut un bon divorce que le chaos belge. Je ne suis pas en train de brûler mes précédents écrits. Je ne suis pas devenu le chantre d'une Belgique toujours grande et belle. Simplement, je ne veux pas pratiquer le déni du réel et répéter en boucle les mêmes prédictions sur la fin imminente de la Belgique. Depuis plusieurs décennies, ces prédictions sont de plus en plus nombreuses. Mais elles ne se réalisent jamais. Il est temps de tourner le dos à un certain catastrophisme infantilisant. Et de regarder la réalité en face : la Belgique n'est pas ce cadavre ambulant que le moindre coup de vent suffira, un jour prochain, à précipiter dans la tombe.
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La vie en rose ?
L'optimisme béât n'est évidemment toujours pas de mise. Le nationalisme flamand ne va pas s'évaporer par un coup de baguette magique. Tout restera compliqué dans ce curieux pays où coexistent de plus en plus - sur ce point, Bart De Wever a raison - deux démocraties. Les prochaines élections de 2024 seront à très haut risque, avec un Vlaams Belang en embuscade. Quelques évolutions, dans le paysage politique, permettent pourtant d'envisager un scénario plus soft pour l'avenir de la Belgique. Au moins dix faits politiques récents devraient nous inciter non pas à voir la vie en rose, mais à envisager des lendemains moins gris pour la Belgique.
1.Le CD&V a - enfin ! - lâché la N-VA de Bart De Wever. C'est, de loin, le fait politique majeur de la décennie En se déscotchant de la N-VA, Joachim Coens et les principaux dirigeants du CD&V, pratiquement unanimes, ont non seulement permis la formation du gouvernement Vivaldi. Ils ont surtout montré que la N-VA restait le seul parti démocratique partisan d'un dépeçage potentiellement mortel de l'Etat fédéral. La preuve est faite que, lorsqu'il est au pied du mur, le CD&V conserve des réflexes "belges".
2.Le retour des familles politiques. C'est l'autre fait politique majeur. Pendant l'interminable période de négociations pour former un gouvernement, dans le camp libéral, le MR et l'Open VLD ont quasiment travaillé ensemble comme s' ils constituaient un parti fédéral. Dans le camp socialiste, le PS et le SP.A ont fait de même. A partir du printemps prochain, les socialistes du Nord et du Sud partageront les mêmes bureaux, au centre de Bruxelles. " Et ce ne sont pas que des bureaux que nous allons partager", a déclaré Paul Magnette. " Il y a une très bonne dynamique qui s'est créée entre nos deux partis, qu'on doit renforcer ", a surenchérit Conner Rousseau. De longue date, les Verts du Nord et du Sud fonctionnent au parlement fédéral comme s'ils formaient un seul parti. Le retour des familles politiques devrait renforcer le camp des 'pro Belgique'.
3.. "Le soutien de Magnette à Vandenbroucke. A gauche, le tandem Paul Magnette-Conner Rousseau a été un pas plus loin dans la collaboration Nord-Sud. Premier parti de la coalition Vivaldi, le PS aurait pu revendiquer le gros portefeuille fédéral des Affaires sociales et de la Santé. Il a choisi de soutenir celui qui est apparu comme 'l'homme de la situation', le Flamand Frank VandenbrouckeNous avons raisonné en termes de famille politique ", a commenté Paul Magnette. Une "première", inimaginable il y a à peine quelques semaines.
4.La N-VA a atteint un pic. La formation de Bart De Wever a perdu de sa superbe. On est loin de la dream team de 2014, que rien ne semblait pouvoir arrêter. "Je crois que les nationalistes n'atteindront plus jamais leur niveau record d'autrefois", a déclaré dans la 'Libre Belgique' l'un des intellectuels les plus écoutés de Flandre, le philosophe Maarten Boudry (Université de Gand).
5.Bart De Wever fait de moins en moins rêver. Il a été réélu à la tête de son parti avec un score stalinien, mais Bart De Wever ne trône plus en tête des hit parade de popularité, en Flandre. Il paraît déjà usé par le pouvoir. Le nationalisme flamand démocratique n'a plus d'homme providentiel. Une bonne nouvelle pour les partisans de la continuité belge.
6.Le Vlaams Belang number one mais impuissant. Il est possible qu'à l'échéance 2024, le Vlaams Belang soit le premier parti de Flandre. Mais il sera sans doute isolé et impuissant. On voit mal en effet une N-VA en déclin former une coalition - disposant d'une très courte majorité en Flandre - avec un Belang dominateur et arrogant. Une partie au moins de la N-VA s'y opposera.
7.Le trio De Croo-Vandenbroucke-Rousseau cartonne. Ces trois là, résolument anti-nationalistes, sont les personnalités actuellement les plus populaires en Flandre. Ils devancent Bart De Wever, Jan Jambon et Théo Francken. La Flandre est loin d'être condamnée au nationalisme obtus.
8.L'électeur flamand est un pragmatique. Le gouvernement pourrait réussir et freiner le Belang. C'est l'hypothèse du philosophe Maarten Boudry qui, toujours dans la 'Libre', explique que "le Vlaams Belang va essayer de profiter du recul de la N-VA. Mais l'électeur flamand est un pragmatique. Récompenser l'équipe fédérale actuelle, si elle réussit à atteindre ses objectifs d'ici à 2024 n'est pas impossible".
9.La scission de la Belgique n'est pas populaire en Flandre. Un Flamand sur quatre, au maximum, veut en finir avec l'Etat belge. C'est peu, et le fait que le nouveau gouvernement fédéral soit minoritaire en Flandre n'a pas suscité un raz de marée indépendantiste au Nord du pays.
10.Il n'existe toujours pas de nationalisme flamand de gauche ou du centre. Pour avoir une chance d'arriver à ses fins - en devenant franchement majoritaire - l'indépendantisme flamand devrait réussir à jeter des passerelles entre la droite et la gauche. C'est loin d'être le cas. Le SP.A, Groen et le PVDA (le PTB flamand) sont farouchement anti nationalistes. Les thèses nationalistes touchent également fort peu le CD&V et l'Open VLD.
Une autre Belgique
La Belgique a encore de beaux jours devant elle. Mais ce sera une autre Belgique. Probablement confédérale. Ce ne sera pas la fin du monde. A court et moyen terme, le nationalisme du Nord ne réussira pas à imposer sa "ligne" car ses porte-drapeaux représentent des repoussoirs pour une majorité de Flamands, plutôt pragmatiques. Voilà pourquoi il est temps d'en finir, parmi les francophones, avec les discours catastrophistes sur l'avenir nécessairement dantesque de la Belgique.

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