dimanche 8 novembre 2020

Trump réagit, refuse la défaite et accuse Biden: "L'élection est loin d'être terminée"


Élection USA
Donald Trump a accusé samedi Joe Biden de se "précipiter pour se présenter faussement" en vainqueur de la présidentielle américaine malgré l'annonce de sa victoire par les grands médias américains, assurant que l'élection était "loin d'être terminée".

"Nous savons tous pourquoi Joe Biden se précipite pour se présenter faussement en vainqueur et pourquoi ses alliés dans les médias tentent avec autant d'efforts de l'aider: ils ne veulent pas que la vérité éclate", a écrit le président américain sortant dans un communiqué. "Le constat simple est que cette élection est loin d'être terminée", a-t-il martelé.
Interrogé lors d'une conférence de presse de son équipe de campagne à Philadelphie, son avocat personnel Rudy Giuliani a assuré que Donald Trump n'était pas prêt à reconnaître la victoire du démocrate.
"Évidemment il ne va pas reconnaître sa défaite alors qu'il y a au moins 600.000 bulletins contestés", a-t-il dit.
Le président républicain sortant a insisté sur le fait que la victoire de son rival n'avait été "certifiée" dans "aucun Etat", notamment "les Etats très contestés qui procèdent à  des recomptages ou ceux "où notre équipe soulèvent des contestations judiciaires valables et légitimes qui peuvent décider du vainqueur final".
L’ensemble des grands médias, y compris la chaîne conservatrice Fox News, ont annoncé samedi que Joe Biden avait été élu président des Etats-Unis, estimant que le milliardaire ne pouvait plus, mathématiquement, refaire son retard dans les Etats-clés.
Le camp Trump a ouvert plusieurs fronts judiciaires ces derniers jours. Donald Trump a lui-même multiplié les accusations de fraude sans aucun élément concret à l'appui.
Il a à nouveau accusé sans la moindre preuve Joe Biden de vouloir comptabiliser des bulletins "frauduleux, fabriqués ou déposés par des électeurs décédés ou privés de leurs droits civiques".
"Je ne lâcherai pas tant que le peuple américain n'aura pas eu droit au décompte honnête qu'il mérite", a martelé Donald Trump, qui était au golf près de Washington au moment de l'annonce du résultat et n'avait toujours pas regagné la Maison Blanche en début d'après-midi.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
YOU ARE FIRED, DONALD ! BUT ARE YOU REALLY ?

Trump est mort politiquement ; le trumpisme lui survivra-t-il ?
On ne peut vraiment pas dire que la 6répudiation du Trumpisme soit radicale.  Même si Joe Biden a assurément gagné l’élection présidentielle américaine, il faut bien voir que  Donald Trump a récolté davantage de voix qu’en 2016 et surtout que sa présidence a profondément transformé le Parti républicain.
Dans un scrutin marqué par une participation historique, Donald Trump a réussi à améliorer son score de 2016. En 2016, il avait obtenu près de 63 millions de voix. Vendredi, alors que le dépouillement continuait, il en était à près de 70 millions. 
Roland Lescure député LREM des Français de l'étranger commente: 
« Le populisme a perdu une bataille mais pas la guerre» 
« On aura face à nous un Biden prévisible alors que Donald Trump pouvait changer d'avis du lundi au mardi. Le multilatéralisme y gagnera. Les États-Unis rentreront de nouveau dans l'Accord de Paris pour le climat, après l'avoir quitté formellement. A mon sens, Joe Biden aura une vision plus coopérative dans sa relation avec l'Europe. Mais il ne faut pas se leurrer : les États-Unis regardent beaucoup moins vers l'Europe depuis dix ans. Ils considèrent qu’elle est mal gérée. Avec Emmanuel Macron et Angela Merkel. L'Europe serre les rangs grâce à la crise, au Brexit et à Trump.
A la question de savoir si la victoire de Joe Biden va mettre un coup d'arrêt a la vague populiste, il répond que non : « le populisme a perdu une bataille mais n'a pas perdu la guerre. La vague populiste, initiée il y a une dizaine d'années avec le Tea Party aux Etats-Unis et qui se poursuit aujourd'hui en Hongrie ou en Pologne, a été couronnée par le Brexit et l'élection de Donald Trump en 2016. Cette vague repose sur un clivage entre les laissés-pour-compte et ceux qui ont profité de la prospérité économique Elle n'est pas terminée. On le sait, dans les moments de crise comme celle que nous traversons, les leaders populistes ont tendance à prospérer en agitant des solutions simplistes. »
« L'économie américaine dopée par Trump oppose les « have » et les « have not » les nantis qui réussissent et les laissés pour compte de la classe moyenne, des post-baby-boomers qui ne bénéficient pas de la révolution technologique. Ils se rencontrent ailleurs qu’aux Etats- Unis, nous devons nous occuper d’eux. »
Réunir la nation républicaine face à des candidats populistes clivants, va être un enjeu essentiel aux présidentielles françaises  de 2022. Joe Biden n'a franchement pas réussi à porter ce message de rassemblement qui invité les électeurs de Donald Trump à se détourner de lui. Bien au contraire, il a creusé les tranchées. Il ne faudra pas commettre la même erreur en France. 
La transition s’annonce tumultueuse, commente Le Monde.
Joe Biden sur son compte Twitter : « Le travail qui nous attend sera difficile, mais je vous fais une promesse : je serai le président de tous les Américains, que vous ayez voté ou non pour moi. Je conserverai la foi que vous avez placée en moi », Sa colistière, la flamboyante vice-présidente élue, a partagé pour sa part sur son compte une vidéo virale composée de portraits de dizaines de citoyens américains. Ne la, manquez à aucun prix, elle évoque l’Amérique des exclus et du ressentiment.
« Joe Biden offre de nouvelles  opportunités : pour l'avenir de la démocratie, la perspective d'un monde plus juste et une Europe forte. » commente le Président allemand Frank-Walter Steinmeier
« Les plus grands défis du 46ème président se situeront, sans aucun doute , sur le plan intérieur. Que signifie ce résultat électoral pour nous Européens , en Allemagne et en Europe ? Beaucoup pensent que peu va changer, qu'il y aura continuité, en particulier dans les questions de politique étrangère. 
En quatre années beaucoup de choses ont été endommagées mais pas vraiment détruites. »
Il y a 80 ans, Thomas Mann  nous mettait en garde : "La démocratie a cessé d’aller de soi dans ce monde perturbé. » C'est vrai aujourd'hui plus encore que naguère.  L'avenir de la démocratie ce n’est pas de vouloir l'expliquer et l’imposer à tout le monde. C’est d’abord et avant tout  de  la vivre, de la développer en nous-mêmes. L'avenir de la démocratie ne peut être assuré  sans une réflexion de fond  sur démocratie de l’avenir. S’il  est une qualité humaine irremplaçable et qui doit impérativement le demeurer, c’est la raison. Sans la  raison, la démocratie ne peut que dysfonctionner. Or le populisme c’est l’émotion et le triomphe de l’irrationnel, les réaction épidermiques à la Trump. Selon  Noreena Hertz, » les nouveaux populismes et mouvements d’extrême droite de ces dix dernières années seraient tous le fruit de la solitude. » (cf article du Soir)
  "Quel  spectacle navrant que celui où l'irrationnel prend le dessus", déclarait Thomas Mann en 1943 à la Bibliothèque du Congrès à Washington. 
« Puisse l’ Amérique  de Joe Biden régénérer la démocratie et le pouvoir de la raison dans nos sociétés. »
Biden veut mettre fin à la "diabolisation de l'Amérique".
Question fondamentale : Devons nous avec le 46 ème président des Etats Unis nous rabibocher avec une Amérique qui renouerait avec ses alliés. Une Amérique qui regarde sa suprématie non seulement comme un pouvoir sur les autres nations , mais aussi comme une puissance pour atteindre des objectifs communs. Une Amérique qui s'engage également dans ses actions en faveur d'un monde meilleur et plus juste. Une Amérique qui, par intérêt personnel bien compris, place la force de la loi au-dessus de la loi du plus fort ?
Tout autre chose serait que l’Europe rompe définitivement avec les Etats-Unis qui de plus en plus se détournent de l’Océan atlantique pour regarder vers le Pacifique et l’Asie.
« L’ancien se meurt, le nouveau n’arrive pas à voit le jour. Dans l’entre deux surgit une diversité de phénomènes morbides. Gramsci »
Cette phrase de Gramsci me hante depuis trente ans.
L’ancien c’est Trump, c’est aussi Biden, c’est 500 ans de domination de la civilisation faustienne selon Fabian Scheidler l’auteur de "La fin de la mégamachine" (Seuil, 2020) …le nouveau c’est, l’imprévisible, l’incertain le retour du spirituel (Malraux) mais aussi l’islamisme et le transhumanisme.
Les phénomènes morbides de  l’entre-deux sont la barbarie, le radicalisme, la terreur le capitalisme casino, la chute de l’empire romain… (Natacha Polony). 
Le tout s’appelle désormais  « métamorphose »( Morin) Nous sommes dedans depuis ’un siècle avec une accélération de l’accélération depuis la crise du Covid. L’avenir est incertain, totalement imprévisible, déroutant, nous n’en voyons que de vagues contours avec la grande menace du réchauffement, la disparition rapide des espèces, la montée des périls, les ouragans , les forêts qui brûlent, les orages politique . Pas sûr que l’humanité s’en sorte. Le pire est ce qui se produit le plus souvent : deux guerres mondiales. 20% de chances de nous en tirer. Hawkins nous donnait un horizon d’à peine cent ans.  Repérer donc les éléments prometteurs, la lumière au bout du tunnel. Pierre Rabhi, sa sobriété heureuse, la bravoure des nouvelles Antigones : la petite Greta, Carla Rakete, jeune capitaine allemande du Sea-Watch chargé de migrant, Olga Misik, 17 ans, symbole de la lutte pro-démocratie en Russie, Maria Kolesnikova, opposante biélorusse au  régime Loukachenko, Kamala Harris première femme afro-américaine et indo-américaine, à accéder à la vice-présidence des États-Unis, Kahina Bahloul, première imame de France Delphine Horvilleur première rabine française, Cynthia Fleury et tant d’autres femmes vaillantes. Le XXIème siècle sera-t-il celui de la femme ? Il est clair que la californienne d’origine afro-asiatique Kamala Harris successeur officiel de Joe Biden se prépare à jouer un rôle prépondérant en Amérique et sur la scène mondiale.   
MG


NOREENA HERTZ: «LES NOUVEAUX POPULISMES SONT TOUS LE FRUIT DE LA SOLITUDE»

Car les nouveaux populismes et mouvements d’extrême droite de ces dix dernières années sont tous le fruit de la solitude. » Noreena Hertz, The lonely century : how isolation imperils our future (Le siècle solitaire : comment l’isolement met en péril notre avenir – non traduit en français),
Nous sommes de plus en plus seuls, pas seulement à la maison ou au travail, mais nous sommes également abandonnés par les gouvernements et la société, comme l’avaient déjà théorisé Jung et Asimov. 
Noreena Hertz  décrit notre siècle comme le siècle empreint de tristesse et de solitude. Nous pâtissons aussi de l’« économie de la solitude », qui n’est que le résultat des « perversions du capitalisme et de l’individualisme »,
Nous vivons dans une société de plus en plus contactless (sans contact) qui a sombré dans le « trou noir » et obsessionnel des smartphones et technologies à la Black Mirror . 
Enfin, nous observons une perte du sens de la communauté, avec des groupements, notamment d’« anciens » partis et syndicats, mais aussi des quartiers qui, à cause de l’immigration et du manque de dialogue entre les cultures, limitent leurs rapports interpersonnels et renforcent ainsi les tensions existantes.

 « il existe également une mondialisation de la solitude ». Un phénomène qui se manifeste dans une société de plus en plus déchirée, 
 Cette solitude aurait  également un impact important sur la politique. D’après Hertz, le lien entre la solitude et les populismes ou mouvements d’extrême droite est manifeste. D’ailleurs, Hannah Arendt le disait également dans Les origines du totalitarisme  : pour elle, l’essence de ce totalitarisme était « la solitude, une des expériences les plus désespérées et extrêmes qu’un homme puisse vivre ».
’En 1992, Jean-Marie Le Pen a été largement plébiscité par les électeurs français se sentant seuls ou abandonnés. Mais on pourrait dire la même chose de nombreux partisans du parti xénophobe néerlandais PVV, de Donald Trump aux Etats-Unis ou de Matteo Salvini en Italie : si on les compare aux partisans d’autres politiciens, on constate qu’ils ont moins d’amis, moins de connaissances et passent plus de temps seuls.
Les leaders comme lui comblent le vide laissé par la gauche, par les syndicats, mais également par les religions. C’est pourquoi les mouvements similaires, le plus souvent des mouvements de droite, attirent de plus en plus de disciples, en particulier des personnes seules.
Les personnes seules sont plus réceptives à l’idée de traditions ou de sens de la communauté qu’incarnent aujourd’hui les mouvements populistes. Bon nombre des personnes que j’ai interviewées m’ont même confié que les meetings électoraux de Trump ou les fêtes de la Ligue faisaient partie de leurs rares moments de socialisation.
CE SONT LES « FORGOTTEN MEN » DE TRUMP, LES « OUBLIES ».
Exactement. Ceux qui ont été abandonnés non seulement par la société, mais également par la politique et l’économie, ces derniers temps. Voilà pourquoi la solitude est un facteur déterminant. Les personnes seules sont de plus en plus nombreuses : je pense non seulement au confinement et au télétravail, qui ont un impact extrême, mais également à la croissance du nombre de célibataires ou encore à l’aspect de plus en plus aliénant des villes. Dans leurs spirales mentales, les citoyens ayant un nombre limité d’interactions sociales dans le monde réel ont tendance à percevoir le monde extérieur comme plus hostile et menaçant que les autres individus. Et les réseaux sociaux et Internet, qui se fondent sur la compulsivité thématique de leurs algorithmes, ne font que polariser encore davantage les positions de ces individus, notamment parce que, bien souvent, leur « communauté » n’est pas réelle, mais virtuelle. Résultat : les populistes réussissent à les conquérir beaucoup plus facilement que les autres politiciens.
SELON VOUS, COMMENT PEUVENT REAGIR LES FORCES POLITIQUES PLUS PROGRESSISTES ET LIBERALES ?
En plus de prôner la lutte contre les inégalités et contre le néolibéralisme extrême, le centre-gauche et la gauche doivent apprendre à parler la même langue que les populistes. Une langue basée sur les émotions et l’empathie, et pas que sur les faits. Les faits sont importants, certes, mais aujourd’hui, plus que par le passé, les émotions jouent un rôle décisif.








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