dimanche 27 décembre 2020

Climat : il faut "réparer" la planète, affirme Antonio Guterres (ONU)


Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a appelé mercredi, dans un discours à l’université Columbia de New York, à "réparer" la planète face au réchauffement climatique, simultanément à la reconstruction post-Covid d’un "nouveau monde".
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"L’équilibre écologique de la planète est rompu" et "l’humanité fait la guerre à la nature, c’est suicidaire", a-t-il dénoncé, en réclamant que le sommet prévu le 12 décembre pour le cinquième anniversaire de l’Accord de Paris sur le climat permette de déclencher un véritable mouvement positif.
"L’année prochaine, nous avons l’opportunité d’arrêter le pillage (des ressources de la Terre) et d’entreprendre une guérison", a-t-il ajouté, en plaidant pour une réduction substantielle du recours aux énergies fossiles.
"Récupérer du Covid et réparer notre planète doivent être les deux faces d’une même pièce", a estimé le chef de l’ONU, pour qui "un nouveau monde est en train de prendre forme". 
Car sur le plan de l’environnement, la trajectoire est mauvaise. "La biodiversité s’effondre. Un million d’espèces sont menacées d’extinction. Les écosystèmes disparaissent sous nos yeux. Les déserts s’agrandissent. Les zones humides se perdent. Chaque année, nous perdons 10 millions d’hectares de forêts", a-t-il ainsi égrené.
"Les océans sont surexploités et étouffés par les déchets plastiques. Le dioxyde de carbone qu’ils absorbent acidifie les mers. Les récifs coralliens sont blanchis et meurent. La pollution de l’air et de l’eau tue 9 millions de personnes chaque année", a aussi affirmé Antonio Guterres, en mettant en garde contre la possibilité de voir se multiplier les virus à l’avenir.
Selon lui, "faire la paix avec la nature" doit "être la priorité absolue pour tout le monde, partout. Dans ce contexte, la sortie de la pandémie est une opportunité. Nous pouvons voir des lueurs d’espoir sous la forme d’un vaccin. Mais il n’y a pas de vaccin pour la planète", a-t-il relevé.
En se félicitant des premiers engagements vers la neutralité carbone émis par la Chine, l’Union européenne, le Japon ou la Corée du Sud, il a espéré que ce "mouvement" prenne une ampleur mondiale. "Chaque pays, ville, institution financière et entreprise devrait adopter des plans pour passer à zéro émission nette d’ici 2050", a-t-il demandé.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CHANGER DE VOIE !
IL N’Y A PAS DE VACCIN POUR LA PLANETE

« Les Etats doivent s'associer pour lutter contre le rechauffement climatique ou notre monde sera perdu », Antonio Guterres
La pandémie de coronavirus illustre les méfaits de la désunion.
"Je crois que l'échec à contenir la propagation du virus, parce qu'il n'y a pas eu suffisamment de coordination internationale (...) doit faire comprendre aux pays qu'ils doivent changer de voie", a-t-il déclaré à l'AFP avant l'ouverture de l'Assemblée générale des Nations Unies le 21 septembre. »
« Changer de Voie. » C’est le cri testamentaire du vieil Edgar Morin le sage centenaire qui depuis des décennies embouche la trompette alarmiste. Il prédit le pire, à moins d’une bifurcation incertaine. Il est vrai que l’improbable a quelquefois surgit quand on pensait que tout était perdu. Ainsi, dit-il, la fragile Athènes a-t-elle triomphé de l’écrasante Perse ou l’armée soviétique et son alliée l’hiver russe ont-ils mis la puissante Wehrmacht en déroute à Stalingrad et changé de la sorte brutalement, dès 1942, le rapport des forces et l’issue finale de la guerre.
"Ils (les Etats) doivent agir ensemble face à la menace climatique, bien plus grave que la pandémie en soi - c'est une menace existentielle pour la planète et nos vies mêmes", a-t-il insisté dans des entretiens accordés à plusieurs membres de l'alliance de médias Covering climate now, dont l'objectif est de renforcer la couverture des questions liées au climat.
J’écris cela tandis que le vent qui souffle en tempête projette des giclées de pluie contre les vitres de mon cabinet de travail. Temps d’apocalypse pour ponctuer la fin d’une « annus terribilis » à l’aube d’une année nouvelle qu’on aimerait souhaiter «  mirabilis »  à chacune et à chacun. Les chances qu’elle le devienne sont aussi minces que de vouloir renverser la vapeur. La vapeur ! C’est par là que le drame a commencé, par la première révolution industrielle propulsée par la machine à vapeur relayée par la fée électricité, ensuite par la civilisation du tout au  pétrole.   
"Soit nous sommes unis, soit nous sommes perdus," a-t-il lancé, appelant notamment à adopter "de vraies mesures de transformation dans les domaines de l'énergie, des transports, de l'agriculture, de l'industrie, dans notre mode de vie, sans lesquels nous sommes condamnés."
En vérité, il nous faut tous, nous le savons, changer de paradigme et décider de vivre autrement, plus sobrement, plus écologiquement. Ce sera difficile quand on voit que beaucoup déjà répugnent à respecter des restrictions sanitaires pour nous protéger du covid.
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« Les évolutions d'émissions de gaz à effet de serre mondiales ne permettent déjà pas d'envisager de tenir l'objectif de maintenir le réchauffement "nettement sous" 2°C depuis le début de l'ère industrielle, encore moins celui plus ambitieux de 1,5°C. »
Les victimes du covid sont visibles, nous avons tous perdu des êtres chers fauchés par le virus mais le réchauffement c’est quelque chose de beaucoup plus insidieux. Certes nous avons eu chaud cet été, très chaud même  mais déjà nous l’avons oublié. Certes nous avons vu des images des forêts californiennes et sibériennes  dévorées par les flammes, des vidéos  de glaciers et de banquises qui fondent comme neige au soleil tandis que les ours blancs pataugent hébétés dans les eaux fondantes à la recherche de quelque rare nourriture.  Nous avons tous regardé « Demain » et les reportages  d’espèces animales menacées par la sécheresse, le braconnage, l’indifférence et la cupidité des hommes mais peu encore se sentent concernés par ce suicide collectif qui dit à peine son nom de toutes les espèces, y compris la nôtre. La hausse potentiellement dévastatrice du niveau des océans est irréversible.
« Et si les confinements massifs de populations imposés à travers le monde face au Covid ont conjoncturellement fait baisser les émissions - jusqu'à 8% mondialement sur l'année selon certaines estimations - les scientifiques soulignent que l'évolution globale ne va pas ralentir sans changements systémiques, notamment en matière d'énergie et d'alimentation. » C’est à chacune et à chacun de nous de modifier enfin notre modus vivendi individuellement et collectivement. « Ce qui ne se régénère pas » dit encore Morin « dégénère ! »J’ai regardé comme vous « le monde respire » et me suis promis, comme vous, de prendre, au seuil de l’année nouvelle, quelques bonnes résolutions comme ont fait celles et ceux qui ont commencé à réformer leur style de vie. C’est assurément indispensable si on ne peut pas que se termine en apocalypse la formidable « aventure humaine ». Allons nous enfin prendre conscience de notre « communauté de destin » sur cette « terre patrie » comme dit Morin qui souffre et a du mal à respirer, comme les victimes du covid et celles des brutalités policières aux States. « I cannot breathe » nous dit la terre ? « How dare you » a lancé la petite Greta aux grands de ce monde qui répugnent à agir autrement que dans le bref horizon du court terme celui de la prochaine élection. « Make the planer great again » avait proclamé Macron en début de mandat, tandis que Nicolas Hulot était encore le phare gouvernemental et l’alibi climat de son gouvernement d’énarques fantômes.
 « Pour atteindre 1,5°C, les émissions de gaz à effet de serre devraient baisser de 7,6% par an sur la prochaine décennie, selon les experts climatiques de l'ONU. »
L’ONU enfin se réveille par la voix de son secrétaire général. Mais qui se préoccupe de l’ONU et de son Président?
Côté réchauffement, 2019 a été la deuxième année la plus chaude dans le monde, après 2016, et les experts s'attendent à ce que la température moyenne mondiale battre un nouveau record au cours de la prochaine période quinquennale (2020-2024).
Et le secrétaire général de l'ONU de mettre en garde: "Pour les cinq prochaines années, nous nous attendons à des choses absolument terribles en matière de tempêtes, de sécheresses et autres impacts dramatiques sur les conditions de vie de nombreuses personnes dans le monde".
 "C'est le moment de se réveiller", a-t-il lancé en soulignant que beaucoup repose sur les actions qu'entreprendront - ou pas - les principaux émetteurs: Chine, Etats-Unis, Union européenne, Russie, Inde et Japon. 
“Éveillés, ils dorment.” (Héraclite) nous sommes des somnambules commente Morin car même dans l’éveil, nous restons dans le sommeil, car nous sommes inconsciemment mus par des forces qui nous possèdent. L’être humain, lui, n’agit pas toujours de façon prévisible, d’où sa capacité à innover, à créer.
"Nous n'avons jamais été aussi fragiles, nous n'avons jamais autant eu besoin d'humilité, d'unité et de solidarité". Surtout, prenons conscience que de tous les périls qui nous menacent, c’est le déclin de la démocratie qui doit le plus nous inquiéter à court terme. 
M. Guterres a enjoint les Etats à ne pas favoriser les investissements dans les énergies fossiles et s'engager au contraire vers la "neutralité carbone" à l'horizon 2050.
"La pollution et non la population" doit autant que possible payer les taxes pour financer cette transition, a-t-il insisté.
"Je ne veux pas revenir à un monde où la biodiversité est remise en cause, où les énergies fossiles ont plus de subventions que les renouvelables, un monde où les inégalités aboutissent à des sociétés avec de moins en moins de cohésion et créent de l'instabilité, de la colère, de la frustration". 
Gutteres a évidemment raison : le ressentiment gagne les esprits les plus paisibles et pacifiques. L’indignation gronde et la colère envahit les esprits.  "Je crois qu'il nous fait un monde différent, une normalité différente, et je crois que nous avons une opportunité d'y arriver", a-t-il conclu. 
Le vieil Edgar Morin, encore lui,  déclare dans sa récente interview au Monde
« Je crois en la nécessité d’organiser et de fédérer des oasis de résistance de vie et de pensée, de continuer à montrer la possibilité de changer de voie, de ne pas sombrer nous-mêmes dans les vices de pensée que nous dénonçons. »  

Voulons-nous, faire partie de ces oasis de résistance, de vie et de pensée ? 
J’aimerais conclure en invoquant la  parabole du Colibri Colibri qui tire son nom d’une légende amérindienne, racontée par un autre donneur d’alarme, Pierre Rabhi, son fondateur. Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : "Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! "
Et le colibri lui répondit : "Je le sais, mais je fais ma part."
Soyons donc les colibris plutôt que le « bull » de bronze, le taureau de Wall Street (symbole du mouvement boursier à la hausse)  plutôt que le veau d’or que renversera Moïse en descendant le mont Sinaï chargé des tables aux dix commandements. A ces dix commandements il faudra toutefois en ajouter un onzième qui figure dans le Coran : « tu ne feras pas dégât sur terre. » Ce sera mon vœu volontariste pour une année mirabilis.
MG


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