vendredi 25 décembre 2020

En Pologne, la crise de l’Eglise accélère la déchristianisation du pays


L’épiscopat polonais, un des plus conservateurs d’Europe, paye cher sa proximité avec le parti Droit et justice, au pouvoir depuis 2015. Par Jakub Iwaniuk(Varsovie, correspondance)
 « LE MONDE »
Le 16 décembre, les commémorations des révoltes ouvrières de 1970 contre le régime communiste, qui ont à l’époque coûté la vie à 40 personnes et fait près de 1 100 blessés, ont pris une tournure inattendue. Durant la cérémonie officielle dans la ville de Gdynia, sur les bords de la Baltique, en présence du chef de l’Etat, Andrzej Duda, l’évêque de Gdansk, Wieslaw Szlachetka, a dénoncé dans son discours ceux qui, « sous la bannière de beaux slogans d’égalité, de tolérance et de liberté », restent « encore aujourd’hui coincés mentalement dans cette idéologie criminelle [le communisme], en lui donnant une nouvelle forme ». L’évêque a ensuite précisé qu’il avait à l’esprit les organisateurs des Marches de l’égalité, les Gay Pride polonaises, en faveur des droits des homosexuels. 
Difficile de trouver une meilleure illustration du fossé qui sépare l’épiscopat polonais, un des plus conservateurs d’Europe, du message précurseur porté par le pape François. Bien des hiérarques se sont fait le relais des violentes campagnes homophobes, carburant électoral de la majorité nationale conservatrice du PiS (Droit et justice) depuis deux ans. Dans un pays catholique à 90 %, sous les gouvernements du PiS, l’alliance du trône et de l’autel a pris des proportions jamais vues depuis 1989. Une posture que l’Eglise paie cher. Selon l’institut de sondage de référence CBOS, depuis l’arrivée du PiS au pouvoir en 2015, le taux d’opinion positive vis-à-vis de l’Eglise dans la société polonaise est tombé de 62 % à 41 %.
Autant dire que la crise est profonde. Ces dernières semaines, les manifestations massives de femmes pour le droit à l’avortement ont fait l’effet d’un électrochoc. L’arrêt du 22 octobre du Tribunal constitutionnel, étroitement contrôlé par l’exécutif, qui a rendu inconstitutionnel le critère de malformation du fœtus autorisant l’avortement, a eu pour conséquence de rendre l’interruption volontaire de grossesse quasi illégale. La décision a été inspirée par le chef de la majorité, Jaroslaw Kaczynski, qui a fini par céder à des années de pression des catholiques fondamentalistes et de l’épiscopat. 
Dégradations d’églises
Le week-end qui a suivi l’arrêt du tribunal, le pays a assisté à des dégradations autour des églises et des troubles de messes d’une ampleur inédite. Il aura fallu quelques jours pour effacer les graffitis rouges sur les parvis des lieux de culte. Durant les semaines suivantes, une ambiance de guerre culturelle s’est installée dans le pays, des métropoles aux campagnes, donnant lieu, là aussi, à des scènes jamais vues. Lors des manifestations à Varsovie, d’imposants cordons de police, mais aussi des catholiques fondamentalistes ainsi que des milices nationalistes, protégeaient les principales églises. 
La réaction de l’opinion publique fut sans appel : seulement 13 % des Polonais ont approuvé l’arrêt du tribunal. Selon l’étude CBOS précédemment évoquée, depuis le seul mois de septembre, le taux d’opinion positive vis-à-vis de l’Eglise a chuté de 8 points. Celui de la majorité au pouvoir est passé également d’environ 40 % à 30 % d’opinions favorables. Après l’arrêt du tribunal, l’Eglise s’est retrouvée au banc des accusés et au centre de l’attention médiatique.
« L’Eglise polonaise a besoin d’une révolution » ; « L’Eglise polonaise perd des fidèles à une vitesse éclair » ; « Nous avons besoin d’un [pape] François polonais », titrait notamment le quotidien conservateur de référence Rzeczpospolita. Dans une de ses tribunes, le journaliste ultracatholique Tomasz Terlikowski, qui avait qualifié le pape François d’« hérétique », a lui aussi posé le constat de manière lucide : « L’arrêt du Tribunal constitutionnel et les manifestations qu’il a engendrées ont révélé la dramatique faiblesse de l’Eglise. Elle a non seulement arrêté de parler aux jeunes, mais a perdu sa capacité de communiquer avec le monde et d’influencer la réalité. » Les années 1980, où l’Eglise jouissait d’une popularité considérable en tant que refuge de l’opposition au régime communiste, paraissent bien loin. 
Scandales pédophiles
Dans le dernier bastion catholique d’Europe, on a l’impression d’assister à la fin d’une époque. Celle de Jean Paul II, canonisé neuf ans après sa mort en 2005 et pape au souvenir éternel. Quasiment tous les hiérarques de l’Eglise polonaise en place aujourd’hui ont été nommés lors de son pontificat. Ceux-là même qui se retrouvent sous le feu des critiques pour leur conservatisme, leur décalage avec la société et leur lien étroit avec le pouvoir. De plus en plus de scandales pédophiles apparaissent également au grand jour, touchant des prélats de renom, accusés, au mieux, de camoufler massivement le problème.
La mémoire d’Henryk Jankowski, le prêtre iconique du syndicat Solidarnosc, décédé en 2010, est confrontée aux révélations sur sa double vie pédophile. De même que celle d’Eugeniusz Makulski, le constructeur de la monumentale basilique Notre-Dame de Lichen, symbole populaire de la victoire du catholicisme polonais sur le régime communiste. Le film documentaire indépendant Seulement ne le dis à personne, de Tomasz Sekielski, dénonçant le camouflage systémique des faits pédophiles par la hiérarchie épiscopale, a affiché, en mai 2019, 20 millions de vues sur le Web en l’espace d’un week-end. C’est plus de la moitié de la population du pays. D’autres films, sur le grand écran cette fois, dénonçant l’hypocrisie du clergé, son rapport à l’argent et son train de vie, ont battu des records d’audience en salle. L’un d’entre eux, La Communion (2019), de Jan Komasa, a été le candidat polonais aux Oscars.
La défiance est telle que le tabou parmi les tabous se brise : faut-il désacraliser Jean Paul II et commencer à porter un regard plus lucide sur son pontificat ? Le cardinal Stanislaw Dziwisz, secrétaire de Jean Paul II durant tout son règne et intime parmi les intimes, est soupçonné d’avoir occulté des affaires pédophiles et dissimulé au pape de nombreuses informations gênantes. Celui qui reste le gardien et le promoteur de la mémoire du pape polonais est devenu en l’espace de quelques années symbole de l’omerta et des péchés de l’Eglise.
« Au seuil de changements systémiques »
Toujours est-il que les Polonais font preuve d’une attitude pleine de paradoxes à l’égard de « leur » défunt pape : selon une étude réalisée le 17 novembre, 51 % des interrogés considèrent que Jean Paul II n’a « pas agi suffisamment » pour remédier au problème de la pédophilie dans l’Eglise, 31 % qu’il n’a « rien fait ». Ce qui n’empêche pas les interrogés d’évaluer positivement son pontificat à 86 %.
Bien des observateurs se demandent si la Pologne est en passe de suivre le chemin de l’Irlande, qui a connu en l’espace de deux décennies une perte considérable d’influence de l’Eglise dans la vie publique. L’apostasie, l’acte de « désinscription » des registres de l’Eglise et, donc, d’abandon du catholicisme, est devenue un slogan à la mode, en particulier chez les jeunes. Selon les statistiques officielles de l’Eglise polonaise, en l’an 2000, 47,5 % des Polonais pratiquaient régulièrement lors des messes dominicales. En 2019, ce chiffre est tombé à 38 %. Mais d’autres études montrent que de nouvelles formes d’évangélisation et de pratique de la foi, extérieures aux structures de l’Eglise, se multiplient.
L’historien et politologue Rafal Matyja, de l’université de Varsovie, soutient que « la radicalisation des slogans anticléricaux dans les récentes manifestations de femmes n’a pas rebuté la société vis-à-vis de leurs postulats, bien au contraire. La Pologne est au seuil de changements systémiques qui peuvent redéfinir les relations entre l’Eglise et l’Etat ». Mais, précise-t-il, cela se fera « seulement après un changement de pouvoir ». Jaroslaw Kaczynski, qui affirmait dans les années 1990 que des liens trop étroits entre les partis politiques et l’Eglise étaient « le meilleur moyen de déchristianiser la Pologne », est depuis devenu un fin manipulateur de la religion à des fins politiques. Mais force est de constater que le temps lui a donné raison : les liaisons dangereuses entre le pouvoir et l’Eglise commencent in fine à nuire à l’un comme à l’autre.


COMMENTAIRE DE  DIVERCITY
L’ULTIME MESSAGE DE JESUS

Jésus est né en Palestine il y a deux millénaires et son Eglise, ultime bastion de l’intégrisme catholique se meurt aujourd’hui en Pologne patrie du pape qui a terrassé en 1989 son plus puissant ennemi : l’union soviétique. Les événements qui secouent désormais la catholicité polonaise nous fournissent l’ultime preuve de la perversité que constitue l’alliance, la symbiose de l’Eglise et de l’Etat, ce qu’on appelait autrefois l’union du sabre et du goupillon. Il s’agit bien d’un plaidoyer a contrario en faveur du meilleur des système c'est-à-dire du meilleur cadre structurel et constitutionnel possible, celui de la laïcité à la française. Il ne s’agit pas, comme peut on donner l’impression la laïcité à la belge, de pourfendre le religieux et son personnel clérical en prônant une morale essentiellement laïque. Non, ce n’est pas cela la finalité de la République. Il s’agit tout au contraire de fournir un cadre politique, social, culturel, spirituel qui garantisse à tous, croyants et non croyant la liberté de penser, de croire ou de ne pas croire. La laïcité c’est le contraire de l’église conquérante ou de l’islamisme envahissant. C’est l’imposition à tous de respecter les croyances et les convictions de chacune et de chacun sans les imposer à personne mais en faisant en sorte que chacun puisse exercer son culte ou son non culte dans le cadre de sa vie privée. Pas de religion dans l’espace public et point d’ingérence du temporel dans le spirituel. Non ce n’est pas cela le message évangélique du Noël chrétien. Quoique, comme le proclame Edgar Morin, qui n’est ni croyant ni incroyant : le salut ne peut venir que des hommes et des femmes de bonne volonté. Et sans doute est ce précisément cela l’ultime message de Jésus de Nazareth.
MG


Malgré la pandémie, le Roi opte pour un message de Noël résolument positif (vidéo)
Pour ce Noël si particulier, le Roi cible les leçons de la crise et pointe ce que l’on peut en retirer de positif : notre capacité à faire face, à apprécier les choses différemment, à dépendre les uns des autres « ce qui est une force ». Avec un mot d’encouragement particulier pour les jeunes.


Philippe: «cette année-ci, tout est différent» 
Par Martine Dubuisson Le Soir

Ce Noël 2020 ne ressemble à aucun de nos derniers 25 décembre. Pour personne. Pour le Roi non plus. Alors cette année, pas de diffusion du traditionnel discours royal en ouverture des JT de midi et du soir, le jour du réveillon. L’allocution de Philippe a plutôt clôturé une émission de concerts et d’hommages, diffusée sur les quatre chaînes nationales, entre 18 et 19 heures ce jeudi. Une allocution adaptée aux circonstances, car, déclare-t-il d’emblée, « cette année-ci, tout est différent » : pas de grande fête « en famille, avec nos enfants, parents, grands-parents, amis », mais un Noël « dans notre bulle, ou seuls » en gardant « nos distances ».
 
"Nous avons tous pris conscience de notre fragilité": voici le discours de Noël du roi Philippe
Mais rapidement, Philippe ajoute : « Heureusement, nous savons que l’amour et l’amitié sont plus forts que la séparation. » Parce que c’est un message positif malgré tout que le Roi veut délivrer en ce Noël si particulier. Malgré la pandémie à laquelle « beaucoup, trop nombreux, hélas, paient un prix très élevé, jusqu’à y laisser la vie », malgré « les défis immenses » qui demeurent.
Philippe préfère insister sur « la réelle perspective de sortie de la crise » dans les prochains mois. Même s’il ajoute aussitôt : « Sans aucun doute, nous en sortirons différents ». Car le cœur du message du Roi (bien dans son rôle, comme il le conçoit du moins, d’encourager et de regarder vers l’avenir) est là : tirer les leçons de cette crise, cibler ce que l’on peut en retirer de positif.
« Nous sommes capables de faire face »
Ce que nous pouvons retenir de cette crise, assure-t-il, c’est d’abord que « nous sommes capables de faire face ». Les preuves ? « Nos soins de santé ont tenu bon, grâce à l’effort admirable de tous ces gardiens de nos vies ». Beaucoup ont assuré « la continuité de leurs activités professionnelles » ou « offert de l’aide », dans un « élan de générosité impressionnant » dans tout le pays. Il cite les bénévoles qui ont gardé les enfants d’une infirmière, fait des courses pour un voisin, aidé en maisons de repos ; les étudiants qui « donnent des cours en ligne aux élèves de primaire et de secondaire », ou aident dans les hôpitaux ; ce chef cuisinier qui « prépare des repas pour les sans-abri ».
Ensuite, plaide-t-il, ce que la pandémie nous a appris, c’est à « regarder les choses différemment et les apprécier autrement » ; à prendre « conscience de notre fragilité » et de notre dépendance les uns vis-à-vis des autres » qui est « une force sur laquelle nous pouvons nous appuyer ». Nous avons aussi mieux compris, dit-il, « ce que vivent les personnes victimes d’exclusion ou souffrant de solitude ». C’est dès lors son vœu de Noël : « Faisons-en sorte que chacun ait sa place dans la société. Ne tolérons plus jamais l’exclusion. »
« Les mesures sont nécessaires »
Et contrairement au Roi de Suède, qui a asséné dans une vidéo la semaine dernière « Je pense que nous avons échoué » dans la gestion de la pandémie, Philippe affiche logiquement son soutien aux « mesures, nécessaires, qui ont été prises dans la lutte contre le coronavirus », malgré qu’elles « affectent nos libertés individuelles, et entraînent parfois de lourdes conséquences ». Et ici encore, il tente de positiver : « Ces contraintes, cherchons à les assumer, plutôt que de les subir. Car nos libertés ne font pleinement sens que lorsqu’elles sont vécues avec et pour les autres, pour le bien de toute la communauté. »
Voilà qui rejoint, logiquement encore, le message du gouvernement : protégeons-nous les uns les autres, c’est tous ensemble que nous vaincrons le virus. « Le jour viendra où nous pourrons de nouveau nous voir et passer du temps ensemble sans contraintes », encourage Philippe. Et où nous pourrons aussi, ajoute ce catholique convaincu dans une énumération assez inhabituelle pour un Roi des Belges à Noël, « retourner dans nos églises, synagogues, mosquées et temples ».
Sa dernière note d’encouragement, le Roi tient à la dédicacer aux jeunes en particulier : « Je sais que les temps sont durs pour vous. Votre jeunesse peut vous sembler en partie sacrifiée. Oui, elle est momentanément mise entre parenthèses. Mais bientôt, vous pourrez à nouveau déployer vos ailes, réaliser vos rêves, et nous inspirer à construire ensemble un avenir meilleur. »
La famille royale, assure-t-il en conclusion de ce message résolument positif, « regarde l’année nouvelle avec confiance. Une année où nous pouvons à nouveau aller de l’avant. » Le tout sur fond de sapin et, surtout, de nombreuses bougies allumées – les Belges étant invités à illuminer leur logement pour Noël –, car « la Chaîne de Lumières est un symbole de lien et d’espoir »


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
«CETTE ANNEE-CI, TOUT EST DIFFERENT»
 C’EST DANS LA CONSCIENCE DE MES FAIBLESSES QUE JE PUISE MA FORCE

Le roi Philippe s’inscrit de plus en plus dans la ligne du roi Baudouin son oncle. Il prêche dans le même esprit mais en se gardant bien d’annoncer sa couleur qui est celle d’un catholicisme rechristianisé. 
En effet, ce message de Noël, sans crèche ni santons mais  assorti d’un sapin païen et d’une abondance de cierges allumés se lit comme une variation sur le thème du bon Samaritain qui constitue le centre de gravité des évangiles et de Mathieu XXV si je les ai bien compris.
MATHIEU XXV
« J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; j'étais étranger, et vous m'avez recueilli; j'étais nu, et vous m'avez vêtu; j'étais malade, et vous m'avez visité; j'étais en prison, et vous êtes venus vers moi.
Les justes lui répondront: Seigneur, quand t'avons-nous vu avoir faim, et t'avons-nous donné à manger; ou avoir soif, et t'avons-nous donné à boire?
Quand t'avons-nous vu étranger, et t'avons-nous recueilli; ou nu, et t'avons-nous vêtu?
 Quand t'avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi?
 Et Jésus leur répondra: Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous les avez faites.
Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous n'avez pas fait ces choses à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous ne les avez pas faites. »

LA FOI DECANTEE 
Pierre de Locht, chanoine malgré lui, pensait que le message de Jésus pouvait se décanter ainsi : Mathieu XXV et la parabole du bon Samaritain. « Paix aux hommes de bonne volonté » dont il était une  lumineuse incarnation.
MG

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