samedi 5 décembre 2020

Forces de l’ordre ou forces aux ordres : les policiers dans le piège des politiques

Marianne
Edito
Par Natacha Polony

"Les policiers méritent mieux que ce rôle de rempart contre le changement, qu’on essaye de leur faire jouer", affirme Natacha Polony, directrice de la rédaction de "Marianne", dans son édito.
On appelle ça un fiasco. L’insupportable agression de Michel Zecler par des policiers hors de contrôle a ébranlé à juste titre un pays en pleine interrogation sur certaines pratiques de ses forces de l’ordre. Mais elle ne fait que s’ajouter à un climat parfaitement délétère dans lequel un ministre aux ambitions peu discrètes instrumentalise autant qu’il le peut la souffrance et les amertumes des policiers. Pendant ce temps, les médias s’interrogent doctement sur la double question qui leur semble la plus brûlante : doit-on parler de « violences policières » et ce mot implique-t-il un caractère « systémique » desdites violences ?
Il semble extrêmement difficile à certains de concevoir que les policiers puissent être en même temps auteurs et victimes de violences ; voire que les deux phénomènes se répondent et s’alimentent, de sorte qu’en nier une des dimensions interdit de régler le problème. Les images d’un policier quasi lynché place de la Bastille, lors des manifestations contre la loi « Sécurité globale », ne sont pas plus acceptables que celles du déferlement de haine (potentiellement raciste, ce que l’enquête déterminera) contre Michel Zecler.
COMMENT EN ARRIVE-T-ON LÀ ?
Comment en arrive-t-on là ? Les explications techniques n’ont rien de négligeable. L’absence de formation, le recrutement bâclé dans une profession mal payée et n’apportant plus la moindre reconnaissance sociale, la baisse de l’encadrement liée, elle aussi, aux économies de bouts de chandelle d’un État occupé à réduire les coûts pour compenser une inflation bureaucratique endémique et les conséquences de l’optimisation fiscale des grands groupes : tout se conjugue. Le recul de l’État sur ses missions régaliennes, le sous-investissement chronique, sont apparus au grand jour concernant l’hôpital public, mais l’école, la police comme la justice en sont également victimes. Marianne a de nombreuses fois décrypté ce phénomène qui veut que la désindustrialisation engendre des dépenses sociales dont le prix est la mobilisation du produit des prélèvements obligatoires pour garantir le modèle social français et éviter des poches de pauvreté. Les conséquences sont on ne peut plus concrètes. Des policiers livrés à eux-mêmes, incapables de réagir correctement dans une situation de stress.
Dans une société démocratique, les forces de l’ordre sont les instruments de la puissance publique pour garantir le respect des lois délibérées en commun.
Il ne peut y avoir de véritable confiance des citoyens en une institution fragilisée, privée des moyens nécessaires à l’accomplissement de ses missions. Mais s’y ajoute aussi la réaction des policiers aux violences qu’eux-mêmes subissent quotidiennement, eux qui sont laissés en première ligne, chargés de compenser les lâchetés et les carences du pouvoir politique. Ces quartiers abandonnés aux trafics, dans lesquels les agents de l’État, mais aussi les pompiers ou les médecins, subissent de véritables guets-apens sont le miroir de notre démocratie. Tant que des policiers se feront insulter quotidiennement et ravaleront leur rage de voir des délinquants les narguer, tant que des citoyens vivront sous la coupe de ces trafiquants et subiront ce qui se transforme en guerre de territoire, les relations entre la police et la population ne pourront être apaisées.
FLATTER LES SYNDICATS, S’EN PRENDRE  AUX LIBERTÉS, DANGEREUX RÉFLEXE
C’est toute l’erreur d’un ministre de l’Intérieur qui croit que flatter les syndicats et accéder à leur demande d’empêcher de filmer les policiers limitera la haine et les menaces dont ils sont l’objet. Impuissant à nettoyer cet égout que sont les réseaux sociaux, le gouvernement s’en prend aux libertés. Dangereux réflexe. Et hautement révélateur. L’option retenue est systématiquement celle d’un autoritarisme brutal qui est destiné à masquer le nœud du problème.
Dans une société démocratique, les forces de l’ordre sont les instruments de la puissance publique pour garantir le respect des lois délibérées en commun. Les citoyens et les policiers sont dans le même et unique camp : celui de la communauté nationale. Cependant, que le pouvoir vienne à être perçu par une part croissante du corps politique comme étant illégitime, ou comme n’œuvrant pas dans le sens des intérêts du plus grand nombre, et c’est tout l’équilibre qui est rompu. La façon dont ont dégénéré les manifestations des « gilets jaunes » est à la fois le révélateur et l’accélérateur d’une crise dans laquelle les policiers ne sont que les instruments d’un pouvoir politique théorisant la nécessité de mater des « factieux ». On ne traite pas avec des factieux. On n’apporte pas de réponse politique. On réprime. À coups de matraque ou de LBD.
Les policiers méritent mieux que ce rôle de rempart contre le changement, qu’on essaye de leur faire jouer.
Il y a déjà plusieurs années que des groupuscules violents infiltrent des manifestations pour semer le chaos. Mais ils sont aidés par la déstructuration, l’atomisation, qui n’est rien d’autre que le programme néolibéral théorisé par Margaret Thatcher (« La société ? Ça n’existe pas ! Il n’y a que des individus hommes et femmes, et des familles »). Car ils s’infiltrent grâce à l’effacement des syndicats, des partis politiques et de toutes les institutions, effacement qui crée ce face-à-face mortifère entre les citoyens et un pouvoir délégitimé, enfermé dans sa défense d’un système contre lequel votent ces mêmes citoyens. Les policiers méritent mieux que ce rôle de rempart contre le changement, qu’on essaye de leur faire jouer.


"IL EST LE SEUL RESPONSABLE DE CE MERDIER" : CES CINQ MOIS OU DARMANIN A FAIT NAITRE LE FEU A BEAUVAU

Par Laurent Valdiguié Marianne

En dix jours, tout a changé. Emmanuel Macron et sa majorité tempêtent contre l’article 24 de la loi “sécurité globale”. Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, aux prises avec les violences policières, a été prié d’avaler son képi...
Il s’est battu pour l’avoir. Il a eu à l’arraché. Et, maintenant, le voilà dans le piège de Beauvau. Coincé entre sa promesse d’ordre et le déshonneur des bavures. Le premier flic de France tangue. « Il a pris la grosse tête. Darmanin est le seul responsable de ce merdier, il a très mal ficelé cet article 24, qui est une connerie sans nom. Résultat, le président est furieux » assure un poids lourd de la majorité. En moins de quinze jours, la réputation du ministre de l’Intérieur a été écornée, étalonnée sur celle de la maison police, laquelle est aujourd’hui sur le banc des accusés. « Les images que nous avons tous vues de l’agression de Michel Zecler sont inacceptables. Elles nous font honte » a cinglé Emmanuel Macron vendredi 27 novembre, au lendemain de la diffusion de cette sordide vidéo de hall enfumé où pleuvent les coups. Les policiers cogneurs, à l’issue de leur garde à vue, ont été mis en examen, notamment pour « violences volontaires », et deux d’entre eux ont été écroués.
"TOUTE CETTE SÉQUENCE EST DÉSASTREUSE"
« Toute cette séquence est désastreuse » admet un proche du ministre. Et cela va laisser des traces durables. D’autant que cet épisode a largement contribué à la mobilisation du dernier week-end de novembre contre l’article 24 et pour la liberté d’expression. « On n’a pas su communiquer sur ce texte » confie le député de Gironde Éric Poulliat, spécialiste des questions de sécurité au sein de LREM. Dès lundi 30 novembre au matin, comme lui, plusieurs députés LREM ont tiré le signal d’alarme : « Cet article 24 est déjà mort, il faut d’urgence éviter d’entrer dans un cycle des manifs du samedi ! » a plaidé Poulliat. À midi, le président a réuni, autour du Premier ministre, les ministres de l’Intérieur, de la Justice et de la Culture. « J’aurais bien aimé ne pas découvrir en regardant la télévision que le procureur tenait une conférence de presse » a grincé Emmanuel Macron, appelant l’équipe gouvernementale à davantage « de cohésion ». Christophe Castaner a été désigné pour enterrer l’article 24 au plus vite et annoncer sa « réécriture ». « Il y avait le feu, on espère que l’incendie est éteint » résume un ministre. Balles neuves. Gérald Darmanin reste au service…


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
SALE TEMPS POUR LA MACRONIE

« Dans une société démocratique, les forces de l’ordre sont les instruments de la puissance publique pour garantir le respect des lois délibérées en commun. Les citoyens et les policiers sont dans le même et unique camp : celui de la communauté nationale. Cependant, que le pouvoir vienne à être perçu par une part croissante du corps politique comme étant illégitime, ou comme n’œuvrant pas dans le sens des intérêts du plus grand nombre, et c’est tout l’équilibre qui est rompu. La façon dont ont dégénéré les manifestations des « gilets jaunes » est à la fois le révélateur et l’accélérateur d’une crise dans laquelle les policiers ne sont que les instruments d’un pouvoir politique théorisant la nécessité de mater des « factieux ». On ne traite pas avec des factieux. On n’apporte pas de réponse politique. On réprime. À coups de matraque ou de LBD. »( Natacha Polony) 
Police et justice sont les pieds d’argile de la macronie.
Gégé Darmaninle Sarkozy aux petits pieds qui fut nommé par l’Elysée pour remettre de l’ordre dans les rues et les territoires « a pris la grosse tête. Darmanin est le seul responsable de ce merdier, il a très mal ficelé cet article 24, qui est une connerie sans nom. Résultat, le président est furieux » assure un poids lourd de la majorité.
Autrement dit, le Président est en terrain découvert et il a devant lui à peine deux ans pour montrer aux Français qu’il est leur ultime recours.
On se demande comment Macron va réussir à reprendre la main après les violences policières. D’autant que la sortie de   « Flic » le bouquin dans lequel Valentin Gendrot raconte son immersion dans un commissariat de quartier qui est résonance avec les récents dérapages va en rajouter une couche.
Il est de plus en plus difficile de faire des pronostics dans in climat politique où règne l’improbable et l’incertain. Il n’empêche que Macron voit ses chances de remporter un second mandat fondre comme neige au soleil. 
MG  



INFILTRE DANS LA POLICE, UN JOURNALISTE RACONTE:«J’AI ASSISTE A DES TABASSAGES»

«Une partie de la population vous déteste d’emblée parce que vous portez un uniforme», affirme Valentin Gendrot. - AFP.

Par Joëlle Meskens Le Soir
 
Pendant près de deux ans, le jeune journaliste français Valentin Gendrot a infiltré la police. Il y a découvert un racisme banalisé et une violence qui passe sous les radars.
Dans votre livre, paru en septembre, vous décriviez déjà la violence et le racisme dans la police. Qu’avez-vous vu, lorsque vous étiez contractuel dans un commissariat du 19e arrondissement de Paris, un quartier populaire ?
Dans ma brigade, il y avait 32 policiers. Parmi eux, cinq ou six avaient des comportements racistes et violents. Une minorité, donc, mais qui jetait le discrédit sur la police républicaine. Le problème, c’est que ces policiers ne sont pas révoqués. Il y a dans la police une logique corporatiste qui consiste à ne pas dénoncer. C’est un clan où les traîtres n’existent pas. Où dénoncer ces comportements, c’est prendre le risque d’être victime d’intimidations.
Vous avez assisté à des tabassages, des actes de racisme…
Les violences policières auxquelles j’ai assisté se passent en grande majorité sous les radars. A aucun moment on n’en parle dans les logiciels écrits ou sur les ondes radio de la police. Ce sont des violences qui se passent en garde à vue ou dans un fourgon. J’ai assisté à trois ou quatre tabassages. Systématiquement, il s’agissait de migrants, de jeunes Arabes ou de jeunes Noirs. Ces violences étaient toujours le fait des mêmes policiers, une minorité, mais les autres ne les dénonçaient pas.
Ces personnes, écrivez-vous, sont qualifiées de « bâtards »…
C’est un mot générique qui désigne les jeunes hommes noirs ou arabes et les migrants. Quand j’ai entendu ça en arrivant, j’ai été extrêmement choqué. Le pire, c’est qu’au bout de trois ou quatre mois, je me suis mis moi aussi à utiliser ce mot extrêmement raciste pour faire comme les autres ! C’était devenu presque banal. Je me souviens qu’un jour, lors d’un contrôle routier, l’un de mes collègues s’est tourné vers moi au passage d’une Smart qui circulait tout à fait normalement. Il m’a dit   : «   On va contrôler cette voiture-là parce qu’il y a deux beaux bâtards à l’intérieur.   » Ces hommes n’ont été contrôlés que parce qu’ils étaient noirs. Leur couleur de peau était un signe de délinquance potentielle ou présumée.
L’un des problèmes, c’est l’absence de formation ?
Et le déficit d’encadrement pour les jeunes policiers qui auraient besoin d’un tuteur. J’ai passé le concours pour devenir policier contractuel. Ce poste d’assistant des gardiens de la paix (les policiers titulaires) a été créé à la fin des années 90 pour permettre à des gens sans qualification de devenir policier. Ce statut est obtenu après une formation express qui ne dure que trois mois. Je suis sorti de ce bref séjour en école de police avec une habilitation à porter une arme. Tous les candidats qui étaient avec moi l’ont obtenue, après quelques cours de tir !
Vous dites que non seulement cette formation est trop courte, mais qu’elle est mal adaptée…
On apprend à faire des contrôles routiers, des patrouilles, du menottage, de la palpation. Mais très peu sur le code de déontologie, le devoir de réserve, etc. Trois heures seulement sont consacrées aux violences conjugales (et encore : on a passé deux heures à voir le film Mon roi de Maïwenn) ! Alors que les violences intrafamiliales représentent, avec les conflits de voisinage, l’essentiel des interventions d’un commissariat de quartier. Le jour de mon arrivée au commissariat, une femme de 70 ans environ s’est présentée en disant qu’elle avait reçu des menaces de mort de son mari. Un collègue lui a répondu : « Madame, si ça recommence, revenez nous voir. »
Votre livre n’est pourtant pas un réquisitoire. A décharge, vous décrivez une profession en proie à un profond mal-être. Comment l’avez-vous perçu ?
Ce mal-être est très important. Une partie de la population vous déteste d’emblée parce que vous portez un uniforme. Dans les manifestations, on entend ce slogan : « Tout le monde déteste la police » ou même « Suicidez-vous ! » C’est d’une violence inouïe pour un policier d’entendre ça. D’autant que la police est un métier à risque, où la violence est omniprésente et l’atmosphère, anxiogène. Ce n’est pas rien d’entamer sa journée en restant plusieurs heures dans un appartement ou quelqu’un est mort. Ni de devoir garder un commissariat quand il fait nuit noire, que personne ne passe et que vous portez un gilet pare-balles de quinze kilos. Tous les rapports que vous avez avec la population sont empreints de violence : on vous rapporte des vols, des agressions, des coups.
D’autant plus dur pour de jeunes policiers dont c’est le premier poste ?
A Paris et en Ile-de-France, personne ne veut aller. Donc on envoie de jeunes provinciaux de classe populaire ou de classe moyenne qui se sentent déracinés. Quand vous êtes originaire de Valenciennes et que vous débarquez en Seine-Saint-Denis, ce n’est pas du tout la même vie et pas du tout les mêmes interventions. C’est à cela qu’on perçoit le mal-être. Et dans les conditions de travail. Dans le commissariat du 19e, il y a des fuites partout, les néons ne sont pas changés, les toilettes sont bouchées pendant des semaines. Le matériel fourni par l’administration est de si mauvaise qualité que vous achetez votre propre matériel, sur vos deniers personnels. Avec un salaire de contractuel de 1.300 euros net par mois.
La dépression, le suicide, vous les avez vus de près ?
J’ai été policier en 2019. Cette année-là, l’une des pires depuis vingt ans, il y a eu 59 suicides. Dont un dans mon arrondissement. Les policiers sont, après les agriculteurs, les plus touchés par le suicide. Quant aux psys, il n’y en a pas ou très peu. Un seul pour trois commissariats. Vous voyez des choses traumatisantes, mais vous n’êtes pas suivi.
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L’article controversé de la future loi sur la sécurité globale est censé protéger les policiers menacés dans leur intégrité physique ou psychique. Qu’en pensez-vous ?
Ces menaces, je ne les ai pas directement ressenties. Les policiers prennent déjà des mesures pour se protéger. En école de police, on apprend qu’il ne faut pas habiter sur le lieu où on travaille. Pour ne pas croiser dans la queue d’un supermarché quelqu’un que vous avez interpellé et avec qui ça s’est mal passé. Sur les réseaux sociaux, les policiers ne sont généralement présents que sous pseudo. Et dans les manifestations, le visage des CRS (compagnies républicaines de sécurité, NDLR) est très dissimulé. Cela pourrait être vos voisins, vous ne les reconnaîtriez pas.
Interdire la diffusion d’images de policiers vous paraît inutile ?
Non seulement c’est une atteinte à la liberté de la presse, mais si les policiers font correctement leur travail, ils n’ont pas de raison d’être embêtés. Le lien de confiance entre la police et la population est déjà très détérioré et un article comme celui-là ne fait qu’accroître la défiance.
D’où vient cette tension permanente en France entre la police et sa population ?
La disparition de la police de sécurité lorsque Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur a contribué à aggraver les tensions. Ce n’était peut-être pas la panacée mais il y avait d’autres contacts avec la population que lors des interventions, souvent brèves et pleines d’adrénaline. Il n’y a plus d’espace pour des discussions apaisées. Je me souviens qu’avec des collègues policiers, nous nous sommes retrouvés un jour face à une bande de jeunes au bas d’un immeuble. Il y avait de la défiance de part et d’autre. Personne n’est allé vers l’autre.
En France, parler de ce sujet est aussi empreint de beaucoup de manichéisme…
Vous avez d’un côté une extrême gauche très antiflics et de l’autre des policiers, des syndicats et un ministre de l’Intérieur qui sont dans le déni de réalité. C’est inhérent à l’histoire du pays. Les rapports avec la police ont toujours été un sujet explosif.
Pour des raisons historiques ?
Il y a des tas d’événements qui expliquent ces tensions. La répression contre les manifestations des indépendantistes algériens en 1961 et 1962 (plusieurs dizaines et même peut-être plusieurs centaines de morts, les bilans n’ont jamais été clairement établis, NDLR), Mai 68, la mort du jeune Malik Oussekine en 1986 en marge d’une contestation étudiante. En remontant plus loin, il faut se souvenir de la police coloniale dans les années 30. L’organisation de la police telle qu’on la connaît encore aujourd’hui a été mise en place pendant le gouvernement de Vichy. C’est un lourd héritage historique qui ne favorise pas une approche apaisée.
 «Flic», Valentin Gendrot, Ed. Goutte d’or, 330p., 18€.
Valentin Gendrot, «embedded»
JO.M.
A 32 ans, le journaliste n’en est pas à sa première infiltration. Il s’était déjà notamment immiscé chez Lidl, pour un numéro de Cash Investigation, sur France 2. « La meilleure façon de s’approcher au plus près du réel », dit-il à propos de cette technique « embedded ». En dissimulant sa véritable profession, Valentin Gendrot a passé deux ans en tout au sein de la police. Trois mois en école, quinze mois à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police et le reste dans un commissariat de quartier. Il était encore aux études quand Florence Aubenas a publié Le Quai de Ouistreham (éditions de L’Olivier), un livre magistral dans lequel la journaliste racontait son expérience comme travailleuse précaire. Mais il cite aussi d’autres références comme Gunter Wallraff ou Nellie Bly, pionniers du reportage clandestin. En septembre, à la parution de son livre, Flic, dans lequel il raconte les violences et le racisme mais aussi l’extrême mal-être des policiers, le journaliste avait dû affronter des critiques. Car il avait raconté le passage à tabac d’un mineur de 16 ans sans l’avoir dénoncé. Il persiste et signe aujourd’hui : « Si je l’avais dénoncé, cela aurait signifié la fin de mon infiltration, que je venais de commencer. Au final, je n’ai rien occulté et le fait de me montrer sous un jour qui ne me grandit pas démontre mon honnêteté. Surtout, mon livre ne passe rien sous silence », dit-il.

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