dimanche 13 décembre 2020

Le baromètre de la relance: «On ne pourra pas sauver tout le monde à Bruxelles»


Olivier Willocx, le patron de Beci (patronat bruxellois) anticipe une crise profonde à Bruxelles. Il faudra accepter une réduction de l’offre dans les secteurs les plus impactés. Mais aussi et surtout aider les entreprises les plus aptes à se redéployer.

Comme tant d’autres, l’économie bruxelloise boit la tasse. Mais avec des spécificités qui, parfois, en accentuent la fragilité, comme la dépendance aux navetteurs. Olivier Willocx, administrateur délégué de Beci, préfère se projeter plus loin. Et plaide l’urgence.
L’ECONOMIE BRUXELLOISE PLONGE ?
Nous sommes lourdement impactés, avec des facteurs aggravants : notre positionnement sur l’international (le tourisme, les congrès) et le fait que la moitié des gens qui travaillent à Bruxelles sont des navetteurs, dont un grand nombre sont désormais en télétravail. Le redressement sera long, car il faudra restaurer la confiance et tenir compte des évolutions structurelles – on ne va plus venir travailler à Bruxelles tous les jours, comme avant.
L’HORECA VA SOUFFRIR LONGTEMPS ?
Je comprends que ce sera très difficile à assumer sur le plan politique, mais on ne pourra pas sauver tout le monde. Toutes les activités classiques qui fonctionnaient bien ne vont pas reprendre, et certaines entreprises qui allaient déjà mal avant le premier confinement vont sombrer après le deuxième. S’il y a moins de navetteurs, de touristes, il y aura moins de demande, et maintenir l’offre en l’état ne fera que prolonger les difficultés de tout le monde. Pour sortir de la crise, il faudra accepter une contraction de l’offre, c’est inévitable.
IL NE FAUT PAS TROP PROLONGER LES AIDES ?
Ce ne serait pas sain. Mieux vaut aider les gens à sortir du chômage covid en regardant vers l’avenir. Des moyens doivent être mobilisés, pas seulement publics car les besoins s’expriment en milliards d’euros, pour renforcer les fonds propres des entreprises afin de leur permettre non seulement de se relancer mais aussi de pivoter. On parle de mobiliser l’épargne des citoyens, c’est une bonne idée car certains ont pu thésauriser pendant la crise, mais il faut le faire vite. On ne peut plus se permettre d’attendre des mois pour relancer la machine. On peut aussi imaginer des systèmes de garanties, qui permettraient par exemple de déjà réserver un voyage ou un salon sans trop y perdre si le covid devait à nouveau tout annuler.
SOUTENIR LES PLUS SOLIDES : UN DISCOURS AUDIBLE DANS VOS RANGS PATRONAUX ?
Il y a des grincements, je ne vais pas le cacher. J’ai beaucoup de réunions avec des entrepreneurs, nous travaillons sur la santé mentale des dirigeants qui traversent eux aussi des moments très compliqués. On peut presque déjà deviner aujourd’hui ceux qui vont s’en sortir : ce sont ceux qui ont décidé de tourner la page, de cesser de regretter les cafouillages sur le port du masque, pour réfléchir aux moyens de se relancer dans ce nouvel environnement auquel nous ne pouvons pas échapper. Ce processus porte un nom : c’est la résilience. Il est cruel à certains égards, mais c’est le seul moyen d’avancer.
LE ROLE DES POUVOIRS PUBLICS ?
On ne peut pas tout attendre d’eux, mais au minimum d’instaurer les conditions d’un retour à la confiance. A Bruxelles, tout est compliqué, prend trop de temps, et les messages sont contradictoires. Prenez le péage urbain : tout le monde est gagnant si la pollution et les embouteillages diminuent, mais on en arrive à un couac monumental qui frôle la provocation, au risque de voir des entreprises quitter Bruxelles pour la périphérie ! Si je compare Bruxelles et la Wallonie, je constate qu’au sud du pays, on a mieux compris qu’il faut une relation équilibrée, efficace et constructive avec le monde économique.
LA PERSPECTIVE DU PLAN DE RELANCE N’EST-ELLE PAS POSITIVE ?
L’alignement des planètes est bizarre. Il y a deux éléments positifs : il y a des projets et un financement européen de plusieurs milliards à la clé. Mais vient ensuite cette question essentielle, sans réponse pour l’instant : comment fait-on concrètement ? Prenez la rénovation des bâtiments, qui est un enjeu majeur à Bruxelles, un enjeu majeur sur le plan climatique, et un axe fort du plan de relance : où va-t-on trouver la main-d’œuvre qualifiée ? On compte installer des dizaines de milliers de pompes à chaleur alors que nous avons une pénurie de techniciens et de plombiers ? Il faut des compétences, nous ne les avons pas en suffisance et rien n’est entrepris pour en disposer, alors que nous savons que le taux de chômage va exploser à Bruxelles dans les prochains mois et qu’il va affecter principalement les personnes les moins qualifiées. L’économie numérique est aussi au cœur du plan de relance, mais il y a encore beaucoup à faire en matière de formation sur ce plan. On est en droit de demander aux pouvoirs publics d’anticiper cela.
VOUS AVEZ EVOQUE LA RESILIENCE, MAIS AVANT CELA, C’EST BEL ET BIEN UNE CRISE LONGUE ET PROFONDE QUI MENACE…
L’angoisse est terrible pour le moment, les menaces de faillites l’an prochain sont immenses, la pression s’accentue non seulement sur les personnes les plus fragiles mais aussi sur la classe moyenne. La pauvreté va croître et va accentuer les extrêmes. On voit bien que la perspective de disposer d’un vaccin ne va pas tout résoudre, et que les craintes portent déjà sur l’éventualité d’une troisième vague. Dans ce contexte, soit on continue de se plaindre, de regretter le passé, soit on anticipe et on se projette dans l’avenir. Les entreprises ont leur rôle à jouer mais il leur faut de la confiance, une feuille de route. La pire des choses serait que Bruxelles devienne la caricature de ce qu’il faut éviter.
BRUXELLES A ETE MOINS TOUCHEE PAR LE PREMIER CONFINEMENT MAIS A REDEMARRE MOINS VITE
L’Institut bruxellois de statistique et d’analyse met en lumière les particularités de la Région bruxelloise lors de la crise du Covid
Dans son dernier baromètre conjoncturel, l’Institut bruxellois de statistique et d’analyse (IBSA) s’est penché sur l’impact de la crise du Covid sur l’économie bruxelloise. La Capitale n’est pas une île. Comme les autres entités du pays, elle a bien sûr fortement souffert du premier confinement. Néanmoins, les résultats des enquêtes de l’Economic Risk Management Group (ERMG) montrent qu’elle a été relativement épargnée, grâce à la surreprésentation du secteur tertiaire sur son territoire. L’activité économique bruxelloise a été soutenue par la présence importante de secteurs peu touchés par la crise comme l’administration publique et le secteur bancaire tandis que l’industrie manufacturière, touchée de plein fouet, a moins pesé vu sa faible présence.
L’IBSA constate aussi que ce différentiel régional a eu tendance à s’estomper avec la reprise observée après le premier confinement. La réouverture progressive de l’horeca, des secteurs de la culture et de l’événementiel n’a pas eu le même effet dans les trois Régions. A Bruxelles, le redémarrage a été plus lent car la demande pour ces secteurs y est plus dépendante des navetteurs et des touristes, dont les déplacements sont restés fortement limités. L’impact de ce phénomène ne doit cependant pas être exagéré. Ces secteurs pour lesquels la dimension « contacts sociaux » est particulièrement prépondérante (événementiel, récréatif, horeca) ne représentent qu’une faible partie de l’activité économique bruxelloise : 3 % de la valeur ajoutée régionale et 6 % en termes d’emplois, selon l’IBSA.
Des petites structures plus dépendantes à la demande extérieure
Comme cela a déjà été souligné, ce sont les indépendants et les petites entreprises qui souffrent le plus. Ils n’ont pas bénéficié de l’embellie observée à la mi-mai. Les résultats de l’enquête ERMG du 21 octobre montrent que les indépendants bruxellois enregistrent toujours une diminution de 42,7 % par rapport à leur chiffre d’affaires d’avant-crise et les entreprises de 1 à 10 employés, de 43,4 %. Là encore, la Région bruxelloise est touchée de manière plus importante qu’au niveau belge, note l’IBSA. En cause : « La forte dépendance de ces petites structures à la demande extérieure. L’absence des navetteurs et des touristes a un impact non négligeable sur leurs activités ».
Outre l’horeca et l’événementiel – des secteurs « fortement fragilisés » – l’IBSA attire aussi l’attention sur la situation des secteurs du commerce de gros et de la vente au détail de produits non alimentaires, qui pèsent 9 % de la valeur ajoutée et 8 % de l’emploi de la Région. Ces secteurs à intensité moyenne de contacts sociaux ont été en première ligne au printemps lors de la fermeture des commerces non essentiels. Leurs activités ont nettement (mais partiellement) rebondi à la faveur de l’assouplissement des mesures mais ils présentent « un risque important de rechute » suite au reconfinement partiel de l’automne.
UN CHOMAGE A LA HAUSSE
Pour atténuer la rechute de l’activité économique, la Région peut heureusement compter sur les secteurs peu dépendants des contacts sociaux comme les services bancaires et d’assurance, le conseil aux entreprises, les ressources humaines. Ils totalisent à eux trois près d’un tiers de la valeur ajoutée et un quart de l’emploi bruxellois et devraient dès lors se positionner comme « le moteur de l’économie bruxelloise ».
La crise du Covid a tardé à se concrétiser dans les courbes du chômage bruxellois. Grâce aux mesures prises par le gouvernement fédéral (accès facilité au chômage temporaire, moratoire sur les faillites, droit passerelle…), le nombre de demandeurs d’emploi inoccupés a même continué à diminuer jusqu’en juillet. Il est depuis lors reparti à la hausse (+2,1 % en août, +2,9 % en septembre et +2,7 % en octobre), ce qui n’était plus arrivé depuis 5 ans. Une hausse qui concerne principalement les jeunes, qui sont plus souvent sous contrat temporaire et qui, s’ils viennent d’être diplômés, ont plus de mal à être concurrentiels sur le marché du travail. Si l’IBSA estime que sur l’ensemble de 2020, l’impact de la crise du Covid-19 sur le marché du travail bruxellois restera très modéré, elle ajoute que « cela ne sera probablement pas le cas en 2021 ».


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
BRUXELLES SOUFFRE  ET SOUFFRIRA DE PLUS EN PLUS

On l’a dit et répété la crise de la Covid se résorbera quand on aura enfin un vaccin. Le vaccin est annoncé et rien ne semble vraiment changer. Les Bruxellois se préparent à célébrer « les fêtes » dans la morosité. Dans un système social fondé sur la consommation à outrance, tout s’effondre quand la consommation se tasse sans perspective de relance à l’horizon.
Bruxelles est à l’arrêt pour longtemps et les pouvoirs publics s’avèrent particulièrement impuissants à restaurer la confiance. Ce sont les indépendants et les petites entreprises qui souffrent le plus, autrement dit la classe moyenne qui participe pour  l’essentiel au bien être bruxellois. La pauvreté va croître encore et accentuer les extrêmes.
Pourquoi les pouvoirs publics semblent-ils incapables d’instaurer les conditions d’un retour à la confiance. « Prenez le péage urbain : tout le monde est gagnant si la pollution et les embouteillages diminuent, mais on en arrive à un couac monumental qui frôle la provocation, au risque de voir des entreprises quitter Bruxelles pour la périphérie ! »
« Prenez la rénovation des bâtiments, qui est un enjeu majeur à Bruxelles, un enjeu majeur sur le plan climatique, et un axe fort du plan de relance : où va-t-on trouver la main-d’œuvre qualifiée ? »
Autrefois les Wallons comme le Flamands ont souhaité « dégraisser Bruxelles » en l’enfermant dans un carcan de 19 communes jalouses de leurs petits privilèges. Il eut fallu assurer à Bruxelles  une aire urbaine  métropolitaine équivalent en surface aux deux Brabants, le flamand et le wallon pour lui assurer une viabilité ainsi que l’a réussi Lille ou Barcelone ou Berlin. La preuve est faite par le Covid que Bruxelleke limitée à ses 19 communes sans hinterland intégré est à terme invivable.
MG

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