samedi 19 décembre 2020

Nuisances rurales: «Les bobos veulent du bio dans leur assiette mais pas à côté de chez eux!»


RÉCIT - L’éleveur bio Fabien Le Coidic se bat pour s’installer à Adainville dans les Yvelines. Son permis de construire a été jugé légal, mais ses voisins, dont l’éditrice Odile Jacob, dénoncent des «nuisances sonores, olfactives, visuelles et sanitaires».
Par Stéphane Kovacs
L’agriculteur et sa femme viennent d’acquérir 43 hectares à Adainville, village de 760 âmes à l’orée de la forêt de Rambouillet. 
C’est un litige qui a semé l’indignation chez les agriculteurs: «Les bobos veulent du bio dans leur assiette mais pas à côté de chez eux!», s’est offusquée la chambre d’agriculture d’Île-de-France. Vendredi, le tribunal administratif de Versailles a tranché: le permis de construire déposé par un éleveur bio de vaches bretonnes a été jugé légal. Malgré la requête en référé de trois voisins, dont l’éditrice Odile Jacob, qui invoquaient des «nuisances sonores, olfactives, visuelles et sanitaires». Mais Fabien Le Coidic va-t-il pouvoir commencer ses travaux? «Sa crainte est d’avoir, en face, une guérilla judiciaire», indique son conseil, Me Timothée Dufour. L’avocate de l’éditrice, Me Corinne Lepage, confirme d’ores et déjà le recours au fond.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
NIMBY (NOT IN MY BACK YARD - SURTOUT PAS CHEZ MOI)

Acronyme tiré de l'anglais traduit par "pas dans mon arrière-cour" ou "pas dans mon jardin" ou "surtout pas chez moi". Le syndrome NIMBY désigne l'attitude fréquente qui consiste à approuver un projet pourvu qu'il se fasse ailleurs, ou à refuser tout projet à proximité de son lieu de résidence.
D'après Rémy Vigneron (2018), c'est le géographe étasunien Mike Davis qui a popularisé le terme dans son ouvrage City of quartz : Los Angeles, capitale du futur (1990), dans lequel il décrit la municipalisation des quartiers de l'agglomération comme moyen pour les « communautés » locales de s'organiser contre tout ce qu'elles considèrent comme une nuisance, y compris dans une optique raciale.
L'expression a eu un tel succès qu'elle a inspiré des dérivés tels que le NIMEY : Not In My Election Year (Pas dans mon année électorale !)
 Le syndrome BANANA (Build Absolutely Nothing Anywhere Near Anything : non aux constructions, quelles qu'elles soient, où qu'elles soient) est plus radical et est employé le plus souvent pour critiquer l'opposition de certains groupes de pression à tout aménagement. Il  a aussi inspiré d'autres acronymes opposés comme Yimby (Yes In My Back Yard) ou Bimby : Build In My Back Yard, un mode opératoire d'urbanisme promouvant la densification résidentielle. 
Un exemple type de protestations locales est la volonté populaire qui s’oppose à des projets de production énergétique marine renouvelable (éoliennes, hydroliennes...).
On est partisans de casse vitesses (gendarmes couchés) mais surtout pas devant sa maison.
Il faut bien dire que la colère des bobos contre les nuisances de l’agriculture écologique est singulièrement caricaturale. En revanche le mouvement de boycot des méga fermes d’ élevages intensif en Flandre est tout à fait justifiable.
De plus en plus de mega hangars d’élevage sont construits en Flandre, de la Campine aux profondeurs de la Flandre occidentale. Ces projets de grande envergure, suscitent aujourd'hui de nombreuses et vives protestations de quartier en Flandre, tout comme aux Pays-Bas. 
La Flandre compte 42 millions de poulets et 5,7 millions de porcs. Cela fait de la région l'une des plus grandes concentrations de bétail en Europe. Divers investissements sont prévus, entre autres, dans en Campine  ey dans la province de Flandre occidentale.
Les éleveurs de volailles et de porcs construisent des hangars de plus en plus grands. Pour les agriculteurs, les économies d'échelle résultent d’une logique économique qui vise à rentabiliser les investissements, mais les  méga installation d’élevage  se heurtent à l’opposition des riverains.
De nombreux habitants de la région s’unissent au sein de divers groupes d'action pour empêcher leur construction. 
Les habitants redoutent que la poussière fine et l'azote des méga élevages  ne nuisent à leur santé. Ils craignent également les émissions d'ammoniac et les odeurs et ils déplorent que ces maga hangars ne s'intègrent pas dans les paysages historiques.
L’énorme consommation d’eau de ces mastodontes  pourrait également avoir un impact sur les eaux souterraines, qui pourraient chuter d'un mètre et demi à certains endroits. 
Selon les habitants, les "usines à bétail" ne s'intègrent pas dans un paysage historique rempli de fermes et de centres de villages protégés.
 Enfin, les résidents locaux estiment que les bénéfices de quelques entreprises ne devraient pas l'emporter sur les risques et les inconvénients pour la santé d'un grand groupe de personnes.
Nous avons eu tendance à délocaliser vers l’Asie l’essentiel de la production industrielle. Pour l’agriculture, c’est beaucoup plus compliqué.
MG 

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