mardi 22 décembre 2020

Polémique autour d'un contrôle policier à Waterloo, la défaite d'un certain esprit collectif

Le Soir 

La violence à laquelle nous avons assisté sur la vidéo de l’intervention policière à Waterloo est inacceptable en regard d’un simple contrôle de confinement.

Nous ne savons pas précisément ce qu’il s’est passé vendredi à Waterloo lors d’un contrôle covid qui a mal tourné. La famille incriminée a sa version, la police la sienne. Nous ne savons pas davantage pourquoi les policiers ont jugé nécessaire d’intervenir en nombre, ni dans quelles conditions a été réalisée la vidéo qui les accable sur les réseaux sociaux. L’affaire sera portée devant le tribunal. Le juge tranchera.
Une chose est sûre en revanche : la violence à laquelle nous avons assisté sur cette vidéo est inacceptable en regard d’un simple contrôle de confinement. Qu’il y ait eu des invectives lancées aux policiers et que des coups leur aient été portés selon le procureur ne justifient en rien ce qui ressemble furieusement à un dérapage. Dérapage puisqu’il y a eu un usage disproportionné de la force physique, mais aussi verbale, dans le chef de la police.

Sang-froid et discernement
Personne ne conteste la difficulté du travail de policier. Mais un policier doit aussi être capable de sang-froid et de discernement. C’est le fondement même de ce job particulier, mi-puissance mi-sacerdoce, qui consiste à faire respecter la loi. Il exige d’être irréprochable. Toutefois, tous les chefs de corps vous le diront : les hommes sont trop peu nombreux et épuisés. Si l’antiterrorisme s’est ajouté à leur charge de travail pendant plusieurs années, le covid a désormais pris le relais.
Le gouvernement De Croo a prévu de recruter annuellement 1.600 policiers supplémentaires. Mais ce sang neuf ne constituera jamais une réponse aux inquiétudes qu’engendrent légitimement les entorses faites à l’Etat de droit au nom de la lutte contre le coronavirus.
Un échec collectif
L’intervention policière de Waterloo est d’abord un échec collectif, une aubaine pour ceux qui veulent démontrer que les mesures sanitaires ne sont pas affaire d’adhésion, mais de crainte et de contraintes.
Cette affaire nous dit également combien nos libertés sont fragiles. L’urgence, estime le Conseil d’Etat, justifie pour l’heure que l’on accepte au nom de la lutte contre la pandémie ce qu’on n’aurait jamais accepté il y a un an. Soit. Mais puisque l’urgence va ici de pair avec la coercition, ceux qui l’ont instituée devraient au moins s’inquiéter de l’entourer de précautions dignes d’un Etat démocratique. Il est beaucoup question de nouveaux contrôles policiers à la sortie des Comités de concertation : chez les particuliers, aux frontières, dans nos rues mises sous couvre-feu. Trop peu de moyens humains. Trop peu de pédagogie sur le terrain.
« La victoire obtenue par la violence est une défaite, car elle est momentanée. » Le propos de Gandhi est à méditer. Il ne faudrait pas que les armes avec lesquelles on veut vaincre la maladie ne finissent par blesser durablement la société elle-même.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
REACTIONS DISPROPORTIONNEES
LE WATERLOO DE L’URBANITE

Tout le monde le monde est sur les nerfs. On n’en peut plus de ce confinement, de nos villes fantomatiques, de cette deuxième vague qui en annonce une troisième, de ces 20.000 mutations d’un virus qui en prépare d’autres, de la montée des tous les périls, bref de cette peste mentale qui gangrène nos cerveaux et nous fait prendre conscience de l’immense fragilité  de nos vies face à la grande mutation de civilisation qui nous frappe de plein fouet. La famille n’en pouvant plus de l’isolement a organisé un rassemblement illicite, c’est inacceptable mais compréhensible.  La police a perdu la maîtrise d’elle-même, c’est compréhensible mais inacceptable. Je ne voudrais être dans la peau ni de la famille ni des policiers violents. Surtout je ne voudrais pas être le salopard qui, tapi dans l’ombre, à dénoncé le rassemblement en appelant la police. Ce comportement dilatoire est carrément révoltant et il y a quelque raison de penser qu’il va se banaliser à l’occasion des fêtes de tous les dangers. Avez-vous remarqué combien les gens sont devenus agressifs, dans le métro, à la poste, partout, devant les caisses et en rue, dans le trafic surtout. Avez-vous remarqué combien le climat urbain manque soudain d’urbanité, cette politesse citadine qui rendait le vivre en ville tellement séduisant. L’air de la ville rend libre, disait-on, par opposition un côté oppressant des relations sociales au village.
Désormais, l’air de la ville nous rend méchants. C’est vraiment le Waterloo de la courtoisie et de l’urbanité.
De même que dans les années folles d’après guerre les gens rechercheront fébrilement les contacts sociaux.
Tout comme la grippe espagnole en 1918, cette pandémie sera suivie d'une décennie débridée, insensée C'est ce que prédit Nicholas Christakis, épidémiologiste de l'université américaine de Yale.
Il y a presque un an que  le SRAS-CoV-2 a été identifié par des virologistes chinois. Depuis, le virus a eu des répercussions délétères. L'activité économique s’est effondrée, nos vies ont changé radicalement : voyager, faire la fête, rencontrer sa famille et ses amis, tout ça c’est terminé. Ce qui nous tombe dessus  peut nous  sembler singulier,  contre nature. Faux ; les épidémies à grande échelle ne sont vraiment pas une nouveauté. Simplement, c’est très nouveau pour nous.
Les gens réagissent de la même manière à chaque fois, Christakis dans The Guardian : "Nos contemporains  se révèlent plus religieux,  s'abstenant  de toutes sortes de plaisirs, ils deviennent radins , prennent moins de risques. 
A chaque épidémie, l'économie plonge ; on  accuse le gouvernement de ralentir la croissance, de fermer des écoles et des restaurants. C'est le virus qui provoque ces phénomènes qui se sont répétés dans les civilisations anciennes  en proie à la peste et autres funestes fléaux.
Toute pandémie a une fin avec explosion des contacts sociaux intensifs. "Devenus  soudain moins  religieux, les gens investiront dans leur vie sociale, dépenseront plus d'argent et  se libéreront sexuellement.  Cafés, boîtes de nuit bondés et stades pris d’assaut, renaissance culturelle... Tout ce dont nous rêvons depuis un an. »
Nous devrons sans doute être patients au moins jusqu'en 2024 avant que la fête ne commence vraiment. Les vaccins doivent agir et la société doit se remettre de la crise socio-économique.
Patience donc !
MG   

INCIDENTS LORS D'UN CONTROLE COVID A WATERLOO: LE «RAS LE BOL» ET LE «RAS LE KEPI»
L’intervention policière qui a fait polémique continue d’alimenter les conversations. « Le Soir » ouvre le débat.

La bourgmestre de Waterloo, Florence Reuter, a lancé lundi un appel au calme, au surlendemain d’une intervention policière dans une habitation de Waterloo, où plusieurs personnes s’étaient réunies en violation des mesures anti-covid.
Ne souhaitant pas s’exprimer sur le fond du dossier, la bourgmestre waterlootoise explique avoir reçu énormément de messages après l’intervention policière, vendredi soir vers 23h30, dans une habitation privée située à la limite des localités d’Ohain (Lasne) et Waterloo. Une fête rassemblant une dizaine de personnes s’y déroulait.
Lors du contrôle domiciliaire opéré en accord avec le parquet brabançon, le propriétaire de la maison s’est rebellé, tout comme sa conjointe et leurs enfants. Des coups ont été portés aux policiers qui ont été blessés sans pour autant se trouver en incapacité de travail. La mère de famille s’est retrouvée au sol durant l’altercation et souffre d’une fracture du nez.
Jacques Englebert est avocat aux barreaux de Namur et de Bruxelles, et professeur à l’ULB. Il est notamment spécialisé dans le droit à l’image et à ce titre, la scène qui s’est déroulée dans une habitation privée de Waterloo l’interpelle : « On ne se fait pas justice soi-même en s’emparant du téléphone de quelqu’un qui filme », explique-t-il, « parce que c’est son droit de le faire ». Pour Me Englebert, « en démocratie, on ne doit pas avoir peur de la police ».
Thierry Belin, secrétaire général du syndicat national du personnel de police et de sécurité (SNPS), confie quant à lui le « ras le képi » des policiers : « On est en première ligne depuis le début, et on n’est pas considérés, ni par la population qui nous voit pour ce que nous ne sommes pas, ni par nos responsables ». Pour lui, les mesures qui changent régulièrement sont une pression supplémentaire sur les épaules de policiers déjà épuisés, et en sous-nombre..



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