lundi 7 décembre 2020

Pour le magazine «Time», 2020 est la pire année de l'histoire


La dernière une de l'hebdomadaire américain assure que l'année écoulée est la pire jamais vécue par la plupart des êtres humains de la planète.
Par Louis Heidsieck
Certains internautes ont raillé cette prise de position du magazine. 
 
Les quatre lettres 2020 barrées, et une phrase : «La pire année de l'histoire». Pour le magazine américain Time de la semaine et son éditorialiste culture Stephanie Zacharek, l'année en cours est bien la pire jamais vécue, de mémoire d'homme, pour la plupart des Américains et des citoyens du monde entier. En rappelant que les dernières grandes guerres, crises financières ou pandémies ont eu lieu il y a maintenant au moins 80 ans, la journaliste du Time dresse un sombre tableau de cette année, entre pandémie, décès de George Floyd ou contestations qui ont suivi l'élection américaine. Sur Twitter, les internautes n'ont pas manqué de critiquer cette une du magazine, jurant que l'obligation de passer quelques mois chez soi n'a pas grand-chose de comparable avec les grandes guerres du XXe siècle.
«Il faudrait que vous ayez au moins 100 ans pour vous souvenir de la première guerre mondiale ou de l'épidémie de grippe espagnole de 1918, au moins 90 ans pour vous souvenir de la Grande Dépression, et au moins 80 ans pour vous souvenir de la deuxième guerre mondiale, écrit ainsi Stephanie Zacharek. Mais le reste d'entre nous n'a jamais été préparé à cela.» Et de citer les évènements qui ont marqué l'année, en l'occurrence «une récurrence de désastres écologiques qui confirment à quel point nous avons détruit la nature, une élection contestée par un argumentaire fantaisiste, et un virus probablement transmis par une chauve-souris qui peut toucher l'ensemble de la population et retirer la vie d'1,5 million de personnes dans le monde».
Année tristement banale
Critique cinéma de son état, Stephanie Zacharek explique par la suite que «si 2020 était un film dystopique, vous auriez coupé le film au bout de 20 minutes», tant cette année, en plus d'être la pire de l'histoire, est «tristement banale et fade».
L'éditorialiste du Time conclut toutefois avec un trait d'espoir pour l'année à venir. «Les Américains sont de nature optimistes, écrit-elle. C'est pourquoi nos alliés nous apprécient même s'ils se moquent de nous dans notre dos - mais on s'en fiche! Notre optimisme est notre trait de caractère le plus ridicule, mais aussi le plus joli. La vie n'est pas toujours un joli lever de soleil, parfois il faut passer par les heures sombres juste avant. Là où l'aurore attend son heure.»

Sur Twitter, le texte n'a pas manqué d'être raillé. Ainsi, le compte @irq_no écrivait en dessous du message du Time : «C'est amusant de voir que cette génération pense qu'elle a vécu la pire année de l'histoire alors qu'elle était assise devant Netflix...» D'autres, comme @luanaserra, étaient plus sarcastiques : «Le Time qui dit que 2020 est la pire année de l'histoire. J'imagine juste l'univers en train de dire : «Attends un peu et tu verras...»


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
GOD SAVE THE QUEEN

Cet article ne nous dit rien de l’état de santé du Time. Par exemple si le tirages ont baissé, si le lectorat a tendance à le lâcher pour d’autres medias concurrents. Surtout, il ne nous dit pas si ce titre racoleur a eu un impact positif sur le volume les ventes.
Reste le fond. 2020 n’est certainement pas l’année la plus tragique de l’histoire humaine. Ce qui est sûr c’est que c’est une année de transition, voire de rupture avec 500 ans de progrès constant en Europe. Rupture avec la prospérité, prise de conscience de la fragilité de la planète, de la démocratie et last but not least de la vie de chacun d’entre nous.  
Ma mère, qui aurait eu cent ans, est née dans un monde bouleversé par la guerre de 14-18 et sa  jeunesse a été gâchée par la seconde  guerre mondiale. Moi qui suis venu ai monde après 1945 je n’ai, en effet, rien vécu de plus déplaisant que 2020. Pour ceux qui ont regardé tous les épisodes de The Crown, il est clair que le siècle d’Elisabeth II est émaillé de crises familiales mais aussi nationales qui en font un témoignage affligeant du déclin moral, politique- les premiers ministres qui se succèdent en audience privée chez la reine sont pathétiques-  et surtout socio-économique du Royaume Uni. Seul le train de vie somptueux, les décors surannés dans lesquelles vit la famille royale, les antiques Rolls –ces corbillards  astiqués  étincelants comme les appelle le vieux Windsor dans un épisode-témoignent de l’illusion d’un prestige perdu. Quel est le milliardaire américain qui accepterait de vivre dans le palace décrépit qu’est Buckingham ou à Balmoral, cette vieillerie victorienne, néo-moyenâgeuse délabrée dont le seul charme est d’être située dans un paysage écossais à couper le souffle. 
En optant pour le Brexit, les Anglais ont en réalité opté pour l’euthanasie de leur ancienne grandeur frappée d’obsolescence. God save the Queen. La vieille reine fascine par sa résilience et sa longévité victorienne. Ses successeurs désignés et potentiels auront du mal à se hisser à sa hauteur dans l’inconscient collectif des Anglais. Boris Johnson, dit Bobo l’ébouriffé, donne une image plus exacte de l’Etat de la nation anglaise et on se plaît à rêver en imaginant ses audiences hebdomadaires avec la reine. Ce qui les sauve : il semblerait qu’ils partagent tous les deux une passion pour feu Winston et un goût immodéré pour l’humour, ce sport national qui se pratique en chambre comme en pleine nature.
Cet article nonchalant prouve autre chose: à savoir que le temps long, celui de l’Histoire, si cher à Fernand Braudel est une chose dont nos contemporains veulent franchement ignorer l’existence, car comme l’enfant roi, ils vivent dans un éternel présent or celui-ci est très inconfortable en ce moment.
MG
 

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