vendredi 18 décembre 2020

Référendum sur le climat : l’écologie à coups de symboles

Marianne
Edito
Par Natacha Polony

Le président de la République a annoncé un référendum pour intégrer le souci environnemental à la Constitution. "Dans le même temps, Emmanuel Macron a bien fait comprendre que le Ceta, le traité de libre-échange avec le Canada, qui organise le massacre de l’agriculture paysanne au profit du modèle industriel nord-américain, serait mis en œuvre", rappelle Natacha Polony, directrice de la rédaction de "Marianne".
C’était au printemps dernier, quand l’état de sidération de chacun rendait possible l’impensable. Un monde arrêté, figé, redécouvrant les bruits délicats de la nature, le vrombissement des insectes et le chant des oiseaux. Brutalement, des citadins prenaient conscience du besoin irrépressible de lumière et de verdure. Ceux qui possédaient un bout de jardin voyaient enfin ce que jamais ils ne regardent : les bourgeons qui pointent, le vert tendre des jeunes feuilles, qui s’intensifie progressivement. Toutes les utopies pouvaient alors se déployer : nous bâtirions un nouveau monde, dans lequel chacun prendrait conscience des chaînes de production et de sa responsabilité en tant que consommateur. Un monde dans lequel les métiers essentiels au fonctionnement quotidien de la société seraient davantage reconnus et rémunérés que le brassage de vide et le remplissage de tableaux Excel. C’était au printemps dernier ; il y a une éternité. L’année 2020 s’achève et tout est rentré dans l’ordre. La virtualisation de nos existences a progressé à grands pas, les représentants d’un art de vivre fait de partage et de proximité sont à l’agonie, et le président de la République annonce un référendum pour intégrer le souci environnemental à la Constitution. Un référendum que doivent valider l’Assemblée nationale et le Sénat. Pour inscrire dans l’article premier de la Constitution des principes qui sont présents depuis 2004 dans la Charte de l’environnement, intégrée au bloc de constitutionnalité. La promesse, donc, de débats politiques oiseux sur la question de savoir si ce référendum vaut soutien au futur candidat à l’élection présidentielle, pour que soit mieux passé sous silence le bilan du président sortant.
Dans le même temps, Emmanuel Macron a bien fait comprendre que le Ceta, le traité de libre-échange avec le Canada, qui organise le massacre de l’agriculture paysanne au profit du modèle industriel nord-américain, serait mis en œuvre. « Sauf si l’évaluation montre qu’il n’est pas conforme à la trajectoire de Paris. » Quelle merveille, ces accords de Paris ! En réduisant l’écologie à la baisse des émissions de gaz à effet de serre, ils permettent de ne surtout pas remettre en cause le modèle de développement fondé sur l’exploitation forcenée des hommes, des espaces et des ressources.
LA FRANCE EST UN DES PAYS LES MOINS ÉMETTEURS DE CARBONE
Allons, ne soyons pas mauvais coucheurs : la France est un des pays les moins émetteurs de carbone. C’est parce qu’elle a délocalisé sa pollution en perdant ses usines ? Nous polluons en dehors de nos frontières, comme l’indique le déficit abyssal de notre balance commerciale ? Peu importe, continuons à nous bercer d’illusions. Continuons, surtout, à pratiquer cette forme de cynisme politique qui consiste à hiérarchiser les priorités pour mieux évacuer tout changement. Le procédé est chaque fois le même : « les sondages placent le souci de l’environnement en troisième, en quatrième, en huitième position des préoccupations des Français ». Jugez-vous plus grave d’être au chômage dans un pays désindustrialisé et privé de son agriculture parce que des multinationales préfèrent importer à bas coût depuis des pays sans réglementation sociale et environnementale ou de voir s’installer la sécheresse et disparaître les oiseaux ? Question absurde.
Il n’est d’écologie que patriote, en ce sens qu’elle doit consister à préserver un territoire dans son identité, c’est-à-dire ce que font de lui la géologie, l’air, la lumière…
Notre époque, qui a su si brillamment remplacer la poésie par les classifications administratives, s’efforce de réduire notre souci de préserver un monde vivable à une démarche comptable. Combien de particules fines en moins ? Combien d’énergie économisée par tel investissement ? Pour quel rendement ? L’écologie sera au cœur de la prochaine campagne présidentielle, parce que les politiques ont renoncé à tout le reste. L’idéal de progrès, la perspective de changer la vie. Ils se sont couchés sur tout. Couchés devant le rouleau compresseur du capitalisme consumériste et de la finance devenue industrie à part entière. Ils n’ont plus d’autre récit. Mais ils réduiront l’écologie à un spectacle, puisqu’ils n’ont aucune intention de l’intégrer à une vision globale de la vie humaine et de l’organisation des sociétés. Aucune intention d’en faire autre chose qu’un dogme de plus.
TRISTES TROPIQUES
Paradoxalement, alors même que les problèmes environnementaux sont planétaires, il n’est d’écologie que patriote, en ce sens qu’elle doit consister à préserver un territoire dans son identité, c’est-à-dire ce que font de lui la géologie, l’air, la lumière… Tel est le véritable droit du sol : le fait, pour les hommes, de comprendre le territoire où ils résident et de lui permettre de donner tout ce qu’il peut plutôt que de l’exploiter en le standardisant. Et c’est en produisant au plus près des lieux de consommation, en recréant des bassins de travail, d’échange, de vie, partout, sur chaque territoire, qu’on limite le massacre de la nature et des hommes. Il faut relire les dernières pages, si mélancoliques, de Tristes tropiques pour percevoir ce qui est en jeu. Un combat pour que l’être humain n’éradique pas tout ce qui le rattache à sa condition d’être incarné, au motif qu’il pourrait pallier par la technique la disparition du monde. Quand bien même nous saurions nous passer des abeilles pour polliniser, quand bien même nous réussirions à convertir l’eau salée en eau douce, quand bien même… La destruction de la beauté du monde nous laissera moins humains, proies faciles pour la mise en tableaux Excel, dans lesquels les plus petits nombres ont vocation à disparaître.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« FEDERER DES OASIS DE RESISTANCE DE VIE ET DE PENSEE »
EVEILLES , ILS DORMENT ! HERACLITE 

« Ils se sont couchés sur tout. Couchés devant le rouleau compresseur du capitalisme consumériste et de la finance devenue industrie à part entière. Ils n’ont plus d’autre récit. »
 Mais ils réduiront l’écologie à un spectacle, puisqu’ils n’ont aucune intention de l’intégrer à une vision globale de la vie humaine et de l’organisation des sociétés. Natacha Polony  
« Je crois en la nécessité d’organiser et de fédérer des oasis de résistance de vie et de pensée, de continuer à montrer la possibilité de changer de voie, de ne pas sombrer nous-mêmes dans les vices de pensée que nous dénonçons. » J’ai vécu le somnambulisme dans la marche au désastre des années 1930.  Aujourd’hui, les périls sont tout autres, mais non moins énormes, et un nouveau somnambulisme nous assujettit. Selon la formule d’Héraclite : « Eveillés, ils dorment. »
 Edgar Morin 
« La destruction de la beauté du monde nous laissera moins humains, proies faciles pour la mise en tableaux Excel, dans lesquels les plus petits nombres ont vocation à disparaître. » Natacha Polony
Inutile d’ajouter un commentaire à cet excellente analyse.
MG


CLIMAT : 2020 «BIEN PARTIE» POUR ETRE L'ANNEE LA PLUS CHAUDE JAMAIS ENREGISTREE, SELON METEO-FRANCE
La température moyenne annuelle atteint les 14°C, soit 1,5°C au-dessus de la normale.
Par Le Figaro avec AFP
 
Les données préliminaires de Météo-France sont supérieures à la moyenne
L'année 2020 s'annonce comme la plus chaude jamais enregistrée en France, confirmant une dynamique liée au réchauffement climatique, selon des données préliminaires de Météo-France rendues publiques jeudi 17 décembre.
 «Avec une température annuelle moyenne sur le pays proche de 14°C, soit un dépassement de la normale de près de +1.5 °C, l'année 2020 est bien partie pour se hisser à la première place des années les plus chaudes que la France ait connues sur la période 1900-2020,» soit depuis que ces mesures existent, indique l'établissement public dans un communiqué. Hors épisode de refroidissement exceptionnel d'ici la fin de l'année, 2020 devrait donc prendre la première place sur le podium, suivie par 2018 (13,9°C) et 2014 (13,8°C).
Et sur les 120 années depuis que ces moyennes nationales sont relevées, les six années les plus chaudes ont été enregistrées dans la décennie depuis 2011. «Au cours de la décennie que nous venons de vivre, nous sommes dans une dynamique particulièrement significative, la variabilité devient très réduite», explique Jean-Michel Soubeyroux, directeur adjoint à la direction de la climatologie et des services climatiques de Météo-France. «Sur une série de 120 ans, la probabilité pour chacune de ces années (d'être dans les plus chaudes) est d'un sur 120, on voit que les dés sont pipés», poursuit-il.
Le réchauffement climatique a d'ores et déjà des effets perceptibles, dont certains peuvent lui être directement attribués, comme la vague de chaleur tardive enregistrée en septembre, explique M. Soubeyroux. D'autres «s'inscrivent dans les résultats attendus du changement climatique», comme la forte sécheresse qui a frappé un grand quart nord-est du pays ou certains épisodes météo particulièrement intenses, comme l'«épisode méditerranéen» qui a dévasté une partie des Alpes-Maritimes en octobre, ou encore la remontée en altitude de la limite pluie-neige dans les massifs montagneux. «Tout est cohérent avec les signaux du réchauffement, dont beaucoup d'événements nous racontent les effets», poursuit le spécialiste de Météo-France.
Les «normales» qui font référence sont calculées tous les 10 ans en prenant en compte un ensemble de statistiques météo sur une durée de 30 années. Météo-France entreprendra l'an prochain l'actualisation de ces «normales», actuellement calculées sur la période 1981/2010.

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