vendredi 26 février 2021

Comment le PS entend endiguer la progression constante du PTB aux élections

Stéphane Tassin La Libre Belgique
 
"Dis, Remy, tu ne trouves pas que ça sent bizarre ici ? Ça sent la trouille, Remy, on se rapproche, l’hallali est pour bientôt." Cette phrase prononcée par Benoît Poelvoorde dans le film C’est arrivé près de chez vous incarne de manière plutôt juste les rapports entre les partis de gauche en Belgique francophone que sont le PTB, d’un côté, et le PS, de l’autre. L’un dans les rangs parfois confortables de l’opposition, l’autre au pouvoir, où les actes posés et les décisions prises, en étant toujours le fruit d’un compromis, prêtent souvent à la critique. Le PS, présidé désormais par Paul Magnette, est face à un double défi. Il doit démontrer que l’exercice du pouvoir en Belgique serait "pire" sans lui tout en renouvelant ses cadres pour faire éclore une nouvelle génération qui succède aux Marcourt, Onkelinx, Flahaut ou autre Demotte. Un double challenge qui doit conduire le parti vers des résultats électoraux en hausse. Rappelons qu’en 2019 le PS a enregistré une baisse importante des suffrages exprimés en sa faveur. Talonné par Écolo à Bruxelles et faisant presque jeu égal avec le MR en Wallonie, le parti souffre surtout de la présence du PTB, qui progresse à chaque scrutin depuis près de dix ans.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
RESISTIBLE ASCENSION DU PTB ET DE VLAAMS BELANG ? 

Bertolt Brecht était persuadé que la montée en puissance du gansgster d’Arturi Ui, alias  Hitler, était une « résistible ascension ». Plus personne ne lit Brecht et c’est un tort. Mon ami Jacques De Decker avait une ultime ambition : écrire un livre sur Brecht son maître à penser. La mort l’en empêcha.
Pouvons-nous considérer que la montée permanente dans les sondages  du PTB en Wallonie et du Vlaams Belang en Flandre soit une « irrésistible »  fatalité ?  Tout semble l’indiquer.
Le PS est manifestement laminé par l’exercice du pouvoir et le PTB et les Belang sont clairement boostés par le fait qu’ils campent confortablement sur les bancs de l’opposition. 
Le vote PTB en Wallonie et Belang en Flandre est à l’évidence un vote de protestation. En Flandre on parle à juste titre de « foertstemmen », des suffrages pour dire merde. Or le citoyen belge n’en peut plus. Il dit merdre à ses gouvernants.
Il a fallut plus d 500 jours pour négocier une coalition Vivaldi réunissant en un tout incohérent les perdants des dernières élections. Les turpitudes de l’écolo Nollet et du libéral Bouchez affaiblissent l’attelage hétéroclite du  gouvernemental présidé par  Decroo tiendra-t-il jusqu’en 2024 ?
Deux questions me taraudent : pourquoi n’y a-t-il pas de PTB en France ? Réponse parce qu’il y a le Rassemblement national de Le Pen.
Deuxième question : pourquoi n’y a-t-il pas de Waals Belang en Wallonie ? Parce qu’il y a un PTB…C’est un peu court comme explication…
MG 



jeudi 25 février 2021

Mawda, Conner... : quand la gauche fuit la question de la responsabilité individuelle

BELGA via AFP
Mawda, Conner... : quand la gauche fuit la question de la responsabilité individuelle
L’œil de Marianneke
Par Nadia Geerts

Cette semaine, notre chroniqueuse Nadia Geerts se penche sur deux "affaires" qui ont fait couler de l'encre en Belgique et s'interroge sur la persistance d'une lecture marxiste du monde visant à mettre en cause la société plutôt que des responsabilités individuelles.
Le 12 février dernier, le tribunal correctionnel de Mons a rendu un verdict très attendu dans « l’affaire Mawda ». La même semaine, les propos du président du parti socialiste flamand Conner Rousseau, appelant à dissuader temporairement certains parents de procréer, font polémique. En trame de fond, la délicate question de la responsabilité individuelle.
La nuit du 16 au 17 mai 2018, une camionnette transportant des migrants qui cherchent à atteindre la Grande-Bretagne est prise en charge par des voitures de police. Soixante kilomètres de course-poursuite en pleine nuit, qui se terminent par un drame : un policier sort son arme et tire, tuant Mawda, une petite Kurde irakienne âgée de deux ans assise à l’avant du véhicule.
Considérant que « le chauffeur devait donc nécessairement avoir vu l’arme et être au courant du risque de tir » et que par conséquent la mort de Mawda était « en lien causal avec l’entrave méchante à la circulation imputable au chauffeur », le tribunal a condamné ce dernier à quatre ans de prison ferme. Le policier, quant à lui, est condamné à un an de prison avec sursis et une amende de 400 euros, le tribunal ayant estimé qu’en dégainant son arme dans ces circonstances, il avait pris un risque inconsidéré et était donc coupable d’homicide involontaire par défaut de précaution ou de prévoyance.
Dans une carte blanche  publiée l’avant-veille du jugement, un ensemble d’associations exprimait sa crainte que le procès se satisfasse « de faux coupables, boucs émissaires tout trouvés », tandis que les principaux responsables de ce véritable « meurtre d’État » resteraient impunis, faute de poursuites.
"La vie n’est pas un gigantesque western opposant d’éternelles victimes individuelles à de monstrueux coupables structurels."
Changement de décor à présent, avec le petit scandale suscité par les propos du président du SP.A (parti socialiste flamand) Conner Rousseau lors d’une émission télévisée. Sensible aux questions de négligence et de maltraitance des enfants, l’homme a publié l’an dernier un livre sur le parcours d’un petit garçon, T. Et il s’interroge : « Imaginez une maman accro à l’héroïne et qui continue à donner naissance à des enfants, alors que les précédents lui ont été enlevés par un juge, des enfants qui naissent parfois avec des problèmes liés à son addiction », concluant : « Je me pose la question : ne faut-il pas intervenir ? Pour le bien-être des enfants en danger ? Ce serait peut-être bien de dire à ces parents : travaillez d’abord sur vous-même, prenez soin des enfants que vous avez déjà et peut-être que pendant cette période où le juge dit que vous n’êtes pas en état de vous occuper des enfants que vous avez, on peut se dire que vous n’êtes pas en état d’en faire d’autres… ».
Une proposition qui n’a pas eu l’heur de plaire, notamment à la Ligue des Familles, qui a fustigé des propos manquant de sérieux sur un sujet grave : « Oui, ces parents et leurs enfants rencontrent des difficultés importantes, mais ils ont besoin d’un accompagnement adéquat. Conner Rousseau confond lutte contre la précarité et les addictions et lutte contre les familles précaires ».
Si les deux affaires n’ont pas grand-chose en commun, elles soulèvent cependant une même question : celle de la difficulté de plus en plus grande, essentiellement au sein de la gauche, à poser – sans même parler d’affronter – la question de la responsabilité individuelle. Que ce soit face à la mort de Mawda ou face aux enfants victimes de maltraitances, les causes sont, conformément à une lecture marxiste du monde, nécessairement structurelles : c’est la Société qui est coupable, le Système. L’individu, lui, ne peut être que victime, pris dans un engrenage de forces qu’il ne peut que subir.
Loin de moi l’idée de nier l’existence de ces forces, bien sûr. Mais la vie n’est pas davantage un gigantesque western opposant d’éternelles victimes individuelles à de monstrueux coupables structurels. Et traiter les individus comme de vulgaires pantins manipulés par un Système dont l’omnipuissance les dédouanerait de toute responsabilité ne me semble pas conforme à une conception humaniste de l’homme, fondée sur la part de liberté dont dispose chacun d’entre nous, celle qui nous rend capable de poser des choix, donc littéralement responsable.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
NOTRE MARIANNEKE EST EN TRAIN DE DEVENIR L’INCARNATION  ETHIQUE DE LA LAÏCITE A LA BELGE

La parole laïque de Nadia Geerts fait résonner de plus en plus haut et clairement son message éthique. Nadia embouche le clairon de la laïcité engagée et elle sonne l’alarme hardiment. 
Il fallait être lundi soir à l’écoute de  « Paroles de haine? Paroles de libertés! » une émission très engagée du Centre d’action laïque animée par un Eddy Caekelberghs très en forme. Sous les auspices de sa fougueuse président Véronique  De Keyzer cette émission de combat contre le harcèlement sous toutes ses formes a brisé de nombreux tabous notamment  sur le cyberharcèlement islamiste  et la cyberviolence. Ces deux phénomènes sont en nette augmentation dans notre pays. Les chiffres et les constats sont sans appel: nul n’est épargné, mais des enfants, des adolescents et des femmes en sont davantage victimes. La prise de conscience de ces formes de violence, en particulier envers les enfants, est heureusement croissante, grâce notamment aux acteurs du monde éducatif. 
Il conviendra donc développer de nouveaux outils et agir désormais structurellement. Le cyberharcèlement frappe durement les personnes – souvent des femmes – mais il détériore aussi tant de lieux et d’espaces de notre vie commune, nos échanges, nos débats et nos interactions. Subtilement et surtout pernicieusement, ce phénomène se joue d’une soi-disant « liberté d’expression », en permettant à des harceleurs de s’attaquer à une cible et en l’incitant à se taire.
J’ai pris le temps de lire le référentiel des nouveaux  programmes d’éducation à la citoyenneté. Ce document est franchement impressionnant et se démarque par les considérations hygiénistes et franchement convenues des anciens programmes de morale. Il est question désormais de déconstruire les stéréotypes, de dénoncer les clichés et les préjugés culturels à partir de situation simples tirées de la vie courante. Il s’agit de promouvoir franchement et hardiment le vivre ensemble par le dialogue, le débat, la confrontation des idées et la dynamique des interactions.  Il s’agit d’apprendre à penser, à réfléchir à exercer son esprit critique et à stimuler le discernement.  
Le Centre d’Action Laïque et ses associations rappellent l’absolue nécessité de ne pas subordonner la liberté d’expression à la subjectivité de ses propres causes et de rester fermes sur ce principe.  D’une part, les procédés de harcèlement ne relèvent pas de la liberté d’expression et leurs auteurs doivent être sanctionnés, et d’autre part les victimes doivent être protégées. Chacun de nous, au gré de ses appartenances, vit d’opinions et de combats légitimes, et ceux-ci doivent pouvoir se dire, en sorte que vive le débat démocratique. À cet égard, on ne peut que s’inquiéter de constater un pouvoir de censure délégué à des entreprises privées comme Twitter et Facebook. Une démocratie fonctionne avec du consensus mais aussi du dissensus et le pluralisme est à ce prix. 
Pourtant, s’il faut des échanges, des dialogues et des débats et si la liberté d’expression est un droit fondamental, il n’en demeure pas moins qu’il faut aussi en penser les limites afin qu’elle s’exerce pleinement! Et, à cet égard, la grande marchandisation des réseaux que nous disons « sociaux » n’est pas sans de nombreux risques… 
"Jadis les cafés étaient remplis de personnes qui avaient trop bu mais ne causant de tors qu’à eux-mêmes. On les faisait taire aisément. Mais voici qu’Internet donne la parole à des légions d’idiots qui s’arrogent le même droit de parole que les experts ou un Prix Nobel. Nous assistons à l’invasion des imbéciles."  Umberto Eco
Véronique de Keyzer la présidente du Cal et Eddy ont hardiment mouillé leur chemise en solidarité avec Nadia Geerts
Eu égard au harcèlement que cette dernière subit et que nous avons largement évoqué dans nos colonnes.  Parmi toutes les sphères sociales touchées par ce phénomène, l’École est un endroit qui fait face à de vives tensions. Lieu par excellence où l’on doit pourtant apprendre à être décentré de ses certitudes, une tendance de fond et de repli sur ses opinions personnelles incite cependant de plus en plus de professeurs à s’autocensurer. Ce constat est confirmé par un récent sondage du Centre d’Action Laïque auprès du corps enseignant. C’est dans ce même cadre que le Centre d’Action Laïque a directement soutenu Nadia Geerts alors qu’elle faisait face à un déchainement de violence pour avoir, sur base argumentée, défendu la neutralité dans l’enseignement et relayé la disposition du règlement intérieur qui interdisait jusque-là le port des signes convictionnels à l’école. Il ne s’agit pas de considérer ces éléments pour faire valoir que le professeur, dans sa classe ou en dehors, aurait le droit de tout dire et que ce droit serait en perdition. Non, il faut les comprendre comme une alerte sérieuse qui doit nous faire réfléchir sur les missions de l’École et la façon dont elle nous éduque à la citoyenneté et à tous ces grands textes qui fondent nos droits humains. Ces alertes obligent à interroger l’exercice de nos libertés et droits fondamentaux.
Face à ces constats, il est urgent d’agir ensemble et, au-delà des divergences de fond sur tel ou tel sujet, de défendre fermement le principe démocratique de l’expression libre, respectée, et protégée de tout risque de (cyber-) harcèlement. 
Dans  un émission magnifiquement orchestrée par Eddy Caekelbergh le Centre d’Action Laïque et ses associations, a rappélé qu’il plaide pour:
Le respect et le soutien inconditionnels au principe de la « liberté d’expression », véritable baromètre de l’état de santé d’une démocratie, et également une éducation à l’explication de son émergence, de son histoire, de ses acquis, de ses usages et évidemment de ses limites légitimes.
Le soutien au travail législatif actuellement pendant à la Chambre et autres futures initiatives visant à lutter contre la cyberviolence et le cyberharcèlement, notamment sur les réseaux sociaux qui amplifient ces dynamiques. Ce point doit devenir prioritaire dans les travaux parlementaires.
Des mécanismes rapides d’aide et de soutien, qui soient humains et pédagogiques, émanant des PO et des directions dès que des professeurs ou des élèves sont victimes de propos de haine, de violence ou de discrimination.
Une éducation et une sensibilisation des personnels policier, judiciaire et administratif à toutes les formes de cyberviolence et de cyberharcèlement.
Ces 4 mesures peuvent protéger la liberté d’expression et l’inscrire dans un cadre constructif, générateur d’échanges et de partages, tout en punissant les comportements violents et destructeurs. À côté de cela, un travail de fond, plus structurel, doit être mené dans toutes nos écoles, afin que les citoyens de demain apprennent, dès le plus jeune âge, ce qu’est un fait, une opinion, une vérité, une connaissance, un jugement, un argument, une émotion, un sentiment, etc. Ce savoir-faire n’est pas inné et nécessite d’être appris, accompagné et exercé tout au long du développement de sa vie citoyenne, et donc de sa scolarité. En cela, un cours de philosophie et citoyenneté pour tous les élèves s’avère primordial pour leur apprendre à pratiquer la décentration, c’est-à-dire la mise en perspective de l’information.
Si l’on veut protéger la liberté d’expression, il est urgent de lutter contre le (cyber-)harcèlement qui relève uniquement d’un comportement destructeur et souvent sexiste. La question du cadre de la liberté d’expression est un enjeu fondamental tant il détermine la place que nous accordons à l’autre, mais aussi au doute, à la remise en question et donc à la santé de notre démocratie : pouvoir s’exprimer librement, et dans un cadre respectueux au sein de l’agora publique, constitue la garantie de pouvoir interroger nos certitudes et de lutter contre nos préjugés, bref d’exercer notre pensée critique. Et ce, à la recherche de mots justes et rassembleurs, plutôt que d’actes violents et destructeurs.


"GENERATION IDENTITAIRE", CCIF : TROC ENTRE LES 
DEUX RIVES
L’œil de Marianneke
Par Nadia Geerts

Cette semaine, Nadia Geerts se penche sur la question de la dissolution de Génération identitaire, et du face-à-face entre les identitaires des deux rives, que connaît aussi la Belgique.
Le samedi 20 février, une manifestation était organisée à Paris en soutien à « Génération identitaire », un groupuscule d’extrême droite que le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin a entrepris de dissoudre en s’appuyant sur les alinéas 2 et 6 de l’article 212-1 du code de la sécurité intérieure, relatifs aux « groupes de combat ou milices privées » ainsi qu’à ceux qui provoquent « à la discrimination, à la haine ou à la violence » raciale.
Toujours chez les identitaires - mais chez ceux d’en face, pourrait-on dire - en décembre dernier, le CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France) subissait le même traitement – après d’être autodissous préventivement quelques jours auparavant –, accusé par Gérald Darmanin de « propagande islamiste ». Et ce n’est pas la première association islamiste que le gouvernement français dissout dans la foulée de la décapitation de Samuel Paty, le 16 octobre 2020 : avant elle, l’ONG BarakaCity, le collectif Cheik Yassine et la mosquée de Pantin – pour six mois celle-là - avaient également été contraints de cesser leurs activités.
"Dissoudre, donc, c’est très bien. Mais ensuite ?"
Et là, vous voyez, je tique un peu. Parce que dissoudre, c’est fort bien, ce n’est d’ailleurs pas une de nos vedettes nationales, le pasteur Pandy, qui me contredira : pour les distraits, l’affaire Pandy fit grand bruit en Belgique à la fin des années quatre-vingt-dix, lorsqu’il apparut que le brave homme s’était débarrassé, avec l’aide de sa fille, des corps démembrés de deux de ses épouses et de quatre de ses filles en les dissolvant dans l’acide.
Dissoudre, donc, c’est très bien. Mais ensuite ?
Ensuite, on le sait bien : Bruxelles n’est pas loin, et avec un peu de chance on y parle la même langue, alors pourquoi se gêner ?
C’est donc exactement ce qu’a aussitôt fait le CCIF, qui vient de renaître de ces cendres en Belgique, sous le nom du CCIEurope. Une association à ne pas confondre avec le Collectif Belge contre l’islamophobie (CCIB), puisqu’aussi bien nous n’avions pas attendu les Français, pensez-vous, pour avoir nous aussi un collectif contre l’islamophobie, cette maladie qui a jusqu’ici fait, sauf erreur, une nombre total absolument effarant de zéro mort en Europe.
Deux mouvances identitaires qui se renforcent l’une l’autre
Et pendant que les identitaires islamistes font donc copain-copain dans la capitale de notre petit pays, les identitaires du trottoir d’en face, ceux de la Nation triomphante, filent eux aussi le parfait amour, à Paris cette fois, où l’on a vu une délégation belge apporter son soutien à Génération identitaire. Et parmi cette délégation, un certain Dries Van Langenhove, un député du parti d’extrême droite flamand Vlaams Belang, qui arborait pour l’occasion un vêtement frappé du logo de l’organisation identitaire flamande Schild & Vrienden.
Schild & Vrienden, selon son fondateur Dries Van Langenhove, c’est juste « un mouvement qui réunit des jeunes gens qui veulent un meilleur avenir pour la Flandre. » Historiquement, c’est surtout une sorte de test linguistique qui, en 1302, permit à la milice flamande de distinguer, parmi les occupants des maisons brugeoises au cours de la bataille des Éperons d’Or, les authentiques Brugeois des partisans du roi de France – qu’ils passèrent aussitôt par le fil de l’épée. Et aujourd’hui, c’est surtout un mouvement de jeunesse raciste et antisémite qui s’est donné pour but de former ses membres au combat pour lutter contre l’immigration.
Le constat est simple : nous avons, comme vous, affaire à deux mouvances identitaires qui se renforcent l’une l’autre. Vous nous avez refilé le CCIF, et on ne vous en remercie pas. Si au moins, en échange, vous gardiez Dries Van Langenhove et ses copains ? Bon, évidemment, il faudra apprendre à prononcer « Schild & Vrienden » de manière un peu plus convaincante qu’il y a 700 ans. Mais l’effort en vaut la peine, non ?
NB « Schild en vrienden » signifie "bouclier et amis". Aucun intérêt, si ce n’est que c’est atrocement compliqué à prononcer pour un francophone. Mais comme ça, vous savez.


mercredi 24 février 2021

Jean-Marc Nollet avoue ne pas respecter la bulle sociale: «Un seul contact, ce n’est pas tenable»


Le coprésident d’Ecolo estime qu’il faut ouvrir des fenêtres aux gens.
Interrogé sur La Première, le coprésident d’Ecolo Jean-Marc Nollet a déclaré qu’il ne respectait pas la bulle sociale d’un seul contact.
« Non je n’arrive pas à respecter la bulle, depuis quelques semaines je m’autorise à accueillir un couple. Je fais le maximum, je suis un être humain. Un contact humain est vital. Un seul contact depuis novembre, je considère que ce n’est pas tenable », a-t-il expliqué.
L’Ecolo dit qu’il y a aussi une souffrance sociale aujourd’hui et qu’il faut en tenir compte. Jean-Marc Nollet se justicie en soulignant que la situation actuelle n’est plus la même qu’en mars. « On a une meilleure connaissance du coronavirus ». Il affirme aussi qu’il faut ouvrir des fenêtres aux gens y compris dans la culture. « A un moment il y a des limites, il faut pouvoir sortir de cette gestion de crise » a déclaré le coprésident qui se dit prêt à payer une amende pour non-respect de la bulle sociale.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
NOLLET SOIT QUI MAL Y PENSE

Faut-il que ce soit un écolo, celui des intégristes de l’intégrité qui brise le tabou quand son  parti fait partie de la majorité qui dirige le pays et fait face à la crise sanitaire la plus aiguë de l’après guerre? Simonet père et fils étaient prêts à tous les risques pour le plaisir de faire un mot d’esprit. Nollet c’est autre chose, il aime plus que tout faire le buzz et se mettre en scène à peu de frais.  Ce coup-ci est vraiment très réussi.
Reste à voir comment les medias apprécieront cette facétie de gosse gâté. En bonne logique ceci mérite une démission suivie d’une traversée du désert  pour se faire oublier. Il n’en est pas, il est vrai à son coup d’essai. Le ciel démocratique nous préserve de pareils énergumènes qui nourrissent la fibre populiste et les velléités illibérales.
MG

mardi 23 février 2021

Des parents d'élèves sont inquiets : "Nos enfants vont mal, ils ont le sentiment de passer à côté de leur vie"


Opinions
contribution externe La Libre Belgique

Il faut revoir la balance bénéfice-coût des mesures à la lumière de ce qu’on observe aujourd’hui : dépression et décrochage scolaire pèsent bien plus lourd qu’il n’y paraît.

Une opinion de Carine Doutreloux et Bernard Hubien, respectivement présidente et secrétaire général de l’Union francophone des parents d’enfants de l’enseignement catholique (Ufapec).

Depuis quelque temps déjà, des professionnels de tous horizons alertent sur l’état de santé, tant mentale que physique, des enfants et des jeunes. Nous, parents, nous voulons joindre nos voix aux leurs et lancer avec force un cri : nos enfants vont mal !
Nos enfants vont mal, parce que depuis près d’un an leur univers, comme le nôtre, a été bouleversé par la crise sanitaire et les mesures prises pour endiguer la pandémie à laquelle nous sommes confrontés.
Nos enfants vont mal, parce que, trop nombreux, ils ont connu ou connaissent encore l’angoisse de voir un proche, parent, grand-parent, atteint par le virus, hospitalisé, conduit en réanimation… D’autres ont vu mourir ces êtres chers seuls et isolés. Et les adieux ont été vécus en petit comité, sans possibilité de recevoir les étreintes qui réconfortent, les signes d’affection et d’amitié qui soulagent.
Transmissions
Nos enfants vont mal parce que certains de nous sont depuis le début de cette crise en première ligne et plus susceptibles encore de devenir positifs au virus. Nous sommes personnels soignants, employés dans des institutions médicales ou des homes pour personnes âgées, mais aussi réassortisseurs et caissières dans les supermarchés, membre des forces de l’ordre, éboueurs… Nos enfants perçoivent notre inquiétude devant ce virus qui attaque, sans crier gare, n’importe qui, en bonne ou mauvaise santé. Cette inquiétude devient la leur et les mots pour qu’ils puissent l’exprimer parfois leur manquent.
Nos enfants vont mal, étant donné que nos commerces sont au bord de la cessation de paiement et parce que nos pompes à bière et nos fourneaux n’ont, depuis de trop nombreux mois, plus servi. Cette situation entraîne une précarité croissante dans nos foyers et oblige à des restrictions accentuant celles prescrites par l’urgence sanitaire. Parmi nous, des familles doivent partager des espaces exigus dans lesquels chacun ne trouve pas forcément un espace de calme et de sérénité. D’autres doivent partager des moyens numériques déficients et trop peu nombreux pour que tous les membres de la famille puissent ne serait-ce que répondre aux exigences du télétravail et de l’école hybride. D’autres encore se demandent comment se passera la fin du mois et s’il y aura à manger chaque jour sur la table familiale. D’autres, enfin, sont totalement livrées à elles-mêmes et n’ont plus les armes et les soutiens pour se battre sur tous les fronts.
Nos enfants vont mal parce que, malgré la priorité donnée à l’institution scolaire, malgré les efforts fournis par les équipes pédagogiques et éducatives, malgré les moyens consacrés par le gouvernement et la ministre de l’éducation à la situation présente, l’école n’est plus le lieu des relations ordinaires, parce que les sourires sont masqués et qu’il n’est plus possible de rêver et de bâtir des projets qui enchantent.
Certains, particulièrement les adolescents, perdent toute motivation, d’autres rencontrent l’échec et nous voient parfois, nous leurs parents, dans l’incapacité de les aider à surmonter cette épreuve.
Nos enfants vont mal parce qu’ils ont vu restreinte leur possibilité d’activités en dehors de l’école. Même si nous sommes bien conscients que de nombreux enfants n’y ont jamais accès, nous voulons souligner que la diversité des possibilités habituelles s’est réduite à peau de chagrin. Et nos enfants désespèrent de pouvoir retrouver le groupe de copains et de copines, de pouvoir vivre ensemble le temps de l’insouciance propre à l’enfance et à la jeunesse.
Nos enfants vont mal, parce que si nous, parents, pouvons postposer d’un an un voyage, une activité…, eux ne le peuvent pas : les classes de neige de sixième primaire, le voyage rhéto, des compétitions sportives spécifiques… Tout cela leur semble perdu. Ils ont le sentiment de passer à côté de leur vie.
Nos enfants vont mal et nous allons mal !
Alors nous aimerions que les membres du comité de concertation (Codeco) ne fassent pas peser sur les épaules de la population et, en particulier de nos enfants, des mesures qui accentueraient et perpétueraient encore le mal-être, sans que leur pertinence n’ait été clairement expliquée et contextualisée. Comment en effet faire comprendre aux plus jeunes qu’ils ne peuvent plus vivre leurs activités ordinaires parce que les plus âgés doivent pouvoir, eux aussi, recevoir des bouffées d’air.
“Vivre”
Nous attendons donc que soit envisagée une analyse approfondie des possibilités d’ouverture aux activités diverses qui permettent à nos enfants de “VIVRE”. Il faut revoir la balance bénéfice-coût des mesures à la lumière de ce qu’on observe aujourd’hui : dépression et décrochage scolaire pèsent bien plus lourd qu’il n’y paraît.
Au-delà de sa gestion au jour le jour, de semaine en semaine, nous attendons que le Codeco prévoie dans son plan de relance des moyens pour assurer à nos enfants, qui en ont grand besoin, un accompagnement adéquat pour répondre à leur mal-être. Nous attendons qu’au-delà de la gestion immédiate de la crise et de ce qui peut être fait au niveau des communautés, et plus particulièrement dans la sphère scolaire, une vision à long terme soit déployée pour que, au moment où cette pandémie n’inquiétera plus – la vaccination massive produisant ses effets -, il soit encore question de soigner les blessures profondes subies au long de ces mois.
Tous, nous savons qu’il faut du temps pour soigner de tels mal-être… Mais nous savons également que des ressources humaines existent. Cependant des moyens spécifiques devront y être consacrés. Les réponses données à la souffrance de nos enfants doivent dépasser le cadre scolaire et transcender les compétences déterminées des entités fédérées. Un plan de relance économique est envisagé globalement. Des milliards vont être dépensés pour le voir aboutir. Ne faut-il pas, dès lors que l’équilibre de la population est gravement en cause, un plan de relance de la santé mentale tout aussi ambitieux et inscrit comme priorité absolue. En effet, avec des enfants qui vont mal, avec leurs parents qui ne vont guère mieux, sera-t-il vraiment possible de relancer le pays ? L’enjeu est majeur. Les réponses à celui-ci doivent l’être pareillement !


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
RELISONS PASCAL

Au fond et à y bien réfléchir, nos enfants vont mal et aussi leurs parents et la société tout entière parce que, fondamentalement, plus rien ne fonctionne comme avant quand on était persuadés que tout allait bien et que, pourtant, nous allions droit à notre perte. Une chose n’a pas changé, la célèbre équation métro boulot dodo. Il y a avait autrefois un « x » pour résoudre et surtout tolérer cette équation : les loisirs, les sorties, les restos, les bistros, les vacances, les voyages, les citytrips , le shopping et tous les palliatifs inventés par le marché des besoins frelatés.
Les enfants,  les ados, les adultes sont malheureux parce que confrontés désormais à leur solitude, à eux-mêmes privés de tout ce qui participe de la distraction. Il faut donc lire ou relire les pensées de Pascal qui avait compris le problème avant que ne soient inventés tous ces étranges stratagèmes. 
Pensée 68-778
« Que l’homme, étant revenu à soi, considère ce qu’il est au prix de ce qui est ; qu’il se regarde comme égaré dans ce canton détourné de la nature ; et que, de ce petit cachot où il se trouve logé, j’entends l’univers, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes et soi-même son juste prix. Qu’est ce qu’un homme dans l’infini ? »
Pensée 139-136
« J’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. 
Un homme qui a assez de bien pour vivre, s’il savait demeurer chez soi avec plaisir, n’en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d’une place. On ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu’on ne peut demeurer chez soi avec plaisir. » 
 Cette crise majeure nous force à nous concentrer sur l’essentiel : ma relation à moi-même, à mon prochain, à la bonne vie, à la mort. Heidegger résumait l’homme à un « Sein für de Tod » : un être pour la mort. » 
Cela fait un gros siècle que nous nous sommes débarrassés du pouvoir social et du poids des religions, cet opium qui gérait nos vies, calmait nos angoisses et nourrissait nos  espérances. Nous les avons remplacées par le loisir : les produits de consommation et de distraction. Sans eux, nous ne savons plus vivre bien, ni même normalement du moins c’est ce dont nous nous persuadons. La génération  résiliente de celles et de ceux qui ont connu la guerre doucement s’éteint. Les babyboomers de l’après guerre prennent leur retraite et nous sommes gouvernés par une génération d’ex enfants rois. Pas bon tout ça. 
Il est temps de regarder la vie en face et la mort également. Songeons et souffrons que l’humanité aussi  est désormais mortelle, menacée par sa propre exubérance, son aspiration à la toute puissance.
N’est-il pas grand temps comme nous y invitait Rousseau et les romantiques de nous tourner vers la nature et surtout notre propre nature, notre être profond et ses aspirations ? 
La question essentielle mérite d’être posée chaque jour : Qui suis-je, « Que m’est-il permis d’espérer ? » prend une résonance particulière si on la rapporte au « quadriparti cosmopolitique » de Kant qui la rend inséparable des trois autres questions (« Que puis-je savoir ? », « Que dois-je faire ? », « Qu’est-ce que l’homme ? »), qui incombent à tout être raisonnable pour autant qu’il participe, activement ou passivement, au « grand jeu de la vie ».
MG



samedi 20 février 2021

Theo Francken: «Bruxelles veut-elle toujours être la capitale de la Belgique et de la Flandre?»


Theo Francken est de retour. Sur l’institutionnel : ce sera le modèle confédéral, la Flandre ne compte pas abandonner Bruxelles, il interpelle les régionalistes wallons et bruxellois. Sur la crise Covid : non à la loi Pandémie et la priorité au gouvernement, toutes les mesures doivent passer par le Parlement.
«Quant au fait de couper les liens au sud du pays entre Wallonie et Bruxelles, j’entends cela... Mais le budget bruxellois peut-il supporter un modèle où toutes les compétences seraient transférées à la Région? C’est payable?». © Hatim Kaghat.
 
 
ENTRETIEN
 
Recalé dans sa tentative de se hisser à la vice-présidence de la N-VA, Theo Francken vise le congrès idéologique du parti en 2022 ou 2023, et reste fidèle sans faille à Bart De Wever, leader, qui trace la ligne. Gageons que l’ancien secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration sera de bon conseil et se fera entendre. Il a les idées claires. Et secoue ici le cocotier institutionnel.
LA MINISTRE DE L’INTERIEUR, ANNELIES VERLINDEN (CD&V), A PARLE D’UN SCHEMA A DEUX GRANDES ENTITES, FLANDRE ET WALLONIE, DEUX AUTRES EN RETRAIT, BRUXELLES ET GERMANOPHONES. REACTION ?
Madame Verlinden a sous-estimé l’émotion que ce genre de position peut provoquer du côté francophone, où l’on se dit que Bruxelles est négligé, n’est pas au même niveau que les autres entités du pays. Je comprends cette émotion. Nous, à la N-VA, nous ne sous-estimerons jamais Bruxelles. Mais ce que je me demande, c’est si Bruxelles veut bel et bien être la capitale… Vous savez, j’aime Bruxelles, je suis député du Brabant flamand, j’ai de la famille, des amis, je m’y sens à l’aise. C’est ma capitale…
… VOTRE CAPITALE COMME FLAMAND OU COMME BELGE ?
Les deux. Aussi comme Européen. Mais je le répète : Bruxelles veut-elle être capitale ? Capitale de Belgique, et capitale pour 6 millions de Flamands ? Quand je vois les problèmes linguistiques pour les néerlandophones, le respect relatif pour notre langue, où, dans la pratique, ça reste très compliqué, cela malgré l’enseignement en immersion et toutes ces choses… Dans l’administration, la police, la justice, ça reste très difficile pour nous. Même chose pour les nominations dans les intercommunales, les CPAS… Quel équilibre ? Ça se détériore, même. Quand on est dans une situation de détresse, être entendu et aidé dans sa langue, dans sa capitale, c’est hyperimportant, non ? C’est une question de respect.
Ceci encore : pourquoi est-ce si difficile d’avoir une bonne collaboration avec le gouvernement flamand ? En matière de mobilité, pourquoi est-ce si difficile ? Je ne comprends pas. Limiter les voitures en ville, ok, je comprends ça à 100 %, c’est vrai dans toutes les villes du monde, mais pourquoi y a-t-il si peu de cohérence ? Les navetteurs, c’est important pour Bruxelles. Comment organiser ça ? Bien sûr, j’espère qu’à l’avenir tout le monde viendra en train, mais… Bon, maintenant, avec M. Gilkinet aux commandes comme ministre, je sais que ça va être un rêve… (Sourire)… Il va fermer les guichets à Ternat, à Liedekerke, mais à part ça, ce sera un rêve, j’en suis sûr… Non, sérieusement, on doit être réalistes, pour beaucoup de gens, dans le Brabant flamand, le Brabant wallon, à Liège, ce n’est pas facile de venir en train. Donc il faut organiser tout cela, avec cohérence.
Aussi : quand je vois qu’un ministre bruxellois important comme M. Maron veut acheter des terrains agricoles dans le Brabant flamand et le Brabant wallon pour nourrir les Bruxellois !, je me demande dans quel siècle il vit.
Il a fait marche arrière.
Oui, mais l’idée figure dans l’accord de gouvernement bruxellois, noir sur blanc. C’est un système féodal ou quoi ? Non, là encore, je me pose la question : Bruxelles veut-elle vraiment être notre capitale ? J’espère que oui. Ils reçoivent de l’argent pour cela. Il y a des compensations. La sixième réforme de l’Etat a refinancé Bruxelles, notamment parce qu’elle a des tâches à remplir comme capitale. Je suis 100 % d’accord avec ça. Et dans notre modèle aussi, à la N-VA, nous voulons renforcer les compétences octroyées à Bruxelles. Mais quand commencera le grand tour de table communautaire, et j’espère que ce sera bientôt, ce sera ma première question : est-ce que vous voulez toujours être notre capitale ?
MAIS BRUXELLES EST UNE REGION BILINGUE, AVEC UNE REPRESENTATION GARANTIE POUR LES NEERLANDOPHONES, AU-DELA DE LEUR POIDS DEMOGRAPHIQUEMENT…
Oui mais le pendant, c’est l’équilibre fédéral, vous le savez, c’était le deal. Mais c’est juste, nous sommes représentés politiquement, et nous prenons nos responsabilités… Exemple : il n’y a pas un cinquième d’enfants néerlandophones à Bruxelles, beaucoup moins, pourtant nous régissons un cinquième des écoles primaires… Nous investissons sans compter – et c’est important de le faire, je l’ai dit. Quant au bilinguisme, c’est vrai en théorie, mais dans la pratique, ce n’est pas comme ça.
DANS VOTRE MODELE INSTITUTIONNEL, BRUXELLES EST EGALE AUX AUTRES REGIONS, A LA FLANDRE ET A LA WALLONIE ?
Je pense même que Bruxelles est plus important, car elle est la capitale, du pays mais aussi la capitale de la communauté flamande. J’entends des francophones dire que Bruxelles doit être une Région tout simplement, à part entière, à 100 %, soit, mais ils doivent me convaincre… Comment peut-on être une Région comme les autres tout en étant capitale ?
CELA ETANT, DANS LE SCHEMA D’UNE BELGIQUE A QUATRE REGIONS, DEFENDU PAR CERTAINS AU SUD DU PAYS, COMME PAUL MAGNETTE OU PIERRE-YVES DERMAGNE RECEMMENT, LA QUESTION SE POSERA : BRUXELLES PEUT-ELLE RESTER LA CAPITALE DE LA FLANDRE ?…
La réalité actuelle, c’est que Bruxelles est capitale de la Flandre, et, je l’ai dit, on y investit des millions tous les ans… Alors, je ne vais pas entamer une négociation avec des tabous, mais nous avons notre modèle, le confédéralisme, nous le défendrons…
LE PRIX DE L’AUTONOMIE, VOIRE DE L’INDEPENDANCE DE LA FLANDRE, N’EST-CE PAS DE TRANSFERER SA CAPITALE A ANVERS ?
Ce n’est pas notre modèle. Bruxelles est entourée par le Brabant flamand. Nous investissons énormément à Bruxelles. Et puis, Bruxelles n’est pas non plus à 90 % francophone… Il y a une grande diversité, beaucoup de langues, une nouvelle génération, il y a une identité bruxelloise…
VOTRE MODELE CONFEDERAL, POUVEZ-VOUS NOUS LE RESUMER ?
Nous voulons maximiser les compétences en Flandre, en Wallonie, à Bruxelles – en plus d’y simplifier les institutions, car 19 communes, 6 zones de police, ce n’est pas tenable, il faudra mettre tous les tabous sur la table quand on commencera les discussions. À côté, on garde un petit gouvernement fédéral, composé des ministres des entités fédérées, avec les compétences en Défense, diplomatie, un Premier ministre qui représente le pays, je n’oublie pas la monarchie. Tout le reste s’organisera via les Régions. A Bruxelles, qui restera la capitale de tous les Belges, aussi la capitale des Flamands, il est clair que chacun devra, en sécurité sociale, en enseignement, entre autres, faire un choix : pour le système flamand ou pour le système francophone.
DU COTE WALLON, ON PARLE DE LIQUIDER LA COMMUNAUTE FRANÇAISE, ALORS QUE LA COMMUNAUTE FLAMANDE DEMEURE QUANT A ELLE…
La communauté flamande à Bruxelles est hyperimportante, et, puisqu’elle investit beaucoup à Bruxelles, elle représente une garantie pour la qualité de l’éducation, des soins de santé, des maisons de repos dans la capitale. C’est un « trademark » de qualité. Beaucoup de francophones en sont conscients, qui mettent leurs enfants dans une école primaire néerlandophone, pour la langue, mais aussi pour la qualité…
Quant au fait de couper les liens au sud du pays entre Wallonie et Bruxelles, je me demande qui va payer ça. C’est auto-finançable ? Le budget bruxellois peut-il supporter un modèle où toutes les compétences seraient transférées à la Région ? C’est payable ? Avec une base fiscale qui reste faible et – euphémisme – pas toujours garantie… En tout cas, moi, je suis demandeur de plus de lien entre Bruxelles et le Brabant flamand, pensez à l’aéroport de Zaventem, un moteur économique. Nous avons initié un projet – ralenti provisoirement avec le Covid – avec Philippe Muyters, Jan Jambon, Johan Van Overtveldt dans le gouvernement précédent, pour attirer des jeunes de Molenbeek, Anderlecht, et c’est un grand succès, plus de mille jeunes ont enfin trouvé un boulot, travaillent tous les jours à Zaventem, apprennent le néerlandais sur le terrain… Voilà, concrètement, c’est cela le lien avec la Flandre. C’est profondément utile.
«L’affaire Kucam me fait du tort, mais je surmonterai»
Theo Francken ne doit pas seulement digérer sa récente défaite à la vice-présidence de la N-VA, il est aussi affaibli par l’affaire Kucam, du nom de ce conseiller communal N-VA de Malines qui était chargé de conseiller Theo Francken, quand il était secrétaire d’Etat à l’Asile pour accorder des visas humanitaires à de chrétiens syriens. Mais il s’est avéré que Kucam monnayait ses visas aux bénéficiaires. Theo Francken a-t-il négligé des alertes sur la probité de Kucam ? « D’abord, je voudrais dire qu’à coup sûr, on a sauvé des chrétiens des mains de l’Etat islamique. Ensuite, cette personne m’a été désignée par l’église Assyrienne de Malines, ce n’est pas mon cabinet qui l’a choisie. Kucam m’a trompé très gravement, mais c’était difficile de tout contrôler parce que c’était le premier pont aérien que l’on organisait, avec le soutien d’ailleurs de Didier Reynders et Charles Michel, qui étaient parfaitement informés à toutes les étapes du processus. Quant aux informations que j’aurais négligées, à la première alerte que j’ai reçue, les personnes avaient déjà leur visa, c’était trop tard. Et il ne s’agissait de rien de plus que de rumeurs de comptoirs. Difficile d’agir sur cette base. » Theo Francken reconnaît toutefois que, politiquement, cette affaire lui nuit. « Bien sûr que ça me fait du tort. J’ai mes moments de doute et de douleur. J’y pense la nuit. But I will fight back ! »
«Si l’on veut stabiliser le pays, on a besoin d’un accord entre N-VA et PS en 2024»
Par David Coppi et Bernard Demonty
Pour le leader de la N-VA, seul un accord avec le PS peut « stabiliser le pays durablement ». En attendant, il réaffirme son hostilité à tout cordon sanitaire « face au Belang comme au PTB ». Et suit la ligne tracée par Bart De Wever, « pour un grand parti au centre-droit »…
VOUS BRIGUIEZ LA VICE-PRESIDENCE DE LA N-VA, VOUS N’AVEZ PAS ETE ELU – PAR LES MANDATAIRES DU PARTI –, QUEL ETAIT LE SENS DE VOTRE CANDIDATURE ?
Nous connaissons une période difficile, il faut l’avouer. Nous devons être forts dans tous les domaines, économique, social, écologique, nous avons des personnalités de pointe pour cela, et je veux redéployer le parti le plus largement sur tous ces thèmes pour le booster. Avec, aussi, l’importance de la souveraineté, de l’identité, de l’immigration.
VOUS PARLEZ D’UNE « PERIODE DIFFICILE » POUR LA N-VA. A QUELS EGARDS ?
Il y a plusieurs choses. D’abord le fait que nous nous trouvons dans une crise sanitaire, et que le gouvernement fédéral apparaît en première position, comme c’est le cas dans toutes les grandes crises, c’était la même chose avec le terrorisme… Jan Jambon est un grand homme politique, que j’apprécie énormément, mais ce n’est pas son truc de jouer un second rôle, derrière le fédéral. Quant au fédéral précisément… Fondamentalement, nous avons fait tout ce qui est possible pour avoir un grand accord avec le PS, notre ami socialiste, en 2020. Bart et moi nous nous sommes tus pendant un an et demi pour donner un maximum de chances aux discussions. Je suis resté super-calme pendant tout ce délai. Mais voilà, cela n’a pas abouti, les libéraux ont bloqué. Et maintenant, beaucoup de gens qui ont voté pour nous disent : mais où êtes-vous passés ?, où est Théo ? ; où est Bart ? ; qu’est-ce qui se passe ?… Le Vlaams Belang, lui, en profite, il a gagné aux élections, il est sur un nuage. Oui, nous sommes dans une position inconfortable… Mais ça va changer. La crise sanitaire va s’atténuer après la vaccination, on pourra rouvrir le pays, alors il faudra s’occuper avant tout de la relance économique, et là, le gouvernement flamand prendra les choses en mains, ce sera l’heure de Jan jambon.
BART DE WEVER IMAGINE UN GRAND PARTI DE DROITE ET CENTRE-DROIT ETENDU AU VLD ET AU CD&V… VOUS ETES A L’AISE AVEC ÇA ?
Oui. Je pense que le courant profond en Flandre est de centre-droit, et de centre-gauche en Wallonie. C’est vrai depuis des décennies, ce n’est pas parce que Conner Rousseau (NDLR : président du SP.A) est populaire maintenant que ça changera, c’est notre histoire, notre culture… Donc, oui, un grand parti… Mais il y a aussi le Vlaams Belang, on doit donc se prononcer, je l’ai dit, sur des thèmes comme l’immigration, la sécurité, l’islamisme – je pense par exemple à la loi sur le séparatisme en France, que j’apprécie beaucoup. Maintenant, tout est corona, corona, corona, mais les thèmes de l’identité, l’immigration, la souveraineté restent très importants pour beaucoup de citoyens, ils vont remonter, ce sont les enjeux du « vivre ensemble ».
A PROPOS DU VLAAMS BELANG, VOUS ETES CONTRE LE CORDON SANITAIRE, VOTRE PARTI A D’AILLEURS NEGOCIE AVEC LE PARTI D’EXTREME DROITE EN FLANDRE APRES LES ELECTIONS DE 2019.
La N-VA est contre le cordon, pour ce qui concerne le Vlaams Belang comme le PTB. Le plus grand cadeau que l’on puisse faire à ces partis, c’est leur permettre de dire n’importe quoi, promettre n’importe quoi, et ne jamais devoir le faire. De toute façon, on n’aura jamais un gouvernement avec le Belang au fédéral, ce n’est pas possible pour les francophones, et, par ailleurs, nous avons un accord de gouvernement flamand le plus flamand et le plus de centre-droit que nous ayons jamais eu. En plus, si j’ai appris quelque chose après 20 ans rue de la Loi, c’est que parler tout le temps d’un autre parti, ce n’est pas la bonne façon pour gagner les élections avec le sien…
A PROPOS DES NEGOCIATIONS AVORTEES AVEC LE PS. A RETENTER ?
Oui. Le grand acquis de la crise politique que nous avons connue, c’est d’avoir prouvé que Bart et Paul étaient capables de trouver un accord entre eux deux, alors que tous disaient qu’entre la N-VA et le PS, c’était impossible, jamais, etc. Maintenant, on sait que c’est possible. Et si l’on veut stabiliser le pays pour une longue période, on a besoin d’un accord entre les deux grandes forces du pays, PS et N-VA, en 2024. Peut-être que le Vlaams Belang va monter aux élections, le PTB aussi, mais ça ne produira rien, les gens n’ont rien à y gagner. Si on n’a pas cet accord pour stabiliser le pays, alors ça ira crescendo… « Paars groen » (l’alliance violette-verte au fédéral) donnera un effet « geel zwart » (un effet jaune-noir à droite, N-VA et Belang)… Attention, je n’ai pas dit que ça donnera un gouvernement « geel zwart », mais un résultat électoral de ce type-là.
ALEXANDER DE CROO VOIT, LUI, UN GOUVERNEMENT FEDERAL QUI PACIFIE, QUI STABILISE…
Mais moi je vois tous les jours ce qui se passe… Avec un MR qui est assez mal l’aise dans le gouvernement. C’est clair. Ils étaient les plus forts, avec beaucoup de ministres, maintenant ils pèsent très peu, avec les Affaires étrangères notamment, ce n’est pas l’axe principal. La domination du PS est claire, et elle va s’affirmer avec la phase de relance socio-économique, où les compétences de ses ministres seront plus importantes. Là, le MR sera encore plus mal à l’aise.
CERTAINS ESTIMENT POURTANT QUE LE PS N’A PAS PRIS DE GROS PORTEFEUILLES.
Sur la crise sanitaire, c’est le Premier, le ministre de l’Intérieur, les soins de santé qui comptent… Mais après, ce sera l’emploi et M. Dermagne, la relance et M. Dermine, ils prendront beaucoup de place. Non, ils n’ont pas mal négocié, même s’ils ont donné beaucoup au CD&V, pour le rallier.
ANALYSE: THEO FRANCKEN UN PEU A LA PEINE MAIS BIEN D’ATTAQUE
Par David Coppi et Bernard Demonty
Son parti dans l’opposition au fédéral et pas fringant dans les sondages ; lui-même recalé récemment dans la course à la vice-présidence ; rattrapé par un faux pas (l’« affaire Kucam » : lire ci-contre) commis lorsqu’il était secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration, ce qui l’atteint et l’affecte… L’enfant terrible(ment à droite) de la N-VA est un peu à la peine. Il dit s’accrocher comme jamais à sa fonction de bourgmestre à Lubbeek, « une commune de 15.000 habitants, tout le monde m’arrête au supermarché, c’est réjouissant, ça fait du bien ». Et avoue broyer du noir certains jours, il cite les Rolling Stones pour illustrer la mauvaise passe : « Sympathy for the devil »…
L’on pressent cependant – il ne faut pas être devin – que le leader de la N-VA ne renonce pas, ne lâche rien. A preuve, aujourd’hui, ses pensées fortes et claires (contestables, là n’est pas la question) sur l’institutionnel, où il met en garde les régionalistes wallons et bruxellois ; sur la gestion de la pandémie, où il exalte le rôle du Parlement contre le projet gouvernemental, la fameuse loi Pandémie ; sur la stratégie de la N-VA, où il appelle à conclure un accord avec le PS en 2024, « condition d’une stabilisation du pays ».
Oui, Theo Francken pense très fort à son retour en force tout au-devant de la scène, avec une N-VA qui – c’est la ligne imprimée par Bart De Wever – se profile en grand parti ancré au centre-droit dans un grand ensemble intégrant idéalement libéraux du VLD et chrétiens-démocrates du CD&V, si l’on suit bien, et si les intéressés suivent eux aussi (pas sûr).
Theo Francken est, nous dit-il, « à l’aise » avec cette stratégie recentrée, tout en précisant qu’« il ne faut pas oublier des thèmes comme l’immigration, l’identité, la souveraineté »… Car la N-VA doit aussi se protéger sur son flanc droit, où fait rage le Vlaams Belang, un parti que Theo Francken refuse de bannir via quelque cordon sanitaire, qu’il n’exclut pas du jeu carrément, mais qui, assure-t-il, ne fait pas partie de ses plans.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES IDEES CLAIRES

Singulier personnage que ce Théo Francken au muffle et à la morgue mussolinienne. Le moins qu’on puisse dire c’est que l’homme se montre serein, courtois et plutôt sûr de lui sans faire pour autant le matamore.
Trois idées fortes et claires traversent cette interview fleuve : premièrement  la Flandre n’est pas du tout décidée à lâcher Bruxelles. Ensuite la NVA semble persuadée qu’elle fera partie du prochain gouvernement fédéral de conserve avec le PS pour négocier le confédéralisme. Enfin, troisième idée franchement téméraire : De Wever entend faire pièce au Belang en créant un vaste parti de centre droit ensemble avec le VLD et le CD&V. Tout cela est audacieux et cohérent et annonce la couleur pour 2024 et peut-être bien avant si d’aventure l’attelage de Decroo devait se démanteler et provoquer des élections anticipées. C’est évidemment tracer des plans sur la comète De Wever sans demander l’avis du PS et surtout des libéraux et des chrétiens démocrates flamands. 
Autrefois le CVP était le parti fort du plat pays fournissant à la Belgique premier ministre après premier ministre Tindemans, Martens, Eyskens, Dehaene et puis fini. Ensuite le libéral Verhofstadt réussit à fédérer un large électorat centre droit, ce que tenterait de refaire De Wever aujourd’hui. C’est bien vu, toutefois c’est faire peu de cas de la perte de popularité du bourgmestre d’Anvers dont l’étoile a fort pâli et négliger le succès spectaculaire du Belang qui monte, qui monte…
MG 

jeudi 18 février 2021

Sophie Wilmès réagit à la proposition d’Annelies Verlinden: «Considérer Bruxelles comme une sous-entité n’est pas une option»

Sophie Wilmès réagit à la proposition d’Annelies Verlinden: «Considérer Bruxelles comme une sous-entité n’est pas une option»
Dans un premier document envoyé aux rédactions en prévision de la conférence qu’elle allait donner dans l’après-midi à l’UGent, le cabinet d’Annelies Verlinden indiquait que la ministre allait suggérer une réforme de l’Etat sur base d’un « modèle 2+2 » avec deux entités fédérées et deux sous-entités.
Le Soir

La suggestion de réforme de l’Etat formulée par Annelies Verlinden (CD&V) et basée sur un « modèle 2+2 » a été très mal accueillie par les partis francophones mercredi soir. Face à la bronca, le cabinet de la ministre de l’Intérieur et des réformes institutionnelles a envoyé un nouveau communiqué de presse dans la soirée précisant que l’intention était de débattre d’un modèle « 2+2 » ou d’un modèle « à quatre entités ».
Dans un premier document envoyé aux rédactions en prévision de la conférence qu’elle allait donner dans l’après-midi à l’UGent, le cabinet d’Annelies Verlinden indiquait que la ministre allait suggérer une réforme de l’Etat sur base d’un « modèle 2+2 » avec deux entités fédérées (’deelstaten’ en néerlandais, Flandre et Wallonie) et deux sous-entités (’deelgebieden’, Bruxelles et la partie germanophone Ostbelgien). Le terme ’sous-entité’ n’a pas été prononcé oralement par la ministre à Gand.

Cette vision de l’avenir de la structure de l’Etat belge a été très mal accueillie côté francophone.

« Considérer Bruxelles comme une sous-entité n’est pas une option », a déclaré la vice-Première ministre MR Sophie Wilmès à Belga, ajoutant avoir pris contact avec Mme Verlinden pour exprimer son « désaccord profond ». « Elle m’a indiqué que, dans son esprit, Bruxelles n’était pas une sous-entité. Dont acte », a-t-elle ajouté.
Les réactions ont plu toute la soirée dans les rangs francophones. « Bruxelles est une Région à part entière avec une identité multiple qui mérite d’être respectée », a notamment tweeté la co-présidente d’Ecolo Rajae Maouane. « Il est bel et bien prévu de préparer la future réforme de l’Etat durant cette législature. Et toutes les contributions sont les bienvenues. Mais une proposition qui nie 1,3 million de Belges ! Un faux départ, sans aucun doute », a de son côté estimé le vice-Premier ministre PS Pierre-Yves Dermagne sur ce même réseau social.
Dans un nouveau communiqué de presse envoyé par le cabinet mercredi soir, la ministre plaide pour un « débat approfondi sur la réforme de l’Etat dans lequel des idées telles qu’un ’modèle 2 + 2’ ou un modèle ’avec quatre entités fédérées’ peuvent également être discutées. »
André Flahaut, député et ancien ministre PS de la Défense, a réagi sur Bel RTL ce jeudi matin : « Je suis surpris et étonné des déclarations de Madame Verlinden. Ce sont des déclarations qui ignorent l’histoire de notre pays. Nous nous sommes battus pour que Bruxelles soit une Région comme les autres. Tous les Belges doivent être respectés de la même manière. Au niveau du gouvernement, il y a un accord pour réfléchir à l’avenir institutionnel du pays mais la réalité du terrain montre qu’il sera très difficile d’avancer dans le scénario décrit par Madame Verlinden. »


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE COMMUNAUTARISME REVIENT AU GALOP 

Chasser le communautaire, il revient au galop, un peu comme le naturel. Ne fait-il pas partie de l’ADN belge ? Le citoyen redresse la tête : on ressort les dossiers communautaires ? Magnifique c’est signe que tout revient doucement à la normale… Pas si vite ! Et si c’était une simple diversion pour nous faire oublier nos misères covid, vaccin, confinement et tutti quanti ?
Annelies, en sa qualité de ministre de l’intérieur-ce n’est pas rien- et en tant que mandataire CD&V, ci-devant le grand CVP, envoie, c’est sûr,  un signal aux partis indépendantistes Belang et NVA. C’est reparti pour un tour de carrousel comme au disait du temps du hérisson Happart. Ce pavé dans la mare annonce pour 2024 une législature constituante, c'est-à-dire qu’elle va légiférer sur une nouvelle réforme de l’Etat. « Encore une » se dit le citoyen lambda qui de toute façon n’y comprend rien. Retenons que dans la proposition Verlinden Bruxelles et la microrégion germanophone sont mises sur pied d’égalité tandis que la Flandre et la Wallonie sont regardées comme deux méga « régions-nations »  à part entière.
Il faut se souvenir que l’ADN du CD&V est plus communautariste que régionaliste autrement dit plus favorable à deux entités fédérées plutôt que quatre.
Les Flamands, dit-on auraient fait leur deuil de l’encombrante Bruxelles qui coûte cher au pays et où , selon eux,  rien ne fonctionne. Il m’étonnerait en revanche que les Wallons renoncent à la dynamique wallobrux.
Ce qui semble évident, c’est que la vieille idée de papa Decroo de faire de Bruxelles un district européen sur le modèle de Washington DC a fait long feu.
La ministre Verlinden a lancé un ballon d’essai à l’hélium-léger, très léger- et aussitôt les  ténors francophones l’ont criblée de balles et descendue en flammes.
Il semble clair que dans une particratie comme l’est la Belgique, la belle Annelies n’agit pas d’initiative. A l’évidence elle est soutenue par son parti le CD&V qui lutte pour sa survie dans un paysage flamand de plus en plus dominé par les nationalistes (Belang et NVA). De même que Trump pense d’abord à ses fidèles électeurs, de la même manière le CD&V ne songe qu’à une chose : éviter de disparaître demain du paysage politique flamand et de l’échiquier belge. On se souviendra que,  de même que De Wever, le Belang a toujours refusé  de regarder Bruxelles comme un région à part entière. Cela dit, un projet de réforme institutionnelle qui viserait à faire de la Belgique une fédération (ou une confédération) à quatre régions a quelques chances de tenir la route.
Mais ça c’est du très long terme et comme disait Keynes : dans le long terme on est tous morts.
MG 

ANNELIES VERLINDEN PLAIDE POUR UN "MODELE 2+2" OU UN MODELE "A QUATRE ENTITES FEDEREES"
Trends Tendances
La suggestion de réforme de l'Etat formulée par Annelies Verlinden (CD&V) et basée sur un "modèle 2+2" a été très mal accueillie par les partis francophones mercredi soir. Face à la bronca, le cabinet de la ministre de l'Intérieur et des réformes institutionnelles a envoyé un nouveau communiqué de presse dans la soirée précisant que l'intention était de débattre d'un modèle "2+2" ou d'un modèle "à quatre entités".
Dans un premier document envoyé aux rédactions en prévision de la conférence qu'elle allait donner dans l'après-midi à l'UGent, le cabinet d'Annelies Verlinden indiquait que la ministre allait suggérer une réforme de l'Etat sur base d'un "modèle 2+2" avec deux entités fédérées ('deelstaten' en néerlandais, Flandre et Wallonie) et deux sous-entités ('deelgebieden', Bruxelles et la partie germanophone Ostbelgien). Le terme 'sous-entité' n'a pas été prononcé oralement par la ministre à Gand.
Cette vision de l'avenir de la structure de l'Etat belge a été très mal accueillie côté francophone.
"Considérer Bruxelles comme une sous-entité n'est pas une option", a déclaré la vice-Première ministre MR Sophie Wilmès à Belga, ajoutant avoir pris contact avec Mme Verlinden pour exprimer son "désaccord profond". "Elle m'a indiqué que, dans son esprit, Bruxelles n'était pas une sous-entité. Dont acte", a-t-elle ajouté.
Les réactions ont plu toute la soirée dans les rangs francophones. "Bruxelles est une Région à part entière avec une identité multiple qui mérite d'être respectée", a notamment tweeté la co-présidente d'Ecolo Rajae Maouane. "Il est bel et bien prévu de préparer la future réforme de l'Etat durant cette législature. Et toutes les contributions sont les bienvenues. Mais une proposition qui nie 1,3 million de Belges ! Un faux départ, sans aucun doute", a de son côté estimé le vice-Premier ministre PS Pierre-Yves Dermagne sur ce même réseau social.
Dans un nouveau communiqué de presse envoyé par le cabinet mercredi soir, la ministre plaide pour un "débat approfondi sur la réforme de l'Etat dans lequel des idées telles qu'un 'modèle 2 + 2' ou un modèle 'avec quatre entités fédérées' peuvent également être discutées."

dimanche 14 février 2021

Procès en destitution: Trump acquitté par le Sénat

Procès en destitution: Trump acquitté par le Sénat, «la fin de la chasse aux sorcières»
Aucune majorité ne s’est dégagée pour reconnaître l’ancien président coupable.
Par AFP Le Soir
L’ex-président américain Donald Trump a été acquitté samedi par le Sénat américain qui le jugeait pour « incitation à l’insurrection » à la suite des violences au Capitole le 6 janvier.
Cinquante-sept sénateurs ont voté pour un verdict de culpabilité et 43 contre. La majorité des deux-tiers nécessaire à la condamnation n’a donc pas été atteinte.
L’ancien président républicain a immédiatement réagi en saluant la fin d’une « chasse aux sorcières ». Se tournant vers l’avenir et marquant sa volonté de continuer à jouer un rôle politique, il a promis de continuer à défendre « la grandeur de l’Amérique ».
« Il n’y a rien que nous ne puissions accomplir ensemble », a-t-il dit dans un communiqué.
Les démocrates voulaient voir Donald Trump reconnu coupable d’« incitation à l’insurrection », puis qu’il soit ensuite rendu inéligible.
Pour eux, il est le responsable principal des événements du 6 janvier, lorsqu’une foule de ses partisans en colère avait envahi le Capitole au moment où le Congrès américain s’apprêtait à confirmer sa défaite à l’élection du 3 novembre face au démocrate Joe Biden. Cinq personnes avaient perdu la vie lors de ces violences.
« Il est désormais évident, sans l’ombre d’un doute, que Trump a soutenu les actes de la foule hargneuse et il doit donc être condamné. C’est aussi simple que cela », avait lancé Jamie Raskin, le chef des procureurs démocrates, pendant leur dernier réquisitoire prononcé samedi devant le Sénat.
Ce deuxième procès en destitution de Donald Trump s’achève donc par un second acquittement. Entamé mardi, il aura duré cinq jours.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
TRUMP : L’IMPROBABLE RETOUR 
« NOUS DEVONS TOUJOURS RESTER VIGILANTS»

On se souviendra peut-être que c’est l’administration fiscale qui, en finale, aura la peau d’Al Capone. Le dossier fiscal de Trump est d’une exceptionnelle opacité et constitue une aubaine pour l’empêcher de revenir aux affaires. Quatre longues années nous séparent de la prochaine élection présidentielle. C’est un océan de temps. Donald, qui demeure rotors , aura  78 ans en 2024, l’âge actuel de Biden qui risque bien de ne pas terminer son mandat au bénéfice de la très pugnace Kamela Harris qui n’en aura alors que soixante.
Les quatre années qui viennent constitueront un challenge particulièrement difficile et dangereux pour la démocratie américaine, si chère au cœur d’Alexis de Tocqueville. C’est que les années à venir vont mettre la démocratie à l’épreuve partout dans le monde et en particulier en occident.
Personne n’est capable de prédire, voire de prévoir, ni surtout d’anticiper ce qui va advenir à l’humanité face au challenge le plus complexe et le plus dangereux de son histoire : une polycrise d’une ampleur sans précédent.
MG


ACQUITTEMENT DE TRUMP: «LA DEMOCRATIE EST FRAGILE», SELON BIDEN
Le Soir
Le président Joe Biden a déclaré samedi que, malgré l’acquittement de Donald Trump à son procès en destitution, «le fond de l’accusation» n’était «pas contesté», et que l’attaque contre le Capitole du 6 janvier montrait que la démocratie était «fragile».
« Nous devons toujours rester vigilants»
«Même si le vote final n’a pas abouti à une condamnation, le fond de l’accusation n’est pas contesté», a déclaré le démocrate après l’acquittement voté par le Sénat américain lors du second procès en destitution de son prédécesseur républicain. «Ce triste chapitre de notre histoire nous a rappelé que la démocratie est fragile. Qu’elle doit toujours être défendue. Que nous devons toujours rester vigilants», a déclaré Joe Biden dans un communiqué.

Les sénateurs ont été une majorité --57 sur 100-- à se prononcer pour une condamnation du milliardaire. Mais il aurait fallu les deux-tiers de la chambre haute pour parvenir à un verdict de culpabilité qui aurait pu être suivi d’une peine d’inéligibilité. Le socle des élus républicains a tenu, ce qui montre l’emprise que Donald Trump conserve sur le parti. 
 «Notre mouvement magnifique, historique et patriotique, Make America Great Again, ne fait que commencer», avait réagi M. Trump dans un communiqué, se posant une nouvelle fois en victime d’une «chasse aux sorcières».
Pour Donald Trump, il s’agit d’un deuxième acquittement en autant de procédures de destitution. Un cas unique dans l’histoire des Etats-Unis.


 

20.000 avocats rappellent le gouvernement à ses devoirs démocratiques


Les avocats francophones, germanophones et flamands critiquent le recours à des arrêtés ministériels sans débat parlementaire pour imposer les mesures Corona. Ils dénoncent de grandes disparités dans l’application des sanctions. « Nous sommes préoccupés par cette érosion de l’Etat de droit. »

«Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement fédéral ne prend pas ses mesures par des lois immédiatement, à l’issue d’un débat parlementaire. Il est de plein exercice et dispose d’une majorité à la Chambre», insiste Xavier Van Gils, président d’Avocats.be. 

Par Bernard Demonty Le Soir.

Même si le contexte de la pandémie justifie l’adoption de mesures particulières pour protéger la santé publique, il ne peut justifier une remise en cause de notre Etat de droit. Nous sommes profondément préoccupés par cette érosion de l’Etat de droit et par la perte de légitimité des règles qu’elle entraîne. »
Les trois associations d’avocats du pays, l’ordre francophone et germanophone, l’ordre flamand et l’ordre des avocats à la Cour de cassation, qui fédèrent environ 18.500 membres, ont décidé de publier ce mercredi une carte blanche dans Le Soir et De Standaard pour s’inquiéter en des termes sévères de l’absence des institutions démocratiquement élues dans les décisions qui restreignent les libertés publiques pour lutter contre la pandémie. Ils critiquent en particulier le recours aux arrêtés ministériels pour rendre les mesures obligatoires, sans passer par une loi qui suppose un débat parlementaire et un vote. « Dans un Etat de droit démocratique, ces restrictions temporaires doivent être décidées par le Parlement (…) Et donc pas uniquement dans les couloirs du ministère de l’Intérieur, aussi sages et savants soient leurs concepteurs, et aussi bonnes soient leurs intentions », écrivent-ils.
Il ne s’agit pas seulement de symboles, estiment les auteurs du texte. En raison de l’absence d’une base juridique claire pour autoriser les mesures, ils indiquent avoir constaté, sur le terrain, une application particulièrement disparate des sanctions. « Pour les mêmes faits, tel juge inflige de lourdes amendes voire des peines de prison ; tel autre prononce l’acquittement, au motif que les règles et les sanctions sont dépourvues de base légale. Or, dans un Etat de droit, personne ne peut se voir infliger une peine si la loi n’incrimine pas les faits et si elle n’y attache pas une peine. A défaut d’une telle loi, le juge ne peut qu’acquitter le prévenu. C’est aussi simple que cela. »
Les juristes s’inquiètent aussi de la qualité des arrêtés qui imposent ces mesures à tous. « Elles sont en constante et rapide évolution, elles manquent souvent de clarté, voire de cohérence, et apparaissent parfois comme disproportionnées. »
Ils appellent les gouvernements du pays à un sursaut démocratique. « En démocratie, l’ordre social repose sur des règles et des procédures définies notamment par la Constitution et les traités européens ou internationaux. Cet ordre peut être ajusté, mais uniquement selon les règles prévues. Sans quoi, c’est la porte ouverte à l’arbitraire, à l’abus de pouvoir et finalement à la tyrannie. Il est urgent de définir un cadre juridique clair, solide et permettant l’adoption de règles claires, cohérentes, uniformément applicables et proportionnées. Des mesures limitant la liberté sur une aussi longue période ne peuvent être prises que si elles sont le résultat d’un débat parlementaire démocratique approfondi », concluent les avocats.
L’appel publié ce mercredi fait suite à d’autres interventions. Le 29 janvier, dans nos colonnes, un collectif de 15 professeurs d’université de renom entendait déjà alerter l’opinion publique, en publiant un texte également sans équivoque. « La lutte contre le covid étouffe nos droits et libertés. » Un message également diffusé fin août par soixante autres personnalités académiques et de la société civile « Il est nécessaire et urgent de revoir totalement la gestion de la crise covid-19. »
Contacté par nos soins, Xavier Van Gils, le président d’Avocats.be, l’ordre des barreaux francophones et germanophone de Belgique, précise la démarche. « Notre but n’est pas d’être critique, mais d’avertir et d’appeler au respect des règles démocratiques. C’est le rôle des avocats vis-à-vis de la société civile et des élus. Nous ne contestons pas les mesures sur le fond, nous n’en avons pas la compétence, mais ces mesures sont attentatoires aux libertés fondamentales protégées par les conventions internationales et la Constitution et ne peuvent être limitées que par un tribunal (dans le cas par exemple d’une incarcération) ou par le législateur, via le parlement et pas via des arrêtés ministériels. »
Pour l’avocat, les gouvernements du pays n’ont plus l’excuse de la surprise, qui a permis de prendre des mesures par arrêtés de pouvoirs spéciaux puis par arrêtés ministériels. « Nous ne sommes plus face à une pandémie que nous ne connaissons pas. Nous avons le temps de mener un débat parlementaire. Peut-être aboutirait-on aux mêmes décisions, mais elles auraient alors la légitimité requise puisqu’elles auraient été prises par les élus de la nation. »
Le gouvernement fédéral a certes indiqué son intention de prendre une loi Pandémie, pour couler dans la législation les réactions aux futures infections de masse. Mais Xavier Van Gils ne croit pas trop à sa venue rapide. « Je pense que son principe ne fait pas l’unanimité, y compris dans le chef du Premier ministre, qui s’est exprimé en ce sens. Et si elle advient, ce sera pour réagir aux futures pandémies. » L’avocat appelle à un débat parlementaire immédiat. « Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement fédéral ne prend pas ses mesures par des lois immédiatement, à l’issue d’un débat parlementaire. Il est de plein exercice et dispose d’une majorité à la Chambre. Non, je ne comprends pas. »
Par Xavier Van Gils, président de l’Ordre des barreaux francophones et germanophone; Paul Lefebvre, bâtonnier de l’Ordre des avocats à la Cour de cassation; Peter Callens, président de l’Ordre des Barreaux flamands*
Les représentants des barreaux belges rappellent que les mesures restrictives en raison de la pandémie de covid n’ont de légitimité que si elles sont prises dans les travées du parlement et non dans les couloirs du ministère de l’Intérieur.

L’arsenal des mesures sanitaires qui limitent nos libertés depuis près d’un an, a créé un profond malaise qui est loin de s’estomper…
En témoignent la fébrilité des décideurs politiques, la perplexité de ceux qui sont chargés d’appliquer ces mesures (juges et policiers) prises par le biais de simples arrêtés ministériels, et l’adhésion de plus en faible des citoyens à celles-ci.
Ce constat nous oblige à réfléchir sur la place de ces mesures dans un État de droit et accessoirement sur le rôle que le barreau doit y jouer.
En tant que représentants des barreaux belges, nous sommes conscients que les divergences de la jurisprudence relative aux mesures sanitaires ne contribuent pas à apaiser les esprits.
Pour les mêmes faits, tel juge inflige de lourdes amendes voire même des peines de prison ; tel autre prononce l’acquittement, au motif que les règles et les sanctions sont dépourvues de base légale. Or, dans un Etat de droit, personne ne peut se voir infliger une peine si la loi n’incrimine pas les faits et si elle n’y attache pas une peine. A défaut d’une telle loi, le juge ne peut qu’acquitter le prévenu. C’est aussi simple que cela.
Dans ce cadre, le rôle de l’avocat est de défendre son client en utilisant les meilleurs arguments juridiques. Il est donc de son devoir, lorsqu’il estime qu’un arrêté ministériel est dépourvu de base juridique et ne peut justifier une sanction, de soumettre cet argument au juge. Si le juge suit le raisonnement de l’avocat et acquitte le prévenu, la responsabilité n’en incombe ni au juge ni à l’avocat, mais au gouvernement qui a adopté l’arrêté contesté.
Notre propos n’est pas ici de donner raison à tel juge qui acquitte ou à tel autre qui condamne, mais de dénoncer la confusion juridique qui conduit les juges à prononcer des jugements divergents faute de cadre juridique incontestable.
Un ordre ajustable selon les règles prévues
Certains semblent croire qu’un ordre social peut être adapté en fonction de ce que les scientifiques ou les décideurs politiques estiment nécessaire, souhaitable, ou raisonnable. Ils se trompent. En démocratie, l’ordre social repose sur des règles et des procédures définies notamment par la Constitution et les traités européens ou internationaux. Cet ordre peut être ajusté, mais uniquement selon les règles prévues. Sans quoi, c’est la porte ouverte à l’arbitraire, à l’abus de pouvoir et finalement à la tyrannie.
La pandémie justifie l’adoption de normes qui restreignent temporairement les droits et libertés fondamentaux des citoyens pour protéger la santé publique. Mais ces restrictions ne peuvent être imposées que si elles ont été prises selon les règles prévues. Dans un État de droit démocratique, ces restrictions temporaires doivent être décidées par le Parlement ou à tout le moins sur la base de critères clairs et uniformes fixés par celui-ci, dans le respect des règles de prise de décision et de consultation des diverses instances compétentes comme le Conseil d’État. Et donc pas uniquement dans les couloirs du ministère de l’Intérieur, aussi sages et savants soient leurs concepteurs, et aussi bonnes soient leurs intentions.
Un sentiment d’arbitraire
Les règles adoptées par le gouvernement posent également problème en raison de leur contenu.
Elles sont en constante et rapide évolution, elles manquent souvent de clarté, voire de cohérence, et apparaissent parfois comme disproportionnées. Elles évoluent au gré de la progression des connaissances scientifiques et des événements, elles semblent souvent improvisées et ne parviennent jamais à appréhender l’ensemble des situations particulières, et conduisent à des sanctions plus durement ressenties par les jeunes et les citoyens moins favorisés.
Ces difficultés tiennent en partie au contexte de la pandémie. Mais, combinées au doute quant à un éventuel manque de légitimité lié à leur adoption, elles créent un sentiment d’injustice et d’arbitraire. Ce qui constitue un cocktail explosif et un terreau fertile pour le populisme et le complotisme.
Nous sommes profondément préoccupés par cette érosion de l’État de droit et par la perte de légitimité des règles qu’elle entraîne.
Un débat indispensable
Il est urgent de définir un cadre juridique clair, solide et permettant l’adoption de règles claires, cohérentes, uniformément applicables et proportionnées.
Même si le contexte de la pandémie justifie l’adoption de mesures particulières pour protéger la santé publique, il ne peut justifier une remise en cause de notre Etat de droit.
Dans les cercles gouvernementaux, on évoque désormais la préparation d’une loi d’urgence ou d’une loi « pandémie » – ou les deux ? Près d’un an après l’apparition de la crise, le gouvernement semble donc prendre conscience de la fragilité juridique et démocratique des mesures qu’il a prises et des conséquences de celle-ci.
Des mesures limitant la liberté sur une aussi longue période ne peuvent être prises que si elles sont le résultat d’un débat parlementaire démocratique approfondi, qui dépasse la discipline de parti. Il est grand temps que nous ayons ce débat. L’État de droit souffre d’un manque aigu d’oxygène.
*L’Ordre des barreaux francophones et germanophones rassemble les barreaux francophones et germanophone et l’Ordre des barreaux flamands les barreaux néerlandophones. L’Ordre des avocats à la Cour de cassation regroupe l’ensemble des avocats à la Cour de cassation. Ces institutions représentent l’ensemble des quelque 18.000 avocats du pays.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ILS APPELLENT LES GOUVERNEMENTS DU PAYS A UN SURSAUT DEMOCRATIQUE.

« Nous sommes profondément préoccupés par cette érosion de l’Etat de droit et par la perte de légitimité des règles qu’elle entraîne. »
« Dans un Etat de droit démocratique, ces restrictions temporaires doivent être décidées par le Parlement (…) Et donc pas uniquement dans les couloirs du ministère de l’Intérieur, aussi sages et savants soient leurs concepteurs, et aussi bonnes soient leurs intentions », écrivent-ils.
 « Pour les mêmes faits, tel juge inflige de lourdes amendes voire des peines de prison ; tel autre prononce l’acquittement, au motif que les règles et les sanctions sont dépourvues de base légale. Or, dans un Etat de droit, personne ne peut se voir infliger une peine si la loi n’incrimine pas les faits et si elle n’y attache pas une peine. A défaut d’une telle loi, le juge ne peut qu’acquitter le prévenu. C’est aussi simple que cela. »
 « Elles (les lois) sont en constante et rapide évolution, elles manquent souvent de clarté, voire de cohérence, et apparaissent parfois comme disproportionnées. »
Ils appellent les gouvernements du pays à un sursaut démocratique.
 « La lutte contre le covid étouffe nos droits et libertés. » Un 
« Notre but n’est pas d’être critique, mais d’avertir et d’appeler au respect des règles démocratiques. C’est le rôle des avocats vis-à-vis de la société civile et des élus. » 
Xavier Van Gils appelle à un débat parlementaire immédiat. « Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement fédéral ne prend pas ses mesures par des lois immédiatement, à l’issue d’un débat parlementaire. Il est de plein exercice et dispose d’une majorité à la Chambre. Non, je ne comprends pas. »
L’arsenal des mesures sanitaires qui limitent nos libertés depuis près d’un an, a créé un profond malaise qui est loin de s’estomper réduisent l’adhésion des citoyens à celles-ci.
En démocratie, l’ordre social repose sur des règles et des procédures définies notamment par la Constitution et les traités européens ou internationaux. Cet ordre peut être ajusté, mais uniquement selon les règles prévues. Sans quoi, c’est la porte ouverte à l’arbitraire, à l’abus de pouvoir et finalement à la tyrannie avec des sanctions plus durement ressenties par les jeunes et les citoyens moins favorisés.
elles créent un sentiment d’injustice et d’arbitraire. Ce qui constitue un cocktail explosif et un terreau fertile pour le populisme et le complotisme.
Nous sommes profondément préoccupés par cette érosion de l’État de droit et par la perte de légitimité des règles qu’elle entraîne ».
Ces phrases lourdes de sens n’appellent pas de commentaire. En revanche, elles doivent provoquer un sursaut citoyen et une prise de conscience générale que l’Etat de droit, fondement de la démocratie, pèche dangereusement pas un estompement de la règle constitutionnelle. Cela montre la fragilité de notre démocratie au moment où la population qui souffre de plus en plus de la crise sanitaire et angoisse face au tsunami économico social qui fonce sur nous commence à perdre confiance en ses institutions et attend son salut d’instances alternatives telles que le Belang en Flandre et le PTB ailleurs. Tous savent sont conscients que ces partis sont incapables de relever les défis gigantesques qui menacent nos sociétés démocratiques. Ils les regardent toutefois, à tort,  comme une solution de rechange. Cette situation préoccupante devient franchement périlleuse. Les avocats brisent le silence.  Et les enseignants, le personnel sanitaire, les forces de police commencent à rechigner. L’exécutif ne peut rien sans  la complicité des forces de l’ordre qui renâclent certes moins qu’en France mais plus qu’aux Etats-Unis.
« Notre but n’est pas d’être critique, mais d’avertir et d’appeler au respect des règles démocratiques. C’est le rôle des avocats vis-à-vis de la société civile et des élus. » Cette phrase, lourde de sens, résonne comme le cri de donneurs d’alarme dans une société minée par le ressentiment, la perte de confiance et l’effondrement de l’espoir en un monde meilleur.
MG



vendredi 12 février 2021

Trump, l’indéfendable


En apprenti-despote, l’ex-président des Etats-Unis a su inventer un ennemi intérieur commode, les manifestants d’extrême gauche « antifa », accusés de tous les maux et de toutes les dérives.
Maurin Picard, correspondant à NY
Le Soir

Une avalanche d’images terrifiantes, traumatisantes, défile devant les caméras dressées au Sénat des Etats-Unis. Ces extraits de bandes de vidéosurveillance, ces enregistrements inédits puisés dans les téléphones cellulaires, viennent conter plus précisément encore l’histoire de l’assaut contre le Capitole, le 6 janvier, par les supporters inconditionnels de Donald Trump.
Il s’agit pour lui du second procès en destitution en un an, après celui qui aboutit à son acquittement le 5 février 2020. Il avait à l’époque échappé à toute culpabilité à propos des pressions exercées sur l’Ukraine pour exhumer des renseignements compromettants sur le clan Biden. Il pouvait remercier la majorité républicaine et servile du Sénat, qui avait bloqué la comparution de témoins clés.
Rien de tout cela, cette fois. Les images, habilement montées par les procureurs démocrates de ce second procès, défilent sous les yeux de sénateurs tout à la fois juges et parties, qui furent eux-mêmes visés par l’ire des insurgés. Ce montage, juxtaposant les éléments du discours tenu par Donald Trump au-dehors de la Maison-Blanche et les propos des assaillants, fait éclater une évidence au grand jour : l’ex-président, réfugié à Mar-a-Lago, en Floride, est indéfendable.
Il a, durant 77 jours, depuis la fermeture des bureaux de vote le 3 novembre jusqu’à la passation de pouvoir ratée du 20 janvier, martelé sa colère face à un scrutin censément « volé » et entaché de « fraudes massives ». Il a chauffé à blanc ses légions de partisans du Middle America, expression désignant tout à la fois le cœur du continent séparant les deux côtes plus progressistes et ces anciennes classes moyennes ruinées par la grande récession de 2008. Il les a « dressés » à se battre pour défendre la démocratie, le drapeau, sa présidence, son mandat. Lui. En apprenti-despote, il a su inventer un ennemi intérieur commode, les manifestants d’extrême gauche « antifa », accusés de tous les maux et de toutes les dérives.
Alors que l’ennemi intérieur, le vrai, est identifié depuis plusieurs années maintenant par les agences de maintien de l’ordre : ces mouvements suprémacistes blancs, qui apparurent au grand jour à Charlottesville en 2017 (un mort), se propagèrent dans le sillage de la délirante conspiration QAnon et qui, le 6 janvier, surent se mêler à la foule des manifestants pro-Trump en colère pour orchestrer un assaut violent, prémédité, contre les élus du Congrès. Sur ordre de Trump, qui les incitait à « se battre comme des chiens » et à « marcher avec lui sur le Capitole ». Ce qu’il se garda bien entendu de faire, préférant se retirer dans ses appartements privés pour se délecter du spectacle.
L’évidence défile sous les yeux des sénateurs républicains, qui scelleront le sort de l’ex-joueur de flûte dans quelques jours, à condition d’être délivrés de l’ensorcellement qui les unissait à lui depuis 2016. Eux seuls sauront écrire le point final de cette tragédie américaine.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
INSOUTENABLES IMAGES

Il faut absolument regarder ces images commentées sans passion avec une précision chirurgicale par la procureure démocrate toute de bleu vêtue. Nous n’avions vu jusqu’à présent que la partie immergée de l’affaire qui fut une véritable  chasse à l’homme, en l’occurrence Mike Pence ; à la femme, en l’occurrence Nancy Pelosi dans le dessein avoué, proclamé, hurlé de les lyncher, de les pendre haut et court sur un gibet dressé devant le Capitole. On assiste en temps réal à la prise de la bastille. Le film de l’assaut du capitole projeté aux sénateurs au deuxième jour du procès en destitution –impeachment- du Président indigne accusé d’avoir  instrumentalisé cette foule est insoutenable.
 Et ce qui rend la chose détestable ce sont ces quelques  sénateurs républicains qui détournent le regard avec une indifférence feinte tandis que les terribles images défilent sur l’écran de la salle plénière.
Il s’agit bien d’une insurrection méticuleusement préméditée et minutieusement préparée. Une inscription barre ces images :  Explicit video. Cet  euphémisme juridique nous avertit que nous regardons quelque chose d’inouï, de jamais vu. Nombreux sont les Américains qui comme moi s’étaient demandé ce qui exactement s’était passé pendant l’assaut  à l’intérieur de ce monument historique, symbole de la République américaine et de la démocratie. On assiste , de fait, à  la mise à mort à coups de batte de base ball d’un agent de la sécurité, hurlant de douleur coincé dans les portes fracassées tandis qu’une voix neutre nous rappelle que cet assaut meurtrier fut « commandité » par le président des Etats Unis en personne  dans un ultime sursaut pour tenter d’annuler sa défaite électorale. Un président aux abois qui déclencha sciemment la rage meurtrière d’une foule déchaînée, comme en 1789. Et l’on voit une batte de hockey s’abattre avec acharnement contre un homme à terre. C’est Orange mécanique en live, l’ensauvagement en direct !
Les images montrent alternativement les sénateurs réunis en séance en train de certifier les résultats de l’élection présidentielle, les harangues deTrump, la foule en train de s’introduire par effraction dans le bâtiment, défonçant les portes, faisant éclater les fenêtres. Et déferlant dans les couloirs du Capitole, les célèbres « lobbies » hurlant « où sont-ils  ? Pendez-les » 
En regardant ces horreurs, j’ai repensé à d’autres images brutales, celles des affrontements aux Champs Elysées, à l’Etoile - un autre symbole fort- entre la police et les gilets jaunes en colère et le déchaînement des Black Blocs.
Les sénateurs, républicains et démocrates réunis dans cette salle, étaient présents dans le bâtiment du Capitole ce jour-là. Ils savent exactement ce qui s'est passé, ne l’ont-ils pas vécu ? Ils savent que ce film n'a pas été mis en scène, que les émeutiers n'étaient pas des figurants et que Donald Trump a délibérément incité à l'émeute. Ils ont vu ces qui condamnent l'ancien président.   
Les  démocrates ont eu raison  de diffuser ce film et d'encourager les médias à  le diffuser. Cela dit, il y a très peu de chance que 14 sénateurs républicains  se rallient aux démocrates pour voter l’empêchement.
Ces scènes d’émeutes et de violence extrême resteront gravées dans nos inconscients. Elles  soulèvent deux questions : comment se fait-il que les insurgés n’étaient pas armés et surtout qu’ils n’aient pas bouté le feu au bâtiment.
Imaginons un instant que les gilets jaunes envahissent l’assemblée nationale ou les fous furieux de Pegida, de l’AFD s’engouffrant dans le Bundestag ou encore les milices de Schildenvrienden (Vlaams Belang) s’engouffrant dans l’hémicycle parlementaire bruxellois...
Hier un autre spectacle médiatique extraordinaire a tenu en éveil tous les démocrates de France et de chez nous : le  débat télévise entre Gerald Darmanin et Marine le Pen qui monte tellement dans les sondages que beaucoup ont vu dans cet échange le prélude au prochain  débat présidentiel du second tour des présidentielles.
Tout ce passe comme si se déroulait en France les prémices d’un remake de la résistible ascension de Trump en 2016. Il se pourrait bien en effet que l’irréparable se produise : Marine à l’Elysée en 2022. L’illibéralisme est en marche partout en occident. A quand le grand sursaut démocratique ?
MG


L’ISLAMISME AU CŒUR DU DEBAT TELEVISE ENTRE GERALD DARMANIN ET MARINE LE PEN
Le ministre de l’intérieur a défendu le projet de loi sur le séparatisme, dont la présidente du parti d’extrême droite estime qu’il a été « vidé de son sens ».
Le Monde avec AFP
Lors du débat entre Marine Le Pen et Gérald Darmanin sur le plateau de « Vous avez la parole », sur France 2, le 11 février. STÉPHANE DE SAKUTIN / AFP
Marine Le Pen et Gérald Darmanin ont débattu jeudi 11 février sur France 2 de l’islamisme et de l’immigration, tombant d’accord par endroits, le ministre de l’intérieur accusant son adversaire d’« approximations » et la présidente du Rassemblement nationale (RN) fustigeant un texte insuffisant contre l’islamisme. Ce débat était très attendu à quinze mois de la présidentielle, entre une candidate à l’Elysée désireuse de faire oublier son duel raté face à Emmanuel Macron en 2017, et un poids lourd de la majorité en première ligne sur les textes régaliens de la Macronie.
En quête de crédibilité, forte de sondages qui la donnent au second tour face à Emmanuel Macron, la dirigeante d’extrême droite a jugé que le projet de loi du gouvernement sur le séparatisme, « vidé de son sens », l’avait « beaucoup déçue » alors qu’elle se voulait « constructive ». Elle n’a pas exclu de voter le texte, mais que cela « dépendrait » de l’examen à l’Assemblée d’une mesure gouvernementale encadrant l’instruction en famille, critiquée de toutes parts. « Je ne veux pas d’un Etat qui s’ingère dans la liberté des familles » et des religions, a-t-elle dit.
Approximations
Mme Le Pen était venue avec une contre-proposition de loi ciblant les « idéologies islamistes » qui sont à ses yeux « partout » et qu’elle entend bannir de toutes les sphères de la société, à commencer par le voile. « Vous êtes très approximative (…) vous dites beaucoup de choses qui ne sont pas la vérité ou qui ne sont pas le texte, qui ne sont pas le droit », a accusé pour sa part le ministre de l’intérieur, qui jouait par procuration le rôle du chef de l’Etat.
Gérald Darmanin lui a reproché de « ne pas voter les textes » comme la loi antiterroriste de 2017, qui permet notamment la fermeture de lieux de culte. « Madame Le Pen dans sa stratégie de dédiabolisation vient à être quasiment un peu dans la mollesse, il faut prendre des vitamines ! », a-t-il ironisé. En l’occurrence la chef du RN s’est trompée sur les chiffres de l’immigration, sujet fétiche de son parti. Gérald Darmanin l’a encore accusée d’« approximation », Marine Le Pen évoquant le chiffre de 471 000 titres de séjour accordés en 2019, alors que le ministre lui a assuré que le chiffre était de 277 000.
« Vous avez dit absolument n’importe quoi »
Quand la chef du RN a souhaité un référendum pour demander aux Français « s’ils souhaitent qu’on supprime le droit du sol, c’est-à-dire l’acquisition quasi automatique de la nationalité », le ministre a répondu que « ce n’était pas vrai ». « Chacun constatera que vous avez dit absolument n’importe quoi sur absolument tous les sujets ce soir » et « il faut travailler pour le prochain débat présidentiel », a-t-il conclu.
Interrogée pour savoir si elle avait l’impression d’avoir mieux fait qu’en 2017, Marine Le Pen a répondu qu’« on ne peut pas comparer des débats qui n’ont rien de comparable ». Ce face-à-face était un test pour la candidate de l’extrême droite, qui admet avoir été « trop offensive » dans son débat raté de 2017 et reste attendue sur l’économie.
Invité au même moment sur C8, le candidat des « insoumis », Jean-Luc Mélenchon, a déclaré dès le début de son passage chez Cyril Hanouna que sa présence sur la chaîne jeudi soir était un « acte de protestation contre ce qui est en train de se passer : la rédaction d’un service public organise un débat entre deux personnes qui sont d’accord sur une loi et vont voter la même chose » sur la place « des musulmans en France ».



mardi 9 février 2021

Critique, essentiel: ah (mal) nommer les choses…


Le poids des mots. Le monde culturel a été choqué en étant considéré comme « non essentiel ». Aujourd’hui, les enseignants n’exerceraient pas un « métier à risque ».
 
Par Béatrice Delvaux
Editorialiste en chef Le Soir

Ah les mots justes ! C’est Albert Camus qui disait : mal nommer les choses, c’est ajouter du malheur au monde… Le monde culturel porte ainsi le poids de la dénomination accolée à leur « profession » par la gestion du covid. « Non essentiel » : les artistes vivent le terme comme une souffrance, y voyant le manque de considération du politique pour leur rôle dans la société. Ces blessures devront être guéries « après » mais cela risque de laisser des traces.
Et voilà que ce sont les professeurs qui se sentent blessés. En cause ? La manière dont leur accès potentiellement prioritaire au vaccin a été officiellement balayé : « Les enseignants ne sont pas particulièrement plus à risque que d’autres professions. Ils ne seront pas intégrés dans cette phase de vaccination. » Et donc aujourd’hui, leurs syndicats parlent de grève.
Si cela se concrétisait, cela pèserait sur l’équilibre déjà précaire maintenu depuis un an par des professeurs qui « ont pris » formidablement sur eux au cours de ce chemin de croix infligé par le virus.
Sur la forme, on peut donc comprendre leur désarroi face à ce qu’ils appellent le « manque de considération à l’encontre des professionnels de l’enseignement alors que ces derniers ont continué à encadrer les élèves et les étudiants malgré des conditions sanitaires souvent précaires et aléatoires ».
Il faut sans doute nuancer la notion de « risque encouru ». Primo, parce que le risque de contamination par les enfants et les adolescents reste considéré comme plus faible. Et que, secundo, ce risque varie selon les niveaux. La quasi-impossibilité de renoncer au contact rapproché est ainsi réelle en maternelle ou primaire où l’enseignant est souvent assis à côté des enfants, en contact étroit avec eux. Et il en va de même dans le spécialisé. Par contre, dans le secondaire, les consignes semblent un rien plus « évidentes » à respecter. Il conviendrait donc sans doute, pour être crédible, de prioriser la vaccination en lien avec la fonction exercée dans la profession, comme on l’a fait pour les policiers, le personnel soignant…
Mais c’est sur le fond que les autorités ont péché. Elles gagneraient ainsi en crédibilité en établissant des règles de « priorisation » claires, éthiquement acceptables et durables, en lien avec la réalité des stocks de vaccins. Comment ainsi faire croire qu’on va demander à vacciner en priorité 250.000 profs belges alors qu’il n’y a pas encore assez de vaccins pour ceux qui ont des comorbidités ?
Il y a dans ces velléités une forme de clientélisme. Le ministre A plaide avec force pour les éboueurs, la ministre B ne songe qu’aux accueillantes d’enfants, le ministre C promet aux profs… Résultat : des blessés et des déçus, d’autant plus profondément qu’on n’a pas pris les mots justes pour leur dire ces choses difficiles.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
A QUI LA FAUTE S’IL S’AVERE QU’IL N’Y A PAS ASSEZ DE VACCIN POUR TOUT LE MONDE ET QU’IL FAUT IMPOSER DES PRIORITES A LA VACCINATION ?

Il faut entendre le discours des enseignants, le soir après une journée de cours sous le masque avec des ados turbulents, indisciplinés,  naturellement difficiles et que le port obligatoire du masque rend quelquefois franchement pénibles. Entendre les doléances des ainés qui sont très conscients d’être personnes à risque et donc tenaillés par l’angoisse de la contagion et de l’infection. 
La Vivaldi donne un très mauvais signal aux profs en leur refusant la priorité alors qu’ils opèrent en première ligne et sont particulièrement fragilisés. Le gouvernement a besoin des profs au moins autant que de sa police qu’il chouchoute et dorlote car, en cas de désordre, elle est son dernier recours, Macron le sait mieux que personne, et il se trouve que dans notre société assiégée, le désordre prend, de plus en plus , le pas sur l’ordre.
Cette fois le gouvernement n’a pas commis une erreur mais une faute très difficile à rattraper. Si les enseignants devaient décider de débrayer dans le moyen terme nos gouvernants seraient dans un profond embarras. A qui la faute s’il s’avère qu’il n’y a pas assez de vaccin pour tout le monde et qu’il faut imposer des priorités à la vaccination ?
MG