samedi 30 janvier 2021

Coronavirus: la légitimité démocratique du pouvoir d'exception remise en question par des chercheurs


Des chercheur.e.s de toutes les universités francophones s’interrogent sur les conséquences démocratiques de la crise et la question de la légitimité du pouvoir d’exception.
Par Un collectif de signataires*
Il y a plus de 10 mois, les premières mesures de confinement étaient prises en Belgique. Ces dispositions inédites et impensables encore quelques semaines auparavant ont bouleversé nos vies et notre société. Elles ont été adoptées dans l’urgence, face à un phénomène, l’épidémie de covid-19, qu’il était difficile de prévoir. L’absence de débat démocratique pouvait à l’époque se comprendre au vu de l’urgence et du caractère exceptionnel des mesures. Une large coalition de partis démocratiques créait alors un consensus autour d’un gouvernement minoritaire. A situation inédite, réactions politiques inédites.
A l’automne dernier, un gouvernement de plein exercice était mis en place. Moins d’un mois après son installation, le second confinement a eu lieu. Il diffère fondamentalement du premier sur deux points. Tout d’abord, il est désormais impossible d’invoquer la surprise. Par ailleurs, le caractère temporaire et exceptionnel du confinement n’a plus rien d’évident.
Les mesures covid-19 sont donc maintenues depuis des mois pour des périodes déterminées à répétition qui se transforment de facto en période indéterminée. Récemment, la prolongation jusqu’au 1er mars des mesures de confinement témoigne d’une nouvelle dégradation préoccupante de la situation. Jusqu’à présent, les autorités prenaient à tout le moins la peine d’avertir les citoyens et citoyennes de leurs décisions lors de conférences de presse. Désormais, elles agissent en catimini. Ainsi, nous ne sommes plus dans le cas de l’urgence mais d’un régime d’exception qui s’installe dans la durée. Trois mois après le début du 2e confinement, le gouvernement ne communique toujours aucune perspective de sortie.
Des dégâts économiques, sociaux et psychologiques considérables
Malgré la durée de la crise, la communication est toujours celle de l’urgence. Les médias reçoivent leur dose quotidienne de chiffres Covid, sans aucun recul ou analyse ni, sauf cas rares, modération critique. De même, le nouveau feuilleton de la course entre la vaccination et la dissémination des nouveaux variants est censé nous tenir en haleine. Surtout, les données fournies sont incomplètes pour qui veut se faire une idée réelle des implications du confinement. Quid de la santé mentale, des tentatives de suicide, du décrochage scolaire, de la paupérisation, de l’augmentation des violences intra-familiales ? Il semble en tout cas que ces dimensions n’influent que de manière marginale sur les décisions prises. Probablement parce que les effets concrets ne se font ici ressentir qu’avec retard, alors que les contaminations se voient chaque jour avec une publicité maximale. Est-ce dès lors une raison pour ne pas prendre en compte ces réalités au moins aussi importantes ? 
Or, c’est bien ce tableau global des conséquences de la gestion de cette crise qu’il convient urgemment de dresser. Avec des étudiants ou adolescents en mal-être grave, des professions en déroute et sans perspectives, des usages normalisés des limitations de libertés, peu d’évaluations rendues publiques de l’efficacité de certaines mesures liberticides… Il est plus que temps de se poser la question du vivre ensemble en pandémie dans une société où le risque zéro n’existe pas.
Actuellement, on tente toujours de minimiser un double risque très étroit : la saturation des hôpitaux couplée aux décès des personnes vulnérables, sans s’interroger vraiment sur l’équilibre à trouver avec les autres risques et les dommages causés aux autres catégories de citoyens et citoyennes. Or ces risques explosent en ce moment de toutes parts, comme des dizaines de chercheurs et chercheuses en sciences humaines et sociales le prédisent depuis des mois, et dont les propositions ne semblent pas entendues par les autorités politiques.
Des restrictions massives des libertés publiques
La gestion covid-19 soulève aussi un problème fondamental de respect de la légalité et de l’Etat de droit. Depuis plusieurs mois, les constitutionnalistes et les politologues dénoncent la gestion de la crise par simple arrêté ministériel et réclament une loi Corona (lire aussi). Au-delà du simple respect de la Constitution, l’État de droit assure la limitation de l’action de l’État envers les citoyens et citoyennes en lui imposant un cadre juridique et en lui interdisant l’arbitraire. En un mot comme en cent : l’Etat ne peut pas agir comme bon lui semble, aussi impérieuse et légitime lui semble la finalité qu’il poursuit.

Chaque jour, nous pouvons constater les graves conséquences de l’estompement de ce principe. La lutte contre le covid-19 sauve sans doute des vies. Mais elle étouffe nos droits et libertés. L’état d’exception qui s’installe permet à la police de pénétrer de nuit dans les domiciles, de tracer les GSM sans ordonnance de juge, de restreindre le droit de manifestation, de suspendre le droit au travail, de maltraiter le droit à l’enseignement, de s’emparer de nos données médicales à des fins de contrôle, de limiter nos déplacements, de faire disparaître les droits culturels… Cette rétrogradation a lieu sans débat ni décision parlementaire et en contournant trop souvent les autorités de contrôle (section de législation du Conseil d’Etat, Autorité de la protection des données).
Des mesures de contrôle incontrôlées
La démocratie belge est aujourd’hui atone. Le confinement et ses modalités ne font pas l’objet d’un débat démocratique public, pluraliste et ouvert. Les positions et arguments en contradiction avec la parole officielle n’ont pas droit au chapitre. Comme le démontre Amartya Sen, le débat public est la condition incontournable de toute décision légitime et raisonnable, sur la base de positions parfois toutes défendables quoique contradictoires (1).
Le contrôle de l’application des règles par les citoyens et citoyennes fait l’objet d’une sévérité de plus en plus grande. Mais dans le même temps, le contrôle des règles par les autorités fait l’objet de plus en plus d’inattentions. La piste est glissante : ne basculons-nous pas dans une gestion autoritaire de la pandémie ?
Il est donc indispensable d’avoir un débat démocratique et ouvert sur au moins trois éléments. Premièrement, la définition de l’objectif poursuivi par ces mesures : s’agit-il d’éviter la saturation des services hospitaliers ou d’éradiquer le virus en éludant la question des moyens pour renforcer les dispositifs médicaux ? Deuxièmement, le degré de risque que nous sommes collectivement prêts à accepter au regard de tous les autres risques. Et troisièmement, les mesures légitimes et proportionnées prises pour atteindre ces objectifs.
Un débat éclairé nécessite d’avoir des données fiables et des avis partagés. Il faut dès lors au plus vite un partage des données en opendata afin que tout chercheur ou chercheuse puisse les vérifier, les compléter, les discuter et les analyser. Il est également nécessaire de rendre publics tous les avis exprimés par les divers organes d’expert.e.s, afin que chaque citoyen et citoyenne puissent être informé.e et comprendre les mesures.
De graves conséquences à moyen et long termes
Le basculement que nous observons entraîne de graves conséquences à moyen et long termes que les autorités ne peuvent ignorer : perte d’adhésion des citoyens et citoyennes dans les mesures, décrédibilisation des dirigeants déjà en perte de vitesse, mouvements de désobéissance civile qui peuvent entraîner la division et le conflit. En outre, la création d’un tel précédent est un danger pressant dans un contexte de montée des populismes et des régimes autoritaires, ainsi que dans la perspective scientifiquement envisagée d’épidémies ultérieures. Comment les démocrates pourront-ils.elles faire barrage à des poussées illibérales si l’Etat libéral ouvre la brèche ? La classe politique actuelle prépare-t-elle à son insu, par manque de vision et de courage, la fin de la démocratie telle que nous la connaissons ? Il est encore temps d’un sursaut.
*Signataires : Diane Bernard (USL-B), juriste et philosophe ; Anne-Emmanuelle Bourgaux (UMons), juriste ; Marie-Sophie Devresse (UCLouvain), criminologue ; Alain Finet (UMons), management ; François Gemenne (ULiège), politologue ; Christine Guillain (USL-B), juriste ; Chloé Harmel (UCLouvain), juriste ; Vincent Laborderie (UCLouvain), politologue ; Irène Mathy (USL-B), juriste ; Anne Roekens, (UNamur), historienne ; Damien Scalia (ULB), juriste ; Olivier Servais (UCLouvain), anthropologue et historien ; Dave Sinardet (VUB- USL-B), politologue ; Nicolas Thirion (ULiège), juriste ; Erik Van Den Haute (ULB), juriste.
(1) A. Sen, L’idée de justice, Flammarion, 2010 (pour la trad. en français), notamment p. 141 et 417.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
INDIGNEZ-VOUS !
SOMMES-NOUS ENCORE EN DEMOCRATIE ET POUR COMBIEN DE TEMPS ?

Bonne nouvelle ! Enfin voici venir un premier sursaut démocratique.
Méditons, chers lecteurs, l’argumentaire de  cette carte blanche roborative. Elle émane d’un collectif de chercheurs engagés-juristes, politologues, constitutionnalistes, anthropologues, philosophes- qui sonnent l’alarme au nom de la société civile en colère. Annonce-t-elle le début du sursaut citoyen tant attendu ?
« Ne basculons-nous pas dans une gestion autoritaire de la pandémie ? » Cette mise en garde solennelle et citoyenne est un coup de semonce à l’adresse de l’exécutif Vivaldi 
« Il est indispensable d’avoir un débat démocratique et ouvert sur au moins trois éléments. Premièrement, la définition de l’objectif poursuivi par ces mesures : s’agit-il d’éviter la saturation des services hospitaliers ou d’éradiquer le virus en éludant la question des moyens pour renforcer les dispositifs médicaux ? Deuxièmement, le degré de risque que nous sommes collectivement prêts à accepter au regard de tous les autres risques. Et enfin troisièmement, les mesures légitimes et proportionnées prises pour atteindre ces objectifs. »
Réveillez-vous citoyens, et indignez-vous, notre démocratie est menacée comme rarement elle le fut dans ce royaume bancal au bord de l’implosion. Les forces illibérales prennent du poil de la bête avec en Flandre un Vlaams Belang en embuscade qui n’attend que cela pour accourir en sauveur et un PTB qui prospère en Wallonie
Nous ne vivons plus vraiment en démocratie, le peuple commence à s’en rendre compte par la voix de ses élites intellectuelles. A l’étranger ce peuple exprime sa colère et son ressentiment par des émeutes commanditées sur les réseaux comme aux Pays-Bas ainsi que nous l’expliquons dans notre commentaire de vendredi. En France le régime de la Cinquième république est contesté comme jamais depuis le début du quinquennat. Emmanuel Macron dévisse : il n’a plus que 21% d’intention de vote contre plus de 25% à Marine Le Pen l’illibérale. En Grande Bretagne Boris Johnson pratique le grand n’importe quoi et l’Italie est en crise aigüe. Seule l’Allemagne semble épargnée jusqu’ici par la vague générale de défiance et de contestation.  Béatrice Delvaux, notre conscience journalistique  nationale rarement prise en défaut, agite la sonnette d’alarme et se fend d’un éditorial alarmiste  dans lequel elle suggère aux virologues de ne pas tomber dans la politique politicienne et aux politiques de ne pas s’ériger en virologues. Au risque sinon de perdre leur légitimité.  Ce sont des paroles dures et fortes. Dans le régime de particratie qui est le nôtre, ce sont les présidents de partis qui font la pluie et le mauvais temps. Les parlementaires sont muselés et condamnés aux consignes de vote et autres dictats des présidents de partis dont Georges Louis Bouchez semble une caricature sortie du crayon de Kroll.
Cette carte blanche annonce-t-elle un désir de transformation, une volonté dune transition en faveur d une volonté plus grande des citoyens de contrôle sur l’action politique, notamment par l’intermédiaire de dispositifs participatifs ? 
Pierre Rosanvallon plaide « dans le Bon Gouvernement » (2015) pour un  glissement d’une « démocratie de l’autorisation », dans laquelle les citoyens laissent le pouvoir décisionnel à leurs représentants, à une « démocratie d’appropriation », dans laquelle les citoyens se réapproprient le processus décisionnel. 
Une  telle « démocratie d’appropriation » serait fondée selon lui sur trois principes :
» 
Face à l’expression citoyenne atomisée et à la surdité des dirigeants Rosanvallon plaide pour

a) « un redéploiement de l’expression citoyenne et une démocratie interactive. »
b) la nécessité dune  « démocratie technique » dans la prise de décisions Il faut à cette fin réinventer le rôle de l’expert (remis à l’honneur lors de la crise du covid-19 et, en même temps, régulièrement contesté).  Certains y voient la confiscation du pouvoir d’action par les experts et une menace pour la démocratie. 

Bref, il exige  le rétablissement du lien – et de la confiance- entre gouvernants et gouvernés comme central pour l’avenir de la démocratie. Le grand partage entre « sachants » et « subissants» demeure, les asymétries ne sont réduites qu’à la marge.  

Face à la complexité des défis actuels : climatique, le nucléaire, le covid-19, le vieillissement, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer la délégation des décisions à des experts.  La conclusion est cependant de compléter le savoir technique des experts par la connaissance contextualisée des acteurs de terrain et d’ainsi intégrer des savoirs d’usage dans la prise de décisions
Le système change en profondeur sous l’impulsion de nouvelles formes de confiance et de légitimation, qui s’appuient davantage sur l’interconnexion et la collaboration entre citoyens, avec pour effet de court-circuiter les arènes classiques de décision, sans toutefois priver celle-ci de son caractère démocratique

Il semble bien que la défiance envers les élus et les experts soit telle que, à terme, le système risque de devenir  instable et tenté de renouer avec des formes de décision et de légitimation autoritaires. 
Lorsqu’on voit éclater partout en Europe et surtout aux Etats-Unis le prurit du populisme et cette guerre « incivile » (Biden) de tous contre tous  prédite par Hobbes on peut en conclure que la résistible (Brecht) montée des périls prend des proportions alarmantes
MG

LE PARLEMENT EST LE GARANT DE LA DEMOCRATIE, PAS TWITTER
La dernière bataille en date sur Twitter oppose le président du MR au scientifique Marc Van Ranst jugé trop pessimiste, trop omniprésent médiatiquement et trop faible dans ses argumentations.

Par Béatrice Delvaux in Le Soir
On avait vraiment besoin de cela : une « battle » sur Twitter entre des politiques et des experts ! La dernière en date oppose le président du MR au scientifique Marc Van Ranst jugé trop pessimiste, trop omniprésent médiatiquement et trop faible dans ses argumentations. Van Ranst se réjouit que ces politiques-là ne soient pas virologues tandis que le président de l’Open VLD estime que les experts ne devraient pas s’exprimer sur des choses dont ils ne sont pas certains. Emmanuel André y va lui au bazooka en accusant Georges-Louis Bouchez, sans le nommer, de « trébucher dans la boue du populisme ».
Deux fautes fondamentales
On vous épargne la totalité de l’échange qui révèle deux fautes fondamentales.
Primo, il n’y a rien à gagner à ce que tout le monde s’occupe de tout en polémiquant superficiellement. Au vu de la gravité de la situation et de la nécessité de préserver des énergies, on suggère aux virologues de ne pas tomber dans la politique politicienne et aux politiques de ne pas s’ériger en virologues. Au risque sinon de perdre leur légitimité.
Secundo, il y a erreur, dans les deux camps, sur le canal de communication. « J’ai beau parcourir la Constitution belge en tous sens, je ne vois pas trace de Twitter », ironise Anne-Emmanuelle Bourgaux, professeure de droit de l’Université de Mons, lors du Grand Oral La Première – « Le Soir ».
La constitutionnaliste Anne-Emmanuelle Bourgaux,  est catégorique : « le débat sur la stratégie belge contre le covid est indispensable mais il ne se déroule pas du tout au bon endroit et en tout cas pas là où il le devrait pour protéger la démocratie belge. »
La cosignataire de la  carte blanche dénonce ainsi l’extrême multiplication ces derniers mois de mesures gouvernementales coercitives qui n’ont jamais été débattues au Parlement et ne sont pas inscrites dans un texte de loi covid par rapport auquel on pourrait juger de leur opportunité, de leur proportionnalité et de leur clarté.
« Au fait, ils sont passés où les parlementaires ? Et la présidente de la Chambre ? On ne les entend plus depuis des mois, or ce sont les seuls qui ont le devoir d’intervenir publiquement dans un hémicycle où, au contraire de Twitter, les citoyens leur ont donné la mission et le pouvoir de veiller au respect de la démocratie. »
« Autant de raisons impérieuses de replacer les enjeux dans un cadre institutionnel et de mener les débats de fond là où on peut agir sur la prise de décision et servir les intérêts citoyens. Et pas seulement son nombril. »

Nouvelle nuit de violences au Pays-Bas contre le couvre-feu


Violences dans plusieurs villes du pays, les pires troubles en quarante ans selon la police.
 Nouvelle nuit de violences au Pays-Bas contre le couvre-feu
Lundi soir vers 21 heures, sur Molukkenstraat, une longue rue du quartier est d’Amsterdam, une explosion retentit soudain. La tension est déjà à son comble alors que le couvre-feu vient seulement d’entrer en vigueur pour la troisième soirée consécutive. Il doit durer jusqu’à 4h30. La police antiémeute est une nouvelle fois déployée et tente de boucler le quartier et d’empêcher d’approcher de nombreux groupes d’extrême droite. A l’angle de la rue, une poignée d’individus isolés, tous vêtus de noir et masqués, tente de faire monter la pression en lançant des feux d’artifice en direction de la police, prêts à charger en dépit des molosses qui accompagnent les forces de l’ordre.
Quelques mètres plus loin, une dizaine de jeunes hommes se précipitent vers un véhicule de police et tentent de le renverser en le secouant dans tous les sens. De l’autre côté de la rue, des pierres fusent en direction des journalistes qui tentent de se mettre à couvert derrière les camions de police. «Je suis venu observer ce qu’il se passait, témoigne un jeune homme d’une trentaine d’années muni d’un téléphone portable qui filme la scène avec attention. C’est insensé, on n’a jamais vu pareil violence dans le pays.» Selon la police néerlandaise, ces violences sont les pires dans le pays depuis au moins quarante ans.
C’est la deuxième nuit consécutive que les rues néerlandaises s’embrasent dès la nuit tombée. Pour lutter contre la pandémie du Covid-19, le gouvernement a imposé le 22 janvier un strict couvre-feu, le premier depuis la Seconde Guerre mondiale. Quiconque ne le respecte pas s’expose à une amende de 95 euros. Vendredi, un premier appel à la violence a été lancé par différents groupes de la jeunesse d’extrême droite tel que Pegida, connu principalement en Allemagne comme anti-islamiste. Ces jeunes, que la maire d’Amsterdam, Femke Halsema, a qualifiés de «hooligans», s’étaient donné rendez-vous sur les réseaux sociaux, affirmant «la guerre est déclarée» ou encore demandant aux manifestants potentiels de ne pas «oublier vos armes».
Pillages et gaz lacrymo
Dans le milieu de la nuit de lundi à mardi, la tension restait palpable dans plusieurs villes du pays. A Rotterdam, un canon à eau, des gaz lacrymogènes et des tirs de semonce ont été utilisés par les forces de l’ordre pour tenter de disperser les émeutiers, selon la télévision néerlandaise. Au total, plus de 250 émeutiers ont été arrêtés, alors que de nombreux supermarchés ont été pillés. Dans des villes habituellement tranquilles, comme les communes de Haarlem et de Zwolle, plusieurs véhicules ont été incendiés.
Le couvre-feu intervient alors que les Pays-Bas ont imposé un confinement extrêmement strict depuis plusieurs semaines. Les bars et restaurants sont fermés depuis le mois d’octobre et les écoles et magasins non essentiels depuis le mois de décembre.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
COMMENT LES MEDIAS SOCIAUX ONT ETE UTILISES POUR INCITER AUX EMEUTES AUX PAYS-BAS

Depuis l'instauration du couvre-feu samedi dernier, plusieurs régions  des Pays-Bas ont dû faire face à des pillages et des émeutes organisées. Les émeutiers se sont mobilisés sur les médias sociaux : les  pillages sont diffusés en temps réel sur les réseaux sociaux. Tous ou presque sont  vêtus de noir et masqués, comme les Black Bloks parfaitement organisés et drillé à la guérilla urbaine, partout en Europe.
Des gens qui souvent ne se connaissent pas fraternisent sur les médias sociaux avec des personnes qui partagent leurs idées radicales. "Nous avons tous besoin d'être visibles,  d'appartenir à un camp", déclare Mark Deuze, professeur d'études des médias à l'université d'Amsterdam (UvA). Surtout depuis ces besoins sont réprimés par l'instauration du confinement et d'un couvre-feu, commente HLN.
"Beaucoup sont frustrés, anxieux et en colère à cause du virus et c'est assez normal", dit Deuze. "Quand  des frustrés utilisent la violence comme exutoire du ressentiment se rejoignent, ils s'incitent les uns les autres à toujours plus de violence." Nous avons pris l’habitude d’expliquer cela par un accès collectif de ressentiment.
Les émeutes de ces derniers jours ne sont pas uniquement motivées par des raisons idéologiques, affirme le sociologue Don Weenink, également de l'UvA. Observation intéressante selon nous.
"Ce que vous avez pu observer dans les manifestations qui ont dégénéré à Amsterdam, montre qu'un très grand groupe de Hollandais voit dans les mesures  corona  une intensification du contrôle de l'État, une véritable tentative de contrôler et manipuler les gens", commente Weenink.
" Les émeutiers en viennent à croire qu'il est légitime de recourir à la violence, vu que le gouvernement n'écoute de toute façon jamais."
Les émeutiers se considèrent en "vacance de morale",
 "C’est une situation très dangereuse dans laquelle un groupe soudé par un puissant sentiment de cohésion interne, développe des normes « alternatives » à rebours de la moralité dominante. 
Cette « éclipse temporaire des normes » participe d’une sorte d’inversion des valeurs morales" comme en temps de carnaval.
Cela induit de fortes excitations collectives  et une volonté d’envahir et de  dominer l’espace public. ". Cela rend ce phénomène  difficile à gérer".  Ceci explique sans doute l’hystérie collective qui s’est emparée à Washington des émeutiers du Capitole ou encore de la rage destructrice des Black Bloks qui se transmet à certains gilets jaunes les plus radicalisés. Les Français appellent cela l’ensauvagement.
Depuis que le gouvernement a instauré un couvre-feu Corona, des émeutiers déchaînés  ont déstabilisé  le pays. Les populistes de droite soufflent sur les braises- mais pas seulement eux.
Alors qu'un maire a mis en garde contre l’éclatement une "guerre civile", le pays s'interroge sur les causes de ces explosions de violence. Les éléments déclencheurs ont certes  été les nouvelles restrictions imposées par la loi Corona et surtout le couvre-feu imposé par le gouvernement. Mais les raisons réelles  sont probablement plus profondes.
Le gouvernement Rutte a suivi un parcours en zigzag. Au départ, à l'instar du Premier ministre britannique Boris Johnson, Rutte était partisan de la théorie de l'immunité collective et il a pris ses distances contre des restrictions sévères. Ce n'est que lorsque le nombre de cas a explosé au cours de la deuxième vague et que le pays s'est soudainement retrouvé dans une situation pire que celle de l'Allemagne ou la Belgique que le changement de cap a eu lieu. De plus, le début de la campagne de vaccination a été bâclé, et le pays bien que  hautement développé a longtemps été à la traîne dans l'UE.
Les émeutes ont frappé le pays à un moment particulièrement critique. 
Le couvre-feu nocturne a été imposé à brève échéance, mal expliqué  rappelant aux Néerlandais les pires moments  l'occupation nazie.
Pendant longtemps, les Pays-Bas ont fait l’admiration de tous pour son climat politique stable et ses structures souples. Protestants, catholiques, socialistes et citoyens neutres vivaient côte à côte dans un modèle de "pillarisation". Comme autrefois en Flandre,  chacun avait ses églises, ses écoles, ses banques et ses associations séparées. Dans les années 1990, ces piliers se sont effondrés, notamment sous le cpup de la mondialisation et de l'immigration.
Aujourd'hui, le paysage politique est plus fragmenté que partout ailleurs, en partie à cause du système de représentation proportionnelle. Plus d'une douzaine de partis sont représentés au Parlement à La Haye. La coalition des libéraux de droite de Mark Rutte (VVD) avec les chrétiens-démocrates, le parti de gauche D66 et l'Union chrétienne calviniste (CU) est assez hétérogène.
Le populiste de droite Geert Wilders a d'abord incité le gouvernement à prendre des mesures plus sévères contre le Corona, désormais il s'y oppose. "Nous ferons tout notre possible pour que le couvre-feu ne soit pas imposé", a déclaré un représentant du Wilders' Freedom Party (PVV), qui a été le premier à déclencher les émeutes. 
Le Forum pour la démocratie (FVD) de Thierry Baudet, l'homologue plus jeune et plus intellectualisant que Wilders. Le moment est venu pour les Néerlandais de reconquérir leur liberté, a lancé Baudet qui fait partie du camp des négationnistes de qui banalisent comme Trump l’impact Corona.
Wilders a fait volte-face et a demandé au gouvernement d'envoyer l'armée contre les émeutiers prétextant qu’il s'agissait principalement de jeunes hommes issus de l'immigration. Wilders, qui aime passer pour lr champion de la loi et l'ordre, avait de la sorte  bricolé  une version qui résonnât à l’unisson de sa base xénophobe.
Les deux populistes de droite Wilders et Baudet sont franchement éloignés des marches du pouvoir aux Pays-Bas. Le Parti de la liberté de Wilders est à la traîne derrière les libéraux de droite de Rutte dans le paysage fragmenté des partis. Avec seulement un peu plus de douze pour cent il est a deuxième force la plus puissante. Le Forum Baudet a perdu  de nombreux soutiens en raison de querelles internes. Mais les images de la prise d'assaut du Capitole à Washington ont induit de nouvelles violences aux Pays-Bas :  Wilders et Baudet n'en ont plus désormais le monopole le monopole.
Les théoriciens du complot, les négationnistes  Corona et d'autres groupes appelant à la résistance contre "le système" sont particulièrement populaires sur les plateformes des médias sociaux. 
Partout en Europe on redoute désormais la convergences du ressentiment de droite du centre et de tous les désenchantés du système. Autrement dit les exécutifs redoutent une guerre civile de tous contre tous.
MG






jeudi 28 janvier 2021

Le seul inspecteur de langues dans l'enseignement maternel et primaire francophone ne maîtrise pas le néerlandais

 
Monique Baus La Libre Belgique

Ce constat peut étonner, vu que l’amélioration du niveau de langues est une priorité pour la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Le seul inspecteur de langues dans l'enseignement maternel et primaire francophone ne maîtrise pas le néerlandais
Comment améliorer la connaissance des langues "étrangères" chez les jeunes ? Régulièrement, la question se retrouve dans les préoccupations prioritaires des décideurs. Ainsi, la déclaration de politique communautaire à laquelle ont adhéré les actuels partis de la majorité en Fédération Wallonie-Bruxelles prévoit-elle l’organisation d’un grand débat sur les langues autour de cette question : qui doit étudier quoi et quand ?
On le sait aussi, l’entrée en vigueur progressive du tronc commun - en conformité avec le Pacte pour un enseignement d’excellence - prévoit du changement en maternel (l’éveil aux langues est en train de se mettre en place) et en primaire (avec l’apprentissage d’une première langue "étrangère" dès la troisième primaire en Wallonie, comme cela se fait déjà à Bruxelles, à partir de septembre 2023).
Ces différentes mesures traduisent une volonté d’aller vers un apprentissage plus efficace. Pourtant, il ne subsiste plus aujourd’hui, pour tout l’enseignement fondamental francophone, qu’un seul inspecteur de langues modernes. Pire : ses compétences se limitent à l’anglais et à l’allemand. Il ne maîtrise pas le néerlandais.
"Aucun suivi sérieux ne peut être assuré"
C’est la députée Marie-Martine Schyns (CDH) qui a fait ce constat. Elle a interrogé à ce propos la ministre Caroline Désir (PS) en commission de l’Éducation. "Lors d’un Comité de concertation de base concernant le recrutement et la désignation à titre provisoire d’inspecteurs, il est apparu que seules les fonctions pour lesquelles il n’y a plus aucun inspecteur sont ouvertes au recrutement à titre provisoire. Selon le procès-verbal, un second poste ne sera donc pas ouvert étant donné qu’il y a déjà un inspecteur en ce qui concerne les langues dans l’enseignement fondamental." Même si un pan de l’activité risque de lui échapper… "Dans le cadre d’une demande d’évaluation pédagogique d’un membre du personnel ou d’un suivi de plaintes concernant un enseignant en néerlandais ou dans une école en immersion néerlandaise, il me semble qu’aucun suivi sérieux ne peut être assuré étant donné que l’inspecteur subsistant ne maîtrise pas cette langue."
"Si le niveau de criticité est élevé"
Caroline Désir confirme la situation mais pas l’inquiétude sur ses conséquences. "Le choix opéré par le gouvernement dans les recrutements à titre provisoire vise à pourvoir les fonctions vacantes à très brève échéance et dont le niveau de criticité est élevé. En l’occurrence, cela ne concerne donc pas la fonction que vous mettez en exergue." Par contre, la ministre précise qu’en cas de besoin l’inspectrice générale coordinatrice peut confier cette mission à un membre du Service de l’inspection chargé des langues germaniques en secondaire.
Marie-Martine Schyns s’étonne que "le niveau de criticité élevé ne soit pas atteint" et persiste à qualifier la situation de problématique. "Il y a un inspecteur en langues, mais il ne maîtrise pas le néerlandais. J’entends qu’il est possible qu’un inspecteur du secondaire s’en charge, ce qui peut constituer une solution pour certains cas spécifiques. Mais, dans le cadre de l’avancée de la seconde langue dans le tronc commun en Wallonie, il faudra aller plus loin."
Les missions de l’Inspection ont changé
En attendant, faut-il s’inquiéter de la qualité des enseignements dispensés aujourd’hui ? Il faut rappeler que les missions de l’Inspection ont changé. Dans le cadre général de la mise en œuvre de la nouvelle gouvernance du système éducatif, le contrôle systématique du niveau des études a été abandonné en septembre 2019.
Depuis, cette mission est réalisée seulement lorsque des manquements substantiels sont constatés. Sans doute est-il encore plus important, dès lors, d’avoir assez de professionnels compétents pour la remplir. Au moins un, en tout cas.

En 2019-2020, 1.314 des 1.751 écoles fondamentales dispensant des cours de langues modernes enseignaient seulement ou notamment le néerlandais. Un an avant, 13.192 élèves de primaire et 2.684 de maternel apprenaient le néerlandais en immersion, une filière en plein boom.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
TOUS BILINGUES EN 2005

C’était le slogan de Laurette Onkelinx du temps où elle était ministre de l’éducation. Cette flamboyante déclaration d’intention fracassante ne fut évidemment suivie d’aucun effet.
De père flamand, Laurette elle-même, n’est pourtant pas franchement bilingue. L’enseignement du néerlandais en Wallonie est pratiquement inexistant nonobstant les velléités de beaucoup d’écoles d’organiser des classes d’immersion dans le dessein d’attirer un maximum d’inscription. Les jeunes Flamands ont tourné le dos au français depuis longtemps et il faut bien dire que les cours de flamand ne sont pas le moment scolaire préféré de nos jeunes Bruxellois pour qui ils sont obligatoires. On ne s’étonnera donc pas que Flamands et francophones s’éloignent au point de s’ignorer complètement. Il semblerait même que la sensibilité de ses deux peuples soit même différente aux effets de la crise Covid.
Non , ce n’est pas l’inspecteur de flamand unilingue qui mettra fin à cette dichotomie. Qui s’accentue.
MG

mercredi 27 janvier 2021

Etats-Unis: c’est l’heure des déchirements dans le camp républicain


Le Soir
L’implosion guette un parti que la présidence de Donald Trump laisse en lambeaux. Chaque élu cherche à tirer son épingle du jeu dans une cacophonie assourdissante.

Kevin McCarthy, le leader de la minorité républicaine à la Chambre - ici, à la cérémonie d’investiture de Joe Biden -, navigue à vue entre les différents courants qui déchirent le parti. - Reuters

Kevin McCarthy n’avait pas de mots assez durs pour qualifier la responsabilité de Donald Trump dans l’assaut des milices suprémacistes contre le Capitole, le 6 janvier, à Washington. L’élu de Californie et leader des Républicains à la Chambre des représentants s’était même fait traiter de « chiffe molle » par le président sortant, furieux que McCarthy ait laissé le vote de confirmation de Biden se dérouler au Sénat et se soit permis de contester son affirmation totalement délirante selon laquelle des militants d’extrême gauche étaient les vrais émeutiers du 6 janvier, grimés en miliciens d’extrême droite. Les couteaux étaient tirés. Le divorce semblait définitif entre le président déchu et le parti conservateur.
Et puis soudain, le ton a changé. McCarthy a commencé à suggérer que tout le monde était responsable de ce qui s’est passé, rappelant aussi que Trump avait « appelé à manifester pacifiquement » le 6 janvier. Ecartelé, McCarthy incarne le dilemme vécu par tous les Républicains depuis la défaite de Donald Trump dans les urnes. Ceux que l’on appelle encore, avec une pointe de nostalgie, les « Républicains de Bush ».
D’un côté, assumer un « droit d’inventaire » de l’ère Trump, au point de laisser chaque édile au Sénat voter en son âme et conscience pour ou contre la destitution politique de l’ex-président (qui deviendrait inéligible à vie). De l’autre, faire attention à ne pas dégoupiller la grenade sur laquelle l’establishment républicain est assis, cette base militante qui refuse d’accepter la défaite dans les urnes, a rejeté Fox News jugée trop neutre, et se tient prête à déserter en masse le GOP (Grand Old Party, conservateur) pour rejoindre un hypothétique « Patriot Party » que réfléchit à fonder Donald Trump.
Menaces de mort
Une implosion est-elle inévitable ? Kevin McCarthy, par ambition personnelle, veille à maintenir le contact avec les deux franges, se contredisant au passage d’une interview à l’autre.
L’air est cependant bien trop vicié outre-Atlantique pour espérer un rabibochage prochain. Plusieurs élus ont reçu des menaces de mort, pour le cas où ils soutiendraient la déchéance finale de Trump. Le FBI a également détecté des conversations en ligne relatives à des projets d’assassinat de parlementaires, justifiant de maintenir environ 7000 soldats de la Garde nationale autour des institutions fédérales à Washington.
D’autres ont été officiellement « censurés ». En Arizona, la patronne locale des Républicains, Kelli Ward, a officiellement mis à l’index trois personnalités du parti, la veuve de John McCain, Cindy McCain, l’ex-sénateur Jeff Flake et le gouverneur en exercice Doug Ducey, pour avoir, dans le cas des deux premiers, voté en faveur de Joe Biden, et non Trump, le 3 novembre. Et de la première, de soutenir aussi le mariage gay.
La stigmatisation de Doug Ducey, en revanche, est incompréhensible. Très apprécié par les échelons conservateurs, le gouverneur de l’Arizona était pressenti pour concurrencer le démocrate Mark Kelly aux élections sénatoriales en 2022. Son seul tort aura été d’imposer des mesures de confinement impopulaires. Dimanche, prenant acte des imprécations proférées contre lui, il a pris les devants et refusé de se lancer dans la course sénatoriale.
« Se tourner vers l’avenir »
En Oregon, également, le harcèlement bat son plein : la section locale du parti a officiellement dénoncé « la trahison » des 10 élus républicains de la Chambre des représentants qui soutinrent la mise en accusation de Trump, et assuré que les émeutes du 6 janvier étaient « un coup monté » de la gauche visant à discréditer l’ex-président. Dans le Kentucky, le sénateur Mitch McConnell a essuyé les quolibets d’inconditionnels de Trump pour avoir laissé ouverte la possibilité d’une destitution de l’ex-président.

Ces querelles picrocholines laissent interdits les commentateurs, même au sein du Wall Street Journal, pourtant idéologiquement aligné. Redoutant qu’elles ne divisent le GOP et le cantonnent à un rôle de faire-valoir pendant des années, le comité éditorial avertit aimablement : « Les partis qui font leur introspection après une défaite essaient de se rassembler au sein de l’opposition tout en soupesant les causes de leur échec. Ils n’excommunient pas les gens qui pourraient les aider à reconstruire une majorité. Cette dérive en Arizona illustre les dégâts infligés par Trump au GOP en ne cessant de dénoncer des fraudes supposées. Si les Républicains veulent continuer à perdre des élections, qu’ils continuent à se disputer au sujet de 2020 et de Trump, plutôt que de se tourner vers l’avenir ».


COMMENTAIRE DE DIVERCITYY

Joe Biden. est un homme éminemment décent et sympathique.  Sa décence naturelle est franchement rafraîchissante. C’est un signe fort de la situation tragique dans laquelle se trouve désormais l’Amérique. 
La vérité est que Joe Biden pourrait en être un cache-nez pour oblitérer les problèmes profonds qui rongent les States : des idéologies totalisantes et antagonistes qui se répandent dans la nation comme un feu de forêt californien.
Les  problèmes se posent autant  à droite qu’ à gauche : la polarisation est maximale . le réveil de la gauche  chez les démocrates et le sectarisme fascisant à droite.
L'Amérique est née dans le but de maintenir la suprématie blanche et elle demeure pathologiquement raciste. Les pères  fondateurs de l'Amérique n'étaient pas vraiment des génies politiques mais des esclavagistes qui voulaient trouver un moyen de thésauriser leurs biens. 
Le néo-racisme poura-il être désamorcé, voire éradiqué? Biden vient d'inverser le courant psychologique .  Réussira-il à désamorcer les divisions? Rien n’est moins sûr. Chaque enfant blanc en Amérique apprendra désormais qu'il/elle porte un fardeau de culpabilité et né est raciste, qu'il/elle le veuille ou non.
Plus grave encore : une petite entreprise américaine sur cinq risque de ne pas survivre pas à la pandémie. 
Les Américains vivent dans le pays le plus riche du monde, et pourtant les trois emplois qui connaissent la plus forte croissance gagnent tous moins de 28 000 dollars par an. Il s'agit , selon le Bureau des statistiques du travail des aides-soignants , des travailleurs de la restauration rapide et des comptoirs et des cuisiniers de restaurant  . . .
C'est ce qui est le plus inquiétant : la division s’accentue  dans une  Amérique que Biden a promis de guérir. 
Les paroles de Biden sont apaisantes, mais  ce sont des leurres. Comment Biden va-t-il réunir les démocrates et les républicains, chaque parti détestant suprêmement l'autre au point de le diaboliser.
C’est à se demander  s’il est encore possible de mettre fin à la guerre incivile actuelle ? Lorsque le 46e président a déclaré lors de l'investiture que "le désaccord ne doit pas conduire à la désunion" et que "nous devons mettre fin à cette guerre incivile", tout le monde a applaudi  Rete savoir comment il va  mettre fin à cette guerre incivile ?
La moitié des Américains disent que ce sont  les autres Américains  et non pas la pauvreté, non pas la Chine qui  représentent la plus grande menace pour le pays. Joe Biden aura-il l’énergie et les épaules assez solides pour relever ce formidable défi ?
MG


mardi 26 janvier 2021

Élection présidentielle : Marine Le Pen devancerait Emmanuel Macron d'une courte tête au premier tour

Élection présidentielle : Marine Le Pen devancerait Emmanuel Macron d'une courte tête au premier tour
La présidente du RN engrangerait 26 à 27% des votes, contre 24 à 25% pour le président de la République, selon un sondage Harris Interactive publié ce dimanche.
Par Le Figaro avec AFP

La présidente du RN, Marine Le Pen, devancerait d'une courte tête le président sortant Emmanuel Macron au premier tour de l'élection présidentielle, si le scrutin avait lieu ce dimanche, selon un sondage Harris Interactive.
À 15 mois de la présidentielle, Emmanuel Macron rallierait 23 à 24% des suffrages au premier tour, en fonction des différents candidats potentiels à droite et à gauche, selon cette enquête commandée par le cabinet CommStrat et le quotidien L'Opinion. Marine Le Pen engrangerait, elle, 26 à 27% des votes, là aussi selon les différentes hypothèses de candidatures à droite et à gauche.
En 2017, Emmanuel Macron avait recueilli 24% des voix au premier tour, contre 21,3% à Marine Le Pen. Il l'avait emporté au second tour avec 66,1% des suffrages contre 33,9% à la présidente du Rassemblement national. À 15 mois de la présidentielle, le couple Macron/Le Pen continue de dominer le rapport de force et relègue les autres candidats putatifs loin derrière.
Les écologistes devant Hidalgo
À droite, une candidature de Xavier Bertrand recueillerait 16% des intentions de votes exprimées, Valérie Pécresse 14%, quelle que soit la personnalité soutenue par le Parti socialiste qui leur serait opposée. À gauche, une candidature d'Anne Hidalgo recueillerait 6 ou 7% des voix, selon qu'elle serait opposée respectivement à Xavier Bertrand ou à Valérie Pécresse. Tandis qu'Arnaud Montebourg est crédité de 5% des suffrages dans toutes les configurations.
Ces scores attribués aux candidats socialistes les placent derrière la candidature de Jean-Luc Mélenchon, qui recueille 10% ou 11% des intentions de vote. Mais aussi derrière celle de l'écologiste Yannick Jadot, l'écart étant plus réduit face à Anne Hidalgo (1 point d'écart, soit 7 à 8%) et plus marqué face à Arnaud Montebourg (4 à 5 points d’écart, soit 9 à 10%).


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UNE HIRONDELLE ANNONCE-T- ELLE UN PRINTEMPS LEPENISTE ? 

On a beaucoup parlé en France de la lepénisation des esprits annoncée comme une évolution irréversible en direction d’un illibéralisme à la française. Désormais ce phénomène diffus est confirmé par les sondages ce qui est funeste pour la galaxie Macron frappée d’impopularité chronique. L’effet Macron semble s’être singulièrement estompé à l’épreuve des crises et des emmerdes qui selon le mot de Chirac volent en escadrille. Les chiffres annoncés par ce  sondage ne sont pas encore comparables à ceux du Belang en Flandre mais ils s’en rapprochent dangereusement. Trump semble mort politiquement mais le venin du trumpisme paraît vouloir lobotomiser la tradition  démocratique de la République et des  vieilles nations européennes. 
C’est vraiment inquiétant car de nature à enhardir toutes celles et ceux qui auraient encore des scrupules à faire leur coming out en faveur du parti de Marine. Assistons-nous au  crépuscule des démocraties ?
Comment faire pour re reconquérir la confiance perdue ? 
Eternels râleurs, les Français jamais satisfaits, rouspètent, contestent et expriment sur les réseaux sociaux leur profond ressentiment d’individualistes perpétuellement frustrés. En cause les mesures sanitaires trop ceci pour les uns, pas assez comme cela pour les autres.
Yascha Mounk estime dans « le peuple contre la démocratie »   que les réseaux sociaux sur lesquels se déchainent les détracteurs de la démocratie sont une « gangrène pour le processus démocratique. «  Ils expriment l’exacerbation individualiste qui exige mille droits sans se reconnaître beaucoup de devoirs. »  Umberto Ecco l’avait déjà compris  quand il affirmait que : 
"Jadis les cafés étaient remplis de personnes qui avaient trop bu mais ne causant de tort qu’à eux-mêmes. On les faisait taire aisément. Mais voici qu’Internet donne la parole à des légions d’idiots qui s’arrogent le même droit de parole que les experts ou un Prix Nobel. Nous assistons à l’invasion des imbéciles." 
Comment donc résister à l’invasion des imbéciles  quand nous baignons dans une démocratie du visuel et de l’émotion. Les images qui se sont imprimées récemment sur nos rétines et, circonstance aggravante, dans nos inconscients sont terribles : Mad Max et sa horde barbare envahissant le Capitole, temple symbolique de la démocratie américaine. 
Cette image toxique, comme du reste celle de la chute des Twin Towers en 2001  ne s’effacera plus de nos mémoires en surimpression de celle du vieux président cynique vitupérant, haranguant les foules déchainées, cravaté de rouge, en long manteau bleu, le teint orangé, la chevelure apprêtée.
Il serait temps d’ouvrir les yeux :  la cote de la démocratie en Europe aux States et partout dans le monde est en chute libre et nous fonçons tout droit vers des régimes autoritaires, appelés  illibéraux, par euphémisme.  
Dans « le peuple contre la démocratie »  Yascha Mounk propose une enquête incisive et décisive sur le déclin démocratique et ses conséquences… C’est la thèse centrale de son livre choc contre l'affaiblissement, je dirais plutôt l’affadissement des démocraties.
Mounk, se montre alarmiste : "La déconsolidation  démocratique est enclenchée, l'érosion du respect pour les normes démocratiques s'aggrave chaque année, et, désormais, tant en Amérique du Nord qu'en Europe, le modèle autoritaire-populiste baptisé "illibéral" (Victor Orban) attaque avec une virulence corrosive l'écosystème politique des démocraties. 
Comment remettre la démocratie libérale sur ses pieds".  How to make Democracy great again ? Se demande-t-il . C’est dire s’il pense, qu’elle marche aujourd’hui sur la tête.
Dans la conclusion de son ouvrage dont je recommande la lecture à tous les démocrates, Yaschia Mounk, esprit cosmopolite dans l’âme parce que juif allemand quadragénaire de père polonais et enseignant dans les meilleures universités américaines constate que : 
 « Les sept décennies presque huit qui nous séparent de la fin de la Seconde Guerre mondiale nous ont offert, grâce à la démocratie une prospérité et une paix sans précédents aux Peuples d’Amérique du Nord et d’Europe occidentale. » C’est vrai !
Selon Mounk il se pourrait  pourtant « que cette chère démocratie vienne un jour à disparaître. Il nous faut donc être plus vigilants et commencer enfin à nous battre pour les valeurs auxquelles nous tenons le plus. » 
La question qui se pose est de savoir s’il est encore temps de ralentir, voire d’inverser, cette tendance qui conduit tout droit au crépuscule voire au suicide collectif de notre chère démocratie.
« Les démocraties libérales seront-elles  capables de faire contrepoids aux assauts populistes  et de régénérer un système politique  qui, malgré de nombreuses imperfections, a tout de même réussi à produire une paix et une prospérité encore jamais atteintes ?
Jamais pourtant les citoyens des démocraties n’ont été aussi critiques envers leur système politique. 
Jamais encore ne se sont-ils montrés aussi ouverts  à l’égard des alternatives autoritaires. 
Jamais encore n’avaient-ils voté  en si grand nombre pour des hommes forts méprisant des règles et principes de base de la démocratie.
Trump ne serait jamais parvenu à conquérir la Maison Blanche si tant de citoyens ne se montraient pas si désenchantés  à l’égard de la démocratie 
Ce même désenchantement envers la démocratie, semble frapper le peuple français. En Flandre, à quelques encablures  de Bruxelles  où le Belang avec sa nouvelle VBTV et ses méthodes de séduction virtuelles et numériques  attire,  comme le mythique joueur de flûte de Hamelin, une jeunesse flamande privilégiée mais désenchantée, désemparée ; un peu du reste comme le djihadisme militant attire via internet les jeunes gens en décrochage scolaire et social dans la couronne des communes  du Nord de la capitale européenne. 
Les uns comme les autres sont animés par le ressentiment, un phénomène auquel la philosophe et psychanalyste à la mode Cynthia Fleury a consacré un livre compliqué :  « ci-gît l’amer » 
 « Dans les années à venir, se lever pour défendre ce que nous considérons comme important demandera de plus en plus de courage. Il nous faudra accepter de grands sacrifices. » lance Mounk.
Un démocrate averti-il vaut-il deux abrutis populistes ?
Le vieil Edgar Morin déclare dans une interview au Monde
« Je crois en la nécessité d’organiser et de fédérer des oasis de résistance de vie et de pensée, de continuer à montrer la possibilité de changer de voie, de ne pas sombrer nous-mêmes dans les vices de pensée que nous dénonçons. » 
Voulons-nous, chers lecteurs faire partie de ces oasis de résistance, de vie et de pensée ? 
Comment envisager concrètement de refonder la promesse d’un avenir meilleur pour tous, telle que l’a formulé la démocratie dite libérale ? How to make Democracy great again ?
 Mounk : Ceux d’entre nous qui se soucient de nos valeurs et de nos institutions, sont-ils déterminés à se battre vraiment  pour leurs convictions sans égard pour les conséquences ? (p. 392)
Son  livre se termine par cette question qui doit forcément nous interpeller. Dans les régions les plus riches et les plus stables politiquement, la fameuse confiance dans les institutions démocratiques diminue rapidement en particulier chez les jeunes et c’est, selon moi, la révélation la plus préoccupante du  livre de Mounk. 
" Ils sont devenus plus sceptiques et surtout plus  cyniques  sur la valeur de la démocratie en tant que système politique et, par conséquent plus enclins à exprimer leur soutien à des alternatives autoritaires ". 
C’est précisément ce que l’on observe en Flandre et aussi, ne nous voilons pas la face, dans la patrie de Voltaire où la presse de qualité le dit de plus en plus ouvertement : Emmanuel Macron n’est pas du tout sûr d’être réélu au profit de très illibéral Rassemblement National 
Et on ne peut être que troublé par les fait que le général De Villiers, chef d’Eta major démissionnaire de l’Etat major français, incarnation de l’ordre républicain, soit crédité dès à présent de 20 % des intentions de vote des Français avant même qu’il ait exprimé sa volonté d’être candidat. De même qu’on se demande avec inquiétude en Allemagne qui succèdera à l’inoxydable chancelière Merkel en fin de mandat c'est-à-dire après les élections fédérales de septembre prochain.  Inévitablement, le nombre de mouvements protestataires a augmenté, songeons aux gilets jaunes.  Les gens expriment désormais leurs opinions dans des pétitions en ligne et provoquent des campagnes virales sur les médias sociaux. Pour des centaines de milliers de personnes, le seul moyen d'être politiquement actif est désormais  l'internet.

Bref : Les ennemis de la démocratie libérale semblent, selon Mounk, plus décidés à réformer notre monde que ses défenseurs.
Régis Debray explique sur un ton très désabusé que nous avons quitté la graphosphère le monde de l’écrit, des livres, du rationnel pour entrer dans celui la vidéo sphère : le règne des images qui relègue les idées aux oubliettes et donne libre cours à l’irrationnel et aux émotions. 
Il faut donc que la démocratie se régénère car, comme dit  Edgar Morin, « ce qui ne se régénère pas dégénère. »
MG


 


 
 

lundi 25 janvier 2021

Voile à l’école: la féministe Nadia Geerts menacée

Voile à l’école: la féministe Nadia Geerts menacée, Wallonie-Bruxelles enseignement porte plainte
Maître-assistante en philosophie à la haute-école Bruxelles-Brabant (HE2B), Nadia Geerts, initiatrice du Réseau d’Actions pour la Promotion d’un Etat laïque, est désormais la cible des réseaux sociaux.
Par Laurence Wauters Le Soir

La professeure envisage de quitter l’enseignement car elle craint pour sa vie, et une réunion de crise a été menée ce jeudi avec l’administrateur général de Wallonie-Bruxelles Enseignement et la direction de l’école pour tenter de trouver des solutions.
« Il y a trois mois et quelques jours », écrit Nadia Geerts sur son blog, « j’étais encore un prof heureux. Des cours qui me passionnaient, des collègues sympas, des étudiants avec qui le contact était vraiment bon… Aujourd’hui, je ne vois plus comment continuer, tout simplement. » Les problèmes ont débuté, expose la professeure, lorsqu’elle a publié sur la page Facebook gérée par le conseil étudiant de la HE2B, un post « Je suis Samuel Paty », au lendemain de l’assassinat de ce professeur. « Le problème a visiblement été que ce soit moi, militante pour la laïcité dans l’enseignement, qui l’écrive », explique-t-elle. « Rapidement, j’ai essuyé des commentaires qui me qualifiaient d’islamophobe, de raciste, qui affirmaient que je ne devrais pas être autorisée à enseigner. J’ai essayé de réagir, de leur expliquer, mais je me suis sentie isolée parce que sous prétexte qu’il s’agissait d’une page gérée par le conseil étudiant, il n’y a pas eu de recadrage de l’école. Cette page revêt quand même le logo de l’école et si le professeur n’est pas soutenu quand il écrit “je suis Samuel Paty”, tout se met en œuvre pour qu’il risque de subir la même chose que lui. »

Il y a huit jours, sur sa page Facebook, la militante/enseignante a écrit « voilà, on y est » en partageant un article annonçant que le port des signes d’appartenance religieuse serait autorisé notamment dans son école. Sa publication a déclenché une salve de commentaires haineux. « Jusqu’alors, je défendais le règlement des études de mon école. Maintenant que le règlement va changer, c’est vu comme “la méchante a perdu”, tout le monde peut se lâcher », explique-t-elle. Un influenceur qui compte 6.000 abonnés sur Instagram et 50.000 sur Snapchat a ainsi écrit « va te faire foutre, Nadia Geerts ».
Sur tous les réseaux sociaux, le nom de la féministe circule – on l’y accuse notamment de « promouvoir le privilège blanc ». « Je me vois mal retourner à l’école après la pandémie. Avec mon horaire de cours, tous les élèves sauront où je suis et quand et cela pourrait être communiqué à une personne mal intentionnée », explique-t-elle.
Dénonciation au parquet
Au cabinet du ministre Daerden, qui a la tutelle sur WBE, on confirme la réunion de crise de jeudi. WBE va, en tant qu’employeur, déposer plainte et Nadia Geerts fera de même pour harcèlement, menaces et diffamation. L’école avait déjà fait suivre au parquet de Bruxelles les premiers commentaires haineux, ceux faisant suite à la publication sur Samuel Paty. Par ailleurs, ce lundi, « les autorités de la haute école communiqueront leur soutien officiel à l’enseignante auprès de toute la communauté éducative », poursuit le porte-parole du ministre.
De tels propos sur les réseaux sociaux peuvent-ils être condamnés ? La cour constitutionnelle a rappelé, en octobre dernier, que ce qui est écrit sur le web (hormis l’incitation à la haine raciale) relève du délit de presse, jugé devant un jury populaire. « Cela n’empêche pas le parquet, dans l’une ou l’autre affaire, de mettre sur pied une cour d’assises pour montrer l’exemple et faire cesser le sentiment d’impunité qui règne », réagit l’avocat Jacques Englebert, spécialisé en droit des médias. « Le parquet est là pour appliquer la loi, qu’il organise un tel procès ! Le sentiment d’impunité, parfois renforcé par l’anonymat, libère le pire d’entre nous : quand les gens sont identifiés dans ce genre de faits, ils sont très surpris. »
Permettre la correctionnalisation de certains propos diffusés sur le web est un des projets du gouvernement, mais cela nécessitera de modifier la Constitution : « il va peut-être falloir revoir l’État de droit pour contrer ce type d’expression », poursuit l’avocat. « Mais il faudra être très précis dans les démarches pour ne viser que l’abus de l’expression qui ne participe pas au débat général, qui est motivé par la haine. C’est d’ailleurs dans la ligne de la Cour européenne, qui protège la liberté d’expression avec pour seule limite le discours de haine. »
En attendant cette possible évolution, le projet de loi du PS contre le harcèlement groupé, visant à poursuivre ceux qui, même avec un seul message, « ne peuvent ignorer qu’ils contribuent au harcèlement », a été intégré dans la réflexion sur la réforme du code d’instruction criminelle et du code pénal, explique le député Khalil Aouasti, qui dit espérer voir prochainement des avancées. Et pour s’attaquer à la base du problème, le parlement de la fédération Wallonie-Bruxelles a voté sur proposition Ecolo, mercredi dernier, une résolution définissant l’éducation aux médias comme outil de lutte contre la haine en ligne et le cyberharcèlement.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE PS CET INCENDIAIRE QUI AUJORD’HUI JOUE AU POMPIER

Je renvoie le lecteur à mon post de vendredi dernier : « Nadia Geerts a consacré un billet sur son blog au problème et qui lui vaut désormais le genre d’ennui sur les réseaux sociaux que ceux subis par Samuel Paty avant sa décapitation. » 
« Il est clair que la responsabilité du PS dans la décision d’autoriser le foulard pour les étudiantes des hautes écoles est entière et lourde de conséquences. Il  faut bien voir que la fédération bruxelloise du PS est particulièrement divisée, entre sa branche laïque historique et une frange qui pousse pour un assouplissement des interdictions dans les services publics. Si les revendications du terrain montent, surtout portées par une nouvelle génération musulmane militante, d’autres personnes s’en inquiètent, au sein même de ces communautés.  Derrière ces femmes voilées, il y a un groupe, et une idéologie » 
« Si cette question revient sur la table aujourd’hui, c’est surtout parce qu’elle n’a jamais été débattue. Elle a uniquement fait l’objet d’une instrumentalisation politique, que ce soit par des partis dont un certain électorat est issu de l’immigration. » (le Soir)
C’est dire clairement que, miné par le clientélisme communautariste, le PS donne raison aux militantes islamistes qui exigent d’avoir gain de cause contre le militantisme des enseignant(e)s engagés de la mouvance laïque dont Nadia Geerts est le prototype et la tête de proue, désormais tête de Turque de ses étudiants islamistes. Une tête bien faite qui exaspère les petites têtes du militantisme racialiste. »
« Les conséquences sont délétères pour elle -elle redoute le sort de Samuel Papy pris dans les mêmes tenailles  des réseaux sociaux- et  pour tous les enseignants et toutes les enseignants qui ont le profil de Nadia Geerts c’est à dire engagés dans le combat laïc. Ceux et celles-ci ont précisément le mental des hussards de la République qui ont combattu en France au début du siècle dernier le cléricalisme réactionnaire. Un cléricalisme peut en cacher un autre… »
« Nadia Geerts est le meilleur soldat laïc que l’on puisse rêver, comme Samuel Paty, au demeurant.
Et voici que le parti socialiste belge a tranché en donnant gain de cause à un collectif de militantes islamistes et en donnant tort à la plus flamboyante des militantes laïques Nadia Geert et en mettant en danger la Marianneke que l’hebdo Marianne invite à s’exprimer  dans ses colonnes.
C’est dire que le PS ne défend plus la laïcité à la belge qui était au cœur de son  combat notamment  pour l’école officielle neutre. » 
Il reste un point essentiel que je n’ai pas abordé dans ce commentaire  et qui pourtant me turlupine, la question de la formation et de la désignation des professeurs à qui est et sera confié le cours d’éducation civique et des religions dont on fait grand cas et que l’on envisage de plus en plus de faire passer à deux heures pour tous, ce qui ne se fera pas sans une révision de la constitution.
Il se dit que ce cours pourrait être confié notamment à des profs de religion mis en disponibilité. Il s’agit d’une revendication syndicale forte.
Une fois de plus notre Communauté française prend des allures d’Absurdistan. Mon ancien préfet des études avait l’habitude de dire que le cours de morale était un poste de combat en première ligne.
C’était un sage, que sa mémoire inspire nos dirigeants inconséquents qui ne savent plus à quel foulard se vouer.
MG
 
UNE HISTOIRE BELGE VRAIE ET PAS MARRANTE (DU TOUT)
 
Par Claude Wachtelaer
 
 Pour moi (que tu as a la gentillesse de qualifier de spécialiste) le problème  est 
le suivant.
 
1° Dans l’enseignement en Belgique, ceux qui décident dans ce domaine se sont 
les pouvoirs organisateurs
 (PO). WBE (une structure récente qui gère l’enseignement organisé par la 
CFWB), les communes et les provinces et les diverses asbl du réseau 
confessionnel. 
Notre enseignement est donc par essence, divers et il permet une assez grande 
souplesse.
 
2° l’enseignement de  WBE est neutre en fonction d’un décret de 1994. 
Celui des écoles communales et provincial neutre ou réputé neutre 
(si avez deux jours, je vous expliquerai la différence ) en fonction d’un 
décret de 2003.
 
3° ces décrets s’appliquent à l’enseignement obligatoire donc ni à l’enseignement
 supérieur (univs et haute  écoles), ni à la promotion sociale, ni à l’enseignement 
artistique à horaire réduit (les académies).
 
4° je ne suis pas d’accord avec ceux qui politisent le débat à outrance. 
La CFWB est dirigée par le PS,  mais aussi Ecolo et le MR et WBE a pris la 
décision que nous connaissons, mais la HE Francisco Ferrer a 
pris une décision inverse alors que la Ville de Bruxelles est dirigée par Philippe 
Close (PS) et que l’échevine de l’instruction publique, notre Faouzia Hariche (PS) est totalement opposée au port du voile 
(elle sait ce que les intégristes ont fait subir à son pays d’origine, l’Algérie. 
M. fait allusion a Molenbeek, mais cette commune n’autorise pas le port du voile 
dans ses  écoles et n’organise pas d’enseignement
 supérieur. Si on a parlé de Molenbeek, c’est à cause d’une réflexion – rien n’a 
été décidé – sur le port des signes convictionnels par les fonctionnaires de 
l’administration communale, ce qui est un autre débat.
 
5° Je partage l’avis du CAL quant à l’interdiction complète dans l’enseignement 
obligatoire des écoles  officielles (WBE, communes et province). 
À Schaerbeek, où j’ai dirigé le département de l’Instruction publique de 1995 à 
2014 nous n’avons jamais eu de réelle difficultés à faire respecter cette règle 
et, à l’heure actuelle, quasi toutes les écoles bruxelloises (y compris dans les 
écoles catholiques) l’interdisent.
 
6° la question de l’enseignement non obligatoire est beaucoup plus complexe, 
parce que les élèves sont  adultes et qu’on devrait, en principe, respecter leur 
choix. Par ailleurs, même pour les écoles officielles, ces écoles ne sont pas 
soumise au décret neutralité et ce sont donc les PO qui décident en fonction de 
critères propres. La décision de Francisco Ferrer repose notamment sur le fait 
que l’école forme, entre autres, des étudiants qui trouveront de l’emploi dans 
des secteurs où le port du voile sera interdit (instituteurs, infirmières, etc )
 mais les PO ont une marge d’appréciation (qui a même été validée par la CEDH). 
Un autre problème que pose l’autorisation en promotion sociale est l’occupation 
simultanée, dans un même bâtiment scolaire, par des étudiants adultes autorisés
 à porter le voile et des étudiants du secondaire qui ne peuvent pas.
 
7° ceci dit, je pense fondamentalement que la WBE commet une erreur grave 
en cédant à la pression des plus radicaux parmi les musulmans et qu’elle rend 
donc un très mauvais service au plus modérés.
Il ne suffit pas de dire ‘on inscrit le mot laïcité dans la Constitution’ pour régler la 
question de l’islamisme.
Pour continuer à interdire le port de signes religieux dans l’enseignement ou dans 
les administrations, les lois belges actuelles sont bien suffisantes et j’ai parfois 
l’impression que la position de certains (comme défi) n’a de but que de susciter un 
débat médiatique pendant la durée duquel on laisse passer des tas de petits 
décisions qui vont dans le mauvais sens.
Enfin, je reste convaincu que le modèle belge est mieux adapté pour gérer la 
diversité des convictions puisqu’il permet de reconnaitre les philosophies non 
confessionnelles, ce qui serait très difficile en France.
CW
 
COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA LAÏCITE N'EST PAS UNE OPTION SPIRITUELLE 
PARMI D'AUTRES ; ELLE REND POSSIBLE LEUR COEXISTENCE, CAR CE QUI 
EST COMMUN EN DROIT A TOUS LES HOMMES DOIT AVOIR LE PAS SUR CE 
QUI LES  SEPARE. 
ELLE  PRONE L’EMANCIPATION, PAS LA SOUMISSION !

.« Les parents font des enfants, tant mieux, on doit les en féliciter, mais seuls les 
professeurs font des élèves, on ne les y encouragera jamais assez. 
En toute autonomie, avec une hiérarchie elle aussi indépendante des pouvoirs, du
 dernier cri, des passions et des préjugés ambiants. 
Un instituteur n’inculque pas. Il éduque, conformément au sens originel, latin, 
de « éduquer »,e-ducere, conduire un enfant hors de chez lui, l’extraire de 
sa niche natale pour l’élever à la condition de citoyen éclairé, apte à penser 
par lui-même, et instruit de ses droits et devoirs. Un professeur laïc en 
activité n’est ni de gauche ni de droite, ni croyant ni athée. » 
Régis Debray

dimanche 24 janvier 2021

La tactique du diable


 La tactique du diable
 
"Un jeune diable :
Comment avez-vous réussi à envoyer autant d'âmes en enfer?
Vieux diable :
- Avec peur!
Le jeune :
- Bon travail! De quoi avaient-ils peur ? Guerre ? Famine ?
L'ancien :
- Non, d'une maladie !
Le jeune :
-N'ont-ils pas été malades ? N'étaient-ils pas en train de mourir ? N'y avait-il pas un remède ?
L'ancien :
- ils sont tombés malades, ils sont morts, il y avait un remède.
Le jeune :
- Je ne comprends pas...
L'ancien :
-Ils ont accidentellement cru que la seule chose qu'ils devaient garder à tout prix était la VIE ! Ils ne s'étreignaient pas, ne se saluaient pas, ils s'éloignaient l'un de l'autre. Ils ont renoncé à tout contact humain et à tout ce qui était humain ! Ils ont manqué d'argent, ils ont perdu leur emploi, mais ils ont choisi de craindre pour leur vie, même s'ils n'avaient même pas de pain. Ils croyaient tout ce qu'ils entendaient, lisaient les journaux et croyaient aveuglément tout ce qu'ils lisaient. Ils ont abandonné leur liberté, ils n'ont jamais quitté la maison, ils ne sont allés nulle part. Ils n'ont pas rendu visite à des parents et amis.
Le monde est devenu un grand camp de concentration avec des prisonniers volontaires. Ils ont tout accepté ! Juste pour survivre à un autre jour misérable... Ils n'ont pas vécu, ils sont morts tous les jours ! C'était facile de prendre leurs âmes misérables ... "
C.S. Lewis - "Lettres de Berlicche" – 1942

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"la tactique du diable" de C.S Lewis fut écrite en 1942. 
Il s’agit d’un roman épistolaire de C. S. Lewis publié d’abord sous forme de feuilleton de mai à novembre 1941 dans l’hebdomadaire anglican The Guardian, puis en 1942 sous forme de livre. En France, il paraît pour la première fois en 1943. 
 Malgré la date de son écriture, il est étonnant de constater la description exacte de notre réalité d'aujourd'hui. Chacun voudra bien se regarder dans cet étrange miroir en méditant sur notre sort à tous.
MG


vendredi 22 janvier 2021

Débat: «Et si l’on faisait de la Belgique un Etat laïque?»

Le Soir

François De Smet et son parti, Défi, signent une proposition de loi modifiant notre Constitution : la Belgique devient un « État laïque ». Une vraie petite révolution si cela devait advenir. Une révolution qu’Hervé Hasquin désapprouve. Sujet sensible, débat garanti...

François De Smet: «J’insiste: il faut rappeler que la laïcité n’est pas l’ennemie des religions mais, au contraire, la condition du vivre ensemble.» - Dominique Duchesnes.

Par David Coppi Le Soir

Les amarantes de Défi ont rédigé une proposition de loi par laquelle la Belgique passe d’Etat « neutre » à Etat « laïque ». Un glissement significatif, et sensible politiquement. Le texte, disponible sur le site de la Chambre, entame son périple parlementaire. François De Smet, président, explique, motive, milite…
LA BELGIQUE DEVENANT UN « ÉTAT LAÏQUE », SELON LA MODIFICATION DE L’ARTICLE 7 DE LA CONSTITUTION QUE VOUS PRECONISEZ… C’EST UNE PETITE REVOLUTION, NON ?
Oui. La neutralité, mot un peu fourre-tout, un peu faiblard à mon sens, fait référence à une interdépendance entre l’État et les religions, alors que la laïcité affirme la prépondérance de la loi civile sur les prescrits religieux, comme sur les autres convictions, ce qui est la condition du vivre ensemble. J’insiste : il faut toujours rappeler que la laïcité n’est pas l’ennemie des religions mais, au contraire, la condition du vivre ensemble. En Belgique, cela fait 30 ans que j’observe cela, dans tous les débats sociétaux où il est question du religieux : il y a une sorte de lâcheté et de retrait général du politique. Pensez aux signes convictionnels ostentatoires, dont le voile, au sein de l’école obligatoire, où on laisse les établissements décider seuls, avec leurs petits règlements d’ordre intérieur, sans aucune norme générale… On pourrait parler aussi de l’abattage rituel et d’autres choses, où, systématiquement, on laisse opérer soit une décision d’une administration, soit une décision de justice pour forcer le débat dans un sens ou dans l’autre. Malraux disait que le XXIe siècle serait religieux ou pas, je pense qu’il est, en tout cas en partie, identitaire, et l’on peut reprocher à la gauche et à la droite classiques de s’imaginer que tous les débats politiques sont socio-économiques, ainsi de négliger cette dimension identitaire. On doit oser se réapproprier ces questions, de façon non agressive évidemment. Si on ne le fait pas, les extrêmes vont le faire. Notre proposition de modification de la Constitution – qui, du reste, concerne un article déjà ouvert à révision – vise à ancrer le principe de laïcité, et à fournir une base juridique beaucoup plus solide pour une série d’interdictions existantes, je pense par exemple à celle relative au port des signes ostentatoires dans les administrations publiques, qui commence à être contestée. Il y a un manque de sécurité juridique, ce qui ne serait plus le cas avec l’affirmation de l’État laïque.
WBE, LA COUPOLE DE L’ENSEIGNEMENT WALLONIE-BRUXELLES, VIENT DE DONNER SON FEU VERT AU PORT DE SIGNES OSTENTATOIRES DANS L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR. VOUS ETES D’ACCORD ?
Notre texte tend à justifier les interdictions dans l’enseignement obligatoire, pas au-delà. On est dans une démocratie libérale, et le libéralisme, c’est de considérer d’abord les libertés, ensuite les restrictions, et d’évaluer si celles-ci sont légitimes. Dans l’administration, elles sont légitimes car les agents de l’État doivent incarner la neutralité ; même chose dans les écoles obligatoires, car il faut un cadre de neutralité à l’âge où les convictions, les opinions et les préjugés se forment. En revanche, est-ce que les restrictions sont légitimes pour des femmes et jeunes gens adultes voulant suivre une formation universitaire ou professionnelle ? C’est un sujet qui divise plusieurs formations politiques, qui ne fait pas consensus, je donne ici mon point de vue personnel : je ne vois pas quelle est la justification pour imposer une restriction vestimentaire à des femmes adultes souhaitant s’insérer dans le monde professionnel. C’est très discutable en termes de droits fondamentaux et c’est un mauvais calcul stratégique si l’idée est de lutter contre les replis communautaires et religieux, puisqu’il est dès lors de notre intérêt que ces femmes fréquentent au maximum d’autres milieux, se mélangent à d’autres… C’est ce que nos universités ont compris depuis longtemps, je pense notamment à l’ULB depuis un recteur très libéral appelé Hervé Hasquin ; et c’est même ce que la République française, qui est pour moi le modèle en termes de laïcité, propose : interdiction dans l’administration, dans les écoles obligatoires, pas dans l’enseignement supérieur.
CERTAINS VOIENT UN « MAUVAIS SIGNAL » DANS LA DECISION DE WBE, LE SIGNE QUE L’ON CEDERA PEUT-ETRE DEMAIN DANS L’ENSEIGNEMENT OBLIGATOIRE.
C’est pourquoi je lance cet appel : je demande à WBE d’avoir le même courage s’agissant les écoles secondaires, donc de réaffirmer, comme pouvoir organisateur, l’interdiction des signes ostentatoires dans le secondaire. S’ils ne le faisaient pas, alors, oui, il y aurait un déséquilibre.
RECEMMENT LE CAL – CENTRE D’ACTION LAÏQUE – A RELANCE L’IDEE D’UN COURS DE PHILOSOPHIE DE DEUX HEURES. VOUS PARTAGEZ…
Le fait de voir les choses seulement par des prescrits d’interdit ou d’autorisation, ça crispe très fort les débats. Depuis longtemps, je milite en faveur d’un cours de 2 heures de philosophie, de citoyenneté, d’histoire des religions. À 18 ans, un élève moyen peut sortir de sa scolarité sans jamais avoir entendu parler d’une autre religion que la sienne, ni de philosophie !, ce qui est un scandale. Une partie du chemin a été faite, vous savez qu’il existe une heure d’un cours d’éducation à la citoyenneté, qui prend sa place petit à petit ; nous demandons de le porter à deux heures dès que possible. On ne peut pas continuer dans un modèle où on laisse des petits juifs, des petits musulmans, des petits catholiques, des petits laïques évoluer séparément ; dans l’un des seuls moments de la vie où l’on ne choisit pas les gens que l’on fréquente, il faut absolument que ces jeunes se croisent, pour un dialogue inter-convictionnel. Ces deux heures, j’ai même envie de dire que c’est tout aussi important que l’inscription de la laïcité dans la Constitution.
AU FAIT, QU’EN EST-IL DU FINANCEMENT PUBLIC DES CULTES DANS L’« ÉTAT LAÏQUE » ? FINI CE SYSTEME ?
Nous sommes en train de travailler sur le sujet. Un élément sûr : il faut faire en sorte qu’il n’y ait plus de financement des cultes par l’étranger. Pour le reste, l’on peut imaginer qu’un financement d’État se poursuive – après tout, les cultes sont rendus aussi parce qu’un certain nombre de citoyens sont des croyants –, mais je pense aussi à un système à l’allemande, celui de l’impôt dédicacé : dans votre feuille d’impôt, vous pouvez préciser à quel culte, quel mouvement convictionnel, vous souhaitez consacrer une petite part de vos prélèvements fiscaux. Aujourd’hui, les clés de répartition du financement des religions ne reflètent pas la réalité, je crois, par exemple, que près de 80 % vont au culte catholique… Je trouve qu’il faudrait mettre de l’ordre dans tout cela, faire en sorte que le dispositif soit plus égalitaire, plus transparent, et corresponde mieux à la réalité des convictions des gens.
CELA ETANT, CE SERA TRES COMPLIQUE DE TROUVER UNE MAJORITE EN FAVEUR D’UN TEL CHANGEMENT, EN FAVEUR DE L’ÉTAT LAÏQUE, AU PARLEMENT FEDERAL. EN PARTICULIER LA COALITION GOUVERNEMENTALE EST PARALYSEE SUR CES SUJETS SENSIBLES, LE CD&V EST UN FREIN…
Je ne m’attends pas à des miracles, mais, au moins, on oblige tout le monde à en débattre. Un grand nombre de libéraux, aussi de socialistes, pourraient être séduits. Au minimum, j’espère pouvoir faire bouger les lignes, et puis, à partir de là, qui sait, si le débat s’amplifie, en politique tout est possible. Cela fait trente ans que le monde politique est assez lâche sur les questions identitaires, je l’ai dit, alors pourquoi ne pas régler cela calmement et de façon décisive loin des élections ? Il est temps d’arrêter de faire des assises sur l’interculturalité et de prendre des décisions politiques.
François De Smet
Philosophe, François De Smet est président de Défi depuis décembre 2019, où il a succédé à Olivier Maingain. Avant cela, il fut le premier directeur de Myria en 2015, le Centre fédéral Migrations, aussi conseiller du ministre-président de la Communauté française, Hervé Hasquin, entre 1999 et 2004. Il propose de compléter l’article 7 bis de la Constitution : « Dans l’exercice de leurs compétences, l’État fédéral, les Communautés et les Régions s’engagent à respecter l’objectif selon lequel la Belgique est un État laïque, qui garantit la primauté de la loi civile sur tout précepte religieux dans tout domaine de l’action publique. »


HERVE HASQUIN: «INSCRIRE LA LAÏCITE DANS LA CONSTITUTION SERAIT INUTILE ET POTENTIELLEMENT DANGEREUX»
Par William Bourton

Pour l’ancien recteur et président du CA de l’ULB, la « laïcité à la française » n’est pas un exemple à suivre en Belgique.

La laïcité et ses valeurs, Hervé Hasquin s’en revendique. Mais l’inscription du principe dans la Constitution belge, il n’en veut à aucun prix.
D’abord, c’est, selon lui, inutile : de facto, le principe s’y trouve déjà.
« Quelles sont les valeurs qui permettent de dire qu’un Etat est laïc ? », lance-t-il. « J’en vois quatre. Premièrement, l’indépendance de l’Etat par rapport aux Eglises. Deuxièmement, la non-intervention de l’Etat dans les affaires des Eglises. Troisièmement, les lois des Eglises ne sont pas celles des Etats et ne se substituent en aucune manière à celles-ci. Quatrièmement, la consécration par la Constitution des libertés fondamentales, au nombre desquelles la liberté de croire ou d’être irréligieux. Ces quatre points se retrouvent dans la Constitution belge ! »
MAIS POURQUOI NE PAS COUCHER LE MOT, NOIR SUR BLANC, DANS NOTRE CHARTE FONDAMENTALE, COMME EN FRANCE ?
Hervé Hasquin soulève d’abord un problème de définition juridique. Que recouvrent exactement les termes « laïc » ou « laïcité » ? On l’a dit, ils ne se trouvent nulle part dans la Constitution ou dans la loi. Ensuite, il souligne qu’il n’existe pas de traduction dans les langues germaniques. Ainsi, en néerlandais, « vrijzinnigheid » veut dire « liberté de pensée », ce qui ne recouvre pas tout à fait la même chose que la « laïcité à la française », que d’aucuns voudraient importer.
« Il y a autant de laïcités que de pays et c’est l’histoire de ces pays qui a modulé le concept », explique-t-il. « Ainsi, jusqu’au début des années 1880, la Belgique était beaucoup plus “laïque”  que la France, par ses lois sur l’enseignement, etc. Et aujourd’hui, dans le domaine bioéthique, la Belgique, qui ne serait soi-disant pas un pays laïc, est beaucoup plus avancée dans sa législation que la France républicaine et laïque ! »
L’ECOLE INCLUSIVE
Par rapport à la volonté de justifier les interdictions de signes ostentatoires dans l’enseignement, Hervé Hasquin se cabre, estimant que le rôle de l’école est d’accueillir un maximum de jeunes filles, « pour leur permettre d’accéder à la culture et à la liberté. »
C’est ainsi que, alors qu’il était ministre-président de la Communauté française, il s’opposa à l’interdiction totale du foulard dans l’enseignement secondaire, laissant la liberté aux établissements de s’organiser. Il adopta la même attitude au niveau de l’ULB, en tant que président du conseil d’administration de l’université.
« Ce n’est pas en excluant certain-e-s que l’on enseigne la laïcité et le respect des autres », estime-t-il. « J’en viens même à me demander si certains qui sont contre le foulard ne sont pas des alliés objectifs de l’enseignement confessionnel, car les écoles catholiques, elles, accueillent les jeunes musulmanes qui le portent ! 
Au reste, notre enseignement officiel, avec toutes ses difficultés, se comporte à maints égards beaucoup mieux que l’école républicaine en France, où l’on constate un divorce incroyable, à cause de ce qui apparaît comme de l’intolérance d’un certain nombre de laïques ; avec, de l’autre côté, un radicalisme musulman qu’il ne faut pas passer sous silence. »


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
 LA CONTROVERSE SUR LES  SIGNES CONVICTIONNELS OSTENTATOIRES EST LOIN D’ETRE ETEINTE. 

François Desmet pose ici une question absolument essentielle qui est de nature à mettre en péril les fondements constitutionnels sur lesquels repose notre enseignement dit officiel, c'est-à-dire se prétendant neutre pour ne pas assumer l’étiquette de laïque. 
Quand on tire le moindre fil, c’est tout le pullover qui se détricote.
Quel fil ? A mon avis la question du voile sous - jacente est une fois de plus celle  qui entraîne une réaction en chaîne selon le principe de la bombe atomique à fragmentation. 
C’est une vraie question à laquelle on ne donne que des mauvaises réponses. Je renvoie au dernier texte que Nadia Geerts a consacré sur son blog au problème et qui lui vaut désormais le genre d’ennui sur les réseaux sociaux que ceux subis par Samuel Paty avant sa décapitation. 
Il est clair que la responsabilité du PS dans la décision d’autoriser le foulard pour les étudiantes des hautes écoles est entière et lourde de conséquences. Il  faut bien voir que la fédération bruxelloise du PS est particulièrement divisée, entre sa branche laïque historique et une frange qui pousse pour un assouplissement des interdictions dans les services publics. Si les revendications du terrain montent, surtout portées par une nouvelle génération musulmane militante, d’autres personnes s’en inquiètent, au sein même de ces communautés.  Derrière ces femmes voilées, il y a un groupe, et une idéologie » (Le Soir)
« Si cette question revient sur la table aujourd’hui, c’est surtout parce qu’elle n’a jamais été débattue. Elle a uniquement fait l’objet d’une instrumentalisation politique, que ce soit par des partis dont un certain électorat est issu de l’immigration, ou par des partis qui veulent contrer d’autres partis et les affaiblir » (le Soir)
Le concept de laïcité inclusive défendu par Hasquin est loin de faire l’unanimité dans la sphère  qui se revendique laïque ; « laïcarde » pour ses détracteurs..
C’est dire clairement que, miné par le clientélisme communautariste, le PS donne raison aux militantes islamistes qui exigent d’avoir gain de cause contre le militantisme  des enseignants engagés de la mouvance laïque dont Nadia Geerts est le prototype et la tête de proue, désormais tête de Turque de ses étudiants islamistes. Une tête bien faite qui exaspère les petites têtes du militantisme racialiste.
Les conséquences sont délétères pour elle -elle redoute le sort de Samuel Papy pris dans les mêmes tenailles  des réseaux sociaux- et  pour tous les enseignants et toutes les enseignants qui ont le profil de Nadia Geerts c’est à dire engagés dans le combat laïc. Ceux et celles-ci ont précisément le mental des hussards de la République qui ont combattu en France au début du siècle dernier le cléricalisme réactionnaire. Un cléricalisme peut en cacher un autre…
Nadia Geerts est le meilleur soldat laïc que l’on puisse rêver, comme Samuel Paty, au demeurant.
Et voici que le parti socialiste belge a tranché en donnant gain de cause à un collectif de militantes islamistes et en donnant tort à la plus flamboyante de militantes laïques Nadia Geert et en mettant en danger la Marianneke que l’hebdo Marianne invite à s’exprimer  dans ses colonnes.
C’est dire que le PS ne défend plus la laïcité à la belge qui était au cœur de son  combat notamment  pour l’école officielle neutre. 
Qui désormais défend politiquement cette laïcité et l’école officielle ? Le MR ? Il y a belle lurette qu’il a pris parti pour l’enseignement catholique qui éduque la plus grande partie de la classe moyenne bruxelloise  de plus en plus exilée dans le Brabant wallon, bastion de L’UCL et de son puissant réservoir d’écoles secondaires catholiques.  Reste Défi avec son ex président Olivier Maingain, un champion des valeurs laïques et son actuel président, le  philosophe François Desmet.  Cela ne fait vraiment pas beaucoup de divisions.
Il est clair que dans de telles conditions l’enseignement de la Communauté française, appelé aussi Wallobrux risque, à terme, d’être de  plus en plus phagocyté  par la mouvance islamiste au point de se transformer graduellement carrément en un réseau d’enseignement islamique.   On va dire que je délire mais je pense que le long terme me donnera raison : il faut relire Soumission de Houellebecq .  Je songe au cours de religion  islamique qui, dans braucoup d’écoles bruxelloises a supplanté le cours de morale dans l’espace d’une dizaine d’années.
Il reste un point essentiel que je n’ai pas abordé dans ce commentaire  et qui pourtant me turlupine, la question de l’ISLAMO GAUCHISME importé de France et celle du RACIALISME qui fait rage dans les universités américaines et produit de très nombreux émules dans l’université française. Chez nous, je ne sais trop mais j’ai des craintes.
Je ne comprends pas cette mouvance qui est au parti démocrate américain ce que les mouvements  tea-parties sont au parti républicain.  
 Je terminerai sur un point capital, la question identitaire qui est au cœur de tous les populismes de droite comme de gauche.  Nous devons tous y réfléchir 
Mais ne soyons pas rabat joie.
MG


Le voile sera massivement autorisé en septembre dans l’enseignement supérieur : "L’intérêt général doit primer"
Alors qu’elle avait disparu de l’avant de la scène, l’enseignement officiel organisé par Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE, ex-réseau de la Communauté française) remet la question du port du voile en lumière en annonçant dès à présent du changement pour la prochaine rentrée académique, dans tous ses établissements d’enseignement supérieur (environ 20 000 étudiants) mais aussi de promotion sociale (environ 30 000 étudiants). Julien Nicaise, administrateur général de WBE, s'en explique. ( La Libre Belgique)
JULIEN NICAISE NOMME A LA TETE DU RESEAU WALLONIE-BRUXELLES ENSEIGNEMENT
Le Vif
Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a officiellement désigné jeudi matin Julien Nicaise au poste d'administrateur général du réseau Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE). Actuellement administrateur de l'Académie de recherche et d'enseignement supérieur (ARES), il devrait entrer dans ses nouvelles fonctions le 20 avril prochain.
Agé de 40 ans, M. Nicaise avait été le mois dernier désigné par un jury indépendant mandaté par le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles comme le meilleur candidat pour diriger ce réseau.
Administrateur de l'ARES depuis 2014, ancien directeur général des personnels du réseau de la Fédération Wallonie-Bruxelles (aujourd'hui rebaptisé WBE), et ancien chef de cabinet-adjoint auprès de Jean-Claude Marcourt (PS), ce Liégeois d'origine sera demain à la tête d'un réseau comptant quelque 200.000 élèves et 25.000 équivalents temps plein, dont deux tiers d'enseignant.
"On attend beaucoup de Julien Nicaise, et il le sait", a commenté jeudi le ministre-président de la Fédération, Pierre-Yves Jeholet (MR). "C'est un choix stratégique que nous faisons aujourd'hui en le désignant à la tête de WBE", a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse en présence de l'intéressé.
Le réseau WBE (ex-Etat) pâtit en en effet d'un piètre image de marque dans l'opinion, souvent considéré un réseau d'enseignement de relégation quelque peu sclérosé "L'ampleur de la tâche est grande et j'en ai pleinement conscience...", a d'ailleurs avoué sans ambages M. Nicaise.
Celui-ci aura notamment pour mission d'imprimer une plus grande souplesse dans la structure organisationnelle du réseau et d'assurer une proximité accrue avec les établissements et leurs besoins afin d'améliorer significativement la qualité de l'enseignement et des bâtiments scolaires.
"Dans un monde en constante évolution, WBE doit offrir un enseignement de grande qualité et un milieu de travail motivant pour le personnel permettant d'amener chaque élève et chaque étudiant au maximum de ses capacités", a insisté pour sa part le ministre Frédéric Daerden (PS), qui exerce la tutelle sur ce réseau désormais autonome.
M. Nicaise percevra, lui, la rémunération prévue par le décret instituant WBE, soit quelque 175.000 euros bruts annuels, toutes primes comprises.
C’est clair Niçaise est mandaté et cornaqué par le PS
L’article ne dit pas pourquoi cette décision a été prise.

Port du voile à l’école: une solution typiquement belge
La Cour constitutionnelle a rendu son verdict concernant l’interdiction du port du voile à l’école. Cette affaire a été traitée sous l’angle large de la neutralité scolaire, ce qui ne vide pas la question des protections ou des restrictions à appliquer, éventuellement, à ce symbole spécifique. La controverse est loin d’être éteinte.
Par Vincent de Coorebyter Le Soir

Le port du voile continue à diviser la société et le monde intellectuel, même si le débat à son propos s’est effiloché, sans doute par lassitude. En temps normal, l’arrêt que la Cour constitutionnelle lui a consacré le 4 juin dernier aurait davantage attiré l’attention des médias que cela n’a été le cas.
Cet arrêt prend sa source dans le règlement d’ordre intérieur de la Haute école Francisco Ferrer. Cette école supérieure de la ville de Bruxelles – donc une école publique – a adhéré au régime de neutralité défini par le décret de la Communauté française du 31 mars 1994, et a adopté un règlement d’ordre intérieur qui interdit le port de tout symbole politique, philosophique ou religieux. Ce règlement est contesté par des étudiantes musulmanes qui veulent pouvoir porter le voile pendant les cours.
Le conflit de principes est clair. Aux yeux de la ville de Bruxelles, le souci de créer un environnement éducatif totalement neutre impose d’interdire tout symbole convictionnel, notamment afin de protéger les étudiantes de confession musulmane qui ne portent pas le voile et qui pourraient subir la pression de leurs coreligionnaires. L’interdiction permet de protéger la liberté d’autrui. Aux yeux des plaignantes, le règlement d’ordre intérieur crée une discrimination indirecte parce que cette norme générale, apparemment égalitaire, frappe surtout les musulmanes dont les convictions exigent qu’elles portent le voile.
Un décret muet sur la question du port du voile
On aurait pu espérer qu’un tel cas de figure soit réglé par le décret neutralité de 1994, qui a pour but de réguler la diversité convictionnelle dans les écoles qui en relèvent. Mais ce décret élude la question. Comme le rappellent les plaignantes, il garantit aux étudiants la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, ce qui devrait conduire à accepter le port de voile ou d’autres symboles convictionnels. Mais le décret est muet sur la question spécifique du voile, et il exige que soient sauvegardés, entre autres, les droits de l’homme et l’ordre public, et que soit respecté le règlement intérieur de l’établissement – qui peut, lui, interdire le port de tout symbole politique, religieux ou convictionnel pour éviter le prosélytisme et le militantisme.
On peut donc invoquer le principe de neutralité dans des sens divers. Pour les plaignantes, l’obligation de neutralité pèse sur l’école et sur les enseignants, mais pas sur les élèves : c’est l’institution scolaire qui doit être neutre, afin précisément de permettre à ses usagers d’exprimer leurs convictions. Pour la ville de Bruxelles, le respect de la neutralité impose de fixer des limites à la liberté d’expression ou de religion, afin de protéger l’ensemble des étudiants contre les risques de pression. Nul n’admettrait, par exemple, que des étudiants puissent prêcher ou prier ensemble dans l’enceinte de l’école.
En l’occurrence, la Cour constitutionnelle a donné raison à la ville de Bruxelles. Elle a considéré que l’on ne bafoue pas les droits fondamentaux, dont la liberté de religion, lorsque l’on interdit aux élèves, même majeurs, de porter des symboles convictionnels ou religieux à l’école au nom du décret neutralité de 1994.
Une logique typiquement belge
De prime abord, on peut y voir une victoire de la laïcité à la manière française. Mais nous assistons plutôt, me semble-t-il, à la réaffirmation d’une logique typiquement belge.
En effet, la décision de la Cour repose essentiellement sur la nécessaire pluralité de l’offre scolaire en Belgique. A côté du réseau libre, qui est surtout confessionnel, des écoles ont été créées par l’Etat (aujourd’hui relayé par les Communautés), ainsi que par les provinces et les communes. Pour la Cour, le droit de créer des écoles appartient aux pouvoirs publics comme aux personnes privées : l’objectif du système est de garantir la liberté de choix des parents et des élèves en offrant des projets pédagogiques différents d’un réseau à l’autre, voire d’une école à l’autre. Dans ce contexte, la neutralité doit se traduire dans des règles pédagogiques et d’organisation afin d’offrir aux élèves et aux parents des écoles dénuées de coloration idéologique à côté d’établissements non neutres, ce qui permet de garantir la liberté de choix en diversifiant l’offre scolaire.
Une norme qui n’est pas univoque
Dès lors, la neutralité n’est pas une norme univoque s’imposant de manière identique à toutes les écoles publiques : il existe plusieurs conceptions de la neutralité, entre lesquelles la Cour estime n’avoir pas à trancher. La neutralité devient ainsi un caractère spécifique, et évolutif, de certains réseaux d’enseignement, qui doit se traduire dans des règlements d’ordre intérieur pour s’incarner. Même s’il restreint la liberté de religion comme le fait celui de la ville de Bruxelles, un projet pédagogique de neutralité absolue est donc admissible, à condition que ce projet poursuive des buts légitimes comme la protection des droits d’autrui. La neutralité interdit de favoriser ou de discriminer, mais elle n’interdit pas d’adopter un projet pédagogique qui met l’accent sur les valeurs communes.
Une conception déterminée de la neutralité
L’arrêt de la Cour constitutionnelle consacre donc le pluralisme pédagogique et une conception ouverte de la neutralité, là où les plaignantes en appelaient à une définition stricte de ce principe, qui interdirait aux pouvoirs publics de limiter l’expression des convictions de leurs usagers. A ce titre, l’arrêt contourne les appels des plaignantes à appliquer une conception inclusive de la neutralité. De même, il ne se prononce pas sur la question de savoir si une règle générale d’interdiction constitue une discrimination à l’égard des personnes frappées par l’interdiction. Sur ce point, la Cour se borne à constater qu’en l’occurrence, la règle d’interdiction ne fait pas de distinction selon la nature des convictions des étudiants, pas plus qu’elle ne crée de différences de traitement. Tous les étudiants se voient appliquer une conception déterminée de la neutralité, différente de celle retenue dans d’autres écoles publiques, mais fondée sur des objectifs légitimes.