mardi 26 janvier 2021

Élection présidentielle : Marine Le Pen devancerait Emmanuel Macron d'une courte tête au premier tour

Élection présidentielle : Marine Le Pen devancerait Emmanuel Macron d'une courte tête au premier tour
La présidente du RN engrangerait 26 à 27% des votes, contre 24 à 25% pour le président de la République, selon un sondage Harris Interactive publié ce dimanche.
Par Le Figaro avec AFP

La présidente du RN, Marine Le Pen, devancerait d'une courte tête le président sortant Emmanuel Macron au premier tour de l'élection présidentielle, si le scrutin avait lieu ce dimanche, selon un sondage Harris Interactive.
À 15 mois de la présidentielle, Emmanuel Macron rallierait 23 à 24% des suffrages au premier tour, en fonction des différents candidats potentiels à droite et à gauche, selon cette enquête commandée par le cabinet CommStrat et le quotidien L'Opinion. Marine Le Pen engrangerait, elle, 26 à 27% des votes, là aussi selon les différentes hypothèses de candidatures à droite et à gauche.
En 2017, Emmanuel Macron avait recueilli 24% des voix au premier tour, contre 21,3% à Marine Le Pen. Il l'avait emporté au second tour avec 66,1% des suffrages contre 33,9% à la présidente du Rassemblement national. À 15 mois de la présidentielle, le couple Macron/Le Pen continue de dominer le rapport de force et relègue les autres candidats putatifs loin derrière.
Les écologistes devant Hidalgo
À droite, une candidature de Xavier Bertrand recueillerait 16% des intentions de votes exprimées, Valérie Pécresse 14%, quelle que soit la personnalité soutenue par le Parti socialiste qui leur serait opposée. À gauche, une candidature d'Anne Hidalgo recueillerait 6 ou 7% des voix, selon qu'elle serait opposée respectivement à Xavier Bertrand ou à Valérie Pécresse. Tandis qu'Arnaud Montebourg est crédité de 5% des suffrages dans toutes les configurations.
Ces scores attribués aux candidats socialistes les placent derrière la candidature de Jean-Luc Mélenchon, qui recueille 10% ou 11% des intentions de vote. Mais aussi derrière celle de l'écologiste Yannick Jadot, l'écart étant plus réduit face à Anne Hidalgo (1 point d'écart, soit 7 à 8%) et plus marqué face à Arnaud Montebourg (4 à 5 points d’écart, soit 9 à 10%).


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UNE HIRONDELLE ANNONCE-T- ELLE UN PRINTEMPS LEPENISTE ? 

On a beaucoup parlé en France de la lepénisation des esprits annoncée comme une évolution irréversible en direction d’un illibéralisme à la française. Désormais ce phénomène diffus est confirmé par les sondages ce qui est funeste pour la galaxie Macron frappée d’impopularité chronique. L’effet Macron semble s’être singulièrement estompé à l’épreuve des crises et des emmerdes qui selon le mot de Chirac volent en escadrille. Les chiffres annoncés par ce  sondage ne sont pas encore comparables à ceux du Belang en Flandre mais ils s’en rapprochent dangereusement. Trump semble mort politiquement mais le venin du trumpisme paraît vouloir lobotomiser la tradition  démocratique de la République et des  vieilles nations européennes. 
C’est vraiment inquiétant car de nature à enhardir toutes celles et ceux qui auraient encore des scrupules à faire leur coming out en faveur du parti de Marine. Assistons-nous au  crépuscule des démocraties ?
Comment faire pour re reconquérir la confiance perdue ? 
Eternels râleurs, les Français jamais satisfaits, rouspètent, contestent et expriment sur les réseaux sociaux leur profond ressentiment d’individualistes perpétuellement frustrés. En cause les mesures sanitaires trop ceci pour les uns, pas assez comme cela pour les autres.
Yascha Mounk estime dans « le peuple contre la démocratie »   que les réseaux sociaux sur lesquels se déchainent les détracteurs de la démocratie sont une « gangrène pour le processus démocratique. «  Ils expriment l’exacerbation individualiste qui exige mille droits sans se reconnaître beaucoup de devoirs. »  Umberto Ecco l’avait déjà compris  quand il affirmait que : 
"Jadis les cafés étaient remplis de personnes qui avaient trop bu mais ne causant de tort qu’à eux-mêmes. On les faisait taire aisément. Mais voici qu’Internet donne la parole à des légions d’idiots qui s’arrogent le même droit de parole que les experts ou un Prix Nobel. Nous assistons à l’invasion des imbéciles." 
Comment donc résister à l’invasion des imbéciles  quand nous baignons dans une démocratie du visuel et de l’émotion. Les images qui se sont imprimées récemment sur nos rétines et, circonstance aggravante, dans nos inconscients sont terribles : Mad Max et sa horde barbare envahissant le Capitole, temple symbolique de la démocratie américaine. 
Cette image toxique, comme du reste celle de la chute des Twin Towers en 2001  ne s’effacera plus de nos mémoires en surimpression de celle du vieux président cynique vitupérant, haranguant les foules déchainées, cravaté de rouge, en long manteau bleu, le teint orangé, la chevelure apprêtée.
Il serait temps d’ouvrir les yeux :  la cote de la démocratie en Europe aux States et partout dans le monde est en chute libre et nous fonçons tout droit vers des régimes autoritaires, appelés  illibéraux, par euphémisme.  
Dans « le peuple contre la démocratie »  Yascha Mounk propose une enquête incisive et décisive sur le déclin démocratique et ses conséquences… C’est la thèse centrale de son livre choc contre l'affaiblissement, je dirais plutôt l’affadissement des démocraties.
Mounk, se montre alarmiste : "La déconsolidation  démocratique est enclenchée, l'érosion du respect pour les normes démocratiques s'aggrave chaque année, et, désormais, tant en Amérique du Nord qu'en Europe, le modèle autoritaire-populiste baptisé "illibéral" (Victor Orban) attaque avec une virulence corrosive l'écosystème politique des démocraties. 
Comment remettre la démocratie libérale sur ses pieds".  How to make Democracy great again ? Se demande-t-il . C’est dire s’il pense, qu’elle marche aujourd’hui sur la tête.
Dans la conclusion de son ouvrage dont je recommande la lecture à tous les démocrates, Yaschia Mounk, esprit cosmopolite dans l’âme parce que juif allemand quadragénaire de père polonais et enseignant dans les meilleures universités américaines constate que : 
 « Les sept décennies presque huit qui nous séparent de la fin de la Seconde Guerre mondiale nous ont offert, grâce à la démocratie une prospérité et une paix sans précédents aux Peuples d’Amérique du Nord et d’Europe occidentale. » C’est vrai !
Selon Mounk il se pourrait  pourtant « que cette chère démocratie vienne un jour à disparaître. Il nous faut donc être plus vigilants et commencer enfin à nous battre pour les valeurs auxquelles nous tenons le plus. » 
La question qui se pose est de savoir s’il est encore temps de ralentir, voire d’inverser, cette tendance qui conduit tout droit au crépuscule voire au suicide collectif de notre chère démocratie.
« Les démocraties libérales seront-elles  capables de faire contrepoids aux assauts populistes  et de régénérer un système politique  qui, malgré de nombreuses imperfections, a tout de même réussi à produire une paix et une prospérité encore jamais atteintes ?
Jamais pourtant les citoyens des démocraties n’ont été aussi critiques envers leur système politique. 
Jamais encore ne se sont-ils montrés aussi ouverts  à l’égard des alternatives autoritaires. 
Jamais encore n’avaient-ils voté  en si grand nombre pour des hommes forts méprisant des règles et principes de base de la démocratie.
Trump ne serait jamais parvenu à conquérir la Maison Blanche si tant de citoyens ne se montraient pas si désenchantés  à l’égard de la démocratie 
Ce même désenchantement envers la démocratie, semble frapper le peuple français. En Flandre, à quelques encablures  de Bruxelles  où le Belang avec sa nouvelle VBTV et ses méthodes de séduction virtuelles et numériques  attire,  comme le mythique joueur de flûte de Hamelin, une jeunesse flamande privilégiée mais désenchantée, désemparée ; un peu du reste comme le djihadisme militant attire via internet les jeunes gens en décrochage scolaire et social dans la couronne des communes  du Nord de la capitale européenne. 
Les uns comme les autres sont animés par le ressentiment, un phénomène auquel la philosophe et psychanalyste à la mode Cynthia Fleury a consacré un livre compliqué :  « ci-gît l’amer » 
 « Dans les années à venir, se lever pour défendre ce que nous considérons comme important demandera de plus en plus de courage. Il nous faudra accepter de grands sacrifices. » lance Mounk.
Un démocrate averti-il vaut-il deux abrutis populistes ?
Le vieil Edgar Morin déclare dans une interview au Monde
« Je crois en la nécessité d’organiser et de fédérer des oasis de résistance de vie et de pensée, de continuer à montrer la possibilité de changer de voie, de ne pas sombrer nous-mêmes dans les vices de pensée que nous dénonçons. » 
Voulons-nous, chers lecteurs faire partie de ces oasis de résistance, de vie et de pensée ? 
Comment envisager concrètement de refonder la promesse d’un avenir meilleur pour tous, telle que l’a formulé la démocratie dite libérale ? How to make Democracy great again ?
 Mounk : Ceux d’entre nous qui se soucient de nos valeurs et de nos institutions, sont-ils déterminés à se battre vraiment  pour leurs convictions sans égard pour les conséquences ? (p. 392)
Son  livre se termine par cette question qui doit forcément nous interpeller. Dans les régions les plus riches et les plus stables politiquement, la fameuse confiance dans les institutions démocratiques diminue rapidement en particulier chez les jeunes et c’est, selon moi, la révélation la plus préoccupante du  livre de Mounk. 
" Ils sont devenus plus sceptiques et surtout plus  cyniques  sur la valeur de la démocratie en tant que système politique et, par conséquent plus enclins à exprimer leur soutien à des alternatives autoritaires ". 
C’est précisément ce que l’on observe en Flandre et aussi, ne nous voilons pas la face, dans la patrie de Voltaire où la presse de qualité le dit de plus en plus ouvertement : Emmanuel Macron n’est pas du tout sûr d’être réélu au profit de très illibéral Rassemblement National 
Et on ne peut être que troublé par les fait que le général De Villiers, chef d’Eta major démissionnaire de l’Etat major français, incarnation de l’ordre républicain, soit crédité dès à présent de 20 % des intentions de vote des Français avant même qu’il ait exprimé sa volonté d’être candidat. De même qu’on se demande avec inquiétude en Allemagne qui succèdera à l’inoxydable chancelière Merkel en fin de mandat c'est-à-dire après les élections fédérales de septembre prochain.  Inévitablement, le nombre de mouvements protestataires a augmenté, songeons aux gilets jaunes.  Les gens expriment désormais leurs opinions dans des pétitions en ligne et provoquent des campagnes virales sur les médias sociaux. Pour des centaines de milliers de personnes, le seul moyen d'être politiquement actif est désormais  l'internet.

Bref : Les ennemis de la démocratie libérale semblent, selon Mounk, plus décidés à réformer notre monde que ses défenseurs.
Régis Debray explique sur un ton très désabusé que nous avons quitté la graphosphère le monde de l’écrit, des livres, du rationnel pour entrer dans celui la vidéo sphère : le règne des images qui relègue les idées aux oubliettes et donne libre cours à l’irrationnel et aux émotions. 
Il faut donc que la démocratie se régénère car, comme dit  Edgar Morin, « ce qui ne se régénère pas dégénère. »
MG


 


 
 

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