mercredi 27 janvier 2021

Etats-Unis: c’est l’heure des déchirements dans le camp républicain


Le Soir
L’implosion guette un parti que la présidence de Donald Trump laisse en lambeaux. Chaque élu cherche à tirer son épingle du jeu dans une cacophonie assourdissante.

Kevin McCarthy, le leader de la minorité républicaine à la Chambre - ici, à la cérémonie d’investiture de Joe Biden -, navigue à vue entre les différents courants qui déchirent le parti. - Reuters

Kevin McCarthy n’avait pas de mots assez durs pour qualifier la responsabilité de Donald Trump dans l’assaut des milices suprémacistes contre le Capitole, le 6 janvier, à Washington. L’élu de Californie et leader des Républicains à la Chambre des représentants s’était même fait traiter de « chiffe molle » par le président sortant, furieux que McCarthy ait laissé le vote de confirmation de Biden se dérouler au Sénat et se soit permis de contester son affirmation totalement délirante selon laquelle des militants d’extrême gauche étaient les vrais émeutiers du 6 janvier, grimés en miliciens d’extrême droite. Les couteaux étaient tirés. Le divorce semblait définitif entre le président déchu et le parti conservateur.
Et puis soudain, le ton a changé. McCarthy a commencé à suggérer que tout le monde était responsable de ce qui s’est passé, rappelant aussi que Trump avait « appelé à manifester pacifiquement » le 6 janvier. Ecartelé, McCarthy incarne le dilemme vécu par tous les Républicains depuis la défaite de Donald Trump dans les urnes. Ceux que l’on appelle encore, avec une pointe de nostalgie, les « Républicains de Bush ».
D’un côté, assumer un « droit d’inventaire » de l’ère Trump, au point de laisser chaque édile au Sénat voter en son âme et conscience pour ou contre la destitution politique de l’ex-président (qui deviendrait inéligible à vie). De l’autre, faire attention à ne pas dégoupiller la grenade sur laquelle l’establishment républicain est assis, cette base militante qui refuse d’accepter la défaite dans les urnes, a rejeté Fox News jugée trop neutre, et se tient prête à déserter en masse le GOP (Grand Old Party, conservateur) pour rejoindre un hypothétique « Patriot Party » que réfléchit à fonder Donald Trump.
Menaces de mort
Une implosion est-elle inévitable ? Kevin McCarthy, par ambition personnelle, veille à maintenir le contact avec les deux franges, se contredisant au passage d’une interview à l’autre.
L’air est cependant bien trop vicié outre-Atlantique pour espérer un rabibochage prochain. Plusieurs élus ont reçu des menaces de mort, pour le cas où ils soutiendraient la déchéance finale de Trump. Le FBI a également détecté des conversations en ligne relatives à des projets d’assassinat de parlementaires, justifiant de maintenir environ 7000 soldats de la Garde nationale autour des institutions fédérales à Washington.
D’autres ont été officiellement « censurés ». En Arizona, la patronne locale des Républicains, Kelli Ward, a officiellement mis à l’index trois personnalités du parti, la veuve de John McCain, Cindy McCain, l’ex-sénateur Jeff Flake et le gouverneur en exercice Doug Ducey, pour avoir, dans le cas des deux premiers, voté en faveur de Joe Biden, et non Trump, le 3 novembre. Et de la première, de soutenir aussi le mariage gay.
La stigmatisation de Doug Ducey, en revanche, est incompréhensible. Très apprécié par les échelons conservateurs, le gouverneur de l’Arizona était pressenti pour concurrencer le démocrate Mark Kelly aux élections sénatoriales en 2022. Son seul tort aura été d’imposer des mesures de confinement impopulaires. Dimanche, prenant acte des imprécations proférées contre lui, il a pris les devants et refusé de se lancer dans la course sénatoriale.
« Se tourner vers l’avenir »
En Oregon, également, le harcèlement bat son plein : la section locale du parti a officiellement dénoncé « la trahison » des 10 élus républicains de la Chambre des représentants qui soutinrent la mise en accusation de Trump, et assuré que les émeutes du 6 janvier étaient « un coup monté » de la gauche visant à discréditer l’ex-président. Dans le Kentucky, le sénateur Mitch McConnell a essuyé les quolibets d’inconditionnels de Trump pour avoir laissé ouverte la possibilité d’une destitution de l’ex-président.

Ces querelles picrocholines laissent interdits les commentateurs, même au sein du Wall Street Journal, pourtant idéologiquement aligné. Redoutant qu’elles ne divisent le GOP et le cantonnent à un rôle de faire-valoir pendant des années, le comité éditorial avertit aimablement : « Les partis qui font leur introspection après une défaite essaient de se rassembler au sein de l’opposition tout en soupesant les causes de leur échec. Ils n’excommunient pas les gens qui pourraient les aider à reconstruire une majorité. Cette dérive en Arizona illustre les dégâts infligés par Trump au GOP en ne cessant de dénoncer des fraudes supposées. Si les Républicains veulent continuer à perdre des élections, qu’ils continuent à se disputer au sujet de 2020 et de Trump, plutôt que de se tourner vers l’avenir ».


COMMENTAIRE DE DIVERCITYY

Joe Biden. est un homme éminemment décent et sympathique.  Sa décence naturelle est franchement rafraîchissante. C’est un signe fort de la situation tragique dans laquelle se trouve désormais l’Amérique. 
La vérité est que Joe Biden pourrait en être un cache-nez pour oblitérer les problèmes profonds qui rongent les States : des idéologies totalisantes et antagonistes qui se répandent dans la nation comme un feu de forêt californien.
Les  problèmes se posent autant  à droite qu’ à gauche : la polarisation est maximale . le réveil de la gauche  chez les démocrates et le sectarisme fascisant à droite.
L'Amérique est née dans le but de maintenir la suprématie blanche et elle demeure pathologiquement raciste. Les pères  fondateurs de l'Amérique n'étaient pas vraiment des génies politiques mais des esclavagistes qui voulaient trouver un moyen de thésauriser leurs biens. 
Le néo-racisme poura-il être désamorcé, voire éradiqué? Biden vient d'inverser le courant psychologique .  Réussira-il à désamorcer les divisions? Rien n’est moins sûr. Chaque enfant blanc en Amérique apprendra désormais qu'il/elle porte un fardeau de culpabilité et né est raciste, qu'il/elle le veuille ou non.
Plus grave encore : une petite entreprise américaine sur cinq risque de ne pas survivre pas à la pandémie. 
Les Américains vivent dans le pays le plus riche du monde, et pourtant les trois emplois qui connaissent la plus forte croissance gagnent tous moins de 28 000 dollars par an. Il s'agit , selon le Bureau des statistiques du travail des aides-soignants , des travailleurs de la restauration rapide et des comptoirs et des cuisiniers de restaurant  . . .
C'est ce qui est le plus inquiétant : la division s’accentue  dans une  Amérique que Biden a promis de guérir. 
Les paroles de Biden sont apaisantes, mais  ce sont des leurres. Comment Biden va-t-il réunir les démocrates et les républicains, chaque parti détestant suprêmement l'autre au point de le diaboliser.
C’est à se demander  s’il est encore possible de mettre fin à la guerre incivile actuelle ? Lorsque le 46e président a déclaré lors de l'investiture que "le désaccord ne doit pas conduire à la désunion" et que "nous devons mettre fin à cette guerre incivile", tout le monde a applaudi  Rete savoir comment il va  mettre fin à cette guerre incivile ?
La moitié des Américains disent que ce sont  les autres Américains  et non pas la pauvreté, non pas la Chine qui  représentent la plus grande menace pour le pays. Joe Biden aura-il l’énergie et les épaules assez solides pour relever ce formidable défi ?
MG


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