jeudi 28 janvier 2021

Le seul inspecteur de langues dans l'enseignement maternel et primaire francophone ne maîtrise pas le néerlandais

 
Monique Baus La Libre Belgique

Ce constat peut étonner, vu que l’amélioration du niveau de langues est une priorité pour la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Le seul inspecteur de langues dans l'enseignement maternel et primaire francophone ne maîtrise pas le néerlandais
Comment améliorer la connaissance des langues "étrangères" chez les jeunes ? Régulièrement, la question se retrouve dans les préoccupations prioritaires des décideurs. Ainsi, la déclaration de politique communautaire à laquelle ont adhéré les actuels partis de la majorité en Fédération Wallonie-Bruxelles prévoit-elle l’organisation d’un grand débat sur les langues autour de cette question : qui doit étudier quoi et quand ?
On le sait aussi, l’entrée en vigueur progressive du tronc commun - en conformité avec le Pacte pour un enseignement d’excellence - prévoit du changement en maternel (l’éveil aux langues est en train de se mettre en place) et en primaire (avec l’apprentissage d’une première langue "étrangère" dès la troisième primaire en Wallonie, comme cela se fait déjà à Bruxelles, à partir de septembre 2023).
Ces différentes mesures traduisent une volonté d’aller vers un apprentissage plus efficace. Pourtant, il ne subsiste plus aujourd’hui, pour tout l’enseignement fondamental francophone, qu’un seul inspecteur de langues modernes. Pire : ses compétences se limitent à l’anglais et à l’allemand. Il ne maîtrise pas le néerlandais.
"Aucun suivi sérieux ne peut être assuré"
C’est la députée Marie-Martine Schyns (CDH) qui a fait ce constat. Elle a interrogé à ce propos la ministre Caroline Désir (PS) en commission de l’Éducation. "Lors d’un Comité de concertation de base concernant le recrutement et la désignation à titre provisoire d’inspecteurs, il est apparu que seules les fonctions pour lesquelles il n’y a plus aucun inspecteur sont ouvertes au recrutement à titre provisoire. Selon le procès-verbal, un second poste ne sera donc pas ouvert étant donné qu’il y a déjà un inspecteur en ce qui concerne les langues dans l’enseignement fondamental." Même si un pan de l’activité risque de lui échapper… "Dans le cadre d’une demande d’évaluation pédagogique d’un membre du personnel ou d’un suivi de plaintes concernant un enseignant en néerlandais ou dans une école en immersion néerlandaise, il me semble qu’aucun suivi sérieux ne peut être assuré étant donné que l’inspecteur subsistant ne maîtrise pas cette langue."
"Si le niveau de criticité est élevé"
Caroline Désir confirme la situation mais pas l’inquiétude sur ses conséquences. "Le choix opéré par le gouvernement dans les recrutements à titre provisoire vise à pourvoir les fonctions vacantes à très brève échéance et dont le niveau de criticité est élevé. En l’occurrence, cela ne concerne donc pas la fonction que vous mettez en exergue." Par contre, la ministre précise qu’en cas de besoin l’inspectrice générale coordinatrice peut confier cette mission à un membre du Service de l’inspection chargé des langues germaniques en secondaire.
Marie-Martine Schyns s’étonne que "le niveau de criticité élevé ne soit pas atteint" et persiste à qualifier la situation de problématique. "Il y a un inspecteur en langues, mais il ne maîtrise pas le néerlandais. J’entends qu’il est possible qu’un inspecteur du secondaire s’en charge, ce qui peut constituer une solution pour certains cas spécifiques. Mais, dans le cadre de l’avancée de la seconde langue dans le tronc commun en Wallonie, il faudra aller plus loin."
Les missions de l’Inspection ont changé
En attendant, faut-il s’inquiéter de la qualité des enseignements dispensés aujourd’hui ? Il faut rappeler que les missions de l’Inspection ont changé. Dans le cadre général de la mise en œuvre de la nouvelle gouvernance du système éducatif, le contrôle systématique du niveau des études a été abandonné en septembre 2019.
Depuis, cette mission est réalisée seulement lorsque des manquements substantiels sont constatés. Sans doute est-il encore plus important, dès lors, d’avoir assez de professionnels compétents pour la remplir. Au moins un, en tout cas.

En 2019-2020, 1.314 des 1.751 écoles fondamentales dispensant des cours de langues modernes enseignaient seulement ou notamment le néerlandais. Un an avant, 13.192 élèves de primaire et 2.684 de maternel apprenaient le néerlandais en immersion, une filière en plein boom.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
TOUS BILINGUES EN 2005

C’était le slogan de Laurette Onkelinx du temps où elle était ministre de l’éducation. Cette flamboyante déclaration d’intention fracassante ne fut évidemment suivie d’aucun effet.
De père flamand, Laurette elle-même, n’est pourtant pas franchement bilingue. L’enseignement du néerlandais en Wallonie est pratiquement inexistant nonobstant les velléités de beaucoup d’écoles d’organiser des classes d’immersion dans le dessein d’attirer un maximum d’inscription. Les jeunes Flamands ont tourné le dos au français depuis longtemps et il faut bien dire que les cours de flamand ne sont pas le moment scolaire préféré de nos jeunes Bruxellois pour qui ils sont obligatoires. On ne s’étonnera donc pas que Flamands et francophones s’éloignent au point de s’ignorer complètement. Il semblerait même que la sensibilité de ses deux peuples soit même différente aux effets de la crise Covid.
Non , ce n’est pas l’inspecteur de flamand unilingue qui mettra fin à cette dichotomie. Qui s’accentue.
MG

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