samedi 30 janvier 2021

Nouvelle nuit de violences au Pays-Bas contre le couvre-feu


Violences dans plusieurs villes du pays, les pires troubles en quarante ans selon la police.
 Nouvelle nuit de violences au Pays-Bas contre le couvre-feu
Lundi soir vers 21 heures, sur Molukkenstraat, une longue rue du quartier est d’Amsterdam, une explosion retentit soudain. La tension est déjà à son comble alors que le couvre-feu vient seulement d’entrer en vigueur pour la troisième soirée consécutive. Il doit durer jusqu’à 4h30. La police antiémeute est une nouvelle fois déployée et tente de boucler le quartier et d’empêcher d’approcher de nombreux groupes d’extrême droite. A l’angle de la rue, une poignée d’individus isolés, tous vêtus de noir et masqués, tente de faire monter la pression en lançant des feux d’artifice en direction de la police, prêts à charger en dépit des molosses qui accompagnent les forces de l’ordre.
Quelques mètres plus loin, une dizaine de jeunes hommes se précipitent vers un véhicule de police et tentent de le renverser en le secouant dans tous les sens. De l’autre côté de la rue, des pierres fusent en direction des journalistes qui tentent de se mettre à couvert derrière les camions de police. «Je suis venu observer ce qu’il se passait, témoigne un jeune homme d’une trentaine d’années muni d’un téléphone portable qui filme la scène avec attention. C’est insensé, on n’a jamais vu pareil violence dans le pays.» Selon la police néerlandaise, ces violences sont les pires dans le pays depuis au moins quarante ans.
C’est la deuxième nuit consécutive que les rues néerlandaises s’embrasent dès la nuit tombée. Pour lutter contre la pandémie du Covid-19, le gouvernement a imposé le 22 janvier un strict couvre-feu, le premier depuis la Seconde Guerre mondiale. Quiconque ne le respecte pas s’expose à une amende de 95 euros. Vendredi, un premier appel à la violence a été lancé par différents groupes de la jeunesse d’extrême droite tel que Pegida, connu principalement en Allemagne comme anti-islamiste. Ces jeunes, que la maire d’Amsterdam, Femke Halsema, a qualifiés de «hooligans», s’étaient donné rendez-vous sur les réseaux sociaux, affirmant «la guerre est déclarée» ou encore demandant aux manifestants potentiels de ne pas «oublier vos armes».
Pillages et gaz lacrymo
Dans le milieu de la nuit de lundi à mardi, la tension restait palpable dans plusieurs villes du pays. A Rotterdam, un canon à eau, des gaz lacrymogènes et des tirs de semonce ont été utilisés par les forces de l’ordre pour tenter de disperser les émeutiers, selon la télévision néerlandaise. Au total, plus de 250 émeutiers ont été arrêtés, alors que de nombreux supermarchés ont été pillés. Dans des villes habituellement tranquilles, comme les communes de Haarlem et de Zwolle, plusieurs véhicules ont été incendiés.
Le couvre-feu intervient alors que les Pays-Bas ont imposé un confinement extrêmement strict depuis plusieurs semaines. Les bars et restaurants sont fermés depuis le mois d’octobre et les écoles et magasins non essentiels depuis le mois de décembre.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
COMMENT LES MEDIAS SOCIAUX ONT ETE UTILISES POUR INCITER AUX EMEUTES AUX PAYS-BAS

Depuis l'instauration du couvre-feu samedi dernier, plusieurs régions  des Pays-Bas ont dû faire face à des pillages et des émeutes organisées. Les émeutiers se sont mobilisés sur les médias sociaux : les  pillages sont diffusés en temps réel sur les réseaux sociaux. Tous ou presque sont  vêtus de noir et masqués, comme les Black Bloks parfaitement organisés et drillé à la guérilla urbaine, partout en Europe.
Des gens qui souvent ne se connaissent pas fraternisent sur les médias sociaux avec des personnes qui partagent leurs idées radicales. "Nous avons tous besoin d'être visibles,  d'appartenir à un camp", déclare Mark Deuze, professeur d'études des médias à l'université d'Amsterdam (UvA). Surtout depuis ces besoins sont réprimés par l'instauration du confinement et d'un couvre-feu, commente HLN.
"Beaucoup sont frustrés, anxieux et en colère à cause du virus et c'est assez normal", dit Deuze. "Quand  des frustrés utilisent la violence comme exutoire du ressentiment se rejoignent, ils s'incitent les uns les autres à toujours plus de violence." Nous avons pris l’habitude d’expliquer cela par un accès collectif de ressentiment.
Les émeutes de ces derniers jours ne sont pas uniquement motivées par des raisons idéologiques, affirme le sociologue Don Weenink, également de l'UvA. Observation intéressante selon nous.
"Ce que vous avez pu observer dans les manifestations qui ont dégénéré à Amsterdam, montre qu'un très grand groupe de Hollandais voit dans les mesures  corona  une intensification du contrôle de l'État, une véritable tentative de contrôler et manipuler les gens", commente Weenink.
" Les émeutiers en viennent à croire qu'il est légitime de recourir à la violence, vu que le gouvernement n'écoute de toute façon jamais."
Les émeutiers se considèrent en "vacance de morale",
 "C’est une situation très dangereuse dans laquelle un groupe soudé par un puissant sentiment de cohésion interne, développe des normes « alternatives » à rebours de la moralité dominante. 
Cette « éclipse temporaire des normes » participe d’une sorte d’inversion des valeurs morales" comme en temps de carnaval.
Cela induit de fortes excitations collectives  et une volonté d’envahir et de  dominer l’espace public. ". Cela rend ce phénomène  difficile à gérer".  Ceci explique sans doute l’hystérie collective qui s’est emparée à Washington des émeutiers du Capitole ou encore de la rage destructrice des Black Bloks qui se transmet à certains gilets jaunes les plus radicalisés. Les Français appellent cela l’ensauvagement.
Depuis que le gouvernement a instauré un couvre-feu Corona, des émeutiers déchaînés  ont déstabilisé  le pays. Les populistes de droite soufflent sur les braises- mais pas seulement eux.
Alors qu'un maire a mis en garde contre l’éclatement une "guerre civile", le pays s'interroge sur les causes de ces explosions de violence. Les éléments déclencheurs ont certes  été les nouvelles restrictions imposées par la loi Corona et surtout le couvre-feu imposé par le gouvernement. Mais les raisons réelles  sont probablement plus profondes.
Le gouvernement Rutte a suivi un parcours en zigzag. Au départ, à l'instar du Premier ministre britannique Boris Johnson, Rutte était partisan de la théorie de l'immunité collective et il a pris ses distances contre des restrictions sévères. Ce n'est que lorsque le nombre de cas a explosé au cours de la deuxième vague et que le pays s'est soudainement retrouvé dans une situation pire que celle de l'Allemagne ou la Belgique que le changement de cap a eu lieu. De plus, le début de la campagne de vaccination a été bâclé, et le pays bien que  hautement développé a longtemps été à la traîne dans l'UE.
Les émeutes ont frappé le pays à un moment particulièrement critique. 
Le couvre-feu nocturne a été imposé à brève échéance, mal expliqué  rappelant aux Néerlandais les pires moments  l'occupation nazie.
Pendant longtemps, les Pays-Bas ont fait l’admiration de tous pour son climat politique stable et ses structures souples. Protestants, catholiques, socialistes et citoyens neutres vivaient côte à côte dans un modèle de "pillarisation". Comme autrefois en Flandre,  chacun avait ses églises, ses écoles, ses banques et ses associations séparées. Dans les années 1990, ces piliers se sont effondrés, notamment sous le cpup de la mondialisation et de l'immigration.
Aujourd'hui, le paysage politique est plus fragmenté que partout ailleurs, en partie à cause du système de représentation proportionnelle. Plus d'une douzaine de partis sont représentés au Parlement à La Haye. La coalition des libéraux de droite de Mark Rutte (VVD) avec les chrétiens-démocrates, le parti de gauche D66 et l'Union chrétienne calviniste (CU) est assez hétérogène.
Le populiste de droite Geert Wilders a d'abord incité le gouvernement à prendre des mesures plus sévères contre le Corona, désormais il s'y oppose. "Nous ferons tout notre possible pour que le couvre-feu ne soit pas imposé", a déclaré un représentant du Wilders' Freedom Party (PVV), qui a été le premier à déclencher les émeutes. 
Le Forum pour la démocratie (FVD) de Thierry Baudet, l'homologue plus jeune et plus intellectualisant que Wilders. Le moment est venu pour les Néerlandais de reconquérir leur liberté, a lancé Baudet qui fait partie du camp des négationnistes de qui banalisent comme Trump l’impact Corona.
Wilders a fait volte-face et a demandé au gouvernement d'envoyer l'armée contre les émeutiers prétextant qu’il s'agissait principalement de jeunes hommes issus de l'immigration. Wilders, qui aime passer pour lr champion de la loi et l'ordre, avait de la sorte  bricolé  une version qui résonnât à l’unisson de sa base xénophobe.
Les deux populistes de droite Wilders et Baudet sont franchement éloignés des marches du pouvoir aux Pays-Bas. Le Parti de la liberté de Wilders est à la traîne derrière les libéraux de droite de Rutte dans le paysage fragmenté des partis. Avec seulement un peu plus de douze pour cent il est a deuxième force la plus puissante. Le Forum Baudet a perdu  de nombreux soutiens en raison de querelles internes. Mais les images de la prise d'assaut du Capitole à Washington ont induit de nouvelles violences aux Pays-Bas :  Wilders et Baudet n'en ont plus désormais le monopole le monopole.
Les théoriciens du complot, les négationnistes  Corona et d'autres groupes appelant à la résistance contre "le système" sont particulièrement populaires sur les plateformes des médias sociaux. 
Partout en Europe on redoute désormais la convergences du ressentiment de droite du centre et de tous les désenchantés du système. Autrement dit les exécutifs redoutent une guerre civile de tous contre tous.
MG






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