jeudi 7 janvier 2021

"Une attaque sans précédent contre notre démocratie"

Biden prend la parole suite aux scènes de chaos au Capitole et lance un appel à Trump: "Une attaque sans précédent contre notre démocratie"
DH

La situation a très vite dégénéré à Washington. Alors que le Congrès devait certifier le résultat de l'élection présidentielles, des manifestants pro-Trump ont pris d'assaut le Capitole et semé la panique. Joe Biden a pris la parole en direct à la télévision pour dénoncer les violences qui ont éclaté et sont toujours en cours. "Notre démocratie est attaquée d'une façon qu'on a jamais vue, c'est un assaut contre ceux qui nous représentent, a-t-il fustigé. Laissez-moi être très clair, les scènes de chaos au Capitole ne représentent pas ce que nous sommes. Ce sont un petit nombre d'extrémistes. C'est le désordre, le chaos. Cela doit s'arrêter maintenant."
Pointant du doigt les agissements de Trump, le président élu a adressé un message au locataire de la Maison-Blanche: "Au mieux, les mots d'un président peuvent inspirer, au pire, ils peuvent inciter à de tels actes. C'est pourquoi j'appelle le président Trump à prendre la parole dès maintenant en direct à la télévision pour faire cesser ces violences."
"Notre démocratie est fragile et pour la préserver, cela nécessite des personnes de bonne volonté, des leaders, des gens qui ne sont pas dévolus à la poursuite du pouvoir ou qui ne sont pas poussés par leurs propres intérêts, mais par le bien commun. Pensez aux enfants qui regardent la télévision en ce moment, au reste du monde qui nous regarde. Les Etats-Unis sont tellement meilleurs que ce que l'on voit aujourd'hui", a ajouté le président élu. 
 
 
INSURRECTION A WASHINGTON: L’ETONNANTE PASSIVITE DES FORCES DE L’ORDRE
Le Soir
Au-delà de l’impréparation et des renforts introuvables jusqu’à la tombée du jour, l’étonnante passivité des policiers présents – à quelques notables exceptions près et de violentes échauffourées sous les ors du Congrès – interpelle sérieusement.

(…)La question, posée par des internautes isolés dans le feu de l’action, a pris de l’ampleur dans la soirée, à mesure que des élus en état de choc et d’anciens responsables des forces de l’ordre s’exprimaient pour dénoncer cette incurie.
 « Il y a clairement eu d’énormes erreurs stratégiques et de planification qui ont été commises de la part de la police du Capitole, par le sergent d’armes (du Congrès) et de tous ceux impliqués dans cet effort de coordination, gronde le représentant démocrate Tim Ryan. 
Au-delà de l’impréparation et des renforts introuvables jusqu’à la tombée du jour, l’étonnante passivité des policiers présents – à quelques notables exceptions près et de violentes échauffourées sous les ors du Congrès – interpelle sérieusement. Auraient-ils toléré des comportements au sein d’une foule blanche qu’ils n’auraient jamais accepté de la part de manifestants noirs ?

Des noirs n’auraient même pas eu le temps de pénétrer dans l’enceinte, que la police aurait déjà ouvert le feu, à la minute où les premiers auraient commencé à se rapprocher d’eux ».
(…)Mercredi, on comptait 13 arrestations à Washington, en tout et pour tout. Il a conclu son intervention en appelant une nouvelle fois le président Trump à agir et en citant Abraham Lincoln: "Nous sauverons noblement ou perdrons méchamment le dernier meilleur espoir de la Terre".
LES APPELS A DEMETTRE TRUMP DE SES FONCTIONS SE MULTIPLIENT
Des élus, le Washington Post et des acteurs du monde économique appellent le vice-président Mike Pence à déclarer Donald Trump «inapte», en vertu du 25e amendement.
Figaro
Après l'envahissement du Capitole mercredi 6 janvier par des partisans de Donald Trump refusant sa défaite à l'élection présidentielle du 3 novembre, qui a conduit le Congrès à suspendre la certification des votes du collège électoral, plusieurs élus ont appelé mercredi soir le vice-président Mike Pence à invoquer le 25e amendement de la Constitution américaine.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES  SILENCES DU PRESIDENT OBAMA  

Il s’agit d’une tentative de coup d’Etat, d’« un climat insurrectionnel, d’une attaque sans précédent contre la démocratie »  a déclaré Joe Biden, le président élu démocratiquement.
Cela nous vaut les images les plus insensées, les plus perturbantes depuis l’attaque des Twin Towers: le Capitole de Washington, temple de la démocratie américaine pris d’assaut par une foule dépenaillée de populistes  déchaînés par le verbe trumpien. On pense inconsciemment, dans le  désordre : à l’incendie du Reichstag, à la prise de la Bastille, à l’assaut de la Duma par Boris Eltsine et ses sbires, à la prise de l’Arc de Triomphe par les gilets jaunes.
Il s’agit bien là de l’expression tragique du déclin de l’empire américain. Deux  symboles de la démocratie américaine sont à jamais ternis, le Capitole, phare politique des States et les Twin Towers, boussole économique, symbole de l’économie de marché.


Les images qui tournent en boucle et font le tour du monde depuis mercredi expriment le Ground Zero de la présidence Trump. Dire qu'elles  sont indignes des États-Unis tient de l’euphémisme. Elles révèlent de manière terrifiante l’état de la fracture démocratique de ce grand pays.
Quelques heures à peine avant la prise d’assaut du Capitole par la chienlit déchaînée, un candidat démocrate noir avait revendiqué la victoire lors d'une élection partielle au Sénat dans l'État de Géorgie. Il est le premier Afro-Américain à représenter l'État au Sénat de Washington - un résultat véritablement historique.
Il s’agit bel et bien d’une tentative de coup d’Etat par la droite extrême  qui risque d’entraver durablement la présidence Biden que cette velléité putschiste et populiste avait pour but de saborder.
Les partisans de Trump ont, sciemment et illégalement, tenté de  saborder la procédure légale de reconnaissance de l'élection de Joe Biden et de Kamala Harris en prétextant,  en toute  mauvaise foi, que l'élection de novembre  n'est pas légitime et qu'elle devrait garantir au contraire une continuation de la présidence de Trump. Ce  viol de la Constitution a un but avoué : renier la  volonté exprimée démocratiquement par l’électorat américain. En bon français cela s’appelle un coup d’Etat? 
Le Guardian commente : «Ils ont donné  libre cours à leur rage contre le fait que d'autres se revendiquent égaux devant la loi, c'est-à-dire  que des femmes et des personnes de couleur puissent aussi participer à la  gouvernance, quand  le pouvoir doucement commence à leur échapper et à se distribuer plus équitablement en Amérique. Il s’agit de la même rage -White Supremacy First- qui a tenté jadis de délégitimer un président noir par l'obstruction : une  rage contre l'égalité. 
Cette chienlit est le fait d’hommes blancs longtemps seuls détenteurs du pouvoir dans ce pays, qui craignent devenir des marginaux et des opprimés parce que d'autres ont désormais  la velléité de vouloir partager ce pouvoir en faisant entendre leur voix : . Black Votes Matter.
Cette tentative de coup d'État s'est construite grâce à une idéologie désinhibée devenue  la norme dans l'Amérique du XXIe siècle par à la fétichisation et la banalisation  des armes à feu ces machines à semer la mort . Sait-on que désormais plus d’Américains sont victimes d’armes de poing que d’accidents de la route ?
Ce qui aujourd’hui est en jeu en Amérique, au-delà d'une élection contestée c'est carrément l'État de droit et plus encore les droits des électeurs.  Cela paraissait inévitable, dès lors que le mandat de Trump  était forcément limité dans le temps, quand ses partisans fanatisés rêvent que cette  suprématie soit sans fin. Le Président est d’emblée entré en guerre contre la loi.  Il a aussitôt disposé d’une armée de volontaires prêts à l'aider à la dévoyer. Mercredi ses partisans ont agi comme une milice déboulant dans la capitale du pays. C'est au fond ce que Trump voulait et c'est ce qu'il a machiavéliquement orchestré. Ses partisans qui le regardent comme leur chef de clan au-dessus de la loi ont bricolé une réalité alternative et ils rêvent qu’un  gouvernement de l'ombre sape l’autorité  légitime. » D’après Rebecca Solnit
Le calme semble être revenu à Washington mais sans doute pas dans les têtes des millions de partisans de Trump et des suprématistes blancs  qui ne digèrent pas la victoire de Biden, celle de l’autre Amérique, celle de Kamela Harris c'est-à-dire des gens de couleur, des femmes et des ennemis des armes à feu.
Les pauvres épaules de Joe Biden, le nouveau président à la dégaine d’un brave pasteur protestant, (un comble pour ce catholique) sont elles assez solides pour affronter ce formidable coup de buttoir contre la démocratie américaine ? Kamela Harris sa sémillante vice- présidence est-elle de taille à assurer le relais ?l
L’ancien président réoublicain W. Bush a eu le chic et le cran de condamner sans appel les dérives trumpistes. Mais comment interpréter les silences Président Obama ? 
Mesurons-nous à sa juste valeur le pouvoir des images ?  Régis Debray a raison : notre monde n’est plus géré par les idées et les écrits -la graphosphère-mais par la vidéosphère et le pouvoir de l’émotion.
On n’imagine pas encore le poids dévastateur et déstabilisateur sur l’inconscient collectif de ces images qui tournent en boucle comme il y a 20 ans celles de l’effondrement des Twin Towers, temple du capitalisme américain. Et voici que s’effondre le second  pilier politique de la démocratie américaine : l’inviolabilité  du Capitole  
Il se pourrait bien que nous assistions à une bifurcation au sens où l’entend Edgar Morin, c'est-à-dire à un changement (im)prévisible  de cap, une agonie de la démocratie au bénéfice du tout autre dont on devine avec angoisse les contours en découvrant ses avatars illibéraux : le Trumpisme tonitruant et les tristes démocratures.
MG


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