lundi 25 janvier 2021

Voile à l’école: la féministe Nadia Geerts menacée

Voile à l’école: la féministe Nadia Geerts menacée, Wallonie-Bruxelles enseignement porte plainte
Maître-assistante en philosophie à la haute-école Bruxelles-Brabant (HE2B), Nadia Geerts, initiatrice du Réseau d’Actions pour la Promotion d’un Etat laïque, est désormais la cible des réseaux sociaux.
Par Laurence Wauters Le Soir

La professeure envisage de quitter l’enseignement car elle craint pour sa vie, et une réunion de crise a été menée ce jeudi avec l’administrateur général de Wallonie-Bruxelles Enseignement et la direction de l’école pour tenter de trouver des solutions.
« Il y a trois mois et quelques jours », écrit Nadia Geerts sur son blog, « j’étais encore un prof heureux. Des cours qui me passionnaient, des collègues sympas, des étudiants avec qui le contact était vraiment bon… Aujourd’hui, je ne vois plus comment continuer, tout simplement. » Les problèmes ont débuté, expose la professeure, lorsqu’elle a publié sur la page Facebook gérée par le conseil étudiant de la HE2B, un post « Je suis Samuel Paty », au lendemain de l’assassinat de ce professeur. « Le problème a visiblement été que ce soit moi, militante pour la laïcité dans l’enseignement, qui l’écrive », explique-t-elle. « Rapidement, j’ai essuyé des commentaires qui me qualifiaient d’islamophobe, de raciste, qui affirmaient que je ne devrais pas être autorisée à enseigner. J’ai essayé de réagir, de leur expliquer, mais je me suis sentie isolée parce que sous prétexte qu’il s’agissait d’une page gérée par le conseil étudiant, il n’y a pas eu de recadrage de l’école. Cette page revêt quand même le logo de l’école et si le professeur n’est pas soutenu quand il écrit “je suis Samuel Paty”, tout se met en œuvre pour qu’il risque de subir la même chose que lui. »

Il y a huit jours, sur sa page Facebook, la militante/enseignante a écrit « voilà, on y est » en partageant un article annonçant que le port des signes d’appartenance religieuse serait autorisé notamment dans son école. Sa publication a déclenché une salve de commentaires haineux. « Jusqu’alors, je défendais le règlement des études de mon école. Maintenant que le règlement va changer, c’est vu comme “la méchante a perdu”, tout le monde peut se lâcher », explique-t-elle. Un influenceur qui compte 6.000 abonnés sur Instagram et 50.000 sur Snapchat a ainsi écrit « va te faire foutre, Nadia Geerts ».
Sur tous les réseaux sociaux, le nom de la féministe circule – on l’y accuse notamment de « promouvoir le privilège blanc ». « Je me vois mal retourner à l’école après la pandémie. Avec mon horaire de cours, tous les élèves sauront où je suis et quand et cela pourrait être communiqué à une personne mal intentionnée », explique-t-elle.
Dénonciation au parquet
Au cabinet du ministre Daerden, qui a la tutelle sur WBE, on confirme la réunion de crise de jeudi. WBE va, en tant qu’employeur, déposer plainte et Nadia Geerts fera de même pour harcèlement, menaces et diffamation. L’école avait déjà fait suivre au parquet de Bruxelles les premiers commentaires haineux, ceux faisant suite à la publication sur Samuel Paty. Par ailleurs, ce lundi, « les autorités de la haute école communiqueront leur soutien officiel à l’enseignante auprès de toute la communauté éducative », poursuit le porte-parole du ministre.
De tels propos sur les réseaux sociaux peuvent-ils être condamnés ? La cour constitutionnelle a rappelé, en octobre dernier, que ce qui est écrit sur le web (hormis l’incitation à la haine raciale) relève du délit de presse, jugé devant un jury populaire. « Cela n’empêche pas le parquet, dans l’une ou l’autre affaire, de mettre sur pied une cour d’assises pour montrer l’exemple et faire cesser le sentiment d’impunité qui règne », réagit l’avocat Jacques Englebert, spécialisé en droit des médias. « Le parquet est là pour appliquer la loi, qu’il organise un tel procès ! Le sentiment d’impunité, parfois renforcé par l’anonymat, libère le pire d’entre nous : quand les gens sont identifiés dans ce genre de faits, ils sont très surpris. »
Permettre la correctionnalisation de certains propos diffusés sur le web est un des projets du gouvernement, mais cela nécessitera de modifier la Constitution : « il va peut-être falloir revoir l’État de droit pour contrer ce type d’expression », poursuit l’avocat. « Mais il faudra être très précis dans les démarches pour ne viser que l’abus de l’expression qui ne participe pas au débat général, qui est motivé par la haine. C’est d’ailleurs dans la ligne de la Cour européenne, qui protège la liberté d’expression avec pour seule limite le discours de haine. »
En attendant cette possible évolution, le projet de loi du PS contre le harcèlement groupé, visant à poursuivre ceux qui, même avec un seul message, « ne peuvent ignorer qu’ils contribuent au harcèlement », a été intégré dans la réflexion sur la réforme du code d’instruction criminelle et du code pénal, explique le député Khalil Aouasti, qui dit espérer voir prochainement des avancées. Et pour s’attaquer à la base du problème, le parlement de la fédération Wallonie-Bruxelles a voté sur proposition Ecolo, mercredi dernier, une résolution définissant l’éducation aux médias comme outil de lutte contre la haine en ligne et le cyberharcèlement.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE PS CET INCENDIAIRE QUI AUJORD’HUI JOUE AU POMPIER

Je renvoie le lecteur à mon post de vendredi dernier : « Nadia Geerts a consacré un billet sur son blog au problème et qui lui vaut désormais le genre d’ennui sur les réseaux sociaux que ceux subis par Samuel Paty avant sa décapitation. » 
« Il est clair que la responsabilité du PS dans la décision d’autoriser le foulard pour les étudiantes des hautes écoles est entière et lourde de conséquences. Il  faut bien voir que la fédération bruxelloise du PS est particulièrement divisée, entre sa branche laïque historique et une frange qui pousse pour un assouplissement des interdictions dans les services publics. Si les revendications du terrain montent, surtout portées par une nouvelle génération musulmane militante, d’autres personnes s’en inquiètent, au sein même de ces communautés.  Derrière ces femmes voilées, il y a un groupe, et une idéologie » 
« Si cette question revient sur la table aujourd’hui, c’est surtout parce qu’elle n’a jamais été débattue. Elle a uniquement fait l’objet d’une instrumentalisation politique, que ce soit par des partis dont un certain électorat est issu de l’immigration. » (le Soir)
C’est dire clairement que, miné par le clientélisme communautariste, le PS donne raison aux militantes islamistes qui exigent d’avoir gain de cause contre le militantisme des enseignant(e)s engagés de la mouvance laïque dont Nadia Geerts est le prototype et la tête de proue, désormais tête de Turque de ses étudiants islamistes. Une tête bien faite qui exaspère les petites têtes du militantisme racialiste. »
« Les conséquences sont délétères pour elle -elle redoute le sort de Samuel Papy pris dans les mêmes tenailles  des réseaux sociaux- et  pour tous les enseignants et toutes les enseignants qui ont le profil de Nadia Geerts c’est à dire engagés dans le combat laïc. Ceux et celles-ci ont précisément le mental des hussards de la République qui ont combattu en France au début du siècle dernier le cléricalisme réactionnaire. Un cléricalisme peut en cacher un autre… »
« Nadia Geerts est le meilleur soldat laïc que l’on puisse rêver, comme Samuel Paty, au demeurant.
Et voici que le parti socialiste belge a tranché en donnant gain de cause à un collectif de militantes islamistes et en donnant tort à la plus flamboyante des militantes laïques Nadia Geert et en mettant en danger la Marianneke que l’hebdo Marianne invite à s’exprimer  dans ses colonnes.
C’est dire que le PS ne défend plus la laïcité à la belge qui était au cœur de son  combat notamment  pour l’école officielle neutre. » 
Il reste un point essentiel que je n’ai pas abordé dans ce commentaire  et qui pourtant me turlupine, la question de la formation et de la désignation des professeurs à qui est et sera confié le cours d’éducation civique et des religions dont on fait grand cas et que l’on envisage de plus en plus de faire passer à deux heures pour tous, ce qui ne se fera pas sans une révision de la constitution.
Il se dit que ce cours pourrait être confié notamment à des profs de religion mis en disponibilité. Il s’agit d’une revendication syndicale forte.
Une fois de plus notre Communauté française prend des allures d’Absurdistan. Mon ancien préfet des études avait l’habitude de dire que le cours de morale était un poste de combat en première ligne.
C’était un sage, que sa mémoire inspire nos dirigeants inconséquents qui ne savent plus à quel foulard se vouer.
MG
 
UNE HISTOIRE BELGE VRAIE ET PAS MARRANTE (DU TOUT)
 
Par Claude Wachtelaer
 
 Pour moi (que tu as a la gentillesse de qualifier de spécialiste) le problème  est 
le suivant.
 
1° Dans l’enseignement en Belgique, ceux qui décident dans ce domaine se sont 
les pouvoirs organisateurs
 (PO). WBE (une structure récente qui gère l’enseignement organisé par la 
CFWB), les communes et les provinces et les diverses asbl du réseau 
confessionnel. 
Notre enseignement est donc par essence, divers et il permet une assez grande 
souplesse.
 
2° l’enseignement de  WBE est neutre en fonction d’un décret de 1994. 
Celui des écoles communales et provincial neutre ou réputé neutre 
(si avez deux jours, je vous expliquerai la différence ) en fonction d’un 
décret de 2003.
 
3° ces décrets s’appliquent à l’enseignement obligatoire donc ni à l’enseignement
 supérieur (univs et haute  écoles), ni à la promotion sociale, ni à l’enseignement 
artistique à horaire réduit (les académies).
 
4° je ne suis pas d’accord avec ceux qui politisent le débat à outrance. 
La CFWB est dirigée par le PS,  mais aussi Ecolo et le MR et WBE a pris la 
décision que nous connaissons, mais la HE Francisco Ferrer a 
pris une décision inverse alors que la Ville de Bruxelles est dirigée par Philippe 
Close (PS) et que l’échevine de l’instruction publique, notre Faouzia Hariche (PS) est totalement opposée au port du voile 
(elle sait ce que les intégristes ont fait subir à son pays d’origine, l’Algérie. 
M. fait allusion a Molenbeek, mais cette commune n’autorise pas le port du voile 
dans ses  écoles et n’organise pas d’enseignement
 supérieur. Si on a parlé de Molenbeek, c’est à cause d’une réflexion – rien n’a 
été décidé – sur le port des signes convictionnels par les fonctionnaires de 
l’administration communale, ce qui est un autre débat.
 
5° Je partage l’avis du CAL quant à l’interdiction complète dans l’enseignement 
obligatoire des écoles  officielles (WBE, communes et province). 
À Schaerbeek, où j’ai dirigé le département de l’Instruction publique de 1995 à 
2014 nous n’avons jamais eu de réelle difficultés à faire respecter cette règle 
et, à l’heure actuelle, quasi toutes les écoles bruxelloises (y compris dans les 
écoles catholiques) l’interdisent.
 
6° la question de l’enseignement non obligatoire est beaucoup plus complexe, 
parce que les élèves sont  adultes et qu’on devrait, en principe, respecter leur 
choix. Par ailleurs, même pour les écoles officielles, ces écoles ne sont pas 
soumise au décret neutralité et ce sont donc les PO qui décident en fonction de 
critères propres. La décision de Francisco Ferrer repose notamment sur le fait 
que l’école forme, entre autres, des étudiants qui trouveront de l’emploi dans 
des secteurs où le port du voile sera interdit (instituteurs, infirmières, etc )
 mais les PO ont une marge d’appréciation (qui a même été validée par la CEDH). 
Un autre problème que pose l’autorisation en promotion sociale est l’occupation 
simultanée, dans un même bâtiment scolaire, par des étudiants adultes autorisés
 à porter le voile et des étudiants du secondaire qui ne peuvent pas.
 
7° ceci dit, je pense fondamentalement que la WBE commet une erreur grave 
en cédant à la pression des plus radicaux parmi les musulmans et qu’elle rend 
donc un très mauvais service au plus modérés.
Il ne suffit pas de dire ‘on inscrit le mot laïcité dans la Constitution’ pour régler la 
question de l’islamisme.
Pour continuer à interdire le port de signes religieux dans l’enseignement ou dans 
les administrations, les lois belges actuelles sont bien suffisantes et j’ai parfois 
l’impression que la position de certains (comme défi) n’a de but que de susciter un 
débat médiatique pendant la durée duquel on laisse passer des tas de petits 
décisions qui vont dans le mauvais sens.
Enfin, je reste convaincu que le modèle belge est mieux adapté pour gérer la 
diversité des convictions puisqu’il permet de reconnaitre les philosophies non 
confessionnelles, ce qui serait très difficile en France.
CW
 
COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA LAÏCITE N'EST PAS UNE OPTION SPIRITUELLE 
PARMI D'AUTRES ; ELLE REND POSSIBLE LEUR COEXISTENCE, CAR CE QUI 
EST COMMUN EN DROIT A TOUS LES HOMMES DOIT AVOIR LE PAS SUR CE 
QUI LES  SEPARE. 
ELLE  PRONE L’EMANCIPATION, PAS LA SOUMISSION !

.« Les parents font des enfants, tant mieux, on doit les en féliciter, mais seuls les 
professeurs font des élèves, on ne les y encouragera jamais assez. 
En toute autonomie, avec une hiérarchie elle aussi indépendante des pouvoirs, du
 dernier cri, des passions et des préjugés ambiants. 
Un instituteur n’inculque pas. Il éduque, conformément au sens originel, latin, 
de « éduquer »,e-ducere, conduire un enfant hors de chez lui, l’extraire de 
sa niche natale pour l’élever à la condition de citoyen éclairé, apte à penser 
par lui-même, et instruit de ses droits et devoirs. Un professeur laïc en 
activité n’est ni de gauche ni de droite, ni croyant ni athée. » 
Régis Debray

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