lundi 1 février 2021

Bozar mérite mieux que des marchandages


La légèreté d’un monde politique qui envisage les nominations comme un Stratego où la priorité n’est pas donnée à l’intérêt d’une institution en attente d’un directeur ou d’un conseil d’administration en ordre de marche, mais à la « bonne » répartition des cartes et couleurs.

Par Béatrice Delvaux
Editorialiste en chef Le Soir

Bozar est une institution phare du pays. Sur tous les plans : architecturalement, culturellement, intellectuellement. En nombre de mètres carrés, d’expositions, de concerts et d’événements. C’est un vrai succès qualitatif et populaire – suffisamment rare et difficile pour ne pas être souligné. C’est enfin un des derniers – et seuls ? – endroits où l’on arrive encore à faire au public une « proposition » belge.
Et pourtant cette institution qui gère un budget colossal est aujourd’hui toujours dotée d’une direction ad interim. La désignation d’un nouveau directeur ou la prolongation de celui qui a déjà fait trois mandats à sa tête – Paul Dujardin pour ne pas le nommer – pouvait attendre ? L’après-élections ? Puis la fin d’un gouvernement en affaires courantes ? Puis l’arrivée de Sophie Wilmes à son poste de vice-Première ministre et ministre des Affaires étrangères en charge de cette institution fédérale ?

À force d’attendre, le pire s’est produit, non pas dans un vide mais dans une vraie incertitude et fragilité de pouvoir : le covid d’abord, puis l’incendie dramatique qui a endommagé via les dégâts des eaux l’orgue mythique de la salle Henri Le Boeuf.
Alors oui, évidemment, il est difficile de désigner dans ces conditions dantesques, un nouveau directeur certes candidat au poste au terme du processus de sélection, mais qui ne connaît rien ou presque de l’institution, n’a pas d’expérience de gestion et ne fait, semble-t-il, pas l’unanimité.
Et oui, évidemment, ce serait stupide de ne pas maintenir pour les semaines qui viennent des pans de la gestion urgente de l’institution entre les mains de celui qui la connaît comme sa poche.
Et donc oui, il faut confirmer Paul Dujardin ad interim et relancer la procédure de recrutement. Il n’en reste pas moins extrêmement désolant, pour ne pas dire plus, de devoir le faire dans ces circonstances.
Deux éléments expliquent que la première institution culturelle et intellectuelle du pays ne soit pas en ordre de gouvernance. Primo, la légèreté d’un monde politique qui envisage les nominations comme un Stratego où la priorité n’est pas donnée à l’intérêt d’une institution – ou administration ou entreprise publique – en attente d’un directeur ou d’un conseil d’administration en ordre de marche, mais à la « bonne » répartition des cartes et couleurs. Ces « trains de nominations » ne partent qu’au coup de sifflet des partis. Secundo, en raison du désintérêt croissant du monde politique pour les institutions fédérales. La suédoise fut particulièrement empêchée de gérer les attributs « belges » pour cause de N-VA en son sein. Gérer Bozar relève de la prouesse, parfois du miracle ou de la foi. Et exige autant de talent que d’obstination. Ce Palais, ses responsables et son personnel méritent plus que deux minutes d’attention et mieux que des marchandages.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« GERER BOZAR RELEVE DE LA PROUESSE, PARFOIS DU MIRACLE OU DE LA FOI. »

Paul Dujardin a-t-il démérité ? Sûrement pas, au contraire il commande le paquebot avec enthousiasme, talent, efficacité  en parfaite connaissance du monde culturel belge et européen. Bref, Dujardin est le merle blanc. Peu importe …Tout cela, notre particratie belge ne veut pas l’entendre et elle prétend vouloir aligner de bons petits soldats, des candidats en bon ordre de marche au sein des partis. ? Il nous revient de bonne source que le représentant VLD au conseil d’administration de Flagey serait bientôt remplacé par un Vlaams Belang avec l’appui de la NVA et du CD&V…
Ce n’est jamais l’intérêt général qui prime aux yeux des partis mais bien leurs velléités  politiques à court terme. Et on s’étonne que les citoyens désenchantés se détournent de la démocratie.
Bozar, je déteste cette appellation, enfant chéri de feu la reine Elisabeth est le plus beau fleuron culturel belge, un phare dans un désert. Comme toujours, Béatrice Delvaux lève un lièvre bien gras dont les présidents de partis lilliputiens rêvent de savourer les meilleurs morceaux. C’est franchement pathétique.
MG 

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