mardi 9 février 2021

Critique, essentiel: ah (mal) nommer les choses…


Le poids des mots. Le monde culturel a été choqué en étant considéré comme « non essentiel ». Aujourd’hui, les enseignants n’exerceraient pas un « métier à risque ».
 
Par Béatrice Delvaux
Editorialiste en chef Le Soir

Ah les mots justes ! C’est Albert Camus qui disait : mal nommer les choses, c’est ajouter du malheur au monde… Le monde culturel porte ainsi le poids de la dénomination accolée à leur « profession » par la gestion du covid. « Non essentiel » : les artistes vivent le terme comme une souffrance, y voyant le manque de considération du politique pour leur rôle dans la société. Ces blessures devront être guéries « après » mais cela risque de laisser des traces.
Et voilà que ce sont les professeurs qui se sentent blessés. En cause ? La manière dont leur accès potentiellement prioritaire au vaccin a été officiellement balayé : « Les enseignants ne sont pas particulièrement plus à risque que d’autres professions. Ils ne seront pas intégrés dans cette phase de vaccination. » Et donc aujourd’hui, leurs syndicats parlent de grève.
Si cela se concrétisait, cela pèserait sur l’équilibre déjà précaire maintenu depuis un an par des professeurs qui « ont pris » formidablement sur eux au cours de ce chemin de croix infligé par le virus.
Sur la forme, on peut donc comprendre leur désarroi face à ce qu’ils appellent le « manque de considération à l’encontre des professionnels de l’enseignement alors que ces derniers ont continué à encadrer les élèves et les étudiants malgré des conditions sanitaires souvent précaires et aléatoires ».
Il faut sans doute nuancer la notion de « risque encouru ». Primo, parce que le risque de contamination par les enfants et les adolescents reste considéré comme plus faible. Et que, secundo, ce risque varie selon les niveaux. La quasi-impossibilité de renoncer au contact rapproché est ainsi réelle en maternelle ou primaire où l’enseignant est souvent assis à côté des enfants, en contact étroit avec eux. Et il en va de même dans le spécialisé. Par contre, dans le secondaire, les consignes semblent un rien plus « évidentes » à respecter. Il conviendrait donc sans doute, pour être crédible, de prioriser la vaccination en lien avec la fonction exercée dans la profession, comme on l’a fait pour les policiers, le personnel soignant…
Mais c’est sur le fond que les autorités ont péché. Elles gagneraient ainsi en crédibilité en établissant des règles de « priorisation » claires, éthiquement acceptables et durables, en lien avec la réalité des stocks de vaccins. Comment ainsi faire croire qu’on va demander à vacciner en priorité 250.000 profs belges alors qu’il n’y a pas encore assez de vaccins pour ceux qui ont des comorbidités ?
Il y a dans ces velléités une forme de clientélisme. Le ministre A plaide avec force pour les éboueurs, la ministre B ne songe qu’aux accueillantes d’enfants, le ministre C promet aux profs… Résultat : des blessés et des déçus, d’autant plus profondément qu’on n’a pas pris les mots justes pour leur dire ces choses difficiles.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
A QUI LA FAUTE S’IL S’AVERE QU’IL N’Y A PAS ASSEZ DE VACCIN POUR TOUT LE MONDE ET QU’IL FAUT IMPOSER DES PRIORITES A LA VACCINATION ?

Il faut entendre le discours des enseignants, le soir après une journée de cours sous le masque avec des ados turbulents, indisciplinés,  naturellement difficiles et que le port obligatoire du masque rend quelquefois franchement pénibles. Entendre les doléances des ainés qui sont très conscients d’être personnes à risque et donc tenaillés par l’angoisse de la contagion et de l’infection. 
La Vivaldi donne un très mauvais signal aux profs en leur refusant la priorité alors qu’ils opèrent en première ligne et sont particulièrement fragilisés. Le gouvernement a besoin des profs au moins autant que de sa police qu’il chouchoute et dorlote car, en cas de désordre, elle est son dernier recours, Macron le sait mieux que personne, et il se trouve que dans notre société assiégée, le désordre prend, de plus en plus , le pas sur l’ordre.
Cette fois le gouvernement n’a pas commis une erreur mais une faute très difficile à rattraper. Si les enseignants devaient décider de débrayer dans le moyen terme nos gouvernants seraient dans un profond embarras. A qui la faute s’il s’avère qu’il n’y a pas assez de vaccin pour tout le monde et qu’il faut imposer des priorités à la vaccination ?
MG



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