jeudi 4 février 2021

La Lettre d’Ivan De Vadder: Les impertinents du Nord


Même si on les qualifie souvent de cousins du Nord, les Néerlandais et les Flamands n’ont pas grand-chose en commun. Leur société et leur organisation politique respectives les différencient fortement.

Les manifestations contre les restrictions sanitaires se sont multipliées aux Pays-Bas, comme ici à Amsterdam le 31 janvier dernier. - 

Par Ivan De Vadder in Le Soir
Si vous croyez que les Néerlandais utilisent la même langue que les Flamands, à l’exception de la prononciation, je serai obligé de vous décevoir. La preuve en est fournie par l’émission radio « Nieuwe Feiten » (« Des Faits Nouveaux »), sur la première chaîne radio de la VRT. Chaque mercredi, le correspondant en Belgique de la chaîne publique néerlandaise NOS, Sander Van Hoorn, se laisse interroger sur sa connaissance de la langue flamande. Premier mot : « draagberrie » (brancard), un mot complètement inconnu pour le journaliste provenant de la ville d’Utrecht, puisque les Néerlandais utilisent le mot français « brancard ». Deuxième tentative : « gejost » ou « gechareld » (pigeonné, littéralement : être pris par Jos ou par Charles). De nouveau, le Néerlandais demeure muet ; car au nord, ils utilisent « de pineut zijn » (être le pigeon). Et donc semaine après semaine, Van Hoorn démontre que l’intégration linguistique d’un Néerlandais, même s’il est muni d’une connaissance profonde de notre langue « commune », pourrait être aussi difficile que celle d’un francophone belge.
Des clivages profonds
La frontière entre la Flandre et les Pays-Bas, établie depuis 1579, laisse des traces profondes, même si l’origine de la langue commune est identique. J’oserais même dire que les Pays-Bas sont probablement plus éloignés de la Flandre, que la France l’est du monde francophone en Belgique. Déjà, la prononciation de la langue et le vocabulaire témoignent d’une autre réalité, les coutumes gastronomiques complètent ce clivage. Un déjeuner aux Pays-Bas se compose encore souvent de quelques tartines, accompagnées d’un verre de lait fermenté. Et le snack préféré y est la boulette apéritive qu’on retrouve dans un distributeur.

Un fractionnement énorme dans le paysage politique
Et puis, politiquement, les Pays-Bas ne ressemblent en rien à la Belgique. D’abord, les Pays-Bas ne connaissent pas d’entités fédérées. Ils n’ont qu’un niveau institutionnel, avec deux parlements, le Sénat et la Chambre, mais surtout avec une seule circonscription pour tout le pays. Tous les Néerlandais peuvent donc voter pour chaque député. Il n’y a pas non plus de seuil électoral, avec comme principal désavantage un fractionnement énorme dans le paysage politique.
Sur 150 députés, il y a 13 partis politiques, avec, par exemple, deux partis libéraux : le VVD, un parti libéral de centre droit, dont le Premier ministre Marc Rutte est le dirigeant, et D66, un parti libéral de centre gauche. Mais, il y a aussi deux partis d’extrême droite, le parti de Geert Wilders (le PVV) et le Forum voor Democratie, de Thierry Baudet. Puis, il y a quelques partis religieux (l’un d’entre eux s’est retrouvé dans le gouvernement), un parti pour les animaux, un parti pour les personnes âgées et un parti qui défend les intérêts des Néerlandais d’origine étrangère.
Une loi corona
Important aussi à savoir : les chefs de groupe à la Chambre sont les présidents de parti ; de cette façon, le débat politique au parlement coïncide avec le débat médiatique, ce qui rend les choses souvent plus simples qu’en Belgique. Les Pays-Bas, par exemple, possèdent déjà une loi corona et l’introduction du couvre-feu s’est donc faite après un débat parlementaire. Quel contraste avec notre pays, où les mesures sanitaires sont prises par des arrêtés ministériels, sans aucun débat au parlement. Le débat au parlement néerlandais n’a malheureusement pas exclu que des émeutes contre le couvre-feu éclatent. Dans le journal De Standaard, le philosophe et psychiatre Damiaan Denys, professeur à l’Université d’Amsterdam, parle « d’un effet d’impertinence dans la culture néerlandaise ». Apparemment, la contestation est au cœur de la société : du mouvement Provo dans les années 1965-1970 via les émeutes lors de l’accession au trône de la reine Beatrix en 1980, jusqu’aux manifestations des fermiers, il y a quelques années.

Une aversion pour les autorités
Les récentes « émeutes couvre-feu » ont commencé dans le village d’Urk, une communauté très fermée, et profondément ancrée dans la religion (protestante), et qui lave plus blanc que blanc. Au début, ce sont principalement de jeunes Néerlandais qui protestaient, mais au cours des incidents ultérieurs dans les grandes villes, des jeunes d’origine turque et marocaine se sont joints aux pillages. Jelle van Buuren, professeur à l’Université de Leiden et spécialisé dans les mouvements rebelles, déclare : « Ils ont trouvé un ennemi commun : la police. » Parce que, selon lui, le groupe de manifestants est devenu très divers : « Des gilets jaunes, des partisans du New Age avec une grande méfiance vis-à-vis des vaccinations et de l’industrie pharmaceutique en général, des groupes d’extrême droite à la recherche de nouvelles âmes, le groupe activiste Viruswaarheid. Ce qui les unit, c’est une aversion pour les autorités, l’expertise, les médias traditionnels et un fort penchant pour les théories du complot. »
Les Provo dans les années 60 ou les squatters dans les années 80, restaient des phénomènes métropolitains, que le reste des Pays-Bas regardait avec grand étonnement. La différence, c’est que maintenant, de nombreux habitants de la province ont commencé, par maussaderie, à embrasser leur identité paysanne plutôt conservatrice. Jelle Van Buuren explique : « On parle définitivement de radicalisation, de pensée anti-élitiste, et cela joue aussi un rôle. »
Un cousin américain
Ainsi, de tous les pays européens, la société néerlandaise est celle qui ressemble le plus à celle des Etats-Unis. Par leur capacité de s’exprimer bruyamment, voire avec impertinence comme dernièrement ; mais aussi par ce clivage entre la grande conurbation de Randstad (réunissant les villes d’Utrecht, Amsterdam, La Haye et Rotterdam) et la province paysanne plutôt conservatrice. Les Pays-Bas ne ressemblent pas à la Flandre, et les quinze ans du Royaume-Uni des Pays-Bas, entre 1815 et 1830, ont été largement insuffisants pour colmater la frontière qui existe depuis 1579.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES PAYS-BAS NE RESSEMBLENTVRAIMENT  PAS A LA FLANDRE

La Flandre et les Pays-Bas sont séparés par la même langue. C’est paraphraser une constatation de George Bernard Shaw qui disait que les States et le Royaume-Uni étaient opposés par le même idiome. Pas faux. Le francophone moyen cultivé  sait tout de la France et de la politique française, il regarde TF1, est abonné à la Grande Librairie, addict à « C’est dans l’air » et regrette « On n’est pas Couchés. » Il vit à l’heure française même quand il n’est pas franchement rattachiste comme Jules Gheude.  En revanche il ne sait presque rien de nos voisins allemands ou hollandais qui lui sont plus étrangers que nos ressortissants turcs ou marocains. Les Pays-Bas c’est un autre monde, surtout depuis 1585, une date clé de notre histoire commune.
En cette époque nos Dix sept Provinces, unies au départ et de plus en plus   gagnées à la Réforme sont occupées par l’Espagnol champion de la catholicité. Elles vont se désunir en 1579 quand les Pays Bas protestant proclament la République où triomphe le protestantisme très implanté également à Anvers, le port le plus puissant du Nord de l’Europe. Philippe II, champion du catholicisme met le siège de la métropole flamande que Jacques Attali regarde comme la ville monde du 16ème siècle. Anvers tombe en 1585 et sa bourgeoisie marchande propspère émigre vers Amsterdam entraînant le déclin de la ville la plus peuplée d’Europe : les marchands émigrés feront la fortune du port Hollandais qui connaîtra son siècle d’or au 17ème siècle.  Le divorce est consommé et, comme dit très bien De Vadder, les 15 ans d’occupation maladroite de calvinistes hollandais  (1815-1830) ne feront rien pour rapprocher Flamands et Hollandais qui se méprisent joyeusement.
Les Pays-Bas ont joui pendant des siècles d’une réputation de tolérance et d’indépendance d’esprit dont les philosophes Descartes et Spinoza ont su apprécier les bénéfices. Aujourd’hui, l’esprit batave libertaire et frondeur semble se réveiller contre les mesures de confinement qui ont entraîné plusieurs journées de véritables émeutes urbaines. Cette fronde inquiète beaucoup l’Elysée qui craint une contagion voire un remake de la marche des insurgés trumpistes sur le Capitole. La démocratie chancelle sous les coups de butoir du populisme rebelle. Attention : danger !


PIQURE DE RAPPEL 

Provinces et dépendances.
Provinces-Unies est le nom usuel donné à la république des Sept Provinces-Unies des Pays-Bas, formée par la sécession en 1581 des sept provinces septentrionales des Pays-Bas espagnols (en néerlandais : Republiek der Zeven Verenigde Nederlanden1).
De 1581 (proclamation d'indépendance du 15 juillet) à 1795 (création de la République batave), ces sept provinces sont réunies en un État fédéral dirigé par « Leurs Hautes Puissances Messeigneurs les États généraux des Provinces Unies des Pays-Bas » (en néerlandais, Haar Hoog Mogende de Heeren Staaten Generaal der Vereenigde Nederlanden).
D'autres dénominations ont été utilisées : république des Provinces-Unies des Pays-Bas (Republiek der Verenigde Nederlanden,  ou Pays-Bas du Nord, par opposition aux Pays-Bas méridionaux, les provinces restées sous la domination espagnole à la fin de la guerre de Quatre-Vingts Ans.
En France, dans l'usage populaire, les Provinces-Unies étaient désignées par le nom de la province la plus connue, la Hollande : ainsi dans la chanson Le Prisonnier de Hollande, qui date du XVIIe siècle.
Pays-Bas espagnols.
Jusqu'en 1581, les Pays-Bas espagnols sont constitués de principautés féodales, duchés, comtés et autres seigneuries, qui par mariage, conquête ou achat, se sont trouvés aux mains de la maison de Habsbourg, notamment de l'empereur Charles Quint puis de son fils, Philippe II. Leur territoire était à peu près constitué par les Dix-Sept Provinces couvertes par la Pragmatique Sanction de Charles Quint (1549).
Causes de la sécession]
En 1568, plusieurs provinces se révoltent sous la direction de Guillaume le Taciturne contre le gouverneur lieutenant du roi résidant à Bruxelles, Ferdinand Alvare de Tolède, duc d'Albe, en raison de ses efforts de modernisation et de centralisation des structures, de sa politique absolutiste, des exécutions capitales d'opposants et des impôts jugés excessifs, ainsi que de la persécution des protestants. Les habitants des sept provinces sécessionnistes ont en effet majoritairement opté, dès le début de la révolte, pour le principe de la liberté de culte à l'encontre de la politique ultra-catholique et de l'intolérance de Philippe II d'Espagne. De plus, le calvinisme et l'arminianisme avaient un rôle prépondérant dans les villes en tant que religions de la classe dominante des régents.
C'est le début de la guerre de Quatre-Vingts Ans.
Le conflit avec le roi d'Espagne de 1568 à 1581
En 1579, les sept provinces septentrionales signent l'union d'Utrecht, par laquelle elles s'engagent à se soutenir mutuellement contre l'armée espagnole. L'union d'Utrecht est suivie, en 1581, par l'acte de La Haye, proclamant l'indépendance des Provinces-Unies.
Article détaillé : Histoire des Provinces-Unies.
La guerre d'indépendance (1581-1609)[modifier | modifier le code]
Le roi d'Espagne accordant la paix aux sept Provinces-Unies des Pays-Bas [trêve de 1609] par Theodoor van Thulden (1650, musée des Beaux-Arts de Quimper).
C'est la période la plus tourmentée de la guerre de Quatre-Vingts Ans.
Une médiation du roi de France Henri IV permet la conclusion de la trêve de douze ans (9 avril 1609) entre le roi Philippe III d'Espagne et les Provinces-Unies.
L'indépendance des Provinces-Unies est reconnue formellement par la monarchie espagnole en 1648, lors du traité de Westphalie, dont le but principal est de mettre fin à la Guerre de Trente Ans.
Wikipedia

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