mardi 9 février 2021

Quand Di Rupo reconnaît l'échec du redressement wallon (analyse)·

Olivier Mouton
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

Le ministre-président wallon concède que le plan Marshall et le Contrat pour l'avenir n'ont pas obtenu une adhésion suffisante. Sera-ce le cas de "Get up Wallonia!"? L'enjeu majeur serait pourtant ailleurs: le sursaut de l'enseignement francophone.

C'est sans doute une première, concédée du bout des lèvres: dans un entretien à La Libre ce lundi matin, le ministre-président wallon, Elio Di Rupo (PS), concède que les plans mis en place pour redresser la Wallonie n'ont pas obtenu les effets espérés. Il en fut pourtant l'un des principaux protagonistes. "Pourquoi les plans précédents (Contrat d'Avenir, Marshall) n'ont-ils pas porté leur fruit? Parce que vraisemblablement, nous n'avons pas eu le temps de faire adhérer à ces plans un nombre important d'acteurs économiques et sociaux", souligne-t-il.
L'heure est, il est vrai, à la tentative de mobiliser les forces vives wallonnes autour d'un nouveau projet: "Get up Wallona!". Pour la première fois depuis bien longtemps, la majorité régionale wallonne dispose d'une assise politique solide pour y arriver, avec la présence en son sein du PS, du MR et d'Ecolo. Ecartés du pouvoir régional depuis 2004, les libéraux sont revenus au pouvoir suite aux dernières élections. Ils n'ont eu de cesse, ces dernières années, de critiquer l'échec des plans de redressement. Pour la Wallonie, c'est maintenant ou jamais: son redressement est certainement un enjeu majeur en vue des prochaines négociations institutionnelles.
"Dans les deux cas (Marshall et Contrat pour l'avenir - Ndlr), nous sommes restés trop segmentés, argumente encore Elio Di Rupo. Je veux éviter un travers: que les fédérations en tout genre ne pensent qu'aux intérêts de leurs membres. Le gouvernement wallon veillera à l'intérêt de tout le monde."
L'enjeu majeur pour le redressement wallon pourrait toutefois être... le résultat d'une politique menée au niveau de la Communauté française: le sursaut de son enseignement. C'est ce qui ressort de l'analyse faite par Didier Paquot, ancien chief economist de l'Union wallonne des entreprises (UWE) et aujourd'hui à l'Institut Destrée, des dernières statistiques de l'économie régionale publiées par la Banque nationale.
"Mieux vaut, pour ne pas risquer de se désespérer ou s'enthousiasmer inutilement, d'approcher la croissance économique régionale par une moyenne sur plusieurs années, entame-t-il. Au cours des cinq dernières années, la croissance économique wallonne s'est située à 1,8% en moyenne annuelle arithmétique. Pour donner un ordre de grandeur, la croissance réelle annuelle moyenne de la zone euro, pour la même période, a atteint 1,9%. En comparaison dans le temps, la croissance réelle en terme annuel s'était chiffrée à 2,4% entre 2004 et 2008, précédente période haute du cycle économique. Comme partout en Europe, il y a un ralentissement tendanciel de la croissance économique depuis 20 ou 30 ans, essentiellement dû à de moindres gains de productivité."
Plus important, il ajoute: "Dans une économie où l'emploi et les niveaux de revenu sont élevés, la croissance est moins nécessaire que dans une économie où le taux de chômage est important et les revenus insuffisants pour une part importante de la population. Clairement, la Wallonie se trouve dans cette seconde catégorie d'économie. Les taux de croissance actuels laissent présager que la croissance de l'emploi et des revenus est encore insuffisante pour que l'ensemble de la population wallonne puisse bénéficier d'un bien-être suffisant."
La clé pour le futur, selon lui? "Il faut encourager la création d'emplois générateurs de beaucoup de valeur et donc d'une croissance plus élevée, même si, dans le court terme, des emplois de faible productivité sont nécessaires pour employer des personnes faiblement qualifiées. Mais c'est un aveu de démission de tout un système éducatif et de formation à laquelle on ne peut se résigner. Plus le système éducatif francophone sera performant, plus le tissu économique sera composé d'entreprises à haute valeur ajoutée, générant de bons salaires et revenus. On ne peut donc
s'accommoder de ce que plus de 14% des jeunes sortent de l'école sans diplôme ou que le nombre d'élèves en alternance soit si faible. Le "Pacte d'excellence pour l'enseignement" doit être une réussite, c'est notre devoir envers les générations


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
« L'ENJEU MAJEUR SERAIT POURTANT AILLEURS: LE SURSAUT DE L'ENSEIGNEMENT FRANCOPHONE »
LE "PACTE D'EXCELLENCE POUR L'ENSEIGNEMENT" DOIT ETRE UNE REUSSITE, C'EST NOTRE DEVOIR ENVERS LES GENERATIONS

Assez de mots: des actes s’il vous plaît.
Qui se souvient que la prospérité wallonne d’antan était largement due au talent des ingénieurs formés dans nos écoles que nous enviaient l’Europe et le monde? Depuis les mines de charbon ont fermé et la métallurgie aussi. 
Aujourd’hui, plus que jamais nous avons besoin de cadres hautement formés. Je ne citerai qu’un seul chiffre parce qu’il m’obsède : 80% des élèves diplômés du secondaire échoient à l’examen d’entrée en médecine. C’est dire la médiocrité de l’enseignement qui est dispensé dans nos écoles secondaires. Comment corriger cela ? Par une nouvelle réforme de l’enseignement secondaire, un tronc commun, un pacte d’excellence qui n’est pas un pacte et qui refuse de définir ce que c’est que l’excellence? Que nenni ! Ce qu’il nous faut ce sont des enseignants de qualité autrement dit des hommes et des femmes au profil d’excellence ayant bénéficié de surcroît d’une formation d’excellence et obtenant un salaire digne de cette mission prioritaire dans un pays qui refuse d’être disqualifié par ses voisins.
Ceci, tout le monde peut le comprendre et personne ne l’ignore. Les bons profs, il y en a toujours eu mais les enseignants médiocres sont nombreux, il faut le dire. Beaucoup choisissent ce métier par choix négatif c'est-à-dire par dépit. Tous les chefs d’école vous le confirmeront : impossible d’atteindre l’excellence sans des enseignants excellents. Il arrive aux inspecteurs d’attribuer la note hors ligne après avoir examiné un prof sous toutes ses coutures. Mais cette note ne donne lieu ni a une promotion, ni à une augmentation de salaire, celles-ci sont attribuées à l’ancienneté uniquement.
Reste le problème des chefs d’école, leur sélection et leur formation…On demande trop de choses à un chef d’école : d’être bon gestionnaire, excellent organisateur, administratif rigoureux et animateur d’une équipe éducative au service d’un projet d’école négocié avec l’équipe en fonction du public élève. Jamais je n’ai rencontré toutes ces qualités chez un seul homme ou une seule femme. Les plus efficaces sont ceux qui sont capables de déléguer les fonctions où ils excellent moins.  La formation est tout à fait aléatoire et met l’accent sur les compétences et les connaissances législatives.
La principale qualité d’un chef d’école c’est le leadership et cela peut se former. Un mauvais chef vous esquinte une réputation d’école en deux ans et la redresser en demande souvent entre six et douze.
Les bons chefs d’école sont une denrée rare. 
Une nouvelle mission vient de s’ajouter à la lourde tâche des chefs d’école (gestion du bâtiment, de l’équipe enseignante, du contact avec les parents et aussi avec le pouvoir organisateur) c’est celle de l’enseignement distantiel induit par la crise du covid. 
On n’évoque jamais le rôle des secrétaires économes, ces comptables de nos établissements. C’est une fonction essentielle qui exigerait une bonne maîtrise de la comptabilité et de l’informatique et qui devrait permettre au chef d’établissement d’être libéré des tâches de gestion quotidienne du bâtiment, des stocks, de commandes et tout ce qui touche à la gestion quotidienne de l’établissement. Cela exigerait une formation solide en gestion plutôt qu’une promotion à l’ancienneté parmi le staff administratif. Reste la question de la formation des éducateurs et éducatrices  chargés de la bonne intégration des élèves et de tout ce qui touche à la discipline interne et à la gestion des retards, des absences des dossiers d’élèves.
Il ne suffit pas de crier « excellence, excellence » pour réformer en profondeur et de façon pragmatique notre enseignement de Communauté française qui a besoin d’un vrai coup de fouet.
« Plus le système éducatif francophone sera performant, plus le tissu économique sera composé d'entreprises à haute valeur ajoutée, générant de bons salaires et revenus. On ne peut donc s'accommoder de ce que plus de 14% des jeunes sortent de l'école sans diplôme ou que le nombre d'élèves en alternance soit si faible »
Il est temps d’ouvrir grand les yeux et surtout de se retrousser les manches.

MG

   

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