samedi 20 février 2021

Theo Francken: «Bruxelles veut-elle toujours être la capitale de la Belgique et de la Flandre?»


Theo Francken est de retour. Sur l’institutionnel : ce sera le modèle confédéral, la Flandre ne compte pas abandonner Bruxelles, il interpelle les régionalistes wallons et bruxellois. Sur la crise Covid : non à la loi Pandémie et la priorité au gouvernement, toutes les mesures doivent passer par le Parlement.
«Quant au fait de couper les liens au sud du pays entre Wallonie et Bruxelles, j’entends cela... Mais le budget bruxellois peut-il supporter un modèle où toutes les compétences seraient transférées à la Région? C’est payable?». © Hatim Kaghat.
 
 
ENTRETIEN
 
Recalé dans sa tentative de se hisser à la vice-présidence de la N-VA, Theo Francken vise le congrès idéologique du parti en 2022 ou 2023, et reste fidèle sans faille à Bart De Wever, leader, qui trace la ligne. Gageons que l’ancien secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration sera de bon conseil et se fera entendre. Il a les idées claires. Et secoue ici le cocotier institutionnel.
LA MINISTRE DE L’INTERIEUR, ANNELIES VERLINDEN (CD&V), A PARLE D’UN SCHEMA A DEUX GRANDES ENTITES, FLANDRE ET WALLONIE, DEUX AUTRES EN RETRAIT, BRUXELLES ET GERMANOPHONES. REACTION ?
Madame Verlinden a sous-estimé l’émotion que ce genre de position peut provoquer du côté francophone, où l’on se dit que Bruxelles est négligé, n’est pas au même niveau que les autres entités du pays. Je comprends cette émotion. Nous, à la N-VA, nous ne sous-estimerons jamais Bruxelles. Mais ce que je me demande, c’est si Bruxelles veut bel et bien être la capitale… Vous savez, j’aime Bruxelles, je suis député du Brabant flamand, j’ai de la famille, des amis, je m’y sens à l’aise. C’est ma capitale…
… VOTRE CAPITALE COMME FLAMAND OU COMME BELGE ?
Les deux. Aussi comme Européen. Mais je le répète : Bruxelles veut-elle être capitale ? Capitale de Belgique, et capitale pour 6 millions de Flamands ? Quand je vois les problèmes linguistiques pour les néerlandophones, le respect relatif pour notre langue, où, dans la pratique, ça reste très compliqué, cela malgré l’enseignement en immersion et toutes ces choses… Dans l’administration, la police, la justice, ça reste très difficile pour nous. Même chose pour les nominations dans les intercommunales, les CPAS… Quel équilibre ? Ça se détériore, même. Quand on est dans une situation de détresse, être entendu et aidé dans sa langue, dans sa capitale, c’est hyperimportant, non ? C’est une question de respect.
Ceci encore : pourquoi est-ce si difficile d’avoir une bonne collaboration avec le gouvernement flamand ? En matière de mobilité, pourquoi est-ce si difficile ? Je ne comprends pas. Limiter les voitures en ville, ok, je comprends ça à 100 %, c’est vrai dans toutes les villes du monde, mais pourquoi y a-t-il si peu de cohérence ? Les navetteurs, c’est important pour Bruxelles. Comment organiser ça ? Bien sûr, j’espère qu’à l’avenir tout le monde viendra en train, mais… Bon, maintenant, avec M. Gilkinet aux commandes comme ministre, je sais que ça va être un rêve… (Sourire)… Il va fermer les guichets à Ternat, à Liedekerke, mais à part ça, ce sera un rêve, j’en suis sûr… Non, sérieusement, on doit être réalistes, pour beaucoup de gens, dans le Brabant flamand, le Brabant wallon, à Liège, ce n’est pas facile de venir en train. Donc il faut organiser tout cela, avec cohérence.
Aussi : quand je vois qu’un ministre bruxellois important comme M. Maron veut acheter des terrains agricoles dans le Brabant flamand et le Brabant wallon pour nourrir les Bruxellois !, je me demande dans quel siècle il vit.
Il a fait marche arrière.
Oui, mais l’idée figure dans l’accord de gouvernement bruxellois, noir sur blanc. C’est un système féodal ou quoi ? Non, là encore, je me pose la question : Bruxelles veut-elle vraiment être notre capitale ? J’espère que oui. Ils reçoivent de l’argent pour cela. Il y a des compensations. La sixième réforme de l’Etat a refinancé Bruxelles, notamment parce qu’elle a des tâches à remplir comme capitale. Je suis 100 % d’accord avec ça. Et dans notre modèle aussi, à la N-VA, nous voulons renforcer les compétences octroyées à Bruxelles. Mais quand commencera le grand tour de table communautaire, et j’espère que ce sera bientôt, ce sera ma première question : est-ce que vous voulez toujours être notre capitale ?
MAIS BRUXELLES EST UNE REGION BILINGUE, AVEC UNE REPRESENTATION GARANTIE POUR LES NEERLANDOPHONES, AU-DELA DE LEUR POIDS DEMOGRAPHIQUEMENT…
Oui mais le pendant, c’est l’équilibre fédéral, vous le savez, c’était le deal. Mais c’est juste, nous sommes représentés politiquement, et nous prenons nos responsabilités… Exemple : il n’y a pas un cinquième d’enfants néerlandophones à Bruxelles, beaucoup moins, pourtant nous régissons un cinquième des écoles primaires… Nous investissons sans compter – et c’est important de le faire, je l’ai dit. Quant au bilinguisme, c’est vrai en théorie, mais dans la pratique, ce n’est pas comme ça.
DANS VOTRE MODELE INSTITUTIONNEL, BRUXELLES EST EGALE AUX AUTRES REGIONS, A LA FLANDRE ET A LA WALLONIE ?
Je pense même que Bruxelles est plus important, car elle est la capitale, du pays mais aussi la capitale de la communauté flamande. J’entends des francophones dire que Bruxelles doit être une Région tout simplement, à part entière, à 100 %, soit, mais ils doivent me convaincre… Comment peut-on être une Région comme les autres tout en étant capitale ?
CELA ETANT, DANS LE SCHEMA D’UNE BELGIQUE A QUATRE REGIONS, DEFENDU PAR CERTAINS AU SUD DU PAYS, COMME PAUL MAGNETTE OU PIERRE-YVES DERMAGNE RECEMMENT, LA QUESTION SE POSERA : BRUXELLES PEUT-ELLE RESTER LA CAPITALE DE LA FLANDRE ?…
La réalité actuelle, c’est que Bruxelles est capitale de la Flandre, et, je l’ai dit, on y investit des millions tous les ans… Alors, je ne vais pas entamer une négociation avec des tabous, mais nous avons notre modèle, le confédéralisme, nous le défendrons…
LE PRIX DE L’AUTONOMIE, VOIRE DE L’INDEPENDANCE DE LA FLANDRE, N’EST-CE PAS DE TRANSFERER SA CAPITALE A ANVERS ?
Ce n’est pas notre modèle. Bruxelles est entourée par le Brabant flamand. Nous investissons énormément à Bruxelles. Et puis, Bruxelles n’est pas non plus à 90 % francophone… Il y a une grande diversité, beaucoup de langues, une nouvelle génération, il y a une identité bruxelloise…
VOTRE MODELE CONFEDERAL, POUVEZ-VOUS NOUS LE RESUMER ?
Nous voulons maximiser les compétences en Flandre, en Wallonie, à Bruxelles – en plus d’y simplifier les institutions, car 19 communes, 6 zones de police, ce n’est pas tenable, il faudra mettre tous les tabous sur la table quand on commencera les discussions. À côté, on garde un petit gouvernement fédéral, composé des ministres des entités fédérées, avec les compétences en Défense, diplomatie, un Premier ministre qui représente le pays, je n’oublie pas la monarchie. Tout le reste s’organisera via les Régions. A Bruxelles, qui restera la capitale de tous les Belges, aussi la capitale des Flamands, il est clair que chacun devra, en sécurité sociale, en enseignement, entre autres, faire un choix : pour le système flamand ou pour le système francophone.
DU COTE WALLON, ON PARLE DE LIQUIDER LA COMMUNAUTE FRANÇAISE, ALORS QUE LA COMMUNAUTE FLAMANDE DEMEURE QUANT A ELLE…
La communauté flamande à Bruxelles est hyperimportante, et, puisqu’elle investit beaucoup à Bruxelles, elle représente une garantie pour la qualité de l’éducation, des soins de santé, des maisons de repos dans la capitale. C’est un « trademark » de qualité. Beaucoup de francophones en sont conscients, qui mettent leurs enfants dans une école primaire néerlandophone, pour la langue, mais aussi pour la qualité…
Quant au fait de couper les liens au sud du pays entre Wallonie et Bruxelles, je me demande qui va payer ça. C’est auto-finançable ? Le budget bruxellois peut-il supporter un modèle où toutes les compétences seraient transférées à la Région ? C’est payable ? Avec une base fiscale qui reste faible et – euphémisme – pas toujours garantie… En tout cas, moi, je suis demandeur de plus de lien entre Bruxelles et le Brabant flamand, pensez à l’aéroport de Zaventem, un moteur économique. Nous avons initié un projet – ralenti provisoirement avec le Covid – avec Philippe Muyters, Jan Jambon, Johan Van Overtveldt dans le gouvernement précédent, pour attirer des jeunes de Molenbeek, Anderlecht, et c’est un grand succès, plus de mille jeunes ont enfin trouvé un boulot, travaillent tous les jours à Zaventem, apprennent le néerlandais sur le terrain… Voilà, concrètement, c’est cela le lien avec la Flandre. C’est profondément utile.
«L’affaire Kucam me fait du tort, mais je surmonterai»
Theo Francken ne doit pas seulement digérer sa récente défaite à la vice-présidence de la N-VA, il est aussi affaibli par l’affaire Kucam, du nom de ce conseiller communal N-VA de Malines qui était chargé de conseiller Theo Francken, quand il était secrétaire d’Etat à l’Asile pour accorder des visas humanitaires à de chrétiens syriens. Mais il s’est avéré que Kucam monnayait ses visas aux bénéficiaires. Theo Francken a-t-il négligé des alertes sur la probité de Kucam ? « D’abord, je voudrais dire qu’à coup sûr, on a sauvé des chrétiens des mains de l’Etat islamique. Ensuite, cette personne m’a été désignée par l’église Assyrienne de Malines, ce n’est pas mon cabinet qui l’a choisie. Kucam m’a trompé très gravement, mais c’était difficile de tout contrôler parce que c’était le premier pont aérien que l’on organisait, avec le soutien d’ailleurs de Didier Reynders et Charles Michel, qui étaient parfaitement informés à toutes les étapes du processus. Quant aux informations que j’aurais négligées, à la première alerte que j’ai reçue, les personnes avaient déjà leur visa, c’était trop tard. Et il ne s’agissait de rien de plus que de rumeurs de comptoirs. Difficile d’agir sur cette base. » Theo Francken reconnaît toutefois que, politiquement, cette affaire lui nuit. « Bien sûr que ça me fait du tort. J’ai mes moments de doute et de douleur. J’y pense la nuit. But I will fight back ! »
«Si l’on veut stabiliser le pays, on a besoin d’un accord entre N-VA et PS en 2024»
Par David Coppi et Bernard Demonty
Pour le leader de la N-VA, seul un accord avec le PS peut « stabiliser le pays durablement ». En attendant, il réaffirme son hostilité à tout cordon sanitaire « face au Belang comme au PTB ». Et suit la ligne tracée par Bart De Wever, « pour un grand parti au centre-droit »…
VOUS BRIGUIEZ LA VICE-PRESIDENCE DE LA N-VA, VOUS N’AVEZ PAS ETE ELU – PAR LES MANDATAIRES DU PARTI –, QUEL ETAIT LE SENS DE VOTRE CANDIDATURE ?
Nous connaissons une période difficile, il faut l’avouer. Nous devons être forts dans tous les domaines, économique, social, écologique, nous avons des personnalités de pointe pour cela, et je veux redéployer le parti le plus largement sur tous ces thèmes pour le booster. Avec, aussi, l’importance de la souveraineté, de l’identité, de l’immigration.
VOUS PARLEZ D’UNE « PERIODE DIFFICILE » POUR LA N-VA. A QUELS EGARDS ?
Il y a plusieurs choses. D’abord le fait que nous nous trouvons dans une crise sanitaire, et que le gouvernement fédéral apparaît en première position, comme c’est le cas dans toutes les grandes crises, c’était la même chose avec le terrorisme… Jan Jambon est un grand homme politique, que j’apprécie énormément, mais ce n’est pas son truc de jouer un second rôle, derrière le fédéral. Quant au fédéral précisément… Fondamentalement, nous avons fait tout ce qui est possible pour avoir un grand accord avec le PS, notre ami socialiste, en 2020. Bart et moi nous nous sommes tus pendant un an et demi pour donner un maximum de chances aux discussions. Je suis resté super-calme pendant tout ce délai. Mais voilà, cela n’a pas abouti, les libéraux ont bloqué. Et maintenant, beaucoup de gens qui ont voté pour nous disent : mais où êtes-vous passés ?, où est Théo ? ; où est Bart ? ; qu’est-ce qui se passe ?… Le Vlaams Belang, lui, en profite, il a gagné aux élections, il est sur un nuage. Oui, nous sommes dans une position inconfortable… Mais ça va changer. La crise sanitaire va s’atténuer après la vaccination, on pourra rouvrir le pays, alors il faudra s’occuper avant tout de la relance économique, et là, le gouvernement flamand prendra les choses en mains, ce sera l’heure de Jan jambon.
BART DE WEVER IMAGINE UN GRAND PARTI DE DROITE ET CENTRE-DROIT ETENDU AU VLD ET AU CD&V… VOUS ETES A L’AISE AVEC ÇA ?
Oui. Je pense que le courant profond en Flandre est de centre-droit, et de centre-gauche en Wallonie. C’est vrai depuis des décennies, ce n’est pas parce que Conner Rousseau (NDLR : président du SP.A) est populaire maintenant que ça changera, c’est notre histoire, notre culture… Donc, oui, un grand parti… Mais il y a aussi le Vlaams Belang, on doit donc se prononcer, je l’ai dit, sur des thèmes comme l’immigration, la sécurité, l’islamisme – je pense par exemple à la loi sur le séparatisme en France, que j’apprécie beaucoup. Maintenant, tout est corona, corona, corona, mais les thèmes de l’identité, l’immigration, la souveraineté restent très importants pour beaucoup de citoyens, ils vont remonter, ce sont les enjeux du « vivre ensemble ».
A PROPOS DU VLAAMS BELANG, VOUS ETES CONTRE LE CORDON SANITAIRE, VOTRE PARTI A D’AILLEURS NEGOCIE AVEC LE PARTI D’EXTREME DROITE EN FLANDRE APRES LES ELECTIONS DE 2019.
La N-VA est contre le cordon, pour ce qui concerne le Vlaams Belang comme le PTB. Le plus grand cadeau que l’on puisse faire à ces partis, c’est leur permettre de dire n’importe quoi, promettre n’importe quoi, et ne jamais devoir le faire. De toute façon, on n’aura jamais un gouvernement avec le Belang au fédéral, ce n’est pas possible pour les francophones, et, par ailleurs, nous avons un accord de gouvernement flamand le plus flamand et le plus de centre-droit que nous ayons jamais eu. En plus, si j’ai appris quelque chose après 20 ans rue de la Loi, c’est que parler tout le temps d’un autre parti, ce n’est pas la bonne façon pour gagner les élections avec le sien…
A PROPOS DES NEGOCIATIONS AVORTEES AVEC LE PS. A RETENTER ?
Oui. Le grand acquis de la crise politique que nous avons connue, c’est d’avoir prouvé que Bart et Paul étaient capables de trouver un accord entre eux deux, alors que tous disaient qu’entre la N-VA et le PS, c’était impossible, jamais, etc. Maintenant, on sait que c’est possible. Et si l’on veut stabiliser le pays pour une longue période, on a besoin d’un accord entre les deux grandes forces du pays, PS et N-VA, en 2024. Peut-être que le Vlaams Belang va monter aux élections, le PTB aussi, mais ça ne produira rien, les gens n’ont rien à y gagner. Si on n’a pas cet accord pour stabiliser le pays, alors ça ira crescendo… « Paars groen » (l’alliance violette-verte au fédéral) donnera un effet « geel zwart » (un effet jaune-noir à droite, N-VA et Belang)… Attention, je n’ai pas dit que ça donnera un gouvernement « geel zwart », mais un résultat électoral de ce type-là.
ALEXANDER DE CROO VOIT, LUI, UN GOUVERNEMENT FEDERAL QUI PACIFIE, QUI STABILISE…
Mais moi je vois tous les jours ce qui se passe… Avec un MR qui est assez mal l’aise dans le gouvernement. C’est clair. Ils étaient les plus forts, avec beaucoup de ministres, maintenant ils pèsent très peu, avec les Affaires étrangères notamment, ce n’est pas l’axe principal. La domination du PS est claire, et elle va s’affirmer avec la phase de relance socio-économique, où les compétences de ses ministres seront plus importantes. Là, le MR sera encore plus mal à l’aise.
CERTAINS ESTIMENT POURTANT QUE LE PS N’A PAS PRIS DE GROS PORTEFEUILLES.
Sur la crise sanitaire, c’est le Premier, le ministre de l’Intérieur, les soins de santé qui comptent… Mais après, ce sera l’emploi et M. Dermagne, la relance et M. Dermine, ils prendront beaucoup de place. Non, ils n’ont pas mal négocié, même s’ils ont donné beaucoup au CD&V, pour le rallier.
ANALYSE: THEO FRANCKEN UN PEU A LA PEINE MAIS BIEN D’ATTAQUE
Par David Coppi et Bernard Demonty
Son parti dans l’opposition au fédéral et pas fringant dans les sondages ; lui-même recalé récemment dans la course à la vice-présidence ; rattrapé par un faux pas (l’« affaire Kucam » : lire ci-contre) commis lorsqu’il était secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration, ce qui l’atteint et l’affecte… L’enfant terrible(ment à droite) de la N-VA est un peu à la peine. Il dit s’accrocher comme jamais à sa fonction de bourgmestre à Lubbeek, « une commune de 15.000 habitants, tout le monde m’arrête au supermarché, c’est réjouissant, ça fait du bien ». Et avoue broyer du noir certains jours, il cite les Rolling Stones pour illustrer la mauvaise passe : « Sympathy for the devil »…
L’on pressent cependant – il ne faut pas être devin – que le leader de la N-VA ne renonce pas, ne lâche rien. A preuve, aujourd’hui, ses pensées fortes et claires (contestables, là n’est pas la question) sur l’institutionnel, où il met en garde les régionalistes wallons et bruxellois ; sur la gestion de la pandémie, où il exalte le rôle du Parlement contre le projet gouvernemental, la fameuse loi Pandémie ; sur la stratégie de la N-VA, où il appelle à conclure un accord avec le PS en 2024, « condition d’une stabilisation du pays ».
Oui, Theo Francken pense très fort à son retour en force tout au-devant de la scène, avec une N-VA qui – c’est la ligne imprimée par Bart De Wever – se profile en grand parti ancré au centre-droit dans un grand ensemble intégrant idéalement libéraux du VLD et chrétiens-démocrates du CD&V, si l’on suit bien, et si les intéressés suivent eux aussi (pas sûr).
Theo Francken est, nous dit-il, « à l’aise » avec cette stratégie recentrée, tout en précisant qu’« il ne faut pas oublier des thèmes comme l’immigration, l’identité, la souveraineté »… Car la N-VA doit aussi se protéger sur son flanc droit, où fait rage le Vlaams Belang, un parti que Theo Francken refuse de bannir via quelque cordon sanitaire, qu’il n’exclut pas du jeu carrément, mais qui, assure-t-il, ne fait pas partie de ses plans.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES IDEES CLAIRES

Singulier personnage que ce Théo Francken au muffle et à la morgue mussolinienne. Le moins qu’on puisse dire c’est que l’homme se montre serein, courtois et plutôt sûr de lui sans faire pour autant le matamore.
Trois idées fortes et claires traversent cette interview fleuve : premièrement  la Flandre n’est pas du tout décidée à lâcher Bruxelles. Ensuite la NVA semble persuadée qu’elle fera partie du prochain gouvernement fédéral de conserve avec le PS pour négocier le confédéralisme. Enfin, troisième idée franchement téméraire : De Wever entend faire pièce au Belang en créant un vaste parti de centre droit ensemble avec le VLD et le CD&V. Tout cela est audacieux et cohérent et annonce la couleur pour 2024 et peut-être bien avant si d’aventure l’attelage de Decroo devait se démanteler et provoquer des élections anticipées. C’est évidemment tracer des plans sur la comète De Wever sans demander l’avis du PS et surtout des libéraux et des chrétiens démocrates flamands. 
Autrefois le CVP était le parti fort du plat pays fournissant à la Belgique premier ministre après premier ministre Tindemans, Martens, Eyskens, Dehaene et puis fini. Ensuite le libéral Verhofstadt réussit à fédérer un large électorat centre droit, ce que tenterait de refaire De Wever aujourd’hui. C’est bien vu, toutefois c’est faire peu de cas de la perte de popularité du bourgmestre d’Anvers dont l’étoile a fort pâli et négliger le succès spectaculaire du Belang qui monte, qui monte…
MG 

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