vendredi 12 février 2021

Trump, l’indéfendable


En apprenti-despote, l’ex-président des Etats-Unis a su inventer un ennemi intérieur commode, les manifestants d’extrême gauche « antifa », accusés de tous les maux et de toutes les dérives.
Maurin Picard, correspondant à NY
Le Soir

Une avalanche d’images terrifiantes, traumatisantes, défile devant les caméras dressées au Sénat des Etats-Unis. Ces extraits de bandes de vidéosurveillance, ces enregistrements inédits puisés dans les téléphones cellulaires, viennent conter plus précisément encore l’histoire de l’assaut contre le Capitole, le 6 janvier, par les supporters inconditionnels de Donald Trump.
Il s’agit pour lui du second procès en destitution en un an, après celui qui aboutit à son acquittement le 5 février 2020. Il avait à l’époque échappé à toute culpabilité à propos des pressions exercées sur l’Ukraine pour exhumer des renseignements compromettants sur le clan Biden. Il pouvait remercier la majorité républicaine et servile du Sénat, qui avait bloqué la comparution de témoins clés.
Rien de tout cela, cette fois. Les images, habilement montées par les procureurs démocrates de ce second procès, défilent sous les yeux de sénateurs tout à la fois juges et parties, qui furent eux-mêmes visés par l’ire des insurgés. Ce montage, juxtaposant les éléments du discours tenu par Donald Trump au-dehors de la Maison-Blanche et les propos des assaillants, fait éclater une évidence au grand jour : l’ex-président, réfugié à Mar-a-Lago, en Floride, est indéfendable.
Il a, durant 77 jours, depuis la fermeture des bureaux de vote le 3 novembre jusqu’à la passation de pouvoir ratée du 20 janvier, martelé sa colère face à un scrutin censément « volé » et entaché de « fraudes massives ». Il a chauffé à blanc ses légions de partisans du Middle America, expression désignant tout à la fois le cœur du continent séparant les deux côtes plus progressistes et ces anciennes classes moyennes ruinées par la grande récession de 2008. Il les a « dressés » à se battre pour défendre la démocratie, le drapeau, sa présidence, son mandat. Lui. En apprenti-despote, il a su inventer un ennemi intérieur commode, les manifestants d’extrême gauche « antifa », accusés de tous les maux et de toutes les dérives.
Alors que l’ennemi intérieur, le vrai, est identifié depuis plusieurs années maintenant par les agences de maintien de l’ordre : ces mouvements suprémacistes blancs, qui apparurent au grand jour à Charlottesville en 2017 (un mort), se propagèrent dans le sillage de la délirante conspiration QAnon et qui, le 6 janvier, surent se mêler à la foule des manifestants pro-Trump en colère pour orchestrer un assaut violent, prémédité, contre les élus du Congrès. Sur ordre de Trump, qui les incitait à « se battre comme des chiens » et à « marcher avec lui sur le Capitole ». Ce qu’il se garda bien entendu de faire, préférant se retirer dans ses appartements privés pour se délecter du spectacle.
L’évidence défile sous les yeux des sénateurs républicains, qui scelleront le sort de l’ex-joueur de flûte dans quelques jours, à condition d’être délivrés de l’ensorcellement qui les unissait à lui depuis 2016. Eux seuls sauront écrire le point final de cette tragédie américaine.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
INSOUTENABLES IMAGES

Il faut absolument regarder ces images commentées sans passion avec une précision chirurgicale par la procureure démocrate toute de bleu vêtue. Nous n’avions vu jusqu’à présent que la partie immergée de l’affaire qui fut une véritable  chasse à l’homme, en l’occurrence Mike Pence ; à la femme, en l’occurrence Nancy Pelosi dans le dessein avoué, proclamé, hurlé de les lyncher, de les pendre haut et court sur un gibet dressé devant le Capitole. On assiste en temps réal à la prise de la bastille. Le film de l’assaut du capitole projeté aux sénateurs au deuxième jour du procès en destitution –impeachment- du Président indigne accusé d’avoir  instrumentalisé cette foule est insoutenable.
 Et ce qui rend la chose détestable ce sont ces quelques  sénateurs républicains qui détournent le regard avec une indifférence feinte tandis que les terribles images défilent sur l’écran de la salle plénière.
Il s’agit bien d’une insurrection méticuleusement préméditée et minutieusement préparée. Une inscription barre ces images :  Explicit video. Cet  euphémisme juridique nous avertit que nous regardons quelque chose d’inouï, de jamais vu. Nombreux sont les Américains qui comme moi s’étaient demandé ce qui exactement s’était passé pendant l’assaut  à l’intérieur de ce monument historique, symbole de la République américaine et de la démocratie. On assiste , de fait, à  la mise à mort à coups de batte de base ball d’un agent de la sécurité, hurlant de douleur coincé dans les portes fracassées tandis qu’une voix neutre nous rappelle que cet assaut meurtrier fut « commandité » par le président des Etats Unis en personne  dans un ultime sursaut pour tenter d’annuler sa défaite électorale. Un président aux abois qui déclencha sciemment la rage meurtrière d’une foule déchaînée, comme en 1789. Et l’on voit une batte de hockey s’abattre avec acharnement contre un homme à terre. C’est Orange mécanique en live, l’ensauvagement en direct !
Les images montrent alternativement les sénateurs réunis en séance en train de certifier les résultats de l’élection présidentielle, les harangues deTrump, la foule en train de s’introduire par effraction dans le bâtiment, défonçant les portes, faisant éclater les fenêtres. Et déferlant dans les couloirs du Capitole, les célèbres « lobbies » hurlant « où sont-ils  ? Pendez-les » 
En regardant ces horreurs, j’ai repensé à d’autres images brutales, celles des affrontements aux Champs Elysées, à l’Etoile - un autre symbole fort- entre la police et les gilets jaunes en colère et le déchaînement des Black Blocs.
Les sénateurs, républicains et démocrates réunis dans cette salle, étaient présents dans le bâtiment du Capitole ce jour-là. Ils savent exactement ce qui s'est passé, ne l’ont-ils pas vécu ? Ils savent que ce film n'a pas été mis en scène, que les émeutiers n'étaient pas des figurants et que Donald Trump a délibérément incité à l'émeute. Ils ont vu ces qui condamnent l'ancien président.   
Les  démocrates ont eu raison  de diffuser ce film et d'encourager les médias à  le diffuser. Cela dit, il y a très peu de chance que 14 sénateurs républicains  se rallient aux démocrates pour voter l’empêchement.
Ces scènes d’émeutes et de violence extrême resteront gravées dans nos inconscients. Elles  soulèvent deux questions : comment se fait-il que les insurgés n’étaient pas armés et surtout qu’ils n’aient pas bouté le feu au bâtiment.
Imaginons un instant que les gilets jaunes envahissent l’assemblée nationale ou les fous furieux de Pegida, de l’AFD s’engouffrant dans le Bundestag ou encore les milices de Schildenvrienden (Vlaams Belang) s’engouffrant dans l’hémicycle parlementaire bruxellois...
Hier un autre spectacle médiatique extraordinaire a tenu en éveil tous les démocrates de France et de chez nous : le  débat télévise entre Gerald Darmanin et Marine le Pen qui monte tellement dans les sondages que beaucoup ont vu dans cet échange le prélude au prochain  débat présidentiel du second tour des présidentielles.
Tout ce passe comme si se déroulait en France les prémices d’un remake de la résistible ascension de Trump en 2016. Il se pourrait bien en effet que l’irréparable se produise : Marine à l’Elysée en 2022. L’illibéralisme est en marche partout en occident. A quand le grand sursaut démocratique ?
MG


L’ISLAMISME AU CŒUR DU DEBAT TELEVISE ENTRE GERALD DARMANIN ET MARINE LE PEN
Le ministre de l’intérieur a défendu le projet de loi sur le séparatisme, dont la présidente du parti d’extrême droite estime qu’il a été « vidé de son sens ».
Le Monde avec AFP
Lors du débat entre Marine Le Pen et Gérald Darmanin sur le plateau de « Vous avez la parole », sur France 2, le 11 février. STÉPHANE DE SAKUTIN / AFP
Marine Le Pen et Gérald Darmanin ont débattu jeudi 11 février sur France 2 de l’islamisme et de l’immigration, tombant d’accord par endroits, le ministre de l’intérieur accusant son adversaire d’« approximations » et la présidente du Rassemblement nationale (RN) fustigeant un texte insuffisant contre l’islamisme. Ce débat était très attendu à quinze mois de la présidentielle, entre une candidate à l’Elysée désireuse de faire oublier son duel raté face à Emmanuel Macron en 2017, et un poids lourd de la majorité en première ligne sur les textes régaliens de la Macronie.
En quête de crédibilité, forte de sondages qui la donnent au second tour face à Emmanuel Macron, la dirigeante d’extrême droite a jugé que le projet de loi du gouvernement sur le séparatisme, « vidé de son sens », l’avait « beaucoup déçue » alors qu’elle se voulait « constructive ». Elle n’a pas exclu de voter le texte, mais que cela « dépendrait » de l’examen à l’Assemblée d’une mesure gouvernementale encadrant l’instruction en famille, critiquée de toutes parts. « Je ne veux pas d’un Etat qui s’ingère dans la liberté des familles » et des religions, a-t-elle dit.
Approximations
Mme Le Pen était venue avec une contre-proposition de loi ciblant les « idéologies islamistes » qui sont à ses yeux « partout » et qu’elle entend bannir de toutes les sphères de la société, à commencer par le voile. « Vous êtes très approximative (…) vous dites beaucoup de choses qui ne sont pas la vérité ou qui ne sont pas le texte, qui ne sont pas le droit », a accusé pour sa part le ministre de l’intérieur, qui jouait par procuration le rôle du chef de l’Etat.
Gérald Darmanin lui a reproché de « ne pas voter les textes » comme la loi antiterroriste de 2017, qui permet notamment la fermeture de lieux de culte. « Madame Le Pen dans sa stratégie de dédiabolisation vient à être quasiment un peu dans la mollesse, il faut prendre des vitamines ! », a-t-il ironisé. En l’occurrence la chef du RN s’est trompée sur les chiffres de l’immigration, sujet fétiche de son parti. Gérald Darmanin l’a encore accusée d’« approximation », Marine Le Pen évoquant le chiffre de 471 000 titres de séjour accordés en 2019, alors que le ministre lui a assuré que le chiffre était de 277 000.
« Vous avez dit absolument n’importe quoi »
Quand la chef du RN a souhaité un référendum pour demander aux Français « s’ils souhaitent qu’on supprime le droit du sol, c’est-à-dire l’acquisition quasi automatique de la nationalité », le ministre a répondu que « ce n’était pas vrai ». « Chacun constatera que vous avez dit absolument n’importe quoi sur absolument tous les sujets ce soir » et « il faut travailler pour le prochain débat présidentiel », a-t-il conclu.
Interrogée pour savoir si elle avait l’impression d’avoir mieux fait qu’en 2017, Marine Le Pen a répondu qu’« on ne peut pas comparer des débats qui n’ont rien de comparable ». Ce face-à-face était un test pour la candidate de l’extrême droite, qui admet avoir été « trop offensive » dans son débat raté de 2017 et reste attendue sur l’économie.
Invité au même moment sur C8, le candidat des « insoumis », Jean-Luc Mélenchon, a déclaré dès le début de son passage chez Cyril Hanouna que sa présence sur la chaîne jeudi soir était un « acte de protestation contre ce qui est en train de se passer : la rédaction d’un service public organise un débat entre deux personnes qui sont d’accord sur une loi et vont voter la même chose » sur la place « des musulmans en France ».



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