lundi 29 mars 2021

Comment mettre à l’arrêt un pays à l’arrêt?


Une grève par temps de pandémie… Nous allons observer si et comment une coronagrève peut peser sur le pouvoir politique et patronal.

Ce lundi, les transports en commun vont arrêter de transporter des gens qui en grand nombre ne peuvent plus se déplacer en raison de la pandémie. Etrange! 

Par Béatrice Delvaux Le Soir

Une grève par temps de pandémie, quasi au jour 1 du troisième confinement, voilà qui suscite d’abord et avant tout de la curiosité. Mais comment donc mettre à l’arrêt un pays à l’arrêt ? Comment appeler des gens qui n’en peuvent plus d’avoir arrêté le travail, ou de ne plus travailler qu’à moitié ou par intermittence, à faire une pause sociale et solidaire ?
Ce sont les premières questions que pose le mouvement syndical de ce lundi : quel succès aura cette grève si particulière et comment les syndicats et les patrons vont-ils en mesurer les effets ? Comment imaginer des trains, bus, métros et trams à l’arrêt alors qu’il n’y a plus école, de travail au bureau et de shopping, dans un espace-temps qui ressemble au mieux à une troisième semaine de vacances de Pâques, au pire à des mois de « journées de grève sans fin » ?

Ce lundi, les transports en commun vont arrêter de transporter des gens qui en grand nombre ne peuvent plus se déplacer, non pas à l’appel des syndicats mais sur ordre du gouvernement et de leur employeur : voilà qui ajoute de l’étrange à l’étrange. Et donc, oui, nous allons d’abord observer si et comment une coronagrève peut peser sur le pouvoir politique et patronal.
La précarisation s’est accrue
Ce ne sont pourtant pas les sujets de mécontentement, de frustration et d’inquiétude qui manquent. La précarisation s’est accrue au fil des mois, on ne cesse plus d’évoquer ceux, étudiants compris, qui recourent au CPAS et aux banques alimentaires, ces artistes qui n’ont plus de revenus et de perspectives, les commerçants et les indépendants qui rejoignent leur personnel dans les fins de mois difficiles. Le rôle fondamental des syndicats, très discrets politiquement durant ces mois de pandémie, s’est aussi réaffirmé pour des employés ou des ouvriers actifs dans des petites structures exposés au bon vouloir de patrons pas toujours décidés à respecter les mesures sanitaires ou l’obligation de télétravail.
Concertation sociale indispensable
Le syndicat exerce un pouvoir qui est né de la nécessité de faire respecter des droits, des conditions de travail et un équilibre aussi dans la répartition des revenus. Pas sûr que cette grève soit le meilleur moyen de rappeler cette triple nécessité mais le message de fond demeure : la concertation sociale est indispensable à l’équilibre et la prospérité d’une société. C’est encore plus vrai aujourd’hui alors que solidarité, dialogue et échange doivent être les maîtres-mots pour garantir une gestion de sortie de la pandémie qui veille à réparer les dégâts humains, sociaux et économiques dont on va seulement mesurer l’ampleur.
On aura besoin d’intelligence collective pour l’après-covid, pas de schismes sociaux.
Grève nationale sur les salaires: c’est le blocage à tous les étages
Par Pascal Lorent
Le pays est en grève ce lundi. La FGTB et la CSC réclament que la norme salariale de 0,4 % négociée dans le cadre de l’Accord interprofessionnel n’ait qu’une valeur indicative. Les patrons refusent. Quant au gouvernement, il temporise.

A la SNCB, plus de la moitié des trains devraient circuler mais la plupart des trains P (heures de pointe) seront supprimés. - Belga.
Il existe une expression pour résumer la situation de la concertation sociale : dialogue de sourds. Raison pour laquelle la Belgique confinée est également en grève ce lundi. Un mouvement mené dans le contexte particulier, en raison du respect des règles sanitaires (pas de grands rassemblements sauf ceux autorisés par les bourgmestres et des piquets ne réunissant que quatre affiliés par syndicat), difficulté d’organiser un mouvement en télétravail, et obligation de préserver les hôpitaux.
Côté syndical, on refuse de discuter sur la base de la marge salariale définie par le Conseil central de l’économie (CCE) à la mi-janvier : 0,4 %. « Des cacahuètes », estime le front commun syndical au regard des dividendes versés par certaines entreprises et d’indicateurs démontrant la reprise de l’activité économique. Le banc syndical dénonce le corset de la loi de 1996 sur la sauvegarde de l’emploi et de la compétitivité, dont les termes ont encore été durcis en 2017. FGTB, CSC et CGSLB réclament que cette marge n’ait plus qu’une valeur indicative. A respecter dans les secteurs en difficulté mais que l’on pourrait dépasser dans ceux qui ont profité de la crise sanitaire pour engranger des bénéfices. Face au refus patronal, les syndicats socialiste et chrétien (mais pas le libéral) ont choisi de mener une journée d’actions, ce lundi 29 mars.
« La loi, c’est la loi »
Côté patronal, on refuse de déroger à cette norme fixée par le législateur. Au nom de la compétitivité des entreprises et la préservation de l’emploi, en invoquant le recul du PIB enregistré en 2020. « La loi, c’est la loi ». Et comme les employeurs conditionnent l’approbation de la répartition de l’enveloppe bien-être à la conclusion d’un Accord interprofessionnel (AIP), ce sont non seulement les hausses salariales mais aussi celles des allocations sociales et des basses pensions qui restent bloquées.
A lire les entretiens ci-dessous, il apparaît que chacun campe sur ses positions. Chacun défend sa logique, sans envisager un pas vers l’autre. Et si employeurs et syndicats estiment qu’un accord est possible, c’est à la condition que l’autre camp rejoigne sa logique.
Dans ce contexte, la patate chaude revient au gouvernement. L’accord de majorité ne permet pas de revoir la loi de 1996. Mais il offre la possibilité au ministre de l’Emploi d’agir par circulaire ministérielle et arrêté royal. A condition d’obtenir l’accord de ses partenaires de majorité. Or le consensus reste à ce stade improbable. L’aile droite du gouvernement relaie le point de vue patronal ; l’aile gauche se fait l’écho de la thèse syndicale.
Avec le risque d’accoucher d’un compromis bancal qui ne contentera personne. Ou son absence, qui mettrait à mal le modèle de concertation sociale à la belge, déjà malmené par le rejet du précédent AIP.


COMMENTAIRE DE DIVECITY
ET SI IN FAISAIT LA GREVE DE LA GREVE ?

Non ce n’est pas une histoire belge. Mais si je vous assure !
Ils avaient inventé les vareuses rouges (CGSP) ou vertes (CSC) ou bleues (CGSLB) pour s’ identifier. Pour se compter surtout comme le font les gilets jaunes ou les musulmanes voilées. Toujours la recherche de l’identité dans la solidarité. On le sait désormais les rouges , comme les verts sont largement noyautés par le PTB qui fait de l’entrisme partout où il peut. « Le syndicat exerce un pouvoir qui est né de la nécessité de faire respecter des droits, des conditions de travail et un équilibre aussi dans la répartition des revenus. Pas sûr que cette grève soit le meilleur moyen de rappeler cette triple nécessité mais le message de fond demeure : la concertation sociale est indispensable à l’équilibre et la prospérité d’une société »
Les syndicats ne se renouvellent pas, ils sont ringards et conservateurs dans leur modus operandi qui n’engendrent que lassitude et ennui. Que faire pour sortir de ses rails vieux d’un siècle admirablement caricaturés par Kroll, comme d’hab ?
MG 



 

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